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GAULE THERMALE
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DU MÊME AUTEUR, A LA MÊME LIBRAIRIE
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Notions élémentaires d’archéologie monumentale. Ouvrage
accompagné de nombreux plans et gravures dans le texte. 2e édition.
Un volume in-16 4 fr.
LA
GAULE THERMALE
SOURCES ET STATIONS THERMALES ET MINÉRALES
DE LA GAULE A L’ÉPOQUE GALLO-ROMAINE
PAR
L. BONNARD
AVEC LA COLLABORATION MÉDICALE
du Docteur PERCEPÏED
/
MÉDECIN CONSULTANT AU MONT-DORE
Ouvrage illustré de 74 plans et gravures
PARIS
LIBRAIRIE PLON
PLON -NOURRIT et C!% IMPRIMEURS-ÉDITEURS
«S. RUE GARANCIÈR E — 6e
1908
Tous droits réservés
Wellcome Library
for the History
and Understanding
ofMediçme
?>l <C&00 - ,
Tous droits de reproduction et de traduction
réservés pour tous pays.
Published 21 January 1908.
Privilège of copyright in the United States
reserved'under the Act approved March 3<t 1903
by Plon-Nourrit et Cie.
PRÉFACE
La multiplicité des questions soulevées par l’étude un
peu approndie des eaux thermales où minérales à l’époque
gallo-romaine m’a conduit à donner un développement
considérable à un travail limité, dans le principe, à
l’examen des vestiges antiques reconnus auprès des
sources médicinales de notre pays.
L’identification de certaines stations anciennes avec
des localités modernes m’a amené à examiner divers
problèmes de géographie historique, qui sont loin d’avoir
reçu tous, h l’heure actuelle, une solution certaine.
Le caractère religieux attaché aux sources, surtout aux
sources thermales;' ne m’a pas permis de passer sous
silence le culte spécial qui en était dérivé et dont les ma-
nifestations se produisaient sôris forme de. dfms fet d’of-
frandes, d’un caractère p^rfois si particulier. jj
J’ai du également envisager le côté i n édicàl dé La"'cj i 1 es t i o n
et chercher à corroborer par les notions que nous possé-
dons sur l’ancienne médecine thermale les données que
certaines dispositions observées dans les ruines d’établis-
sements antiques, ainsi que la nature et les caractères spé-
ciaux de divers objets trouvés près des sources, peuvent
a
I
PRÉFACE
l l
nous fournir, au point de vue de l’utilisation de ces
dernières dans un but thérapeutique et médical.
D’autre part, la liste des établissements et des sources
sur lesquels pouvaient porter mes travaux s’est aug-
mentée, car j’ai franchi à plusieurs reprises les limites
\
anciennes de la Gaule pour pénétrer dans la Germanie,
désirant plutôt présenter une étude d’ensemble sur les
stations thermales de la Gaule et des régions qui en étaient
immédiatement voisines, que me plier au cadre rigoureux
d’une géographie intransigeante.
Cependant, ce travail, si étendu qu’il soit, n’est vrai-
semblablement pas tout à fait complet, car certains aména-
gements antiques de sources médicinales ontpu échapper
à mes investigations. Les documents en cette matière
sont, pour la plupart, disséminés dans des brochures
locales, des comptes rendus ou des mémoires de sociétés
savantes. J’ai fait à cet égard des recherches aussi ap-
profondies que possible, mais sans cependant être sûr de
ne pas avoir commis quelques omissions, à peu près
impossibles à éviter dans des travaux de ce genre, et
dont je m’excuse par avance.
En terminant cette courte préface, je dois, obligation
qui m’est douce à remplir, exprimer toute ma reconnais-
sance à M. le docteur Percepied, qui a pris la charge de
toute la partie médicale de l’ouvrage, et m’a prêté l’assis-
tance de sa science et de son expérience d’hydrologiste
en écrivant entièrement les deux premiers chapitres,
ainsi que la fin de la troisième partie, relative aux ex*
voto à caractère médical.
Je tiens aussi à remercier tout particulièrement les
aimables correspondants qui ont bien voulu me fournir
I
PRÉFACE iii
des renseignements ou des documents sur certains points
spéciaux de mes recherches, ainsi que les éditeurs, prési-
dents de sociétés ou directeurs d’établissements, qui ont
consenti à mettre à ma disposition des clichés destinés à
l’illustration de cet ouvrage. Je ne puis les nommer tous,
mais je les prie d’accepter, eux aussi, l’expression de ma
gratitude pour leur bienveillante collaboration.
L. Bonnard.
I
'
I
.
INTRODUCTION
O ' T j C ' 1
CONNAISSANCE DES EAUX TH ER MALES
ANTÉRIEURE MENT A LA CONQUÊTE ROMAINE
t
L’étude que nous nous proposons d’entreprendre est
assez vaste, même limitée à l’époque gallo-romaine,
pour que nous ne cherchions pas à l’étendre encore à
d’autres périodes de notre histoire. Il nous semble indis-
pensable, cependant, au seuil de ce travail, de jeter un
coup d’œil sur les temps qui ont précédé la venue des
légions de César dans notre pays, afin de rechercher si
un usage antérieur de nos eaux thermales et minérales
n’y a pas laissé quelques traces.
La présence de nombreux silex taillés ou polis dans les
bassins ou aux abords de plusieurs de ces sources est un
indice certain qu’elles n’étaient pas restées inconnues de
nos lointains ancêtres, perdus dans les brumes de la pré-
histoire. Esmonnot, l’architecte des thermes de Néris,
frappé de la quantité de silex travaillés découverts dans
le voisinage des eaux, avait, l’un des premiers, émis cette
opinion. Vichy a fourni un nombre considérable de silex
LA GAULE THERMALE
v i
taillés et polis; il en a été de même à Bourbon-F Archam-
bault.
A Saint-Honoré, des silex taillés ont été recueillis lors
r-*— — — _ —
des travaux exécutés pour le déblaiement des sources
minérales. En 1840, le docteur Robert, de Bourbon-Lancy,
recueillit au fond d’un puits, au cours de travaux de répa-
ration des piscines, des haches en silex polis et taillés,
des couteaux et des grattoirs en silex et des haches de
bronze. Les instruments de pierre gisaient bien au-des-
sous des captages gallo-romains.
Lors des travaux exécutés en 1874 au Puisard Romain,
à Bourbonne, découverte, à 6 mètres au-dessous du
niveau général du sol, de silex travaillés, que l’ingénieur
chargé de la conduite des travaux (1) considéra, après un
examen attentif, comme provenant d’un gisement d’objets
préhistorisques, placé au-dessous de la nappe de béton
des constructeurs romains (2).
r Voici donc, dès les temps préhistoriques, des groupe-
ments humains attirés et fixés aux alentours des sources
thermales, sans nul doute à raison des multiples services
que pouvaient leur rendre ces eaux naturellement
(1) Rigaud, Notice sur les travaux exécutés à Bourbonne-les-Bains. Annales
des Mines, 7° série, t. XVII, 1880.
(2) Si nous sortons de la Gaule, nous trouvons un exemple frappant de
cette antique pratique aux fameuses N aux Apollinaires, si célèbres dans
l’antiquité, et aujourd’hui modeste station balnéaire voisine du bourg de
Vicarello, dans l’ancienne Étrurie. Au cours de fouilles pratiquées en 1852
dans le bassin qui alimentait l’une des piscines, on a découvert une couche
de silex de l’époque néolithique, une couche d ’œs rude, métal brut anté-
rieur au monnayage le plus élémentaire, une assise de lingots d’airain,
æs grave signatum, qui dénotent déjà un certain progrès, puis une couche
épaisse de poteries, de monnaies de tons les âges et de vases en bronze et
en argent, parmi lesquels les quatre fameux gobelets en argent, dits
Vases Apollinaires, qui portent gravé sur leurs lianes l’itinéraire de
Cadix, l’ancienne Gadès, à Rome. Nulle part la succession des mêmes rites
se perpétuant à trave s les âges n’apparaît d'une façon plus éclatante.
[ N T R 0 D U C T 1 0 N
V I F
chaudes; mais c'est à cela que doivent se borner nos cons-
tatations. Les préhistoriques usèrent-ils des sources dans
un autre but que la satisfaction de leurs besoins journa-
liers? Connurent-ils. tout au moins de la façon la plus
rudimentaire, les propriétés médicales de ces sources ? y
Furent-elles pour eux l’objet d un certain culte, dont un
rite nous serait révélé par la présence aux environs ou
dans les vases de certains bassins de ces silex qu’on a
considérés comme votifs?
Cela me semble assez probable, mais nous sommes
réduits sur ces questions à de simples suppositions, et il
est peu vraisemblable qu’aucune découverte vraiment
probante vienne jamais jeter la lumière sur ce côté parti-
culier de notre obscur passé.
Mais si nous n’avons que des données tout à fait vagues
sur ces lointaines époques, il n’en est pas de même des
temps qui précédèrent de plus ou moins près la conquête
romaine, et qui nous ont laissé près des sources thermales,
non plus seulement des restes d’habitat, mais des traces
certaines d’une utilisation spéciale et d’une appropriation
à des besoins déterminés.
Signalons, tout d’abord, la présence maintes fois
signalée autour des sources ou dans les sources de mon-
naies gauloises. On a objecté que ces monnaies avaient
pu être déposées après l’établissement des Romains,
mais, sur certains points, la succession des périodes
d’occupation est nettement établie. C’est ainsique le doc-
teur Robert, lors des travaux de Bourbon-Lancy dont
nous venons de parler, recueillit des monnaies gauloises
et des tessons de très anciennes poteries entre la couche
de silex taillés et Ja couche à monnaies et débris romains.
VIII
LA GA U LL THERMALE
Plombières aurait été fréquenté avant l’époque gallo-
romaine, d’après l’ingénieur .luthier, qui a attribué à cer-
tains colliers et objets de parure provenant de cette
station une origine pré-romaine.
A Luxcuil, on a reconnu à plusieurs reprises, notam-
ment en 1764 et en 1857, des travaux exécutés en énormes
pierres brutes ou grossièrement taillées au marteau, qui
semblent s’écarter tout à fait de la manière de construire
/• des Romains et avoir appartenu à des ouvrages antérieurs
aux leurs (1).
Dans cette même station, en 1865, les fouilles exécutées
pour des travaux de captage à la source dite du Pré-Mar-
tin, mirent à découvert, à 15 mètres en aval de la source,
dans une terre noire située entre la roche et le terrain
qui supportait les fondations d’importantes constructions
romaines, un amas de figurines en bois de chêne, d’un
caractère gaulois très marqué (2), et qui furent trouvées
entremêlées de cendres et de débris de bois brûlé. Le
terrain supérieur « n’est pas là du sable amené par les
eaux torrentielles; il est établi de main d’homme. Ce que
nous savons des mœurs antiques fait supposer avec beau-
coup de vraisemblance qu’il a servi de sol artificiel cou-
vrant quelque dépôt sacré d’ex-voto d’un âge anté-
rieur (3). »
A Bourbonne-les-Bains, dit le docteur Regnard (4), a la
(1) Chapelain, Propriétés physiques, chimiques et médicinales des eaux
minéro-thermales de Luxeuil, avec quelques recherches historiques, 1857. —
Grandmougin et Garnier, Histoire de la Ville et des Thermes de Luxeuil, 1866.
(2) Voir p. 273.
(3) Delacroix, Luxeuil, ville, abbaye et thermes. Mémoires de la Société
(/’ Emulation du Doubs, 4° série, vol. 111, 1867.
(4) Bourbonne ; son nom; ses origines; ses antiquités gallo-romaines; ses
établissements thermaux, etc. Mémoires de la Société historique et archéolo-
gique de Langres.
INTRODUCTION
IX
ville ne date pas seulement des Romains; les travaux
qu’on leur doit semblent même avoir mis sur la voie de
constructions plus anciennes et plus profondes que les
leurs. Ce qui est vraisemblable, au moins, pour ne pas
dire certain, c’est que les eaux n’ont pu rester sans usage
à aucune époque et que les Gaulois ont dû les utiliser à
leur façon. » D’après le docteur Drescli (1) et le profes-
seur Garrigou, la connaissance et l’utilisation de l’une
des sources d’Ax (Ariège), celle du Couloubret, remonte-
raient à une époque antérieure peut-être de plusieurs
siècles à la renaissance des eaux dès les premiers siècles
de l’ère chrétienne. En 1867, on trouva des restes de cap-
tage composés de pilotis, de tuyaux de bois et de maçon
nerie très grossière, ensevelis sous un dépôt de plusieurs
mètres, constitué par des blocs de granit, des cailloux
roulés, de l’argile, au milieu duquel on rencontra des
troncs- d’arbres et une quantité de débris végétaux parfai-
tement reconnaissables, parmi lesquels des noisettes.
Au Mont-Dore, la démonstration est plus éclatant^
encore. Le 12 juillet 1823, l’extirpation d’une masse
rocheuse composée d’un dépôt formé parles eaux, masse
engagée dans les fondements de l’établissement gallo-
romain, a mis à découvert une piscine quadrangulaire,
en madriers de sapin équarris, pouvant admettre une
quinzaine de personnes àla fois, et si bien conservée qu’on
aurait pu encore s’y baigner. Le docteur Bertrand (2) a
rapporté cette découverte dans tous ses détails et il
résulté d’une façon évidente de ses observations que ce
dépôt avait été constitué par le glissement des eaux des
(1) Truité comjdel des eaux d’Ax, 1897.
(2) Noie sur les antiquités déconcertes au Mont d’Or , 1844.
X
LA GAULE THERMALE
lors de la venue des Romains, puisqu’ils ont bâti sur le
Ces bassins en bois, utilisant l’eau à son point d’émer-
gence, ou recueillant celle qui glissait le long des parois
des roches, furent très vraisemblablement le mode de
' captage gaulois, présentant déjà un sensible progrès sur
les époques tout à lait primitives, au cours desquelles les
flaques d’eau thermale, éparses sur le sol, au milieu des
sables et des boues, durent constituer les premières bai-
gnoires. Ce procédé continua, d’ailleurs, à être employé
en Gaule et nous retrouverons, lorsque nous étudierons
le captage et l’ aménagement des sources thermales, un
certain nombre d’exemples de l’emploi des boisages,
notamment pour l’établissement des puits. Il est très pos-
sible que certains de ces travaux aient été des œuvres
purement gauloises, restées en service après l’occupation
romaine.
Remarquons aussi, à un autre point de vue, que la
vénération particulière des Gaulois pour les eaux et le
culte dont ils entouraient les sources autorisent à penser
qu’ils n’ont pas laissé de côté les eaux thermales et que,
tout en les confondant peut-être au point de vue religieux
avec les autres sources, il n’en ont pas moins reconnu et
apprécié les bienfaits. Les nombreux dieux, à noms net-
tement indigènes, que nous trouverons aux différents
Bourbon, à Evaux, à Luxeuil, dans les Pyrénées, etc.,
sont certainement des divinités nationales, antérieures à
la conquête, qu’on n’eût certes pas inventées si l’usage
des eaux et, par suite, le culte qu’on leur rendait, avait
dépôt qui l’enveloppait.
INTRODUCTION
XI
été de pure importation romaine. Le Panthéon latin était
assez riche et les conquérants avaient amené à leur suite
assez de divinités de tout genre pour que nos ancêtres
n’aient pas eu besoin de créer cet Olympe spécial et
d’en faire les protecteurs de leurs sources, si ces derniers
n’avaient pas existé antérieurement. Peut-être les sta-
tions de création nouvelle se placèrent-elles sous 1 égide
des divinités romaines; les dieux d’importation latine
vinrent également se juxtaposer dans les anciens lieux
de culte aux vieux génies locaux, mais ceux-ci tinrent
bon et leurs noms, gravés sur la pierre ou le bronze, ont
apporté jusqu’à nous le témoignage de la vénération dont
leurs adorateurs gaulois entouraient déjà certaines sources
thermales.
Nous n’avons pas tenu compte de l’inscription sui-
vante :
LIXOVII- THERM
REPAR- LAJBIENVS
IVSSV- C- IVL- CAES
IMP
souvent citée et qui a été découverte à Luxeuil, dans le
courant du dix-huitième siècle. Ce texte mentionnant des
réparations exécutées aux thermes de cette ville par
Labiénus, sur l’ordre de J. César, on en tirait la preuve
de l’existence pré-romaine de cette station thermale.
Malheureusement, la fausseté de ce monument épigra-
phique semble bien démontrée aujourd’hui, ainsi que nous
le verrons dans un chapitre suivant, lorsque nous nous
occuperons des renseignements fournis par les inscrip-
tions sur certaines stations thermales.
i
LA
\
GAULE THERMALE
PREMIÈRE PARTIE
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS
CHAPITRE PREMIER
<■ • . *
I. Les bains dans l’antiquité. — Le bain chez les Grecs. — Le bain chez les
Romains. — IL Les thermes. — Moyens de chauffage et d’aération^—
III. Usage et abus des bains. — IV. Action du bain simple. — Bains-
médicamenteux. — Bains de mer. — Hydrothérapie.
I
Les Rains ont tenu une telle place dans la vie antique, qu’a-
vant d'aborder l’étude spéciale des Eaux Minérales, nous
avons jugé utile, comme entrée en matière, de jeter un coup
d'œil rapide et succinct sur l’aménagement et les usages des
Thermes chez les Anciens.
Chez les Grecs, le Rain chaud (car le Bain froid a été
connu de tout temps), remonte à la plus haute antiquité. C’est
ainsi que dans Homère on voit Hélène, et plus tard Calypso et
Circé, baigner Ulysse. C’était une marque d’attention pour un
hôte que de le faire baigner par les esclaves et souvent par la
femme ou les filles de la maison. Les Bains se prenaient dans
1
LA GAULE THERMALE
2
une cuvé reposant sur un trépied au-dessous duquel était le
feu; elle servait à une ou plusieurs personnes, on l’appelait
aaatxtvOoç ou ttveXoç ou gaxxpa; axoepr) lorsqu’elle était en forme
de navire. Parfois les bains se prenaient dans des piscines
permettant la natation (1).
Les servantes versaient, pendant le bain, de l’eau chaude
sur les épaules du baigneur qui, au sortir de l’eau, était essuyé
et frotté d’huile.
L’usage du Bain ne fut jamais aussi fréquent en Grèce qu’il
le devint plus tard à Rome. Si, à Athènes, on encouragea
l’usage de la natation et du Bain froid, celui des Bains chauds
fréquents fut considéré comme un signe de mollesse et fut
même réglementé. Les Bains publics n’avaient pas le droit de
s’établir en ville. A Sparte la rigidité des habitants s’accom-
modait mal de tels usages et c’était le Bain froid dans l’Eurotas
qui était à peu près seul pratiqué.
Néanmoins, plus tard, les Bains publics et privés se multi-
plièrent chez les Grecs; on y adjoignit des gymnases, des
palestres, des stades (2).
Les Romains empruntèrent beaucoup aux Grecs pour
l’agencemênt des Bains et dépassèrent certainement leurs
maîtres. Galien dit que les Grecs contemporains d’Hippocrate
étaient mal montés en fait de bains.
Dans les premiers temps de la République, les Romains se
contentaient de se laver tous les huit jours dans une pièce
spéciale nommée lavatrinci ou latrina , établie près de la cuisine
pour avoir de l’eau chaude à proximité. On trouve des bains
de ce genre dans la maison dite du Faune, à Pompéi et dans
la maison de Livie à Rome. Plus tard, ils firent usage du
Balnemrn. du grec BaXavsiov. Mais ces premières salles de bains
étaient d’une simplicité rudimentaire en comparaison de celles
qu’on eut plus tard. Nous pouvons en juger par la descrip-
(1) Vase du Louvre, portant la signature du peintre Androkidès. —
Daremrerg et Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines.
V. Balneum.
(2) Vitruve, De V Architecture, liv. V, cliap. xi.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 3
tion donnée par Sénèque du bain de Scipion l’Africain à
Lifernum (1).
Ce texte nous donne à peu près la date de la transforma-
tion des Bains, qui n’eut pas lieu avant la lin de la deuxième
guerre punique, c’est-à-dire avant la fin du troisième siècle
avant Jésus-Christ au plus tôt. Ce fut dans les derniers temps
de la République qu’un certain Sergius Oratafit élever un bain
au-dessus d’un hypocauste. Plus tard Agrippa inventa, dit=on,
te laconicim; on en voyait un dans les superbes thermes qu’il
fit construire et qui contenaient toutes les commodités et
tous les perfectionnements alors connus.
Le Bain romain comprenait quatre phases. Galien en donne
la description suivante : « Le bain complet se divise en quatre
parties différentes par leurs propriétés. En entrant dans les
Thermes on se soumet à l'influence de l’air chaud, ensuite on
se met dans l’eau chaude, puis en sortant on se jette dans
l’eau froide, enfin on se fait essuyer la sueur. »
II
A ces différentes phases de la balnéation correspondaient
les dispositions suivantes dans la construction :
L’A podyterium;
Le Caldarium ;
Le Tepidar ium ;
Le Frigidarium.
Les Thermes delà Villa de Diomède, à Pompéi, nous donnent,
dans une grande maison privée, un exemple de ces instal-
lations. /.
L ’apodyterium était la pièce dans laquelle on se déshabillait; \
le pourtour en était garni de tablettes ou de niches, où l’on
(1) Sénèque, Ëpître, 86.
4
LA G A U L K THERMALE
conservait les parfums, l'huile, les strigiles, etc. Dans les bains
publics, il y avait parfois des séries de petits placards fermés.
Le tepidarium, à chaleur douce, était habituellement chauffé
par des réchauds comme ceux qu’on a trouvés à Pompéi dans
les bains publics. Cependant, dans quelques intubations,
comme nous le verrons plus loin, cette salle se trouve au-
dessus d’une chambre de chauffe communiquant par un
étranglement avec Phypocauste (1).
A côté se trouvait le caldarium ou sudatorium , concamerata
lavatio , dont l’une des extrémités se terminait carrément tandis
que l’autre, en forme de voûte, était arrondie au compas. Cette
pièce se divisait en deux parties, souvent sans séparation,
parfois formées par un refend. L’une était voûtée en forme
d’abside, afin qu'elle reçût également en son milieu la force de la
vapeur chaude qui tourne et s’épand dans toute sa cavité (2),
c’était le laconicum. D’après Vitruve il devait avoir, ainsi que
le tepidarium , autant de largeur que de hauteur. Dans la partie
voûtée se trouvait une fenêtre fermée par un bouclier, clypeus,
manœuvré au moyen d’un jeu de chaînes et servant à l’aéra-
tion et à la régulation de la température. Au centre on voyait
le labrum, vasque ronde pour les ablutions. En face du laco-
nicum, dans la partie carrée, se trouvait la baignoire, qui
portait le nom d 'alveus, calda lavatio, calda natatio , piscina, selon
les dimensions, descensio, solium, selon qu’on y descendait
ou qu’on pouvait s’y asseoir.
Pour certains auteurs, le mot de laconicum ne s’applique pas
à la salle elle-même, mais à une sorte de poêle placé dans le
caldarium, communiquant directement avec Phypocauste et.
laissant passer la flamme qui s’échappait par le clypeus. C’est
une erreur à laquelle a donné naissance un dessin en coupe
des Thermes de Titus, tenu longtemps pour antique et qui est
l’œuvre d’un architecte du seizième siècle. C'est donc bien à
la salle elle-même que s’applique le nom.
(1) Général Morin, Mémoires de l’Académie des inscriptions et belles-lettres,
lri! série, t. VIII, 2° partie, 17 novembre 1871.
(2) Vitruve, op. cil., liv. V, chap. x.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 5
Pour augmenter cl régulariser la température du sudatorium ,
ainsi que pour l’aération de la salle, l’intérieur des murs de
l’abside comprenait des tuyaux, souvent de deux ordres, les
uns horizontaux, les autres verticaux, plongeant dans 1 liypo-
causte. Nous y reviendrons en parlant de la tubulation.
Le caldarium se trouvait au-dessus de l’hypocauste. Sous ce
nom, on désigne un ensemble d’appareils de cbaullagc com-
prenant le fourneau , le canal, les chambres de chaleur et la tubu-
lation. On emploie aussi le nom d’hypocausis, mais celte déno-
mination désigne, en réalité, la chambre chauffante, tandis
que le nom d’hypocauste s’applique surtout aux chambres de
chaleur. Suivant un usage généralement accepté, nous emploie-
rons le terme d’hypocauste pour l’ensemble des divers
organes.
Le fourneau, prœfurnium, chambre ronde ou rectangulaire,
voûtée, était une sorte de four à double but : il chauffait des
chaudières remplies d’eau et envoyait de l’air chaud dans les
chambres de chaleur par le canal. Celui-ci prenait naissance
sur une des parois du fourneau et aboutissait aux chambres
chaudes. Le sol en était formé de briques posées verticale-
ment, profondément striées et ayant des joints soigneusement
recouverts de glaise.
Les chambres de chaleur, situées immédiatement au-dessous
du caldarium , auquel elles servaient de sous-sol, de dimensions
variables selon l’espace qu’elles devaient chauffer, étaient des
chambres basses, de 40 à 60 centimètres de hauteur et ayant
au plafond une voûte appelée suspensura, reposant sur des
séries de piliers en briques ou en pierre, ou quelquefois formés
par des colonnettes creuses en terre cuite (fuj. i). On posait
sur ces piliers de larges dalles, disposées de telle sorte que
chacune d’elles reposât sur quatre piliers, puis, sur le sol bien
uni que formait la partie supérieure de ces dalles, on éten-
dait du mortier ou de la terre glaise, recouvert d’un lit de
cai lion tis ou de briques concassées noyés dans du ciment. Une
dernière couche de ciment complétait le revêtement de ce sol
imperméable.
G
LA GAULE THERMALE
Le courant de gaz chauds et de fumée qui se répandait dans
la chambre basse y déterminait un échauflement tel que la
température pouvait s’élever jusqu’à 150" ou 200°.
Dans un certain nombre d’installations, on trouve, sous le
tepidarium, une seconde chambre de chaleur communiquant
avec la première au moyen d’un étranglement. Il en résultait
Fig. 1. — HYPOCAUSTE.
Square du musée d’antiquités à Angers.
que la pression et la densité du gaz et, par suite, la quantité
de chaleur étaient moindres sous le tepidarium que sous le
sudatorimn.
La chaleur des hypocaustes a aussi été mise à contribution
pour élever la température dans les maisons et quelquefois
pour tiédir directement l’eau dans des baignoires. Mais, presque
toujours, cette eau était chauffée dans des chaudières à
disposition ingénieuse, situées directement au-dessus du four-
neau.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 7
Ces chaudières, appelées aussi miliaria , à cause de leur
ressemblance avec les bornes milliaires, étaient en triple
besace et contenaient de l'eau à températures différentes.
D’autres n'avaient, que deux récipients, l’inférieur, pour l’eau
bouillante; le supérieur, pour l’eau tiède. Un système de
tuyautage et de robinets permettait de faire le mélange.
La tubulation, ou ensemble de circulation des tuyaux d’air
et de fumée, était un des rouages les plus importants des
bains antiques. Son rôle était multiple : elle servait à élever
la température par une utilisation bien comprise de la cha-
leur, à sa régulation et à l’aération indispensable dans ces
salles dont l'air était vicié par la respiration et la transpira-
tion des baigneurs. Les tuyaux qui la constituaient étaient
verticaux ou horizontaux.
Les premiers (cuniculi, impressi parietibus tubi ), en terre
cuite, étaient généralement rectangulaires, plus rarement
cylindriques et montaient dans le mur, entre le gros œuvre et
le revêtement. D’après le général Morin, qui a étudié si savam-
ment le chauffage et la ventilation chez les Romains, ces
tuyaux plongeant par leur partie inférieure dans l’hypocauste
servaient, tout en chauffant les parois, de conduits pour le
dégagement de la fumée et devaient, dans la partie supérieure
des édifices, s’incliner et se réunir par groupes sous une même
tète de cheminée. Cette disposition, constatée à l’hypocauste
de la Carrière-du-Roi, dans la forêt de Compiègne, lui avait
semblé si logique, que le général était persuadé qu’elle devait
se retrouver dans toutes les installations du même genre. On
s’explique difficilement, d’ailleurs, qu'il ait pu en être autre-
ment. Il était indispensable d’avoir un mode d’évacuation de
la fumée et des gaz délétères provenant de la combustion et
ce résultat ne pouvait être obtenu par des tuyaux débouchant
dans les pièces supérieures, où l’air fût devenu rapidement
irrespirable. Cependant, dans beaucoup de fouilles, on n’a pas
rencontré ces tuyaux d’évacuation de fumée, et M. Thédenat
constate que, dans un certain nombre d’hypocaustes, on n’a
pas trouvé trace de conduits autres que quelques tuyaux
8
LA GAULE THERMALE
allant directement de l’hypocauste dans l’intérieur de la pièce
qui devait être chauffée. Pour expliquer leur fonctionnement,
il a émis l’hypothèse que le chauffage ne devait se faire que
par de la braise ardente préparée à l’air libre. Tout d’abord,
il semble qu’il aurait été bien difficile de produire, par un
semblable procédé, une élévation sérieuse de température. En
outre, s’il en avait été. ainsi, pourquoi aurait-on construit ces
foyers, dont on rencontre toujours la trace, tout à fait inutiles
puisque, le bois étant brûlé au dehors, il eut suffi de répandre
la braise sur l’aire de Thypocauste ?
« Ou peut-être, ajoute le savant archéologue, l’air chaud,
après avoir parcouru les salles du sous-sol encombrées de
piliers, pénétrait-il dans les tuyaux, purifié et débarrassé de
la fumée déposée en suie contre les obstacles qu’offraient les
angles des piliers. »
J’avoue que cette seconde hypothèse ne me séduit pas plus
que la première et que je la crois absolument inconciliable
avec les lois les plus élémentaires de la physiologie et de
l’hygiène.
En résumé, ces conduits d’évacuation de fumée sont indis-
pensables et il paraît bien probable que si on n’en a pas
trouvé dans toutes les fouilles, c’est que leur destruction trop
complète n’a pas permis d’en distinguer les vestiges. Des
fouilles récentes, suivies à Beauvais par MM. A cher et Le-
blond (1), qui ont amené la découverte d’un balnéaire gallo-
romain à côté et sous le sol même de l’église Saint-Étienne,
nous fournissent de précieux renseignements sur cette matière
et semblent bien démontrer l’existence d’un double système
détubulation. Les fouilles ont donné des tuyaux en poterie de
deux sortes. Les uns pleins, sans traces de perforations, pré-
sentaient à l’intérieur des traces de suie, et les fouilleurs ont
pu constater, sur deux ou trois points où la destruction
n’était pas complète et où les suspensurœ étaient restées en
contact avec le mur, que ces conduits prenaient jour dans
(1) Le Balnéaire gallo-romain de Beauvais. Congrès archéologique de
France tenu à Beauvais, 1905.
LA MEDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS
9
l'hypocauste. C’étaient là les véritables conduits de fumée;
les cheminées d’évacuation pour les gaz et les vapeurs. Les
seconds n’offraient à l’intérieur aucune trace de suie ou de
fumée et portaient des ouvertures sur une de leurs sur-
faces (1).
Les tuyaux horizontaux avaient surtout pour destination le
renouvellement de l’air et la régulation de la température.
Ils introduisaient dans la salle un certain volume d’air pris
au dehors et échauffé par sa circulation dans les premiers
branchements disposés, soit au-dessus du foyer lui-même,
soit dans l’épaisseur des suspensurœ, ainsi que l’ont constaté
MM. Acher et Leblond dans le balnéaire de Beauvais. Sur ces
conduites venaient se greffer des tuyaux verticaux très carac-
téristiques de leur destination. Une de leurs faces, striée au
peigne pour la rendre plus facilement adhérente, était appli-
quée contre le mur et, sur la face opposée, étaient des ouver-
tures par lesquelles s’introduisait en minces filets l’air préala-
blement échauffé.
Cette arrivée d’air tiède pouvait, dans une certaine mesure,
servir à régulariser la température dans une salle surchauffée,
mais ce résultat était surtout obtenu par la manœuvre du
cljjpeiis, principal organe d’évacuation de l’air vicié, concentré
à la partie supérieure de la voûte. Cette manœuvre se faisait
à l’aide d’une chaîne et permettait de graduer l’ouverture de
cette sorte de soupape.
On voit ainsi combien était simple et pratique tout cet
ensemble comprenant :
1° Un système de chauffage qui consistait en :
a) Un foyer communiquant avec une chambre de chauffe à
sol incliné, légèrement ascendant. Il chauffait les suspensurœ ,
formant au sudatoriiim un sol épais, conservant la chaleur et
absolument imperméable aux gaz.
(1) Dans quelques hypocaustcs, notamment celui do Champlicu, près do
la forêt de Compiègne, on constate un dispositif différent : le caldarium
possédait un double mur, les deux parois étant séparées par un espace
vide et reliées de distance en distance par des fiches en fer.
10
LA GAULE THERMALE
b) Des tuyaux d’évacuation de la fumée et des gaz, disposés
autour des parois de la salle chauffée, utilisant aussi complè-
tement que possible la chaleur produite par le foyer.
Un système d’aération introduisant dans cette salle, au
moyen des conduits perforés, de l’air pris au dehors et
échauffé dans les premiers branchements.
3° Un système d’évacuation de l’air comprimé à l’aide du
clypeus .
Au sortir du sudatorium, le baigneur passait dans le frigi-
darium, pour se plonger dans Yalveus, rempli d’eau froide.
Cette piscine, garnie sur son pourtour d’un degré pour faci-
liter la descente, occupait la presque totalité de la salle, lais-
sant simplement entre ses bords et le mur l’espace nécessaire
à la circulation .
Dans certains bains publics il y avait des chambres sépa-
rées contenant des baignoires particulières. Cette installation
était fréquente dans les stations thermales.
L'eau amenée dans un réservoir central se distribuait de là
dans des baignoires contenues dans des chambres basses et
étroites, à l’abri du froid et de la grande chaleur.
Certains de ces bains, avec leurs ornements en stuc et leurs
belles peintures, étaient d’une richesse inouïe; l’onyx, l’al-
bâtre, le jaspe, le porphyre, les marbres les plus rares y
étaient employés. L’éclat en était relevé par des mosaïques,
des statues et des colonnes; l’eau coulait par des robinets
d’argent et les vases destinés à la recevoir étaient du même
métal.
C’est la comparaison de ces bains avec celui de Scipion qui
faisait dire à Sénèque : « Qui se contenterait maintenant de
telles étuves! On se croit misérable et mal ajusté, si dans les
parois des lieux où l’on se baigne, l’on ne voit éclater des
piliers de marbre d’Alexandrie marquetés d’une pierre de
Numidie et taillés en rond; si la voûte n’est cachée sous le
verre; si les cuvettes où l’on entre après avoir bien sué n’ont
les bords de pierre Thasienne que l’on ne voyait autrefois que
dans les temples et si les robinets qui versent l’eau ne sont
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 11
d’argent. Et je ne parle encore que des bains du peuple...
« Les bains de Scipion ne sont éclairés que par des fentes;
aujourd’hui il faut que le soleil entre dans ces bains d’où on
voit la campagne. Autrefois il y avait peu de bains, on n’y
allait que pour la santé. Les édiles Caton, Fabius Maximums y
allaient pour s’assurer de leur état et de la température de
l’eau. On prenait des bains tièdes et non bouillants comme
aujourd’hui.
« Les anciens se lavaient tous les jours les jambes et les
bras, mais ne prenaient qu’un bain tous les huit jours. Depuis
que les bains sont plus propres les hommes sont plus
sales (1). »
III
Cette habitude des bains, qui a fait dire à Pline que pen-
dant six cents ans les Romains n’avaient pas eu d’autre
médecin, ne tarda pas à dégénérer en abus. On ne se contenta
plus alors du bain hebdomadaire, les jours de marché, ni
même du bain quotidien, mais on prit jusqu’à cinq et six
bains par jour. Le besoin des soins de propreté des Romains
de cette époque, que Lucilius a traduit dans ces vers :
Hic crucicitur faîne
Frigore, illuvie, imbaltinie, imperfundie, incurià.
(Il souffre de la faim, du froid, de la malpropreté, du
manque de bains, du manque d’eau pour se laver, du manque
de soins) (2), ce besoin, excellent dans son essence, perdait,
par son exagération, tout son côté hygiénique pour faire
place au plaisir. Les jours ne suffisant pas, on prit des bains
la nuit, malgré quelques interdictions momentanées. Dans son
(1) SÉNÈQUE, ÎOC. CÜ.
(2) Dupouy, Médecine et mœurs de l’ancienne Rome, p. 219.
1 2
L A GAULE THERMALE
Satyricon, Pétrone nous montre Trimalcion se rendant au bain
au milieu du festin et y entraînant ses convives : « Vous
n'aurez pas à vous en repentir; j’en ai fait l’essai, il est chaud
comme un four. »
La mollesse, la recherche du plaisir avaient fait recourir à
des bains à température élevée, comme le constate aussi
Sénèque, et la facilité des mœurs de la Rome impériale trans-
forma souvent les bains publics en lieux de débauche. On en
vint à ne plus séparer les sexes. Où sont les pauvres bains
de Scipion et les mœurs pures des matrones des premiers
temps de la République !
Les auteurs romains, Pline, Juvénal, Galien, se sont élevés
avec force contre l’abus des bains, tant au point de vue
moral qu’au point de vue physique. Bien que le christianisme
ait amené de ce côté une forte réaction, l’usage du bain
romain n’en continua pas moins pendant longtemps. Il exis-
tait encore au sixième siècle, ainsi que le prouve la lettre de
Théodoric à son architecte à propos des Bains d’Aponum (I) .
Muni d’un nécessaire comprenant des linges, quatre stri-
/giles, une fiole d’huile, am.pulla , une écuelle plate à tige, une
boite d’onguents, un peigne, une aiguille, fibula, et un
miroir (2), le baigneur se rendait à l’établissement thermal ou
aux bains publics. A son entrée dans Yapodyterium , il était
débarrassé de ses vêtements, conservés dans la salle sous la
garde des esclaves, capsarii, car les pickpockets n’étaient pas
inconnus des Romains : « Nous quittons nos habits que Giton
fait sécher à l’entrée et on nous introduit dans une étuve fort
étroite (3). » Après avoir revêtu une longue braie et chaussé
Yobstrigillus ou sandale de bois, il pénétrait dans le laconicum.
Lorsqu’il en sortait tout en sueur, on l’enveloppait dans une
couverture de laine, on versait sur lui de l’eau chaude, puis
il se jetait dans Yalveus du frigidarium.
(1) Cassiodore, Varia II. Epist. 39. — Voir De Baltieis omnia quoi
exslans, etc. Venetiis, 1533, p. 95.
(2) Rondelet, les Pratiques balnéaires à travers les âges , iu Médecine
internationale, nos 2 et 3, 1905.
(3) Pétrone, op. cil.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 13
A la suite de ces diverses pratiques il passait au tepidarium,
et là il se livrait aux mains des masseurs et des parfumeurs,
et n’oubliait de se rendre au buffet. « Nous nous rendîmes aux
Thermes et là nous passâmes du bain chaud au rafraîchissoir.
On venait de parfumer Trimalcion et les frottoirs dont on
l’essuyait étaient, non pas de lin, mais du molleton le plus
doux. Trois garçons étuvistes sablaient le Falerne en sa pré-
sence... Bientôt on l’enveloppa d’une peluche écarlate,
puis on le plaça dans une litière (1). »
Tout d’abord on promenait sur le corps du baigneur le stri-
r/ile , sorte de racloir en bois, en corne, en métal, de formes
diverses, pour enlever la sueur, « ces brosses à manche nous
viennent de Pergame. Si tu t’en frottes bien le corps, ton
linge n’aura pas besoin si souvent de dégraisseur (2). »
Spartien raconte que l’empereur Adrien, qui se baignait
souvent avec le peuple, aperçut un jour un vieux soldat qui,
n’ayant personne pour lui racler la peau, se frottait le dos
contre le mur du bain. L’empereur lui rendit le service dont
il avait besoin et lui procura de quoi se faire servir désormais.
Le lendemain plusieurs vieillards tentèrent de se faire remar-
quer par le même moyen, mais l’empereur se contenta de leur
faire distribuer des strigiles en leur ordonnant de s’étriller
mutuellement (3).
Après le raclage au strigile, les fricatores huilaient ou par-
fumaient, et les tractatores ou tractàtrices pratiquaient le mas-
sage.
Percurrit agili corpus nrte tractatrix
Manum que doctam spargit omnibus membris (4).
Enfin venait tout un peuple d’épileurs : Aliparii, armés de la
vulcella , pince à épiler: d'épileuses, Picatrices ; de Tonsores,
Tonstrices , Comotriœ, Plectriœ, Oniatrices, Comptrices, dont les
doigts habiles, les parfums savants, les onguents et les pou-
(1) Pétrone, op. cit.
(2) Martial, Epigrammes, XIV, 51.
(3) Dupouy, loc. cil., p. 273.
(4) Martial, Epigrammes, III, 81.
•14
LA GAULE THERMALE
tires servaient, aux toilettes compliquées des élégants et sur-
tout des élégantes de la cité reine du monde.
Les bains publics étaient sous la surveillance d’officiers
municipaux, præfecti balneis , qui avaient sous leurs ordres les
balnalores ou aquarii, ainsi (jue les aliptœ, préposés surtout
aux malades; ces derniers se disaient médecins et se faisaient
appeler iatraieptœ. L’ouverture et la fermeture des bains étaient
annoncées au son de la trompette, des cloches, ou de sortes
de gongs : Sonat œs thermarum, dit Martial (l).
On a trouvé à Vichy un certain nombre de clochettes dont
on voit des spécimens au musée du Louvre (2). Peut-être
servaient-elles au même usage, mais aussi, sans doute, y en
avait-il à la disposition des baigneurs pour appeler les servi-
teurs.
Enfin, selon la mode grecque, certains bains eurent comme
annexes des palestres, des gymnases, des jeux de paume,
mais ce fut le petit nombre, et nous ne sachons pas qu'on en
ait trouvé des vestiges dans aucune station thermale \fig. 2) (3).
IV
Au point de vue de Faction des bains, Galien dit que les
bains chauds d’eau potable sont bons, parce qu’ils évacuent
(1) Un disque d’appel de ce genre, en bronze, ayant 223 millimètres de
diamètre, percé au centre d’un trou de suspension, a été trouvé à Cahors,
en 1894. ( Bulletin de la Société d'archéologie du Midi de la France, séance
du 4 décembre 1894 : communication de M. Momméja sur un discus bal-
néaire découvert à Cahors.) L’auteur de la communication signale égale-
ment deux grands timbres de 0m,18 de diamètre, figurant au catalogue du
Musée de Moulins.
(2) Mallat et Counillon, Histoire des eaux minérales de Vichy, 1906.
(3) Nous donnons ici, comme type de thermes complets d’une ville
secondaire, le plan des Thermes de Stabies, à Pompéi. dont le cliché,
extrait de Pompéi, par M. Thédcnat, nous a été obligeamment commu-
niqué par la maison Laurens.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 15
la bile en la faisant sortir, et parce qu'ils soulagent beaucoup
en raison de leurs propriétés. « En effet, dit-il, tous les bains
de cette espèce ont la faculté d’humecter et de rafraîchir. Les
Fig. 2. — THERMES DE STABIES, A POMPÉ I
Bain des hommes : A , vestibule. B, palestre. G, apodyterium. D, tepidarium.
E, caldarium. F , frigidarium.
Bain des femmes : G, apodyterium. H, tepidarium. I, caldarium.
J, chambre de chauffe.
1, piscine froide. 2. salle de garde des vêtements. 3, salle pour les ablutions.
4, jeu de boules. 5. salle d’attente des esclaves 6, vestibule. 7, piscine tiède.
3, piscine chaude. 9, labrum. 10, 11, corridors. 12. frigidarium, 13. piscine chaude.
14, labrum. 15, corridor de service. 16, 17, 18, chaudières. 19, portique. 20,
chambre d’inspecteur. 21, latrines. 22, corridor. 23, cabines avec baignoires.
24, escalier des caves. 25, loge de concierge. 26, corridor.
bains de mer, les bains salés, ceux où entre la soude brute,
les bains sulfureux font, il est vrai, sortir plus de bile, mais
ils sont beaucoup moins utiles que les bains d’eau potable. »
Et, à propos du traitement de la lièvre tierce légitime, il
ajoute : « Les bains doivent avoir pour but d’imbiber et
d’humecter les corps. Il ne faut donc pas y mettre de soude
brute, de sel ni de moutarde, ainsi qu’on le voit faire à beau-
IG
LA GAULE THERMALE
coup de médecins qui perdent leurs malades ; mais après avoir
versé de l'huile très chaude dans l’eau potable, on plongera et
on baignera le malade, et, s’il le désire, on lui permettra de
manger (1). » Galien ne soumettait pas tous ses malades aux
sudations, il se contentait, dans bien des cas, de les plonger
dans la baignoire et de les essuyer et oindre. Il recommande
de ne pas se baigner après le repas.
De la répugnance qu’éprouvait Galien à l’emploi du bain
composé dans le traitement de la fièvre tierce, il ne faut pas
conclure que les bains médicamenteux étaient peu employés.
Ils étaient, au contraire, très en usage. On faisait bouillir dans
l’eau du pouliot, de l’origan, de l’hysope, du thym, du
thymbre, des feuilles de laurier, des rameaux d’ivette, des
racines d’opoponax ou de pariétaire d’Espagne, de la staphi-
saigre; on y mettait de l’huile, du sel (pour faire de l’eau de
mer artificielle), de la soude brute, des cendres de sarments,
du soufre brut, de la décoction de baies de genièvre, de mer-
curiale, de plantain, de roses ou de sommités de ronces, de
mauve ou de fenugrec (2).
Le bain de mer fut aussi très en vogue. L’empereur Néron
avait fait conduire l’eau de la mer dans son Palais d’Or; il avait
aussi conçu le projet d’y faire amener toutes les eaux ther-
males de Baies (3). Galien se moque d’un homme riche qui
faisait venir à Rome de l’eau de la mer Morte.
L’eau de mer était employée comme résolutif, en topiques-
et cataplasmes ; elle était mêlée aux emplâtres, vantée contre
les engelures et certaines affections psoriques, contre les dou-
leurs de tète, le venin de l’araignée phalange, le venin des scor-
pions et celui de l’aspic ptyas; on faisait de l’eau de mer artifi-
cielle; on vantait les cataplasmes de mousse marine contre la
goutte, et le sable de mer contre l’hydropisie et le rhumatisme-
' 1
L’hydrothérapie, dont Hippocrate' avait nettement posé les-
(1) Galien, Indications et contre-indications du bain, dans Oribase, X, 6-
(2) Antyllüs, dans Oribase, X, 2.
(3) Suétone, Néron, chap. xxxi.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 17
indications et les contre-indications, avait été très employée à
Rome par Asclépiade, mais sa grande vogue fut due à Anto-
nius Musa, affranchi d'Auguste. L’empereur souffrait d’une
hépatite grave au retour de l’expédition de Biscaye. Les
fomentations chaudes n’avaient amené aucune amélioration.
Musa le soumit à l'usage de l’eau froide, intus et extra, cpii
amena la guérison. A la suite de cette cure retentissante, Musa
fut nommé chevalier et on lui éleva une statue sur les hords
du Tibre, près de celle d’Esculapc (1 ).
11 administrait l’eau en bains, douches ou affusions et
boisson. Néanmoins Musa usait aussi des eaux minérales,
notamment de celles de Baies (2) et de celles d’Albula, où
l’empereur Auguste allait tous les ans pour une sciatique et
des douleurs articulaires à la jambe gauche.
L'hydrothérapie fut alors très en honneur; on appelait
Psychrophiles les médecins qui rappliquaient, et ils se subdi-
visaient en Psychrolites, amis du bain froid, Fsychropctes,
amis des boissons froides, et Psychropantes , partisans des
deux méthodes. On s’adonnait à l’eau froide et on délaissait
les sources chaudes (3j.
Cet engouement cessa à la suite du décès de Marcellus,
neveu de l’empereur, survenu pendant une cure hydrothéra-
pique, et ne reprit que plus tard avec Charmis de Marseille,
médecin de Néron (4). Sénèque, qui avait subi l’influence
générale, était un fervent de l’eau froide et prenait des bains
même en hiver (5); il dit qu’on était arrivé au point qu’au-
cune eau ne paraissait assez froide : Nul/ a Romanis aqua fluens
satis frigida videretur (6).
Agathinus de Sparte (7) était grand partisan du bain froid
qu’il faisait prendre toute l’année et continuer pendant la
(1) Suétone, Auguste, 59 et 81.
(2) Horace, Épilre XV. Ad Valant.
(3) Horace, ibidem, 16.
(4) Pline, liv. XXIX, 5.
(5) Sénèque, Épitre LIII, 83.
(6) Sénèque, Nul. Quæsl., liv. IV.
(7) Agathinus, dans Oribase, II, 394.
I
Z
18
LA GAULE THERMALE
vieillesse, 11 prescrivait l’eau froide, selon la mode des Bar-
bares, pour les jeunes enfants. Galien (1), moins enthousiaste
que lui, posait les règles de l’emploi de l’eau froide: il le
détendait avant l’âge de quatorze ans et surveillait la réaction
qui devait dicter la durée du bain. Malgré ces autorités, aux-
quelles nous joindrons celle de Cœlius Aurelianus (2),’ l'hy-
drothérapie déclina et fut surtout employée par les empi-
riques.
(1) Galien, ibid., 390.
(2) Goelius Aurelianus Acutus, Iiv. I, 15.
CHAPITRE II
I. Les eaux minérales. — Leur réputation à Rome. — II. Divisions et
classifications. — Indications et contre-indications. — Action physiolo-
gique. — III. Modes d'emploi. — Boisson. — Bains. — Douches. —
Affusions. — Étuves. — Inhalation. — Bains de boue. — Bains de va-
peur. — IV. Durée et saisons des cures thermales. — Direction
médicale.
I
Pour expliquer la vogue des stations thermales chez les
Romains, Dufresse de Chassaigne dit avec raison que les
sciences médicales, privées à cette époque de bases solides et
livrées à l’empirisme pur, offraient peu de ressources aux
malades, tandis que les Eaux minérales leur présentaient, sous
une forme agréable et parfaitement appropriée, des remèdes
efficaces contre la plupart de leurs maladies chroniques. Ils
se trouvaient donc doublement attirés vers les sources
chaudes par leur besoin des bains et par leurs tendances
médicales. La confiance dans l’usage des eaux était telle,
qu’elle avait donné naissance à ce proverbe rapporté par
Cicéron :
Quamdiu ad aquas fuit , nunquam estmorluus.
« Tant qu’on va aux Eaux on n’est pas mort (1). »
La science médicale, là comme dans la plupart des cas,
procédait de l’empirisme. La médecine populaire avait pré-
cédé et entraîné la médecine scientifique, mêlant la légende
(1) Cicéron, De Oratore, liv. II, chap. xxvii.
20
La GAULE THERMALE
symbolique aux origines des pratiques balnéaires et divinisant
les sources. Diodore de Sicile dit que, pour complaire à Mi-
nerve, les Nymphes firent jaillir la source chaude d’Iliméra
(Termini), en Sicile, en présence d’Ilercule. Nous retrouvons
cette légende en Grèce. Suivant une tradition basée sur un
fragment de Pisandre, Minerve fit jaillir la source chaude des
Thermopyles pour délasser Hercule de ses fatigues.
L’emploi des Eaux minérales est peut-être resté longtemps
dans le domaine des petits empiriques médicaux. On est tenté
de le croire en voyant le silence que garde Hippocrate à leur
égard, ainsi que Pline le constate avec étonnement. On ne
trouve, en effet, à peu près rien sur leur emploi dans les
écrits du Père de la médecine. Il dit que le bain salé échauffe
et sèche, étant naturellement chaud et qu’il attire l'humidité
hors du corps (1). Il cite aussi l’observation d’un homme
atteint d’une affection cutanée qui se rendit d’Athènes à Mélos
pour prendre les bains chauds; il guérit de son affection mais
mourut d’hyclropisie (2). Dans son livre de l’Air et des Eaux,
il discute surtout les qualités de l’eau simple ; c’est ce qu’ont
fait aussi beaucoup d’auteurs de l’antiquité, du moyen âge et
de la Renaissance comme Baccio (3) et Laurent Joubert (4),
qui, tout en s’occupant des Eaux minérales, ont surtout
disserté sur les qualités, les défauts et l’usage de l’eau ordinaire.
Les Romains, qui avaient à leurs portes de très belles
sources minérales chaudes, en firent usage de très bonne
heure. Les Eaux cl’Albula. Albunea fons sub Tybur, illustres par
l’oracle du Faune et de la Sybille, étaient très vénérées des
rois de Rome.
At rex sollicitus monstris oracula Fauni
Fatidici genitoris adit, lucosque sub alla
Consulit albunea, nemorumque maxima sacro,
Fonte sonat, sævamque exhalai opaca mephilim (5).
(1) Du Régime, II, 57.
(2) Les Eaux de Mélos étaient chaudes mais non minérales, d’après Pline.
(3) Baccio, De Thermis. Vcnetiis, 1571.
(4) Laurent Joubert, De balneis antiquorum tamGrœcorum quarn Roma-
norum libellas. Lugduni, 1582.
(5) Virgile, Ënéide, VII.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 21
Elles ont été sans cloute les premiers bains des Romains.
Galien, Cœlius Aurelianus, Scribonius Largus, Aëtius,
Vitruve les considéraient comme alumineuses, d’autres au teurs
comme sulfureuses.
Itur ad Herculi gelidas qua Tybur arces
Canaque tulphureis albula fumai aquis (1).
A mesure cpie la puissance romaine s’agrandit, elle mit en
valeur les sources thermales de l’Italie et des Colonies. Raies
fut pendant l’empire la grande station de cure et de plaisir,
et de ce fait avait même une assez mauvaise réputation, ce
qui faisait dire à Sénèque : « Il (le sage) n’ira pas à Raies
parce cpie c’est la retraite du vice (2). » Horace, aimable épi-
curien, n’avait pas cette austérité et vantait surtout les
plaisirs qu’on y goûtait.
Nullus in orbe sinus Baiis prœlucet amœnis
Si dixit dires (3).
L’abus des plaisirs y était contagieux et le mauvais exemple
(nous voulons croire que l’usage des Eaux n’y était pour rien),
arrivait à corrompre les femmes les plus honnêtes, si l’on en
croit Martial. 11 cite l’exemple de la chaste Levina, à la con-
duite austère, qui, après avoir pris les Eaux de Lucrin et de
l’ Avertie, après surtout une saison à Raies, abandonna son
mari.
Et dum Baianis sœpe fovetur aquis
Incidit in flammas juvenemque secuta, reliclo
Conjuge, Pénélope venit, abit Helene.
Et, plus loin, reprochant à un certain Oppianus de ne pas
fréquenter les thermes, il dit : « Jamais Eaux ne te charme-
ront davantage : ni les Sources d’Apone, défendues aux
jeunes filles, ni celles de la molle Sinuesse, ni les flots
bouillants du Passer, ni ceux d’Anxur la Superbe, ni les
bains d’Apollon, ni ceux de Raies la première de nos Eaux
thermales (4). »
(1) Martial.
(2) Sénèque, Épllre LI.
(3) Horace, Èpltre I.
(4) Dui’ouv, Médecine et moeurs de l'ancienne Borne.
LA GAULE THERMALE
©O
LU
A partir de cette époque, les citations des Eaux minérales
sont fréquentes chez les auteurs, poètes, prosateurs ou méde-
cins; mais on ne trouve que des indications fragmentées, et
l'on chercherait en vain, même dans les traités de médecine,
une étude complète.
Pline (1) parle longuement des Eaux et, s’il se fait souvent
l'écho de superstitions et de traditions étranges, il nous donne
aussi des renseignements très précieux sur les sources, leurs
indications et leurs modes d’emploi. Il nous décrit les Eaux
froides ou chaudes comme à Tarbelles (Dax), à Statyelles en
Ligurie, à Aix, dans la Narbonnaise; il s’extasie sur les sources
qui font éclore des villes, comme à Putéoles (Pouzzoles) et
surtout sur celles de Baïes, où elles sont si chaudes qu’elles
forcent l’eau à bouillir dans les baignoires. A Baïes Posi-
diennes, ainsi nommées du nom d’un affranchi d’Auguste,
elles font cuire les aliments. « Suivant leurs espèces, dit-il,
elles sont bonnes aux nerfs, aux pieds, aux hanches, aux
luxations, aux fractures, elles guérissent les plaies, elles sont
bonnes en particulier pour la tête et les oreilles. »
Il ajoute que toutes les Eaux chaudes ne sont pas médici-
nales, ainsi celles de Ségeste en Sicile, de Larissa, de la
Troade, de Magnésie, de Paros, de Lipari. On a pensé à tort,
ajoute-t-il, que lorsqu’elles sont médicinales, elles altèrent la
couleur de l’airain et de l’argent, car les Eaux de Padoue n’ont
pas de ces effets; on ne sent même aucune odeur qui les
distingue de l’eau commune.
Sénèque partage l’enthousiasme de son temps pour les
eaux. « Il en est, dit-il, qui sont bonnes pour les ophtalmies
et pour les maux de nerfs, qui guérissent parfaitement les
maladies chroniques déclarées incurables par les médecins,
qui font disparaître les ulcères, etc. »
Les anciens ont employé les eaux sans chercher beaucoup
à se rendre compte de leur mode de production. A itruve dit
que lorsque l’alun et le soufre brûlent dans la terre, la vapeur
(1) Pline, Histoire naturelle , XXXI.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 23
qui s’échappe chauffe l’eau naturelle qui, cuite, s’empare des
éléments naturels. Pour Sénèque, et selon Empédocle, l’eau
s’échauffe en passant sur un sol rempli de feux souterrains et
en prend les propriétés.
Il
y
Les connaissances chimiques étaient à peu près milles et les
procédés d’analyse rudimentaires, comme nous pouvons en
juger par le passage de Pline cité plus haut. Ailleurs, ce même
auteur dit que l’eau de Tongres se trouble et rougit par le feu
et qu’on ne peut juger de la légèreté des eaux par les pesées ;
on les juge mieux en examinant celle qui s’échauffe et se
refroidit le plus vite. Les médecins avaient néanmoins adopté
une classification que chacun modifiait un peu. Certains,
comme Hérodote, estimaient que les eaux n’étaient pas sus-
ceptibles d’une classification; ils se contentaient de les diviser
en chaudes et froides. Ces dernières convenaient dans les
fluxions, les maladies de la vessie, les maux de tête, les
ulcères malins. Il y avait cependant une classification géné-
ralement admise; nous donnons ici celle d’Antyllus (1).
Les eaux étaient classées d’après la prédominance de leurs
éléments constitutifs en :
Alcalines ou nitreuses ;
Salines ;
Alumineuses ;
Sulfureuses;
Bitumineuses;
Vitrioliques;
Ferrugineuses.
Les bitumineuses et les vitrioliques étaient de beaucoup les
plus rares.
(1) Antïllus, dans Oribase, liv. X, 3.
24
LA GAULE THERMALE
Les indications et contre-indications sont posées assez vague-
ment et il est assez difficile de se reconnaître dans le fouillis
des écrits qui vantaient les bons effets d’une station dans la
plupart des maladies, et, si les uns prétendaient (pie pour
connaître Faction d’une eau il suffisait de connaître sa com-
position, les autres, comme Hérodote, ne voulaient s’en rap-
porter qu’à l’expérience.
Aujourd’hui encore nous ne sommes pas absolument
sortis de ces discussions et, si nous devons de plus en plus
chercher à nous éclairer par les procédés scientifiques, nous
sommes encore surtout guidés par l’expérience clinique.
Comme Hérodote, Galien disait avec sagesse qu’on ne pouvait
s’en rapporter qu’à l’expérience pour juger les sources chau-
des (1). Il déconseillait leur emploi dans les maladies aiguës.
Pour Antyllus aussi les eaux ne convenaient qu’aux maladies
chroniques, surtout quand elles étaient froides et d’une humi-
dité très prononcée. Voici, d’après cet auteur, quelques indi-
cations de ces eaux :
Fluxions de la tête et de la poitrine.
Excès d’humidité de l’orifice de l’es-
Eaux alcalines
tomac.
Hydropisies et tumeurs consécutives.
Pituites.
Crachements de sang.
Tendance aux vomissements.
Eaux alumineuses
Règles irrégulières.
Tendance aux avortements.
Eaux sulfureuses
Elles produisent le ramollissement des
nerfs, font prédominer la chaleur
dans la composition élémentaire et
calment les douleurs. Elles affaiblis-
sent et retournent l’orifice de l’es-
tomac.
Eaux bitumineuses
Elles causent de la plénitude dans la
tête, échauffent et nuisent aux or-
ganes des sens. Leur usage pi'O-
longé ramollit surtout la matrice,
l’estomac et le colon.
Eaux vitrioliques
Affections de la bouche, des amyg-
dales, de la luette et des yeux.
(1) Galien, De Sanitale tu enilà.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 25
I Affections de l’orifice de l’estomac.
Ëaux ferrugineuses , Muladics (lc Ia ratc.
Les eaux mixtes agissent suivant la prédominance de leurs
éléments constitutifs.
Nous pouvons comparer ces indications à celles que pose
Archigène :
Eaux alumineuses
I Vomissement habituel,
j Hémoptysie.
/ Flux menstruel immodéré.
j Hémorroïdes.
[ Avortement fréquent
Eaux cuivreuses (vitrioliques) . . .
Maladies de la bouche.
Maladies des yeux.
Eaux ferrugineuses
Eaux nitreuses ou salées
Eaux sulfureuses
Eaux bitumineuses
j Maladies de la rate.
Maladies de l’estomac.
Constitutions froides et humides.
Goutte, arthrites.
< Paralysie.
I Néphralgie.
I Squirrcs.
[ Elles activent la consolidation des
V fractures.
/ Cachexies. Leucophle'gmasie.
i Fluxions de la tête.
J — de la poitrine,
j Relâchement et humidité de l’es-
[ tomac.
f Maladies de la peau,
j Elles ramollissent les nerfs, calment
j les douleurs du ténesme, elles dé-
rangent l’estomac.
j Elles sont contraires aux organes des
/ sens.
Les indications que donne Aëtius (1) sont à peu près les
mêmes. Les eaux minérales sont indiquées aux tempéraments
froids et humides. Elles conviennent dans les affections arti-
culaires, la goutte, la néphralgie, l’oppression, les fractures,
les ulcères mous, les inflammations anciennes indurées.
Pour les sulfureuses , il ajoute aux indications vagues d’An-
tyllus : elles purgent la peau, conviennent au vitiligo, à la
lèpre blanche et noire, aux vieux ulcères, aux fluxions articu-
(1) Aetius, Tetrabil. Sermone secundo, cliap. cxvm.
2(5
LA GAULE THERMALE
laires, à l'induration de la rate, aux affections utérines. Mais
on doit s’en abstenir, de même que des alumineuses, dans les
cas de tumeurs indurées.
Aux bitumineuses il rattache les affections de la bouche,
des amygdales et des yeux pour lesquelles Antyllus recom-
mande les eaux vitrioliques.
Paul d’Egine (1) donne des indications à peu près iden-
tiques.
Galien déconseille les eaux minérales aux gens disposés aux
congestions de la tête (2).
Les bains de mer et minéraux ne conviennent pas à l’érysi-
pèle (3). De même les bains de mer, les bains sulfureux et
bitumineux, à cause de leur effet desséchant, ne conviennent
pas aux organes de la respiration (4) ni aux organes de la
voix. Ils dessèchent trop, quia valde resicçant. Dans ces mala]
dies, Galien conseille les bains d’eau douce et une nourriture
légère et relâchante. Il dit que les bains sulfureux et alumineux
durcissent les artères et rendent le pouls dur (5).
Il considère le bain alumineux comme astringent. A
ceux qui ne transpirent pas, qui ont la peau sèche, dit-il,
l’eau froide et les bains alumineux sont mauvais, les lavages
d’eau douce sont bons. Un malade qui avait pris les bains
d’Albula dans ces conditions eut la fièvre (6). Dans un autre
passage il dit que la peau se raffermit par l’usage des bains
alumineux (7).
En essayant une timide classification par maladies, nous
verrons à peu près quelles eaux étaient conseillées en Italie
pour chacune d’elles. La littérature médicale est bien pauvre
en indications relatives aux sources de la Gaule, mais il est
bien probable que, sans doute moins précises, moins spécia-
(1) In de Balneis, liv. I, chap. ni.
(2) Galien, De Sanitate tuendà , t. YI, 9.
(3) Id. , De Simpiicium medicamenlorum, I, chap. iv.
(4) Id., De Compositione medicamentorum, VII, chap. i.
(5) Id., De Prœsagiis expulso, IV, chap. vin.
(6) Id., Methodi medendi , VIII, chap. ii.
(7) Id., De Crisibus, II, chap. xiv.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 27
Usées qu’aujourd’hui, celles-ci étaient néanmoins très rappro-
chées de celles de nos jours. C’étaient leurs voies digestives,
leurs reins et leur goutte que les gros mangeurs et les gout-
teux du Bas Empire allaient soigner à Vichy, leurs voies res-
piratoires à Luchon, à Amélie-les-Bains, au Mont-Dore, leurs
douleurs rhumatismales, leurs affections cutanées, leurs plaies,
à Aix, à Évaux, à Royat, au Mont-Dore, à la Bourboule, à
Plombières, à Bourbon-Lancy, etc., leurs nerfs à Néris.
Nous indiquons un certain nombre d’affections chirurgi-
cales, puis médicales, en mettant en regard les stations recom-
mandées dans leurs cas.
A ffections chirurgicales .
Plaies
Ulcères
Ulcères sanieux
Ulcères ne se cicatrisant pas
Arthrites
Maladies des yeux
Affections vésicales
Pierre
Leucogées.
Albula (Galien).
Eaux sulfurées.
— bitumineuses.
— alumineuses (Galien- Aëtius).
Rains de mer (Pline).
Eaux sulfureuses.
— ferrugineuses.
Eaux cuivreuses.
Leucogées (Pline).
Eaux du jardin de Cicéron à Baïes
(Aquæ Ciceroniæ in Baïanis) (1).
Albula (Cœl. Aurclianus-Archigène).
Eaux acides, amères, nitreuses (Ga-
lien).
Eaux et bains ferrugineux, eau ferrée
artificielle (Scribonius Largus).
Eaux de Pile d’Énaria (Pline).
— de Stabies.
Fontaine acidulée du canton de Vc-
nafrum,
Tongres (Pline) (2).
Parlant de l’action du vinaigre sur les métaux, les pierres
(1) Ntmirum locus ipse sui Ciceronis honori,
Hoc dédit, hac fontes cum palefecit ope :
Ut quoniam toto legilur sine fine per orbem
Sint plures oculis, quœ medeantur aquæ.
(Laurea Tullius, .affranchi de Cicéron.)
(2) Cette eau est purgative et guérit les fièvres tierces et les affections cal-
culeuses. Pline, toc. cil., liv. XXXI, VIII, 2.
28
LA GAU LL THERMALE
et les perles, Vitruve dit : « Ce qui fait aisément juger que de
même que les acides agissent sur ces choses, ils pourront
aussi produire un bon effet pour la guérison de ceux qui sont
malades de la pierre (4). »
Affections médicales.
Arthritisme
Goutte
Laryngites (4)
Affections de la poitrine
Asthme
Affections de l’estomac. .
Affections utérines
Spermatorrhée
[ Albula-Cutilies (Aëtius- Suranus
I d’Éphèse) (2).
( Eaux sulfureuses (Arcliigône).
i B aïe s (3).
I Eaux chaudes.
(Eaux sulfureuses.
— alumineuses.
Aix-en-Provence.
| Eaux de Tabia (5) (Galien).
{ Cure marine (Pline).
( Albula (Paul d’Éginc).
| Aix-en-Provence.
( Albula.
\ Cutilies (sont bonnes pour l’estomac,
(. les nerfs et le corps entier) (Pline).
ISinuessa (contre la stérilité) (Pline).
Albula contre les fausses couches).
(Paul d’Égine).
Abyssus.
j Albula.
Ascite
Hydropisies
Rhumatisme sciatique (6)
Cachexies. Leucophlegmasies
Étuves naturelles de Baïes (Celse).
Eaux sulfureuses, nitreuses, salces et
bitumineuses (s’abstenir d’eau douce
en bains et en boissons) (Galien).
Albula.
Baies.
Eaux nitreuses (Galien).
(1) Vitruve, op. cit.
(2) Enfin on aura recours aux eaux minérales naturelles chaudes ou
froides, par exemple aux eaux italiennes d’ Albula ou de Cutilies. (Suranus
d’Éphèse.)
(3) Horace allait à Baies pour la goutte.
(4) A Zamaune source rend la voix plus belle. (Pline.)
(5) Torre del Greco.
(6) Toutes les eaux chaudes ont dû être employées pour les rhuma-
tismes, aussi bien en Gaule qu’en Italie.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 29
Fièvres
Palpitations
Eléphanliasis .
( T o agrès (Pline).
\ Eau de mer (Pline).
( Eaux nitreuses, sulfureuses, bitu-
| mineuses (Galien (1).
I Bains sulfureux (Arétéc-Aëtius).
Bains de mer (Pline-Aëtius).
Eaux alumieuses chaudes. Albula
(Aëtius).
III
Gomme noies l’avons dit, les Romains employaient les eaux
sous toutes les formes. Très versés dans la pratique thermale
empirique, ils n’avaient garde de négliger un des facteurs de
guérison que leur avait fourni la nature et que leur avait
indiqué la tradition. Nous examinerons successivement les
quatre modes principaux des cures hydrominérales : boisson ,
bain, douche , étuve.
Boisson. — Quelle que soit la prépondérance qu’ait eu
le bain dans les cures minérales et l’importance qu’on lui
attribue dans les écrits, il n’en est pas moins prouvé que l’eau
en boisson a été très en usage. Certains auteurs, entre autres
le docteur Bonnejoy (2), prétextant la très grande rareté et la
brièveté des textes sur la boisson, en tirent la conclusion que
cette pratique devait être très négligée. Cet auteur ajoute
qu’il n’y a pas de monument iconographique sur la boisson.
C est là une erreur, mais nous nous hâtons d’ajouter qu’un
des documents les plus importants à cet égard était à peu
près inconnu au moment où il écrivait.
Si les textes sont assez rares, ils ne laissent, par contre,
(1) Les bains minéraux ôtent les palpitations et évacuent les humeurs.
Galien, De tremore pal. corr. et rigo., chap. v.
(2) Comment autrefois on faisait usage des eaux minérales, 1873.
30
LA GAULE THERMALE
aucun cloute sur l’existence de ce mode d’administration des
eaux. Pline relate d’une façon très précise l’usage et les abus
de la boisson; scs remarques sont encore de circonstance de
nos jours et peuvent s’appliquer à un certain nombre de
malades. L’humanité se renouvelle, elle change peu et les
qualités ou les défauts des hommes se retrouvent les mêmes à
travers les siècles.
« C’est encore une erreur, dit Pline, que de se faire gloire
de boire beaucoup d’eau minérale. J’ai vu des gens gonflés à
force d’en boire et dont la peau était tellement tendue qu’elle
recouvrait leurs bagues parce qu’ils ne pouvaient rendre la
quantité cPeau qu’ils avaient avalée. On ne doit pas en boire
beaucoup sans prendre en meme temps du sel. »
Plus loin il dit encore : « Tongres a une eau pétillante à
goût ferrugineux qui ne se fait sentir qu’après qu’on l’a bue, »
et à propos de l’eau de mer : « L’eau de mer elle-même était
prise en boisson comme purgative dans les fièvres quartes,
le ténesme ou les affections articulaires. » Il recommandait de
la puiser au large. On la prenait aussi en lavements contre
les tranchées et le choléra.
La thérapeutique par l’eau de mer a eu, dans ces derniers
temps, un regain de succès par l’emploi du sérum marin en
injections hypodermiques. On en a meme récemment préconisé
l’usage en boisson, en renouvelant la recommandation de
Pline de la puiser au large.
Continuons les citations. Nous lisons dans Antyllus : « Les
eaux bitumineuses ou nitreuses telles que celles de Cutilies se
prennent en boisson et sont purgatives (1). »
Dans Hérodote : « Quant aux eaux que l’on prend en
boisson, qu’elles soient chaudes ou froides, elles ne compor-
tent pas pour leur usage une règle commune et nous en par-
lerons seulement dans nos chapitres consacrés aux différentes
maladies (2). »
(1) Antyllus, dans Ohidase, liv. X, 3.
(2) Hérodote, dans Oiudase. Les chapitres des maladies ont malheureu-
sement été perdus.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 31
Ausone célébrant les vertus de la fontaine Divona, à Bor-
deaux, s’écrie : Salve... fons medico potabilis haustu.
Dans Sénèque : « Il en est qui prises intérieurement rétablis-
sent le ton des parties, soulagent les affections des poumons
et des autres viscères et arrêtent les hémorrhagies (1). »
Dans les ulcères de la vessie, Aëtius conseillait de boire
chaque jour de 3 à 6 hémines (2) d’eau d’Albula, de même
qu’il conseillait aussi l’usage interne des eaux bitumineuses
et des nitreuses (3).
De son côté Archigène, toujours dans les affections vési-
cales, recommandait l’eau en boisson à la dose énorme de cinq
litres par jour. Mais c’était sans doute cinq litres d’eau douce.
Pour Galien, les eaux nitreuses, alumineuses, bitumineuses
et sulfureuses peuvent être prises en boisson après décoction.
L’usage de l’eau minérale en boisson nous est encore prouvé
d’une manière irréfutable par l’accumulation des vases et
débris de vases, coupes, tasses, cruches trouvés dans beau-
coup de stations. -A Luxeuil, notamment, on en a mis à jour
en si grand nombre qu’ils forment une collection de céramique
très variée, dont les échantillons semblent avoir été apportés
de tous les coins du monde romain.
A Vichy, dans les captages des sources du Puits Carré,
Lucas, de l’Hôpital et de la Grande-Grille, on a découvert de
nombreuses coupes en terre, à couverte blanche, presque
apodes, ornées extérieurement d’une bande circulaire, de cou-
leur orangée, tracée au pinceau (fig. 3).
Un document iconographique important est constitué par la
statuette en bronze du musée du Louvre, connue sous le nom
du Buveur de Vichy , représentant un malade tenant en sa main
droite une coupe. Cette figure sera étudiée plus longuement
au chapitre des ex-voto à caractère médical.
Dans l’établissement du Mont-Dore, parmi les débris anti-
(1) Senèque, Quœst. Nat., liv, III, p. 1.
(2) L’héminc équivalait à un quart de litre.
(3) Aetiüs, Tetrabil., III; Sermone, II, chap. xxx. Voir aussi De Aquis
ex Rufo.
32
LA GAULE THERMALE
tain nombre de fontaines en forme de colonnes, placées
autrefois au-dessus des cap-
tages, et qui portent à leurs
bases les places de scellement
du tuyau par lequel l’eau
s’écoulait (fig. 4).
A la fin du dix-huitième
siècle, on découvrit dans le
val d’Otanez, entre Santan-
der et la mer, un objet d’une
valeur inestimable au point
de vue qui nous occnpe,
connu des savants trente ans
seulement après sa décou-
verte, et qui malheureuse-
ment a disparu depuis. C'est
une coupe, dont nous don-
nons ici le dessin et la des-
cription résumée d’après un
article que lui a consacré le
Magasin pittoresque (\). Le dessin en avait été pris par l’Acadé-
(1) Magasin pittoresque, Une station thermale clans T antiquité, 1876, p. 46.
Fig. 4. — BORNE-FONTAINE
AU MONT-DORE.
ques qni servent de motifs décoratifs, on remarque un ccr-
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 33
mie d’histoire de Madrid, qui a ainsi sauvé de l’oubli ce docu-
ment unique (fig. 5).
Cette coupe, en argent, date très probablement du deuxième
siècle de l’ère chrétienne. Elle porte au verso Finscription :
l. p. coRNELiANi-m-n indiquant le nom du possesseur, L. Pom-
peius Cornelianus, et le poids de l'objet, trois livres et deux
Fig. 5. — coupe d’otanez.
Dessin de Piébonrg, daprès le Magasin pittoresque.
scrupules. Elle est dédiée à la Nymphe de la source Umeri,
ainsi que le prouve Finscription qui se lit autour du fond :
salvs vmeritana. Où se trouvait cette source? On l’ignore;
son nom ne se rapporte à aucun endroit connu en Espagne;
il se peut, d’ailleurs, que la coupe, rapportée par un malade
retour des eaux, ait été trouvée bien loin de son lieu d’origine.
Sur le fond, on voit d’abord la Nymphe appuyée sur son
urne d’où sort une eau abondante, recueillie dans un bassin
en pierre, où un homme vêtu comme un esclave puise de l’eau
3
34
LA GAULE THERMALE
pour en remplir un grand vaisseau. Plus bas, d’autres person-
nages remplissent, à l’aide d’amphores, une de ces vastes
outres qu’on chargeait sur des voitures pour transporter de
l’huile ou du vin, comme on en voit sur les fresques de
Pompéi. Sur la droite, un esclave offre un gobelet plein d’eau
à un vieillard assis dans un fauteuil. On aperçoit aussi un
berger sacrifiant sur un autel et un personnage faisant une
libation sur un autre autel. Ces deux cérémonies témoignent
de la vénération en laquelle était tenue la Nymphe auprès des
malades de toutes conditions.
La scène représentant le remplissage de l’outre placée sur
le char traîné par des bœufs est d’un très haut intérêt docu-
mentaire. Elle est, à notre connaissance, le seul renseigne-
ment que nous possédions sur le transport des eaux minérales
et leur usage à distance, dont aucun auteur n’a parlé.
MM. Mallat et Cornillon (1) pensent que ce transport s’effec-
tuait pour les bains. Il parait difficile d’admettre le transport
au loin de l’énorme quantité d’eau nécessaire aux bains, et il
était inutile de la transporter dans le voisinage, les malades
venant à la source, à moins toutefois qu’ils ne fussent tout à
fait impotents. Mais on viserait alors un cas tout à fait spécial,
tandis que l’artiste a voulu ici traduire un fait général et habi-
tuel. Cette eau avait une réputation en boisson, nous en
avons la preuve par la figure qui représente l’esclave donnant
à boire à un malade ; il est donc extrêmement probable, et il
parait rationnel de penser que l’eau transportée était destinée
à la boisson. L’idée de recourir à l'usage de l’eau transportée
est naturelle, elle est le corollaire de la boisson sur place
pour les eaux qui ne perdent pas leur qualité par le voyage.
Nous sommes portés à croire que, pour cette source, le mou-
vement de transport devait être important, et qu’il en était
sans doute de même dans d’autres stations.
A titre de médication adjuvante, ou peut-être adoucissante,
pour combattre dans certains cas la poussée que donnaient
(1) Histoire des eaux minérales de Vichy, 1906.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 35
les eaux, on faisait absorber aux malades des tisanes. Un vase
à infusions, sans doute destiné à cet usage, d’une forme très
ingénieuse, que nos fabricants pourraient prendie comme
modèle, a été trouvé dans une des officines de potiers de la
cité thermale de Vichy {fig. 6)- Ü a été décrit en ces termes par
M. Déchelette (1) : « L’objet se compose en quelque sorte de
deux vases soudés l’un à l’autre par la base. Le vase externe
est une éeuelle tronconique, aux parois légèrement évasées :
le vase interne affecte, au contraire, la forme d’une ampulla
globuleuse. Sur la portion inférieure de la panse s étagent
Fig. 6. — VASE A INFUSIONS PROVENANT DE VICHY.
Reconstitué à la manufacture de Sèvres.
Collection de M. Bertrand.
Cliché communiqué par la Société des Antiquaires.
deux rangées horizontales de petits trous, Il suffisait de mettre
la substance à infuser dans cette ampoule et d’y verser de
l’eau bouillante. Lorsque le liquide était suffisamment chargé,
le buveur, sans le transvaser, n’avait qu’à porter l’écuelle à
ses lèvres, pour absorber l’infusion jusqu’à la dernière goutte,
tandis que le marc se déposait au fond de l’ampoule. »
Sans doute donnait-on aussi des. boissons sudorifiques aux
malades prenant des bains ou séjournant dans les étuves,
pour activer l’effet cherché. La pratique de couper les eaux
en boisson par l’adjonction i d’infusions ou de sirops est
encore en usage dans certaines stations thermales.
(1) Bulletin de la Société des Antiquaires , 1904, p. 120 et suiv.
LA GAULE THERMALE
36
Bains. — C’était assurément le mode de traitement le plus
répandu. Les bains se prenaient généralement dans des pis-
cines; dans quelques stations thermales, on trouve également
des petites salles séparées et des baignoires.
Les médecins recommandaient certaines précautions pour
l’entraînement du malade en vue de la durée des bains. La
graduation à observer et la manière d’en faire usage variaient
avec les eaux.
« Bien des gens, dit Pline, se piquent d’endurer les eaux
thermales plusieurs heures. C’est pernicieux et il n’y faut pas
rester plus que dans le bain ordinaire, puis il faut faire
une lotion d’eau ordinaire et une friction huileuse.
« On est exposé aux maladies parce que l’ocleur que ces
eaux exhalent porte à la tète, la met en sueur, tandis que le
reste du corps est immergé, la friction est donc utile. »
Il était recommandé de ne pas trop se baisser dans certains
bains, à cause des gaz qu’émettait l’eau.
Antyllus donne à peu près les mêmes conseils : « Il importe,
en entrant dans le bain, de ne pas troubler l’eau à cause des
gaz qui s’en dégagent (1). »
Aëtius recommande aussi aux malades de n’entrer dans les
bains cpie reposés.
Bouches. — Ce mot vient de l’italien cluccia, qui veut dire
canal, et n’a été usité qu’à partir du quatorzième siècle. Mais
la chose remonte beaucoup plus haut et l’antiquité de la
douche semble égaler celle du bain. La première a sans doute
été une cascade naturelle, mais les douches artificielles se pra-
tiquaient déjà chez les Grecs (2). Sur un vase peint du musée
de Leyde, on voit, dans un édifice en forme de portique sur-
monté d’un fronton, deux hommes recevant des douches d’eau
jaillissant de mufles de panthères; ils se frottent la poitrine,
tandis qu’au dehors des jeunes gens se font des frictions hui-
leuses.
(4) Antyllus, De Demediis, liv. I, chap. n.
(2) Dahem isiiUG cl Saglio, Dictionnoive des Antiquités... "N . Bnlneum.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 37
Sur un vase du musée de Berlin, sur un autre de la collec-
tion Canino, on voit des femmes dans un bassin, ayant de
l’eau à mi-jambes et recevant des jets de douches jaillissant
de museaux d’animaux. Leurs vêtements sont suspendus à
une barre transversale (fig. 7). Les monnaies de la ville
d’Himéra représentaient Hercule recevant une douche sur les
épaules, comme le veut l’origine fabuleuse de la source.
On a dit que les Romains ne s’étaient pas servi de la douche
parce qu’ils ne possédaient pas de tuyaux ayant la flexibilité
Fig. 7. — DOUCHES.
D’après un vase du musée de Berlin.
Dictionnaire des antiquités grecques et romaines. (Hachette et Cie, éditeurs.)
nécessaire à leur administration. Bien, en effet, ne peut nous
faire supposer qu’ils aient employé quelque chose d’analogue
à la douche à la lance, telle qu’elle est administrée par nos
doucheurs modernes, mais il n’en est pas de même pour la
douche descendante, jet d’eau tombant d’une hauteur variable
si l’iconographie romaine nous fournit peu de documents,
nous en trouvons, par contre, d’indiscutables dans certaines
H 8
LA GAULE THERMALE
installations thermales et dans les textes de différents auteurs.
Quelques phrases de Gelse sont très probantes à cet égard :
Capiti nihil œque prodest aique aqua frigida ; atque his cui hoc
infirmum est per œtatem id hene largo canal i quotidie dehet ali-
qumdiu hene subjicere... (1). His qui stomachi resolutione laborant,
yerfundi frigida atque in eadem. natare , canalibus ejusdem subjicere
etiam stomachum ipsum, et magis etiam a scapulis id quod contra
stomachum est... salutare est (2).
Même exactitude j'de description dans Cœlius Aurelianus :
Cataclysmus, hoc est aquarum illisio, suppositis partibus patien-
tibus — Aquarum ruinæ quibus partes in passione constitutœ sunt
subjiciendœ quas Grœci cataclysmos appel tant : plurimum etenim
earum percussiones corporum faciunt mutationern » (3).
Galien parle de faire tomber sur la tête certains liquides en
forme de cascades (4). Il dit aussi que se placer sous un filet
(.Veau minérale est une pratique dont il ne faut user que pour
les eaux favorables à la tête. Il peut être dangereux de s’ex-
poser à des filets d’eau sortant du bitume ou du soufre.
Pline écrit que l’eau de, mer est bonne en douches et nous
trouvons dans Horace ces vers caractéristiques :
Qui caput et stomachum supponere fontibus audent
Clusinis, Gabiosque petunt et frigida rura (5).
On voit que la douche était fréquemment donnée sur la
tête, coutume à laquelle on a à peu près renoncé pour la
douche chaude et qui explique le conseil de Galien de ne pas
donner de douches sulfureuses aux personnes ayant le sang
à la tête, capita calida, parce que ces eaux réchauffent et peu-
vent exciter la fièvre. Aëtius donne le même conseil et dit
qu’il ne faut pas doucher la tête avec les eaux bitumineuses
ou sulfureuses (6).
Enfin, on a trouvé dans certaines étuves, comme à Tri-
(1) Gelse, De la Médecine, liv. I, 4.
(2) Id., liv. IV, 5.
(3) Cœlius Auhelianus, Chron., III, 2, et II, 1.
(4) Galien, Methodi medendi, XIII. 22.
(5) Horace, Ëpilre XV, X.
(6) In De balneis (op. cit.), p. 487.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 39
guères (Loiret), des salles dans lesquelles un tuyau de plomb
débouchait à une certaine hauteur du mur. On peut admettre
que ce tuyau servait à verser de l’eau sur le sol échauffé, soit
pour le refroidir, soit pour produire de la vapeur, mais il est
naturel de penser aussi qu'il pouvait être utilisé pour les
douches.
A Bourbon- Lan cy, les niches voisines des fontaines avaient
à leur partie supérieure des conduits saillants dont la desti-
nation en vue de cet usage est absolument évidente.
Aux bains de Sanxay, dans le Poitou, on a découvert une
vraie salle de douches. « De cette piscine Peau passait dans
une nouvelle et dernière salle, la plus petite mais la plus
étonnante peut-être, la salle de douches, œuvre, elle aussi, de
la seconde époque. L’escalier qui y amenait est en partie con-
servé. Le sol est absolument intact. Les dalles où se plaçaient
les baigneurs sont encore telles qu’il y a quinze cents ans (1). »
A Pioule, dans le Var, on a trouvé près d’un bassin ou pis-
cine, un fragment d’objet en poterie, percé de trous en
Fig. 8. — TUBE EN TERRE CUITE, AYANT PEUT-ÊTRE SERVI DE
SPÉCULUM DE BAIN.
Collection de M. Bertrand.
pomme d’arrosoir, dont l’utilisation pour l’administration de
douches en pluie n’aurait rien d’invraisemblable. On peut se
demander aussi si le tuyau de terre cuite perforé circulaire-
(1) Berthelé, Quelques noies sur les fouilles du P. De La Croix à
Sanxay .
40
LA GAULE THERMALE
ment, trouvé près de Moulins, dans des ruines de bains, n’a
pu être employé également pour une douche en pluie. Sa
forme et ses dimensions : environ O m. \ 0 de long sur O m.02 \ /2
de diamètre, le font ressembler singulièrement à un spéculum
de bains. N’était la matière employée, on pourrait croire que
c’était là la véritable destination de cet instrument (fig. 8).
Le Buveur de Vichy figuré dans la statuette dont nous avons
déjà parlé, est coiffé d’un bonnet recouvrant la nuque, serré'
autour de la tête par un ruban, qui fait penser aux coiffures
imperméables dont on se sert pour les douches. Aussi a-t-on
émis l’opinion que l’artiste avait voulu représenter le malade
s’apprêtant à aller à la douche. Cette opinion, sans être très
prouvée car elle repose sur un détail de costume qui peut
prêter à la discussion, paraît cependant assez rationnelle.
Affusions. — L’affusion remplaçait la douche lorsqu’on
n’avait aucune installation permettant d’appliquer cette der-
nière, mais, en outre, elle était d’un usage courant, aussi bien
pour le bain d’eau douce que pour le bain minéral, et Pline
conseille de faire une affusion d’eau simple après chaque
bain minéral. Hérodote, dans les cures thermales, recomman-
dait les affusions et les applications locales. Pour Galien on
devait faire une affusion tiède après le bain chaud. Parfois on
employait l’eau froide, mais c’était dans les cas de fièvres et
seulement à la période d’acmé ou de déclin, jamais dans la
période d’augment (1).
Après un nettoyage à l’éponge, on faisait les affusions sur
la tête, l’orifice de l’estomac, les hypocliondres, les côtés,
l’épine du dos, la vessie, les jambes, selon les cas. Souvent
on mélangeait du vinaigre à l’eau.
Étuves. — Très partisans de la sudation, qui entrait pour
une grande part dans leur thérapeutique, les Romains ont usé
largement des étuves. Leur système de bains simples ayaift
l’étuve pour base, ils n’ont eu garde de négliger les ressources
(1) Antyllus, dans Oribasë. Sur les moyens de traitement, liv. I.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 41
que leur offrait la nature avec la chaleur des eaux thermales
pour l’installation de leur.s sudatoria.
Les étuves étaient humides ou sèches, selon qu’on y intro-
duisait ou non de la vapeur d’eau; certaines d’entre elles pou-
vaient à volonté servir à l’un ou à l’autre usage.
Les premières ont été les étuves naturelles, en plein air,
dans lesquelles on utilisait les vapeurs sortant de terre dans
la région tourmentée de Baies et de Pouzzoles. Autour de
cette ville il y avait, au dire de Strabon, « un plateau connu
sous le nom de Forum Vulcani, et entouré de toutes parts de
collines volcaniques, d’où se dégagent, par de nombreux sou-
piraux, d’épaisses vapeurs extrêmement fétides; déplus, toute
la surface de ce plateau est couverte de soufre en poudre, su-
blimé appareniment par l’action de ces feux souterrains (1). »
Près de là était Abyssus, dont les eaux, après refroidisse-
ment, étaient utilisées comme eaux sulfureuses, surtout contre
la stérilité, et dont les vapeurs servaient pour la sudation.
Celse était partisan de la sudation, mais en évitant de la
provoquer tant que la digestion n’était pas faite; il dit que les
Romains savaient tirer parti des vapeurs qui s’exhalaient des
sources chaudes (2). Il parle des étuves naturelles où l’on
renferme la vapeur chaude qui s’élève de la terre dans un
édifice semblable à celui qu’on trouve au-dessus de Baïes
dans un endroit planté de myrtes, quales super Baias in myr-
tetis habemus, et qu’Horace a aussi célébrées dans ses vers :
Sane Myrteta relinqui
Dictaque cessantes nervis elidere morbwm
Sulphura.
Vitruve consacre à ces fumerolles le passage suivant :
In montïbus Cumanorum et Bajanis sunt loca sudationibus exca-
vata, in quibus fervidus ab imo nascens ignis vehementia perforât
eam terram per eamque manando in his locis oritur et ita suda-
tionum egregias facit utilitates (3).
(1) Géographie, traduction Tardieu, t. I, liv. V, chap. tv, 6
(2) Celse, II, 17.
(3) Vitrcve, op . cil., It. 6, 2.
LA GAULE THERMALE
42
Elles n’étaient, parait-il, pas toutes semblables dans leurs
effets; eelles de gauche étaient nocives, celles de droite
salutaires. La salle contenait des gradins pour la gradua-
tion de la température. On y soignait les affections froides
et humides , l’oedème, l’hydropisie, les rhumatismes, l’arthri-
tisme.
Vcipore quoque ipso aliquœ prosunt, dit Pline (1) de son côté et
il ajoute :
« Les étuves naturelles ne font pas seulement du bien pâl-
ies vapeurs chaudes et sèches cpii s’en élèvent; en effet, sous
ce rapport, les étuves artificielles qu’on a imaginées d’après
le modèle des étuves naturelles produiraient le même effet. »
En cela il se trouvait en contradiction avec Hérodote, qui
préférait les étuves naturelles parce qu’elles étaient en plein
air. Pour lui, leur effet physiologique était contraire à celui
des eaux minérales, indication assez vague qu’il devait rap-
porter à des eaux spéciales, sans doute à celles de Baïes. Il les
ordonnait dans les maux de tête, vertiges, bourdonnements,
dureté de l’ouïe, cataractes, excès d’humidité, fluxions de
l’orifice de l’estomac, efflorescences de la peau, jaunisse chro-
nique, embonpoint exagéré, anasarque, ascite.
Après l’étuve, on prenait parfois le bain ordinaire ou on se
*
livrait à la natation en mer; souvent on recourait aux affu-
sions chaudes ou froides.
Nous avons dit que, dans les établissements thermaux,
l’étuve sèche pouvait quelquefois être transformée en étuve
humide. Lorsque la température de l’eau n’était pas assez
élevée, on projetait sur le sol du caldarium de l’eau minérale.
C’est ainsi qu’à Triguères, on a trouvé dans les murs du suda-
tonum un tuyau de plomb qui devait servir à cet usage, de
même qu’il pouvait aussi, ainsi que nous l’avons dit plus haut,
servir d’appareil à douche. Dans un hypocauste, à Marien-
fels, un conduit de plomb fermé par une soupape devait servir
également à verser de l’eau sur le sol échauffé (2).
(1) Pline, op. cit, XIX. 2.
(2) Daremberg et Saglio, Dictionnaire des Antiquités... V. Hypocamis.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 43
Mais partout où la température naturelle de l’eau était suffi-
sante, on ü’en est servi pour établir des étuves humides. Les
étuves de ce genre étaient presque toujours installées près de
l’émergence des sources les plus chaudes et à l'amont du
bassin et des piscines.
Les locaux qui les composaient reposaient sur des bassins
d’eau chaude dont ils n’étaient séparés que par un dallage
formant le sol. Ce dallage était supporté sur des dés de granit,
de grès, de terre cuite, rectangulaires ou cylindriques. On y
entretenait à l’état de renouvellement constant une nappe d’eau
chaude de trente à soixante centimètres de hauteur, dont le
plan supérieur était à vingt-cinq à trente centimètres au-dessous
de la face inférieure du dallage formé, soit par des pierres
plates jointives, soit par des voûtes déprimées avec chapes de
béton faisant sol aux étuves. En somme, c’était un hypocauste
dans lequel le feu et les gaz étaient remplacés par l’eau chaude
et la vapeur qui s’en exhalait. Cette vapeur léchait la paroi
inférieure du dallage, puis s’élevait dans les cheminées de
poterie placées verticalement dans les parois latérales et près
de la surface intérieure de ces parois. Dans les cas où la cha-
leur était suffisante, on avait à volonté l’étuve sèche ou l’étuve
humide, selon que l’on dégageait la vapeur à l’intérieur ou à
l’extérieur des locaux. Dans l’étuve humide, la vapeur se
dégageait à l’intérieur, soit par des ouvertures en forme de
puits carrés ou circulaires ménagées au dallage, soit par les
cheminées des parois, à une hauteur de soixante-dix centi-
mètres ou un mètre au-dessus du sol de la salle. Ces cheminées
présentaient une section quadrangulaire de douze à dix-huit
centimètres de côté. Elles étaient quelquefois presque join-
tives, d’autres fois espacées à la distance de quarante centi-
mètres à un mètre.
Il n’est pas douteux que la pensée première qui a conduit
les Romains à utiliser les vapeurs chaudes a été de s’en servir
pour provoquer la sudation; mais on peut penser, et certaines
installations confirment cette idée, que, sous l’influence de la
pratique, l’observation, l’expérience empirique les ont amenés
44
LA GAULE THERMALE
u s en servir comme moyen thérapeutique des voies respira-
toires. »
Ils connaissaient l’usage des fumigations sèches et humides.
Un passage d’Oribase nous fixe d’une manière certaine sur
la valeur attribuée aux vapeurs médicinales : « Les fumiga-
tions ne sont pas utiles à beaucoup de malades, mais à ceux
cpii ont une affection de poitrine, et ce traitement n’est même
pas bon dans toutes les maladies de cette cavité; en effet, il
ne convient ni à ceux qui crachent du sang, ni à ceux qui ont
une maladie sèche de la poitrine, mais uniquement aux asth-
matiques et dans l’orthopnée, quand les malades sont incom-
modés par une surabondance de pituite difficile à expul-
ser (\ ) . »
Pline, qui vantait les fumigations sèches de jusquiame contre
la toux, disait que les vapeurs d’eau de mer mêlées avec du
vinaigre étaient bonnes dans les douleurs de tête et la dureté
de l’ouïe et, dans un ordre d’idées qui se rapproche de celui
qui nous occupe, Galien demandait que l’air des bains soit
échauffé et humidifié. Pour cela il prescrivait qu’on versât de
l’eau chaude de manière qu’elle se répandît dans la salle (2).
Ailleurs (3), il dit encore que l’air des bains peut être ou plein
de brouillard ou 'plein de vapeur.
9
Certains établissements ont possédé des installations qui
ont dû servir aux inhalations ou au humage. Nous trouverons
dans une salle d’Amélie-les-Bains deux sortes de tours, de
deux mètres de hauteur sur un mètre de diamètre, ayant des
ouvertures d’entrée et de sortie à des niveaux différents. Un
courant d’eau chaude y circulait et les patients se trouvaient
là dans un véritable petit bain de vapeur formant salle d’inha-
lation. De même, à Luchon, un réservoir fournissait à une
salle sous-jacente des vapeurs obtenues par un dispositif des
plus simples et des plus remarquables : par le jiassage des
eaux à travers une voûte percée de trous nombreux et sou-
(1) Oribase, Coll. Med., VIII, 2.
(2) Galien, Melhodi medendi, X, 10.
(3) Galien, De Temperam., II, 2.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 45
tenue par de petites colonnes en' terre cuite. Il y avait ainsi
dans la salle supérieure un dégagement de vapeurs produit
par le courant d’eau minérale.
Ces installations corroborent l’idée que les Romains utili-
sèrent les vapeurs d’eaux minérales dans un but médical,
soit sous forme de humage, soit sous forme d’aspiration dans
des salles pleines de vapeur, ainsi que cela se pratique dans
beaucoup d’établissements thermaux, notamment au Mont-
Dore, berceau des aspirations modernes et station où elles
sont appliquées le plus fréquemment et installées le plus lar-
gement.
Bains de boue. — « La boue même des eaux thermales est
d’un usage salutaire, mais il faut, après s’en être frotté, la
laisser sécher au soleil (1). »
Les ruines romaines qu’on trouve dans les stations de bains
de boue, Barbotan, Dax, prouvent que les Romains avaient
usé largement de ce mode de thérapeutique thermale.
Galien, qui avait observé l’application des boues médici-
nales générales ou locales à Alexandrie, les préconisait dans
les vieilles inflammations, les tumeurs molles que les Grecs
appellent œdèmes, le flux hémorroïdaire exagéré, les douleurs
anciennes. Ces boues étaient utilisées en bains, cataplasmes et
frictions sur les parties malades (2).
Aux Aquæ Mattiacæ, aujourd’hui Wiesbaden, on se servait
du sédiment des eaux pour pétrir des boules qui jouissaient
d’une grande réputation comme remède contre la chute des
cheveux (3).
Si mulare paras longœvos, cana, eapillos,
Accipe Mattiacos , quo tibi calva, pilos (4).
(Vieille, si tu veux rajeunir ta chevelure, reçois ces boules de Mattiacum;
mais à quoi bon, tu es chauve !)
(1) Pline, lac. cit.
(2) Baccio, De thermis, De illutamento in balneis naturalibus , liv. II,
p. 115.
(3) Ch. Bhaun, Monographie des eaux de Wiesbaden, 1859.
(4) Martial, liv. LIV, Epigr., 27.
46
LA GAULE THERMALE
Bains de vapeur. — Étuves partielles sèches . — Le séjour dans
les étuves humides ou sèches ne pouvait avoir qu’une durée
limitée et ne devait pas dépasser une certaine température,
sous peine de provoquer des accidents sérieux de congestion,
surtout dans l’étuve humide. En outre, tous les malades n’en
étaient pas justiciables et la pratique avait vite appris aux
médecins les contre-indications de cette méthode. Les con-
gestifs, les malades à tempérament dit apoplectique, ceux
dont la circulation était défectueuse devaient se dispenser de
ces modes de traitement ou n’en user qu’avec beaucoup de
discrétion et sous une surveillance active.
Le principal inconvénient étant de congestionner la tête et
de faire respirer un air trop chaud, pour y obvier et pour
permettre aux rhumatisants, aux podagres, aux œdématiés de
bénéficier de l’action bienfaisante de la sudation exagérée par
la haute température, on construisit les bains de vapeur ou
les étuves sèches en caisse, sortes de boites dans lesquelles le
malade était enchâssé en conservant la tête à l’air libre. Le
procédé n’a pas varié depuis; le mode de construction diffère
un peu, mais la conception est la même.
Cette méthode était ancienne en médecine. Galien en parle
en ces termes : « Il est probable qu’Erasistrate n’ignorait pas
le réchauffement des hydropiques à l’aide du tonneau, traite-
ment que Chrysippe de Cnide estimait au moins tout autant
que les autres anciens médecins. En effet, les malades éprou-
vent par tout leur corps une évacuation beaucoup plus rapide
et plus forte que dans le bain; cependant, ils n’éprouvent pas
d’étouffements parce qu’ils respirent un air froid. Si on les
prive de cet air, ils meurent tout de suite (1). »
On retrouve la même opinion dans Aëtius. « Arétée dit que
ce qu’il y a de mieux, c’est le réchauffement dans le tonneau,
de manière que le malade tienne la tête hors du tonneau, afin
que tout son corps soit réchauffé, tandis qu’il respire un air
froid (2). »
(1) Galien, De Utiiitate respirandi, IV.
(2) Aëtius, Traité du diabète, XI, 1.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 47
IV
Saisons et durée des cures thermales. — Les villes d’eaux de
l’Italie ou de la Grèce sur lesquelles nous avons quelques ren-
seignements avaient des étés très chauds; aussi recomman-
dait-on de fuir les chaleurs de la canicule et de faire les cures
au printemps ou à l’automne.
Plutarque dit que les sources d’OEdepsus étaient surtout
fréquentées au printemps (1). Hérodote en dit autant des bains
d’Abano et Tibulle écrit :
Los tenet, Etruscis manat quæ foniis unda
Unda sub œstivum non adeunda canem
Nunc autem sacris Baïarum maxima lymphis
Quutn se purpureo vere remittit humus (2).
Ces eaux de l’Étrurie qu’il fallait se garder de fréquenter
pendant la canicule et que le poète préférait à Baïes étaient
sans doute celles de Taurum.
Hérodote conseille le printemps ou l’automne pour les
saisons aux eaux chaudes ou situées dans les endroits maré-
cageux, l’été pour les eaux froides.
Baccio, dont les écrits sur les eaux reflètent surtout les
idées des grands auteurs anciens, dit, dans son ouvrages De
Thermis, qu’il faut éviter de faire des saisons pendant les
fortes chaleurs de l’été.
Pour la durée des cures, nous sommes fixés par cette phrase
d’Hérodote : « Si vous voulez faire une cure de trois se-
maines... »
Depuis longtemps l’expérience avait indiqué la durée
moyenne des cures thermales, qui est encore ce qu’elle était
autrefois, sauf quelques variations qui ont, sans doute, tou-
jours existé. A telle station on se contente de quinze jours de
(1) Plutarque, Lympos., IV, 4.
(2) Dupouy, op. cit p. 114.
48
LA GAULE THERMALE
traitement, tandis qu’à telle autre on demande un mois et
paifois plus, niais c est le chiffre fatidique de vingt et un jours
qui est le plus généralement accepté.
Direction médicale. — Existait-il auprès des sources médici-
nales des médecins s’adonnant spécialement à l’exercice de la
médecine thermale? Nous sommes à peu près sans renseigne-
ments à cet égard.
Deux inscriptions de Bourbonne (1) mentionnent les noms
de Sextilia et d’Æmilia, filles de Sextus MED. M. Chabouillet a
lu MEDICI et en a conclu que ces textes s’appliquaient aux
deux filles du médecin Sextus, dont la présence à Bourbonne
pouvait s’expliquer professionnellement. Mais cette lecture ne
semble pas généralement admise et la version Mediomatrica,
indiquant le pays d’origine des jeunes filles, parait devoir être
préférée.
Un des monuments funéraires de Luxeuil peut nous faire
supposer l’existence dans cette ville d’une officine de pharma-
cien. Le personnage qui y est représenté, et dans lequel M. de
Longpérier voit l’effigie d’un pharmacopole, tient de la main
droite un petit vase et de la gauche une baguette qui rappelle
l’agitateur en verre actuellement en usage (2).
En ce qui concerne les médecins d’eaux, nous sommes
réduits aux conjectures. Les riches patriciens avaient leur
médecin; c’était généralement un esclave ou un affranchi, qtii
les accompagnait lorsqu’ils se rendaient dans une station
thermale. Pour d’autres, la direction médicale était donnée
par le médecin habituel. C’est ainsi que nous voyons Horace
renoncer par ordonnance de Musa aux eaux de Baies : « Pour
moi, les tièdes eaux de Baïes sont sans vertus, dit Musa, ce
qui ne m’empêche pas de me plonger dans l’eau glacée au
(1) Voir p. 189.
(2) Un bas-relief conservé au musée d’Épinal et dont on peut voir un
moulage au musée de Saint-Germain, représente une boutique de phar-
macien ou de droguiste; une femme triture une préparation dans un
mortier, et une autre, assise au milieu, est peut-être une déesse qui pré-
side au travail, une patronne de la pharmacie ou de la médecine.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS 4Î>
cœur de l’hiver. Quitter ces bosquets de myrtes, ces eaux
renommées dont les vapeurs sulfureuses dissipent les humeurs
sédentaires, c’est une indifférence dont le bourg se plaint
avec raison (1). »
C’est ainsi que nous voyons aussi Hérodote formuler les
précautions que l’on doit prendre pour la cure balnéaire : « Si
l’on veut faire une cure de trois semaines, on commencera
par des bains d’une demi heure ; on augmentera peu à peu de
manière à arriver à deux heures vers le septième jour; on
s'en tiendra à cet espace de temps jusqu’à la fin de la seconde
semaine, après quoi on diminuera de même et on s’arrêtera
au chiffre du début en suivant une marche exactement in-
verse. »
11 faut subir pour le bain, comme pour les exercices, un
entraînement. Au début, si le malade souffre par tout le corps,
il faut lui faire prendre un bain entier, sinon baigner locale-
ment la partie souffrante, appliquer des fomentations ou des
cataplasmes. Si le soulagement ne se produit pas, il faut re-
venir aux eaux. Les bains locaux peuvent être pris plusieurs
fois par jour. Pour les douleurs, on doit se borner à prendre
des bains locaux renouvelés plusieurs fois par jour. S’il est
possible de tenir dans l’eau les parties souffrantes en mettant
les autres à couvert, il n’est pas mauvais de continuer pendant
un long espace de temps l’usage des eaux, mais il faut faire le
traitement avant le repas. S’il survient du paroxysme, on
interrompt pour recommencer dès qu’il se produit du calme.
On faisait faire des séances de bains prolongés, puisque un
peu plus loin, le même auteur ajoute : « Si les forces aban-
donnent le malade, on peut lui donner des aliments. »
Malgré ces sages conseils, beaucoup de baigneurs usaient et
mésusaient des eaux sans direction. Nous avons cité l’opinion
de Pline sur les gens qui buvaient de l’eau outre mesura.
Hérodote avertit aussi les malades des dangers qu’ils cou-
rent en usant des eaux d’une manière fantaisiste et poussés
(1) Horace, Epître XV, Ad Valam.
4
par cette idée, éternelle chez eux et qu’on constate encore
tous les jours, qu’à l’intensité du traitement correspondra l’in-
tensité de bénéfice : « Puisque, dit-il, beaucoup de gens du
monde croient que les eaux minérales chaudes contribuent à
conserver la santé et que, pour cette raison, ils en usent sans
mesure et sans direction , à leur détriment, bien entendu, ainsi
que cela est naturel, il importe de leur faire abandonner cette
fausse opinion. »
Mais, outre les médecins particuliers et les médecins habi-
tuels qui, eux, ne pouvaient donner que des conseils éloignés,
mais non surveiller les incidents de la cure, il est probable
qu'il y avait des médecins spéciaux résidant dans le voisinage
des sources, tout au moins pendant la durée de la saison
thermale.
L’exercice de la médecine avait pris sous l’empire, surtout
après la venue des médecins grecs et sous l’influence de la
Grèce, une importance considérable (1). La médecine militaire
avait une organisation comprenant les médecins des cohortes
et des légions au-dessus desquels était le médiats castrensis,
puis des officiers d’administration, optio valetudinarii, et les
infirmiers (2). Dès l’époque de Cicéron, il y avait dans les
camps des tentes ambulances. Parallèlement il y avait des
commencements d’organisation d’assistance médicale civile,
notamment pour la maison de l'Empereur (3).
Ces organismes en rapport avec l’état de civilisation de la
société romaine nous portent à croire que les malades qui
allaient aux eaux ne restaient pas sans soins et que les médecins
ne négligeaientpas l’occasion de tirer de la présence delà société
nombreuse et choisie qui fréquentait certaines villes d’eaux,
(1) Il y eut même dans l'empire romain des femmes* exerçant la méde-
cine, autres que les accoucheuses, à qui on donnait le nom d ’obstetrices.
Le docteur Poncet, dans scs Documents pour servir à l'histoire (le la méde-
cine à Lyon, cite deux inscriptions de cette ville où il est question de
medicœ.
(2) J. -Y. Simpson, Des Médecins militaires attachés aux légions romaines.
(Traduit par le docteur Buttura.)
(3) Docteur René Bhiau, l’Assistance médicale chez les Romains.
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS SI
les bénéfices qu’ils étaient en droit d’espérer. Alors que dans
les autres rassemblements, fêtes ou marchés, on trouvait des
médecins ambulants, circulatores , il serait étrange que les
villes d’eaux en eussent été dépourvues.
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DEUXIÈME PARTIE
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
LEUR ORGANISATION ET LEUR FONCTIONNEMENT
LEUR DESTRUCTION
CHAPITRE PREMIER ,
I. Renseignements anciens sur les stations thermales de la Gaule. —
II. Documents géographiques. — III. Carte de Peutinger. — IV. Itiné-
raire d’Antonin. — V. Cosmographie de l’Anonyme de Ravenne. —
VI. Renseignements tirés des auteurs anciens. — VII. Renseignements
fournis par les inscriptions.
I
Au début de nos études archéologiques sur nos anciennes
stations d’eaux, nous devons commencer par signaler les
documents écrits qui s’y rapportent et peuvent nous aider à
déterminer leur situation, leur dénomination antique, leur
degré de célébrité ou les propriétés particulières qu’on leur
attribuait. Ces textes sont assez peu nombreux, et, comme
nous le verrons, donnent lieu, bien souvent, à de vives con-
troverses relativement à leur identification avec des localités
modernes.
54
LA GAULE TILERMALK
Nous examinerons successivement les indications qui nous
sont fournies par les documents géographiques proprement
dits : cartes et itinéraires, puis celles que nous trouvons dans
des textes d’écrivains : géographes, historiens ou littérateurs,
et enfin celles que nous fournissent les monuments épigra-
phiques.
II
DOCUMENTS GÉOGRAPHIQUES
Carte de Peutinger. — La source la plus importante à notre
point de vue, comme d’ailleurs pour tout ce qui touche à la
géographie ancienne de la Gaule, est la Carte de Peutinger .
appelée aussi quelquefois Table théodosienne.
On sait que cette carte, conservée actuellement à la biblio-
thèque impériale de Aienne, est une copie, vraisemblablement
exécutée au treizième siècle, d’une œuvre originale dont la
date probable se place vers le milieu du troisième siècle (1).
Son nom lui vient d’un savant d’Augsbourg, Conrad Peu-
tinger, qui en était propriétaire au seizième siècle. La carte
était peinte sur une suite de feuilles de parchemin, qui attei-
gnent une longueur totale de 21 pieds sur un pied de haut.
C’est, avant tout, une carte routière. Le figuré du terrain est
nul: le cours des rivières est éminemment fantaisiste; les
chaînes de montagnes sont indiquées par des lignes mame-
(1) « Nous savons par Pline l'Ancien que sous la pratique de Polla, à
Rome, l’on avait tracé, l’an 7 avant notre ère, une carte de l’univers :
orbem lerrarum orbi spectandum. Cette carte, disposée en longueur suivant
la forme de l’édifice où elle était peinte, dut servir de prototype à toutes
celles qui lurent dressées pendant lés premiers siècles de notre ère, et la
carte de Peutinger, dont le dessin est démesurément allongé dans le sens
horizontal et singulièrement rétréci dans le sens vertical, semble devoir
en donner une idée exacte. Telle est, du moins, la conjecture de Mannert,
reconnue probable par Desjardins. » H. de Fontenay, Autun el ses monu-
ments, p. 170.
GEOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
SI)
lonne'es. De petits édifices plus ou moins compliqués repré-
sentent les principales villes et stations. Entre celles-ci cir-
culent les routes, sous forme de lignes brisées, le long
desquelles sont inscrits les noms des stations intermédiaires,
avec des chiffres indiquant, en milles romains ou en lieues
gauloises, les distances qui les séparent (4). Certains établis-
sements thermaux étaient figurés par un signe conventionnel
spécial : un bâtiment de forme carrée, renfermant, au centre,
un bassin colorié en bleu sur l’original (fy. 9).
Il est incontestable que la carte présente sur certains points,
vraisemblablement par la faute du copiste, des lacunes dans
l'indication des stations, ainsi que des erreurs dans l’ortho-
graphe des noms de lieux et les chiffres des
distances. D'autre part, la forme démesuré-
ment allongée donnée à la carte, l’absence de
toute proportion entre sa longueur et sa lar-
geur, ont absolument faussé toutes les don- Fig. 9.
nées géographiques qu’on pourrai t y chercher signe thermal
DE LA CARTE
et ne permettent pas, comme avec nos cartes DE PEutinger.
modernes, la détermination d’un point in-
connu par sa position relativement à d’autres points connus.
Aussi verrons-nous bientôt l'identification des lieux anciens
portés sur la carte donner naissance à des divergences conti-
nuelles, basées le plus souvent sur des raisonnements où
l’on est obligé de faire intervenir des corrections plus ou moins
justifiées et parfois singulièrement hypothétiques.
Itinéraire d’Antonin. — L’Itinéraire d’Antonin ( Itinerarium
provinciarim omnium imperii Antonini Augusti) est, en dépit de
son nom, d’une date bien postérieure à l’époque des Antonins.
« C’est, dit Desjardins, un tableau plus ou moins officiel des
stations et des distances de l’empire romain au quatrième
(lj Le mille romain ôtait de 1,481 mètres et la lieue gauloise équivalait
«à un mille et demi, soit 2,221 ni. 50. Le mille était usité dans l’an-
oienne province romaine et la lieue était la mesure commune aux trois
Gaules.
LA GAULE THERMALE
56
siècle; il n'y a point là d’ouvrage à proprement parler, mais
une copie, dont l’original impersonnel était partout, et par
conséquent appartenait à tous. »
L’Itinéraire comportait une série de listes ou tableaux indi-
quant les noms des villes ou stations comprises entre deux
points extrêmes, avec les distances séparant chacune de ces
localités. On ne peut mieux le comparer qu’à nos anciens
livres de poste.
Cosmographie de l’Anonyme de Ravenne (4). — En 4688,
clom Placide Porcheron publia, d’après un manuscrit de la
bibliothèque du Roi, une Cosmographie due à un Ilavennate
anonyme, sous le titre : Anonymi Rcivenncitis qui circa sœcu-
lum vu vixit de geographia libri quinque. « Cette oeuvre, dit
M. Desjardins, n’appartient pas à l’époque romaine; elle date
seulement de l’époque franque et n’est même pas antérieure
au temps de Charlemagne; mais, rédigée à l’aide de docu-
ments géographiques plus anciens, elle mérite toutefois de
fixer l’attention des érudits qu’intéresse la géographie de la
Gaule romaine. »
III
La Table de Peutinger, dans la partie qui nous intéresse et
qui s’étend sur les segments I et II, contient neuf stations
désignées par le signe thermal dont nous avons parlé plus
haut. Ce sont, sur le segment I : Pretorium Agrippïnœ qui
doit rester en dehors de nos études, comme s’appliquant à
une station étrangère à la Gaule (2), Aquis BonnoniSj Aquis
(1) Sue l'anonyme de Ravenne, on peut consulter : De Rossi, Sopra il
cosmografo Ravennale. 1852. — Pinder et Parthey, Ravennalis anonymi
cosmographia. — D’Avezac, le Ravennale et son exposé cosmographique.
(2) Cette station, située sur la route de Leyde àNimègue, a ôté identifiée
avec Roomburg, près de Leyde, où l’on voyait autrefois des ruines et où
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
57
Segeste, Aquis Nisincii, Aquis CalidiSj Aquis Segeie et Aquis. La
station d7 ndesina est à cheval sur les segments I et II; celle
cl 'Aquis Sestis figure sur le segment II. Enfin le segment I
porte le nom d3 Aquis Neri, mais sans l’accompagnement du
signe thermal ( fig . 10).
Nous allons, en remontant du sud au nord, étudier succes-
sivement ces diverses stations, en recherchant les localités
modernes avec lesquelles il semble possible de les identifier.
Aquis Sestis. — - Ces eaux figurent sur la voie Aurélienne (1),
après la station de Tegulata, qu’on est d’accord pour placer
au hameau de la Grande-Pégière, au point où la route se
divise en deux branches, tendant, l’une vers Arles, l’autre
vers Marseille. Il n’y a pas lieu d’insister longuement sur cette
station, car son identité avec les eaux d’Aix-en-Provence ne
fait aucune espèce de doute et n’a jamais été mise en discus-
sion.
On la trouve sous le nom d3 Aquis Sextis dans l’Itinéraire
d’Antonin et la Cosmographie du Ravennate. Son nom est
mentionné dans d’assez nombreux textes, parmi lesquels nous
nous bornerons à citer les suivants, relatifs à la fondation de
la ville ou à certaines particularités de ses eaux thermales :
Tite-Live, Hist. LXI : « C. Sextius proconsul, victa Salluvio-
rum gente, coloniam Aquas Sextias condidit, ob aquarum
copiam e calidis frigidisque fontibus, atque a nomine suo ita
adpellatas. »
il a été trouvé des antiquités. Il ne semble pas, cependant, qu’il y ait
jamais eu là de vestiges d’établissement thermal, ni de traces d’eaux mi-
nérales, dont la contrée, d’ailleurs, est totalement dépourvue.
(1) Cette voie, ouverte dans le principe depuis Rome jusqu’à Pise, lut
successivement prolongée jusqu’à Gênes; de là, aux Alpes, puis à Aix et
à Arles, où elle se soudait à la voie Domitienne, qui se dirigeait vers l’Es-
pagne. Aucun sujet de géographie archéologique n’a donné lieu à plus de
discussions que le tracé de cette voie dans la région littorale de la Pro-
vence. Sans entrer dans aucune étude détaillée à cet égard, je me borne
à indiquer les points qui me semblent correspondre aux stations anciennes
et nous donnent la direction de la voie : Vintimillc, Menton, Cimicz, An-
tibes, Cannes, LaNapouIc, Fréjus, Le Luc, Cabas se, Tourves, La Grande-
Pégière et Aix.
58
LA GAULE THERMALE
Velleius, 1, 15, 4 : « Sextio Calvino, qui Sallues apud Aquas,
<|uæ ah eo Sextiæ appellantur, devicit. »
Florus, Histoire romaine, 1. III, 4 : « Mari us... prioresque
Teutonos sub ipsis Alpium radicibus assecutus in loco, quem
Aquas Sextias vocant; quo, ûde numinum, prælio oppressit. *
Cassiodorus, Chronic., ad a. 632, p. 618, M : Gn. Domitius et
G. Fannius : « llis consulibus G. Sextius oppidum ædificavit,
quo, Aquæ Sextiæ, in Galliis. »
Strabon ( Géographie , lib. IA', chap. i, 5; Traduction Tardieu, t. I,
p. 297) fait allusion au refroidissement des eaux qui, de son
temps, avaient dû perdre une partie de leur célébrité : « C’est
ainsi que Sextius, après avoir vaincu les Salyens et fondé, non
loin de Massilia, la ville d’Aquæ Sextiæ, laquelle reçut ce
nom en Fhonneur de son fondateur et en commémoration de
ses sources thermales, si célèbres naguère, mais si dégénérées
aujourd’hui, puisqu’une partie, dit-on, ne donne plus que de
l’eau froide. »
Solin (. Polyhistor , 2) dit de même : « Aquæ quoque Sextiliæeo
loco claruerunt, quondam hiberna consulis, postea excultæ
mœnibus; quarum calor olim acrior, exlialatus per tempora
evaporavit, nec jam par est famæ priori. »
Aquis. — A l’extrémité occidentale de la carte ligure un
signe d’ établissement thermal, surmonté du mot Aquis, sans
autre détermination. Entre ce mot et la vignette, la carte pré-
sente une large lacune, empiétant sur la toiture de rétablisse-
ment, mais qui ne semble pas avoir pu faire disparaître la
seconde partie du nom, s’il en existait une. Cet établissement
est rattaché, mais sans aucune indication de distance, à un
point portant le nom de Casinomago, intermédiaire sur la route
d’Auch à Toulouse, entre les stations deTolosa et de Cliberre.
La position de Casinomago étant elle-même indécise, la dé-
termination (Y Aquis a prêté à de multiples solutions.
D’Anvillë (T) y voit les Aquæ Convenarum (position discutée)
(1) Notice de l’ancienne Gaule, p. 73.
Fig. 10. — fragment du segment i de la garte de PEUTiNGER (centre de la Gaule).
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
61
de ntinéraire d’Anton in; Walckenaër (1), les Aquœ Tarbcllicœ
(Dax) du môme Itinéraire; Greppo (2) semble porté à y voir
les Agœ Calidæ, mentionnées dans ces contrées par' le seul
anonyme de Ravenne, et il signale également l’opinion qui
pense retrouver ce lieu antique aux eaux d’Ax, dans l’Ariège.
Chaudruc de Crazannes (3) place Casinomagus à Gaumont,
dans le Gers, et Aquis à Bagnères-de-Bigorre, connu sous les
Romains sous le nom de Viens Aquensis, comme nous le ver-
rons plus loin. Il fait remarquer qu’une route de caractère
antique, construite en encaissement et ferrée, comme les
routes romaines, dans plusieurs de ses parties, circulait en-
core de son temps entre Caumont et Bagnères, par Lombez,
Castelnau-Magnoac et Cieutat.
D'après Sacaze (4), au contraire, la route indiquée sur la
carte serait celle de Lugdnnum Convenarum (Saint-Bertrand-
de-Comminges), désigné par deux tours, cà la station thermale
d’Aquis, qui ne serait autre que les Aquœ Onesiœ, dont nous
nous occuperons tout à l’heure, identifiées par notre auteur
avec Bagnères-de-Luchon.
Au milieu de ces affirmations diverses, on n’a, comme on
le voit, que l’embarras du choix ; mais, en somme, en l’ab-
sence de tout élément de discussion présentant un caractère
quelconque de certitude, toutes les identifications ainsi pro-
posées ne me semblent devoir être retenues que comme de
simples hypothèses.
Aquis Segete. — Cette station figure à la Carte sur la route
de Lyon à Rodez, à 8 lieues (20 k.) de Foro Segustavaro
(Feurs), et 17 lieues (38 k.) d 'Icidmago (Usson). Plusieurs
identifications ont été proposées pour cet établissement, et la
(1) Géographie ancienne des Gaules, t.T, p. 297.
(2) Etudes archéologiques sur les eaux thermales ou minérales de la Gaule
à l’époque romaine, 1846.
(3) Dissertation sur la voie romaine d’Audi à Toulouse et au lieu d’Aquis,
d après la Table ihéodosienne ou de Peutinger. Bulletin monumental,
t. II, 1845.
(4) Histoire ancienne de Luchon. Éludes sur Ludion, 1887, p. 45.
62
LA GAULE THERMALE
question est d’autant plus obscure que l’on n’est pas non plus
d'accord sur les sites actuels de Foro S. et d’Icidmago.
D’Anville (1) proposait Aissumin, sur la rive droite de la
Loire. Walckenaër (2) voyait dans Icidmago Yssingeaux, dans
Foro S. Farnay, village situé près de Rive-de-Gier, et dans
Aquis Segete Saint-Étienne.
Pour Fortia d’Urbin (3), Aquis serait Aurec, à 3 lieues S. O.
de cette dernière ville.
Ces différentes attributions, qui n’étaient appuyées sur
aucun motif sérieux et visaient des localités dépourvues d’eaux
minérales, sont aujourd’hui sans défenseurs, et, seules, deux
localités revendiquent l’honneur d’avoir succédé à l’antique
station de la Table.
C’est d’abord Saint-Galmier, qui a pour lui Greppo, dont le
remarquable ouvrage contient une longue discussion (p. 73
à 82) de la question; la Commission de topographie des
Gaules, Longnon, Bernard (4), Guigue (5), etc. C’était déjà,
au dix-septième siècle, l’avis de De la Mure, dont Y Histoire du
Pais de Forez renferme un chapitre intitulé : « Comment Saint-
Galmier portait, du temps des Romains, le nom de Aquæ
Segetæ. »
L’autre opinion adopte le site de Moind, dans le voisinage
immédiat de Montbrison. Elle a pour elle Desjardins (6),
Dulac (7), Vincent Durand (8), etc.
Nous ne pouvons entrer dans la discussion approfondie de
cette controverse, qui a fait l’objet de nombreux mémoires et
qui a notamment été longuement discutée lors de la réunion
(1) Notice de l'ancienne Gaule, p. 80.
(2) Géographie ancienne... des Gaules, t. III, p. 100.
(3) Recueil des Itinéraires anciens.
(4) Mémoires sur les origines du Lyonnais. Mémoires de la Société des
Antiquaires, t. XVIII, 1846.
(5) Les voies antiques du Lyonnais, du Forez-, etc., déterminées par les
hôpitaux du moyen âge.
(6) Géographie de la Gaule, d'après la Table de Peuhnger.
(7) Les ruines de Sainte-Eugénie, à Moingt. Annales de Ici Société d'agri-
culture... du département de la Loire, t. XX, 1876.
(8) Aquæ Segetæ et la voie Bolène en Forez. Recueil de mémoires et docu-
ments sur le Forez, publiés par la Société de la Diana, t. Il, 18i5.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 63
| du Congrès archéologique de France à Montbrison, en 1885 (1),
et nous nous bornons à indiquer les motifs de notre préfé-
rence pour cette deuxième interprétation.
Je crois qu’il y a peu de chose à tirer des distances portées
-sur la carte, très discutées, et déclarées, pour la plupart, tron-
quées par les commentateurs. Je ne retiendrai que la dis-
tance de 9 lieues, indiquée entre A. Segetæ et Foro Segusta-
varo, qui doit être Feurs, cette distance étant bien en réalité
celle qui sépare cette dernière ville de Moind, et l’indication
de la Table étant corroborée par une borne milliaire, portant
ce même chiffre de VIIII L, découverte près de Moind,
en 1858. Il est certain, du reste, que la ville antique qui s’éle-
vait sur ce point était située sur le trajet d’une route romaine,
dite autrefois « Voie Bolène » , venant du Velay, que de nom-
breuses traces ont permis de repérer exactement d’Usson à
' Moind et à Feurs, ce qui est justement le trajet indiqué par
plusieurs géographes pour le tracé de la route de la Table.
Ce qui me frappe surtout, c’est la grande importance du
■Moind antique, avec ses nombreux édifices, son théâtre, tout
ce qui constituait autrefois une cité considérable, comparée
avec les intéressantes, mais assez modestes substructions
remises au jour cà Saint-Galmier.
Une sérieuse présomption me semble dériver également du
mot AQVI, lu sur une tablette de marbre blanc, découverte
en 1883, et ayant formé l’angle gauche inférieur d’une ins-
cription dont les autres débris n’ont malheureusement pas pu
■ être retrouvés.
Enfin, sans en tirer un argument bien sérieux, on peut
noter toutefois la persistance des traditions ayant trait à des
monuments dédiés à^Cérès, dans un lieu qui a peut-être porté
autrefois un nom ayant une singulière affinité avec la déesse
des moissons.
(1) Baron de Rostaing, Mecliolano et Aqtiis Segete de la Table de Peu-
tinger. — V. Duhand, Réponse au mémoire précédent. — D. Noëllas, De
l emplacement des villes gallo-romaines Mediolanum, etc., dans le volume
des Comptes rendus du Congrès de 1885.
64
LA GAULE THERMALE
C est donc, jusqu’à la preuve contraire qu’un heureux coup
de pioche fera peut-être jaillir du sol quelque jour, à Moind
de l’Aquæ Segestæ de la Table.
Aquis Calidis. — Cette station est située sur la route de
Clermont à Lyon, entre Augustonerneto (Clermont), sans indi-
cation de distance et Vorogio (vjii lieues, 18 k.), que nous
retrouvons à Vouroux, faubourg de Yarennes-sur-Allier. La
route continue ensuite vers Lyon, par Ariolica (Avrilly-sur-
Loire), Roidumna (Roanne) et Feurs. L’attribution à une
station moderne du nom et du site de l’ancienne Aquœ Calidœ
est une des questions qui ont soulevé les plus vives contro-
verses dans le domaine de géographie spéciale qui nous occupe.
D’An ville (1), adoptant le tracé de la voie et les identifica-
tions que nous venons d’indiquer, plaçait Aquis Calidis au
lieu actuel de Vichy. Greppo ( op . cit., p. 32), partagea cette
manière de voir, admise également par Tudot (2), la Commis-
sion de Topographie des Gaules, Desjardins (3), Longnon,
Daremberg et Saglio (4), Vidal La Blache (5), Mallat et Cor-
nillon (6), etc.
D’après un autre système, l’édifice thermal aurait été des-
siné par erreur sur le parcours Lyon à Clermont et devrait être
rattaché à la route passant au-dessous, qui reliait Lyon à
Rodez. Ce serait alors Chaudes-Aigues, dans le Cantal, qui
devrait être identifié avec notre station. Tel était le sentiment
de Sirmond (7), de Valois (8), de Walckenaër (9), de Beau-
lieu (10), et de Mathieu (11).
(R Notice de l’ancienne Gaule, p. 7a.
(2) Carte des voies romaines du département de l'Ailier, p. 4 et 5.
(3) Géographie de la Gaule, d’après la Table de Peutinger.
(4) Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines. Y. Aquœ.
(5) Atlas général d’histoire et de géographie.
(6) Histoire des Eaux minérales de Vichy, 1906.
(7) Ad. Sidon. not., p. 60.
(8) Notitia Galliaruni online litteranm digesta, p. 47.
(9) Géographie ancienne... des Gaules, t. I, p. 324 et suiv.
(10) Antiquités de Vichy-les-Bains. Mémoires de la Société des Antiquaires,
t. XV, 1840, p. 452 et suiv.
(11) De la position d’ Aquis Calidis sur la Table de Peutinger, 1859.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 65
Michel Bertrand (1), suivi en cela par le docteur Nicolas (2),
voulait retrouver au Mont-Dore la station de la Table, tandis
que Mathieu (3) la cherchait dans les environs de Clermont-
Ferrand, aux eaux de Sainte-Marguerite ou aux bains de
Médagues. Ces deux dernières identifications sont de pure
fantaisie et ne se discutent môme pas; quant à l’opinion de
Bertrand, elle repose sur une erreur complète dans les don-
nées tirées de la Table de Peutinger, qui suffit à lui enlever
toute vraisemblance.
Bien, non plus, n’autorise le déplacement de l’édifice ther-
mal au profit de la route de Lyon à Rodez. Outre qu’il faut
être très sobre de ce procédé qui, si on le généralisait, per-
mettrait toutes les modifications possibles sous prétexte de
corrections à la carte, il importe de remarquer, dans l’espèce
présente, que le signe thermal est placé sans aucune hésita-
tion, au milieu du tracé de la route de Clermont à Lyon et
séparé par un cours d’eau et une. chaîne de montagnes de la
voie à laquelle on prétend le rattacher. Ce point écarté,
l’objection principale qui a été faite à l’attribution à Vichy de
l’héritage d ’Aquis Ccilidis réside dans la critique de l’itiné-
raire tout entier, qui aurait imposé au voyageur se rendant
de Clermont à Feurs un détour bien compliqué, le conduisant
par Vichy, Varennes, Avrilly et Roanne et lui faisant ainsi
parcourir 181 kilomètres au lieu de 83 en ligne directe. D’An-
ville avait répondu d’avance à cette objection. « La route que
nous venons de décrire, disait-il, nous donne, à la vérité, une
communication entre Lyon et Clermont, mais qui circule
extrêmement. C’est bien moins une route suivie, que ce ne
sont divers morceaux particuliers de différentes routes qui se
communiquent. » Le fait, d’ailleurs, n’est pas unique. 11
semble bien que c’est ainsi que furent conçus certains tracés
(1) Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales des
eaux du Mont-Dore, 1823.
(2) La Médecine dans les œuvres de Sidoine Apollinaire. Revue Médicale
du Mont-Dore, 1901.
(3) Colonies et voies romaines en Auvergne.
5
06
LA GAULE THERMALE
de la carte et nous allons en voir tout à l’heure une nouvelle
preuve à propos de la station d ’Aquis Bormonis.
Remarquons, en outre, que le détour signalé peut s’expli-
quer facilement au point de vue topographique. La route ainsi
tracée contourne les massifs montagneux de la Madeleine et
du Forez, permettant d’assurer en tout temps des communi-
cations que la mauvaise saison pouvait rendre difficiles ou
impossibles par les routes plus courtes qui traversaient cer-
tainement les montagnes.
D’ailleurs, l’existence et la direction de la route depuis
Clermont jusqu’au delà de Varennes sont maintenant déter-
minées d’une façon indiscutable par la découverte de bornes
milliaires qui la jalonnaient et qui portent des distances se
référant à Clermont-Ferrand. Deux de ces bornes ont été
trouvées entre Clermont et Vichy, l’une à Ollat, près d’Effiat,
l’autre à Biozat. La troisième l’a été à Vichy même, en 1880,
sur l’assiette de la grande voie romaine (1). Elle indique la
distance de Clermont civitas arvern lxxi, comblant ainsi la
lacune de la Table, Une quatrième borne, découverte dans la
commune de Tréteau, au delà de Varennes (2), dans la direc-
tion d’Avrilty-sur-Loire, achève la détermination bien nette de
cette première partie de l’itinéraire.
Enfin, je crois qu’on peut tirer, sinon une preuve absolue,
tout au moins une très forte présomption, du nom de Balidas,
donné par le géographe anonyme de Ravenne à une ville
située dans la région de la Loire, en amont de Decize, situa-
tion topographique convenant parfaitement à Vichy. Ce nom
de Balidas correspond évidemment pour moi à celui d ’Aquœ
Calidœ, déformé comme on le voit si souvent pour d’autres
dénominations dans l’ouvrage du Ravennate.
Aquis Bormonis. — Le signe thermal, accompagné du nom
d ’Aquis Bormonis , se trouve sur une route allant d ’Augnsto-
(1) Bulletin de la Société des Antiquaires, 1880, p. 145.
(2) Peghoux, Note sur deux colonnes itinéraires nouvellement découvertes
dans le trajet de la voie romaine de Clermont à Lyon, par Vichy, 1855.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
67
dunum (Autun) à Decetia (l)ecize), et se divisant ensuite en
deux branches gagnant, l une, Orléans, par Nevers et Briare,
l’autre, Bourges, par Sancoins.' Les stations portées sur la
carte, en partant d’Autun, sont : Telonno xn ; Pocrinio xii;
Sitillia xiiii; Aquis Bormonis xvi et Decetia xxx. On place géné-
ralement Telonno à Tdulon-sur-Arroux, Pocrinio à Périgny-
sur-Loire, point où la route traversait le fleuve, Sitillia aThiel
et Aquis Bormonis à Bourbon-F Archambault. Cette dernière
identification, admise par Valois (1), Walckenaër (2), D’An-
ville (3), Greppo (4), Desjardins (5), est repoussée par
M. Longnon et la Commission de Topographie des Gaules, qui
préfèrent la position de Bourbon-Lancy. « La commission,
dit Alex. Bertrand, a interprété la Table pour cette portion de
la voie tout autrement qu’on l’a fait jusqu’ici. Laissant de côté
l’édifice carré au-dessus duquel est écrit Aquis Bormonis, la
commission considère Sitillia comme étant la station qui relie
sur la Loire, Pocrinio (Digoin) à Decize. La distance xxx
(xiiii -f- xvi) est justement la distance qui sépare Digoin de
Decize. Sitillia tombe ainsi au Grand-Fleury. Les Aquis Bor-
monis sont, aux yeux de la commission, les eaux de Bourbon-
Lancy, voisines du Grand-Fleury. Le chiffre xxx placé à côté
d’Aquis Bormonis indique la somme des deux distances par-
tielles. La commission propose cette solution avec une très
grande confiance. On avait placé jusqu’à présent Sitillia à
Thiel (Allier) et Aquis Bormonis à Bourbon-l’Archambault;
mais sans pouvoir faire accorder les distances avec ces
diverses localités et en faisant faire à la voie d’ Autun à Decize
le plus singulier détour. »
Nous nous bornerons à rappeler à cet égard ce que nous
venons de dire à propos de la station d’Aquis Galidis, et,
quelle que soit la bizarrerie du circuit décrit par la route, nous
inclinons à placer à Bourbon-l’Archambault la station qui
(T) Notitia Galliarum, etc.
(2) Géoyraphie ancienne... des Gaules.
(3) Notice de l’ancienne Gaule, p. 74.
(4) Op. cit., p. 23.
(3) Géoyraphie de la Gaule, d’après la Table de Peutinyer.
68
LA GAULE THERMALE
nous occLipe.il me semble difficile de considérer le chiffre xxx
placé entre l’édilice thermal et Decetia comme n’étant pas
une mesure particulière, mais seulement la somme de deux
autres distances, alors que celles-ci figurent déjà sur la carte.
Si l’on jette les yeux sur ce document, on remarque que le
chiffre xvi est placé nettement à droite de l’édifice, ce qui
semble bien exclure son attribution à la distance d’un lieu qui
qui aurait été situé à sa gauche.
D’autre part, la solution de la commission ne peut être
acceptée que si l’on admet avec elle que la station d’Aqui.s
Nisincii, que nous allons étudier, n’est pas Bourbon-Lancy, et
nous considérons encore sur ce point que la démonstration est
loin d’être faite.
Aquis Nisincii. — Sur la route d’Autun àDecize, nous trouvons
une station portant le signe thermal et le nom d 'Aquis Nisincii.
Elle est séparée d’Autun par une station intermédiaire, Boxum ,
situé à viii lieues d’Autun et à xxn lieues du point qui nous
occupe. Deux routes tracées sur la carte, mesurant chacune
vmi lieues relient Aquis Nisincii à Decize et à un point de la
route d’ Aquis Bormonis à Decize, situé probablement au nord
de Moulins.
Le nom de notre station ne figure pas sur la route corres-
pondante de l’itinéraire d’Antonin, qui se divise ainsi :
Deccidas (Decize), xxn.
Alisincum} xiv.
Augustodununij xxn.
La lecture du nom de l’établissement qui nous occupe pré-
sente quelques variantes, et les avis, au point de vue de son
identification, sont partagés entre deux stations modernes :
Bourbon-Lancy et Saint-Honoré. D’Anville (1) lisait Aquis
Nisineii, et plaçait les eaux en question à Bourbon-Lancy, de
même que Walckenaër (2), qui lisait A. Nisincii. Il est bon de
remarquer qu’à l’époque à laquelle écrivait d’Anville, les eaux
(1) Notice de l'ancienne Gaule, p. 78.
(2) Géographie ancienne... des Gaules.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 69
de Saint-Honoré étaient totalement inconnues, et que leur
notoriété, au point de vue surtout de leur passé, était bien
peu de chose lorsque Walckenaër composait sa géographie des
Gaules. Greppo (1) en dit quelques mots, mais sans meme,
faire allusion à leur identification possible avec les eaux qu’il
appelle A. Nisineii et place, lui aussi, à Bourbon-Lancy.
Parmi les archéologues modernes, M. Crosnier (2) adopte
Saint-Honoré, qu’il appelle A. Nisinœi ; de même M. Longnon,
sous le nom d\4. Nisineii. M. Desjardins (3) adopte cette der-
nière lecture, mais est partisan de l’attribution du signe
thermal à Bourbon-Lancy. La commission de la carte des
Gaules, suivie par Collin et Charleuf (4), lit sur la Table Aquis
Alisencii, qu’elle place à Saint-Honoré, et elle ajoute : « L’iti-
néraire d’Antonin remplace Aquis Alisencii par Alisincum, qui
se retrouve aisément dans Anisy, près Saint-Honoré. La pré-
sence d’une localité voisine des eaux et leur donnant son
nom n’est pas d’ailleurs un fait isolé. Plusieurs exemples de
ce genre ont déjà été signalés par divers archéologues. »
Tout ce raisonnement repose, on le voit, sur le nom d’Aquæ
Alisenciæ qu’aurait porté notre station thermale. Cette lec-
ture est-elle certaine? Je crois qu’il est permis de n’en être
pas convaincu et j’avoue que les reproductions de la Table
que j’ai pu avoir sous les yeux me font plutôt incliner vers
l’ancienne interprétation.
Le calcul des distances de la carte, appliqué aux deux points
en litige, semble faire pencher la balance du côté de Bourbon-
Lancy. La distance d’Aquis N. à Decetia est, sur la Table,
de 14 lieues gauloises, ou 31 kil. 101; sur le terrain, à vol
d’oiseau, Saint-Honoré est à 28 kilomètres et Bourbon-Lancy
à 32 kilomètres de Decize. D’Aquis N. à Augustodunum, la
Table indique 30 lieues gauloises (xxn -f- vm), ou 66 kil. 645;
en comptant de la même façon, Saint-Honoré est à 34 kilo-
0) Op. cit., p. 51 et 277.
(2) Bulletin de la Société nivernaise des lettres, sciences et arts, t. I, scanco
du 15 décembre 1853.
(3) Géographie de la Gaule, d’après la Table de Peulinger.
(4) Saint-Honoré-les-Bains. Guide médical et pittoresque.
70
LA GAULE THERMALE
mètres d’Àutun et Bourbon-Lancy à 49 kilomètres. Aucune
de ces deux distances ne concorde avec le document ancien,
mais 1 écart est cependant infiniment moindre en ce qui
concerne Bourbon-Laney. Il n’est peut-être pas inutile de
rappeler également que le nom ancien de cette dernière ville
était Bourbonnensy ou Bourbon-Nansy, forme qui semble
n’etre pas sans quelque rapport avec le nom de la station
ancienne. « 11 a été facile, dit Millin, de faire Ncmsi de Nisineii,
et de prononcer ensuite Lancij. »
Ajoutons toutefois que 1 ignorance où nous sommes de la
situation de la station intermédiaire de Boxum ne donne à
ces évaluations qu’une valeur très relative, puisque la route,
pour atteindre ce point, faisait peut-être un détour dont rien
ne peut nous faire prévoir l’amplitude.
En résumé, la question me semble absolument douteuse. Je
ne vois, jusqu’à présent, aucune raison sérieuse de décider
entre ces deux villes thermales, qui eurent toutes deux, le
fait est certain, une grande importance à l’époque gallo-
romaine, et j’estime qu’il est prudent d’attendre que le hasard
heureux de quelque découverte vienne éclaircir nos doutes et
trancher le débat en faveur de l’une d’elles.
Aquis Segeste. — La station d’ Aquis Segeste, accompagnée de
l’édifice thermal, est placée sur une voie allant de Genabo
(Orléans) à Agenticum (Sens), à xxn lieues de Sens, et à la même
distance d’une station appelée Fines , éloignée elle-même de
xv lieues d’Orléans. La détermination de la position d’Aquæ
Segestæ a donné lieu à de nombreuses divergences, motivées
par l’incertitude où l’on est relativement à la véritable situa-
tion de Fines, et surtout à l’absence complète, dans la région
où doivent nécessairement se porter les recherches, d’eaux
thermales ou minérales permettant d’en localiser le champ.
Pour Caylus (1), Jollois, Greppo (2), Dupuis (3), A. Segestæ
(1) Recueil d' Antiquités, t. III, p. 413.
(2) Op. cit., p. 71 et suiv.
(3) L’ Aquis Segeste de la carte de Peutinger doit être placé à Montbouy.
Mémoire lu au Congrès scientifique d’Orléans, septembre 1851.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 71
devrait être cherché sur les bords du Loin g, à Montbouy,
ou plutôt aux lieux tout voisins de Craon et de Chenneviôres.
D’Anville (1) avait d’abord adopté cette identification, mais
avait ensuite modifié son opinion et adopté la position de
Ferrières, où ne se trouvent ni eaux minérales, ni ruines de
l’époque romaine, guidé en cela par la distance entre ce point
et Sury-aux-Bois, où il croyait devoir placer Fines. Pour
Walckenaër (2), A. Segestæ devait être cherché en un point où
se trouvent des ruines au nord du village de Sceaux; M. Lon-
gnon place ces thermes à Sceaux, ou plutôt à 2 kilomètres
E.-N.-E. du village; M. Ragon (3) à 2,400 mètres à l’est de
Sceaux, en face d’une ferme appelée la « Maison Rouge », où,
dans une vallée arrosée par une source, on aurait signalé,
marqués seulement par des dépressions, les traces d’un am-
phithéâtre de forme elliptique et les vestiges d’un établisse-
ment thermal. On a encore cité Dordives, où se trouvent les
restes d’un pont sur lequel une voie romaine franchissait
le Loing, mais qui ne présente aucune trace d’établissement
ayant quelque rapport avec des thermes, et Fontainebleau,
que sa position à l’écart de la véritable direction, connue
dans son ensemble, de notre voie, comme aussi l’absence
de tout vestige antique de quelque importance, doivent
mettre absolument hors de la question. M. Desjardins (4)
signale ces diverses opinions, sans se prononcer en faveur
d’aucune d’elles.
A notre avis, tant que des découvertes nouvelles ne vien-
dront pas infirmer cette conclusion, nous pensons que c’est à
Montbouy-Craon que l’on doit placer la cité thermale qui
nous occupe. Les ruines qui y ont été découvertes forment
bien l’ensemble, en quelque sorte classique, des monuments
qui s’élevaient autour des sources en renom. Nous n’y trou-
vons pas, à vrai dire, d’eaux thermales ou minérales, mais la
(1) Notice de l'ancienne Gaule, p. 78.
(2) Géographie des Gaules, t. III, p. 57.
(3) Noie concernant les stations Fines et Aquœ Seg este sur la voie romaine
de Sens à Orléans. Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 1872.
(4) Géographie de la Gaule, d’après la Table de Peutinger.
4
72 LA GAULE THERMALE
situation est la môme pour les autres lieux proposés, la con-
trée ou il faut certainement chercher notre station étant abso-
lument déshéritée à cet égard. En outre, le caractère particu-
lier de certains objets trouvés dans le voisinage des bains :
statuettes en terre blanchâtre de Vénus et de Déesses-Mères,
grossières figures en bois, dont quelques-unes représentent
des parties du corps humain, évoque l’idée de sources,
sinon à vertus médicales bien caractérisées, mais tout au
moins placées sous la protection de divinités secourables,
dont la renommée était assez grande pour avoir déterminé la
formation d’une agglomération considérable, fréquentée par
de nombreux fidèles à l’époque jugée la plus propice pour
les cures médicales.
L’indication de distance d’Agenticum à Aquæ Segestæ portée
sur la Table : 22 lieues gauloises ou 48 kil. 873, cadre assez
bien avec la distance de Sens à Craon, calculée à vol d’oiseau,
et qui est de 47 kilomètres environ. Il n’en est pas de môme
de la distance entre Craon et Orléans, qui figure, sur la Table,
pour 37 lieues gauloises (xxn + xv), ou 82 kil. 19, alors que
69 kilomètres seulement, comptés à vol d’oiseau, séparent
effectivement ces deux points.
Certains géographes, entre autre Walckenaër, ont proposé
des modifications aux distances données par la Table, et môme
a substitution, sur certains points, de milles romains aux
lieues gauloises. Rien ne me semble autoriser des corrections
de ce genre, et il vaut mieux avouer, je pense, que l’igno-
rance où nous sommes de la situation exacte de la station
intermédiaire de Fines laisse incertains le tracé exact de la
route ancienne et, par suite, l’appréciation de sa longueur.
Montbouy-Craon est, il est vrai, à l’écart de cette grande voie
de Sens cà Orléans, par Villegardin, Branles, Dordives, Sceaux
et Beaune-la-Rolande, qui a laissé tant de traces sur le sol et
qui figure encore sur nos cartes modernes sous le nom de
Chemin de César. Mais il est certain, d’autre part, qu'il exis-
tait, entre Sens et Montbouy-Craon, une route passant par
Courtenay, que certains indices ont permis de prolonger vers
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 7 3
Orléans, par Lorris et Sury, et rien ne permet d’affirmer que
j'ie soit la première plutôt que la seconde de ces voies qui ait
? :té figurée par le géographe de la Table.
Indesina. — Ce nom, certainement tronqué, se lit, accom-
>agné du chiffre xvr, à la jonction des segments i et n de la
fable, à droite de la route de Metz à Reims, à laquelle la
dation est reliée par un embranchement partant d’un lieu
lommé Noviomagus. D’après Maury, l’examen très attentif de
a carte lui aurait permis de reconnaître le sillon d’une autre
coie reliant l’édifice à Nasium, en passant par le lieu de
Fines.
Tout est obscur dans cette station, dont le nom meme est
incertain. Scheyb, qui publia en 1753 un fac-similé de la
carte, avait lu Andesina. Cette leçon est suivie par Walcke-
naër, Beaulieu (T), Dugas de Beaulieu (2) et Courajod (3) qui,
après avoir pris communication de l’original à la Bibliothèque
de Vienne, en 1876, conclut ainsi : « Ma conviction est qu’il
faut lire Andesina. C’est l’opinion des bibliothécaires pré-
sents à ma recherche et que j’ai consultés. » Pour M. Di-
,got (4), le nom romain du lieu était Grandesina. Maury (5),
après examen de la carte originale, déclare le nom tronqué,
« car on découvre les vestiges d’une lettre initiale dont il ne
i reste plus que le sommet. Cette lettre, qui est certainement
unique, semble être une L, à en juger par l’apex. » La lecture
I L indesina est également adoptée par M. Desjardins.
On identifie généralement Indesina avec le lieu actuel de
! Bourhonne-les-Bains. Tel est, du moins, le sentiment de d’An-
• ville, qui se bornait à indiquer l’édifice carré sans lui donner
(1) De l'emplacement de la station romaine d’ Andesina. Mémoires de la
' Société des sciences, lettres et arts de Nancy, 1849.
(2) Mémoire sur les antiquités de Bourbonne-les-Bains. Mémoires de la
v Société des Antiquaires de France, t. XXV.
(3) Revue archéologique, nouvelle série, 178 année, 31° vol., 1876.
(4) Recherches sur le véritable nom et l’emplacement de la ville que la
Table théodosienne appelle Andesina ou Indesina, 1851.
(5) Note sur un nouvel examen de la carte de Peulinger où est figurée la
Gaule. Revue archéologique, nouvelle série, 5° année, 9° vol., 1864.
74
LA GAULE THERMALE
de nom, de Dugas de Beaulieu (4), Pistollet de Saint-Fer-
jeux (2) el Desjardins.
Cependant Walckenaër a placé notre station à Nancy ou à
Essey ; Digot, à Grand, où l’on a trouvé des restes de cons-
tructions romaines d’une extrême importance; Beaulieu, à
Laneuvevillc-lès-Nancy, où des vestiges gallo-romains ont été
découverts dans le voisinage de sources qui jouissaient autre-
fois du privilège de guérir certaines maladies.
Greppo a commis une confusion assez singulière au sujet
de cette station. Après avoir signalé ( op . cit., p. 27) l’édifice
thermal, qu’il déclare n’être accompagné d’aucun nom et
d’aucune évaluation de distance, il l’identifie avec Bourdonne,
sous la dénomination absolument gratuite d’Aquis Borvonis.
Il consacre ensuite (p. 121) un très court article à Indesina,
qu’il se borne à indiquer comme un nom douteux, et termine
ainsi : « Mais je ne saurais omettre de signaler l’édifice
thermal figuré à peu près en cet endroit de la carte, c’est-à-
dire au-dessus de Tullum, et selon toute apparence sur le
territoire de Leuci. Il nous révèle des sources médicinales,
auxquelles on a donné jusqu’ici peu d’attention, et c’est une
singulière fatalité que nous ignorions tout à la fois, et le nom
antique du lieu, et ses rapports avec d’autres, qui auraient pu
nous aider à en retrouver la position sous un nom moderne. »
La difficulté d’identification de la station d’Indesina pro-
vient de l’incertitude où l’on est sur la véritable situation de
Noviomagus, de l’impossibilité de rattacher à des points
déterminés certaines distances portées sur la carte, et surtout
de ce fait que l’édifice est figuré sur la droite de la route de
Metz à Langres, alors que toutes les villes d’eaux de quelque
importance se trouvent à gauche de cette voie. Aussi, presque
(1) « Cette ville aurait porté le nom de Borvo, Andesina-Borvo, nom
commun à trois sources. Le prénom d’Andesina disparut et Bourbonne
resta seul. Le dessinateur n’avant pas assez déplacé n’aurait écrit qu’une
partie du nom. »
(2) Notice sur les voies romaines, les camps et les mardelles du. départe-
ment de la Haute-Marne. Mémoires de la Société historique et archéologique
de Langres, t. I.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 75
>us les commentateurs sont-ils obligés de déplacer la
ignette et de la reporter à l’est de la route tracée sur la
able. M. Desjardins (1) a étudié très complètement les divers
léments de cette controverse, et conclut en ces termes : « Pour
îsumer ce qui précède, nous pensons : 1° que les Thermes
• é.signés dans la Table sous le nom deLindesina sont les eaux
e Bourbonne; 2° qu’elles ont été placées sur la droite de la
oie de Metz à Langues parce que la place a manqué à gauche
celui qui a dressé la carte originale, ou à celui qui Ta
éformée en la copiant au treizième siècle ou auparavant;
0 que pour trouver, même à droite, un emplacement solfi-
ant, il lui aura fallu effacer le tracé de la route de Tullum
Toul) à Nasium (Naix) (voie de Toul à Reims), ce qu’il a fait,
ailleurs, sans supprimer une seule station ; 4° que deux
outes conduisaient à Bourbonne, divergeant toutes deux sur
1 route de Metz à Langres : Tune partant de Noviomagus
Notre-Dame-des-Piliers), et mesurant xvi lieues, l’autre par-
iant de Mose, probablement à la source de la Meuse, et mesu-
ant vu lieues, distances exactes. Seulement la Table, qui
tonne ces chiffres, les place d’une façon peu intelligible. Est-il
tesoin d’ajouter que, malgré le concours de circonstances qui
f -endent cette opinion probable, nous ne l’adoptons que dans
'attente d’une meilleure solution. »
Aqiiis Neri. — Sur la route de Clermont à Lemuno (Poitiers),
■a station d’Aquis Neri, dont le nom n’est pas accompagné de
'édifice thermal, figure entre celles de Gant ilia (Chantelle) à
v lieues (32 kil. 1/2) et de Mediolano (Châteaumeillant) à
:ii lieues (26 kil. 1/2). Outre l’indication de la Table, ce nom
ious est également fourni par une inscription mentionnant
- es Vicani Neriomagienses (2) et par une borne milliaire (3),
lite le Milliaire d’Allichamp (Cher), qui nous donne les dis-
(1) Géographie de la Gaule , d’après la Table de Peulinger, p. 128 à 134.
(2) Voir p. 186.
(3) Cette borne a été déplacée et se trouve actuellement à l'embranche-
ment du chemin de la Ceîle et de la route de Saint-Amand.
76
LA GA U LH T II H KM A LE
tances de ce lieu à Bourges, Châteaumeillant et Néris (1) :
FELICI- AVG- TltlD I> COS lit
P P PltOCOS- AVAU- L< XIIII
MED- L- XII- NE R- L- XXV
Tous les commentateurs sont d’accord pour voir dans le lieu
qui nous occupe la station thermale de Néris et dans la men-
tion de la labié 1 abrégé du mot Aquce Neriomagienses. D’An-
ville (2), qui adoptait d’ailleurs l’identification avec Néris,
proposait, sans aucun motif à l’appui de son opinion, d’écrire
Aquæ Nerœ à la place d ’Aquis Neri, correction qui semble
absolument inadmissible en présence des formes Neriomctgus-
Neriomagiensis que nous révèlent les inscriptions.
Je dois noter, cependant, que la Commission de Topographie
des Gaules voit dans le lieu marqué Neri sur le Milliaire
d’Allichamp une station distincte des Aquis Neri de la Table
La distance de 25 lieues portée sur la borne semble trop faible
pour ce dernier point, et convenir, au contraire, à Montluçon,
plus rapproché d’Allichamp de quelques kilomètres, où la
Commission propose de placer un Neriomagus distinct de la
ville thermale. C’est là, ce me semble, un raisonnement pure-
ment hypothétique.
Aucun indice ne permettant de donner le nom de Nerio-
magus à T agglomération gallo-romaine qui occupait le lieu où
s’élève le Montluçon actuel, il parait assez hasardeux de
chercher un Neriomagus distinct des Aquis Neri , dont nous
connaissons sans conteste le nom et l’emplacement, en se fon-
dant uniquement sur une de ces erreurs de distance que nous
savons cependant n’ètre pas si rares dans la topographie
gallo-romaine.
(1) M. Lefort ( Bulletin de la Société des Antiquaires. 1878, p. 234 etsuiv.)
avait soulevé des objections contre l'authenticité de cette inscription.
Dans le Bulletin de cette même Société (1898, p. 380), M. Héron de Ville-
fosse, qui venait de l’examiner, a saisi cette occasion pour protester
contre les doutes émis par M. Lefort et déclarer qu’il considérait le texte
comme parfaitement authentique. — Les rédacteurs du Corpus I. L. le
tiennent également comme sincère : Tilulus non /ictus est, et le font
figurer au XIII0 vol., part. II, fasc. II, sous le n° 8922.
(2) Notice de l’ ancienne Gatile, p. 77.
_____
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
77
IV
Parmi tous les noms inscrits en longues listes sur Vltiné-
j aire d'Antonin, nous pouvons en retenir quatre, susceptibles
être étudiés comme ayant servi de dénomination à d’an-
- iennes stations thermales ou minérales. Ce sont: Aquis Seætis.
I iquis Tarbellicis, Aquis Convenarum, Aquis Siccis. Nous allons
xaminer les solutions auxquelles a donné lieu la détermina-
ion géographique de ces trois dernières stations, en laissant
le côté les Aquœ Sextiœ, qui, nous le savons déjà, désignent
ans discussion possible, la ville d’Aix-en-Provence.
Aquœ Tarbellicœ. — Ces eaux figurent ainsi sur la voie de
\impelone (Pampelune), à Burdigala (Bordeaux) :
Imo Pyrœneo, v m.
Car usa, xnm.
Aquis Tarbellicis , xxxvim m.
Mosconnum , xvi m.
Pline (1) avait déjà, sans nommer la ville où elles jaillis-
saient, fait allusion à ces sources salutaires, nées dans la
>artie de l’Aquitaine occupée par les Tarbelli : Emicant benigne
lassimque in pluribus terris, alibi frigidœ. alibi calidœ, alibi junciœ
icut in Tarbellis Aquitanica gente, et in Pyrœneis montibus, tenui
1 ntervallo discerne nte (2).
C’est également la même ville thermale que Ptolémée (3)
: lonnaitaux I arbelli, sous le nom de YoaTa A uyoucta, traduction
ittérale de Aquœ Augustœ (piyci Ilu^vr]? tou opouç TctpjkXXoi
(1) Histoire naturelle, XXXI, 2.
(2) « Quelles sont ces eaux froides, ai-je demandé à M. le docteur
javielle, qui me répond : « Je crois que Pline entendait parler de sources
< sullureuses froides, qui existent sur plusieurs points de la ville (de Dax),
‘ mais qab depuis quelques années, sont inexploitées. Elles sont, en ge-
« néral, Iroides, tandis que les sulfurées sodiques sont chaudes. » Jullian,
\ote sur la topographie de Dax gallo-romain. Revue des études anciennes „
■ 1901 , p. 211 et suiv.
(3) Géogr., Il, 6.
78
LA GAULE THERMALE
Greppo (1), la môme qu 'Aquœ Tarbellicœ, qui, ayant reçu
devait ainsi s’appeler Aquœ Augustœ Tarbellicœ. » D’ailleurs
tantôt Aquœ Augustœ.
L’identification de notre station avec la ville de Dax ne fait
pour ainsi dire l’objet d’aucun doute. Tous les auteurs qui se
sont occupés de ces questions de géographie historique :
Valois (2), d’Anville (3), Walckenaër (4), Desjardins, etc., sont
d’accord sur ce point.
Notons cependant que Scaliger avait pensé que le texte
de Pline devait s’appliquer à des sources du Béarn, comme les
Eaux-Bonnes ou les Eaux-Chaudes. « Ceux, dit-il, qui ont
bu des eaux qui sont dans les montagnes du Béarn ne doutent
point qu’il n’ait prétendu parler de celles-là. * Il suffit
d’objecter à cette assertion, comme l’a faitM. Soulice (5), qu’en
parlant du pays des Tarbelliens comme de la région où jaillis-
saient ces sources bienfaisantes, Pline ne pouvait avoir en vue
la vallée d’Ossau, dont les habitants portaient, de son aveu
même, un nom particulier, celui d ’Osquidates montant.
Aquis Convenarum. — La station A Aquœ Convenarum est
placée dans l’Itinéraire, sur la voie qui relie les Aquœ 'Tarbellicœ
(Dax) à Tolosa (Toulouse), voie où figurent également les
Aquœ Siccœ, dont nous aurons à dire un mot tout à 1 heure.
V oici ce fragment de l’Itinéraire :
Beneharnum, xvmi m.
Oppido novo, xvm m.
Aquis Convenarum , viii m.
Lugdunum , xvi m.
(1) Op. cit., p. 98.
(2) Noliiia Galliarum, p. 31.
(3) Notice de l’ancienne Gaule, p. 73.
(4) Géographie ancienne... des Gaules, t. I, p. 290.
(5) Notice historique sur les Eaux-Chaudes et les Eaux-Bonnes. Bulletin de
la Société des sciences, lettres et arts de Pau, 2° série, t. VI, 1876-1S77.
comme bien d’autres villes de notre Gaule ce titre honorifique,
Ausone nomme cette cité tarbellienne tantôt Aquœ Tarbellicœ ,
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
79
Calagorris, xxvi m.
Acquis siccis , xvi m.
Ver no sole, xii m.
Tolosa, xv m.
La localité qui nous occupe est mentionnée sous le nom
Il yAgce Convenarum par T Anonyme de Ravenne, qui la place
>armi les cités de la Septimanie. La position de cette station
. été l’objet de controverses d’autant plus vives qu’elle était
; ituée dans une région où abondent les eaux minérales, ce qui
!• permis de lui assigner jusqu’à quatre positions différentes,
correspondant toutes à des sources thermales ou minérales
présentant des traces indiscutables d’occupation romaine.
../assimilation de Lugdunum à Saint-Bertrand-de-Comminges
-ist à peu près le seul point sur 'lequel tout le monde soit tombé
d’accord; l’identification des autres stations, l’évaluation des
distances, le tracé de la voie sont autant de points qui ont
livisé non seulement les « géographes de cabinet » , mais
encore les érudits locaux qui ont pu étudier sur le terrain cet
ntéressant problème de géographie historique. Il ne serait
pas possible, sans donner à cette partie] de nos études un
développement qu’elle ne doit pas comporter, d’examiner
dans le détail les motifs invoqués par les divers auteurs à
l’appui de leurs thèses respectives. Aussi me bornerai -je à
- signaler les diverses identifications proposées, ainsi que les
i autorités que chacune d’elles peut invoquer en sa faveur.
L’opinion qui semble réunir la majorité des suffrages est
celle qui place les Aquœ Convenarum à Bagnères-de-Bigorre.
! Tel était déjà l’avis de Walckenaër (1) : « Les mesures
‘.anciennes, dit-il, nous démontrent que Bagnères est l 'Aquœ
' Convenarum de l’Itinéraire d’Antonin. » C’est aussi l’opinion de
i Desjardins, de Sacaze(2), deM. Longnonetcle la Commission de
Topographie des Gaules (3). D’An ville (4), après avoir semblé
(1) Géographie ancienne... des Gaules, It. I, p. 239.
(2) Histoire ancienne de Ludion.
(3) Bertrand, les Voies romaines en Gaule. Résumé du travail de la
Commission de Topographie des Gaules.
(4) Notice de l'ancienne Gaule, p. 76.
80
LA GAULE THERMALE
admettre cette interprétation, s’était rejeté sur Capvern, tout
en remarquant que la distance indiquée conviendrait bien
pour Barèges, mais estimant que ce lieu était trop dans l’in-
térieur du Bigorre pour avoir appartenu aux Convenue.
,I)u Mège (1), suivi par Greppo (2), adopte cette façon
de penser, et place également Aquæ C. à Capvern. Curie-
Seimbres (3), voit, dans les eaux de Capvern, non seulement
celles des Convènes, mais encore les Thermes Onésiens, dont
parle Strabon, et qui nous occuperont par la suite.
Encausse a été également proposé par le chanoine Abadie, et
La Barthe-de-Rivière par MM. Morel et Gautier (4). Ces derniers
auteurs font remarquer queBagnères-de-Bigorre avait un nom
qui nous est bien connu : Vicus Aquensis, et que ce vicus était
situé sur le territoire des Bigerrones et non sur celui des
Convenue. « Suivant nous, concluent-ils, la cité des Convenue
eut probablement sa principale agglomération dans la vallée
qui entoure Saint-Bertrand; sa banlieue s’étendait dans tout
le voisinage, et la plupart des villages qu’on y rencontre en
formaient la partie pseudo-urbcinci. Labarthe, avec ses sources
savonneuses encore estimées, au milieu de débris sans nombre
dont la plaine est semée, a dû porter naturellement le nom
(V Aquæ Convenarum. »
En somme, il me semble assez difficile, dans l’état actuel
des choses, d’étre très affirmatif sur l’identification avec un
lieu moderne de la station qui nous occupe. Il ne me parait
pas qu’aucun des systèmes proposés soit fondé sur des pré-
comptions assez sérieuses pour qu’il puisse être admis sans
réserves, et je pense qu’il faut attendre de nouveaux éléments
d’informations pour essayer de percer l’obscurité dont s’enve-
loppe encore la position de l’ancienne station thermale des
Convènes.
(1) Note sur une voie romaine qui conduisait, soit aux Aquæ Convenanim,
soit au Vicus Aquensis des Biyerrones.
(2) Op. cit., p. 39. *
(3) Capbern historique, ses antiquités, son état actuel, ses eaux thermales,
4871.
(4) Voies romaines ab Aquis Tarbellicis, et routes qui venaient s’y souder,
1874.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 81
Aquœ Siccœ. — Il en. est de meme de cette station, portée
Uur la meme voie de l’Itinéraire, et que je lais figurer ici
i iniquement à raison de l’article que lui a consacré Greppo (1)
lans son remarquable ouvrage. Les corrections aux distances
le l'Itinéraire, les tentatives d’identification faites pour asseoir
ce lieu, à la dénomination assez étrange, n’ont jamais abouti
i un résultat quelconque susceptible de se rapporter à des
îaux thermales ou minérales. Le lieu de Seiches ou Seysses Tolo-
anes, où l’on place le plus généralement cette ancienne sta-
ion, ne possède ni eaux thermales, ni restes antiques, mais
nontre simplement les traces d’anciens travaux de desséche-
: lient, d’où pourrait dériver ce nom d 'Aquœ Siccœ , à l’apparence
iontradictoire. Greppo adopterait plutôt l’hypothèse de boues
numérales, mais il n’en existe pas aux points identifiés. Il y a
in peu trop d'imagination dans tout ceci, et, sans me préoc-
cuper de chercher l’emplacement actuel à’ Aquœ Siccœ, je pense
qu'il n’y a, jusqu’à plus ample informé, qu’à les rayer pure-
ment et simplement de la liste de nos anciennes stations.
V
C’est au livre IV de la Cosmographie du Ravennate anonyme
[u il est parlé de la Gaule, et je me bornerai à signaler les
’illes citées par l’auteur qui sont susceptibles de nous inté-
esser au point de vue spécial de nos études et dont nous
Liions rencontrer les noms souvent transformés par de barbares
Informations.
G est d abord, dans la région de la Loire, juxta fluvium quem
mferius nominare volumus, quidicitur Lega, la station de Balidas ,
•làacée avant Decize et Nevers, où nous ne devons pas hésiter
reconnaître / Aquis Calidis de la Table de Peutinger.
(1) Op. cit., p. 93-96.
6
82
LA GAULE THERMALE
Parmi les cités de la Burgundia, juxta fluvium Rkodani, nous j
voyons une cité du nom de Aijuœ, placée entre Secusianorum I
et Icutmageon, correspondant évidemment à Aguœ Segeie et ses 1
deux voisines de la Table : Foro Segustavaro et lcidmago.
Dans .la Septimanie, l’Anonyme mentionne Aguis Sexlis, qui j
ne peut taire l’objet d’aucun doute, et, du côté des Pyrénées, J
Agœ Convenarum , sur lequel nous n’insistons pas, ainsi qu’une j
station, Agœ Catidœ, située près de Ruscino, qui correspor
sans aucun doute à Castel-lloussillon, à côté de Perpignai
Quel était ce lieu thermal, placé évidemment au pied d<
Pyrénées, dans la direction de l’un des passages se dirigeai
vers l’Espagne? M. Desjardins semble indiquer Le Bouloi
mais la température de ces eaux ne peut guère justifier
dénomination Cl Agœ Calidœ , que je serais plutôt tenté d’appl
quer aux sources voisines d’Amélie-les-Bains, dont la temp
rature est beaucoup plus élevée.
Le second ordre de renseignements sur nos stations se ren- i
contre dans quelques rares passages d’auteurs anciens et j
comme ces textes, plus que sobres de détails géographiques, ;
manquent généralement de précision, le champ reste, ici |
encore, bien souvent ouvert aux problèmes et aux fantaisies
de l’interprétation.
Solin (1) signalait d’une façon générale la richesse de la j
Gaule en eaux thermales et faisait, en même temps, allusion
d’un mot au caractère sacré qu’on leur attribuait: Galliœ...l
riguœ aquis fluminum et fontium ; sed fontaneis interdum sacris j
ac vaporantibus .
Dans le texte que nous avons cité plus haut (p. 77) à |
VI
(1) C. J. Solini Polyhistor, XXII.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 83
propos des Aquœ Tarbellicce, Pline parle également de l’abon-
dance des eaux minérales chaudes et froides dans la région
pyrénéenne.
Ausone (1) chantait les louanges de la célèbre fontaine
Divona, qui coulait à Bordeaux, sa ville natale, source vénérée
comme le génie tutélaire de la cité et appréciée pour les vertus
médicales de ses eaux :
Salve forts, ignote orlu, sacer, aima per ennis,
Salve urbis genius, medico potabilis hauslu,
Divona Celtarum lingua, fons addite divis.
Tacite (2), à l’occasion de l’expédition de Cecina chez les
Helvètes, parle en ces termes d’une ville de ce pays dont les
eaux étaient célèbres : Cecina J belli avidus , proximan quamque
culpam, antequam pœniteret , ultam ibat. Mota propere castra,
vastati agri , direptus longa pace in modum municipii extructus
locus amœno salubrium aquarum usu frequens. — Bien que l’histo-
rien latin n’ait pas indiqué le nom de cette cité, on est généra-
lement d’accord pour y reconnaître la ville de Baden, sur la
Limmat, dans le canton d’Argovie, dont le nom ancien Aquœ
Helveticœ a pu, comme nous le verrons tout à l’heure, être
reconstitué intégralement.
Chez les Éduens se trouvaient des sources remarquables,
qu’Eumène (3) vantait à Constantin, mais en laissant ignorer
le nom du lieu où elles surgissaient : Miraberis profecto illam
quoque numinis tuf sedem, et calentes aquas sine ullo soli ardentis
indicio, quarum nulla tristitia est saporis aut halitus , sed talis
haustu etodore sinceritas, qualis fontiurn frigidorum. — 'C’est vrai-
semblablement à Bourbon-Lancy, situé en pays éduen et
possédant des sources chaudes, que doit s’appliquer le texte
du panégyriste.
Un texte de Strabon (4) nous parle en ces termes d’eaux
fameuses de son temps dans la région des Pyrénées : « Le sol
(1) Clar. urb., XIV, v, 29.
(2) Hùt., liv. I, 67.
(3) Panegyr. vet. Oral., VI, 22.
(4) Géographie, liv. IV, cliap. ii, 2. Traduction Tardieu, t. I, p. 314. •
84
LA G AU LL THERMALE
de l’ Aquitaine... est fertile... chez les Convènes..., peuple dont
la capitale se nomme Lugdunum, et qui possède les Thermes
Onésiens, sources magnifiques donnant une eau excellente
à boire. » Si le Lugdunum Convenarum se trouve sans aucun
doute à Saint-Bertrand-de-Comminges, l’identification des
Thermes Onésiens est loin d’être aussi certaine. La majorité
des auteurs les place au lieu moderne de Bagnères-de-Luchon ;
c’est en ce sens que se prononcent du Mège (1), Greppo (2),
Sacaze (3), Couget (4), etc.; mais quelques opinions contraires
se sont manifestées.
\alois dans sa Notice des Gaules, admettant une prétendue
erreur de copiste, qui aurait substitué le mot Onésiens au mot
Convènes (5) ne voyait ici que les Aquæ Convenarum de l’Itinéraire
d Antonin. C’est là une pure hypothèse, et rien ne permet de
suspecter le texte d’erreur sur ce point, alors surtout, comme
le remarque Greppo, que le nom des Convènes est écrit quel-
ques lignes plus haut.
Pour Walckenaër (6) le nom et la position de cette cité des
Onésiens se retrouvent dans le lieu moderne appelé Ozon,près
de Tournay, et non loin de Bagnères-de-Bigorre, qui lui paraît
être les Thermes Onésiens de Strabon. Pour lui aucun monu-
ment ne prouvait d’une façon certaine que Bagnères-de-
Luchon eût, été célèbre chez les anciens par ses eaux ther-
males. Les marbres antiques, dont il connaissait l’existence,
lui semblaient bien indiquer un lieu ancien à placer à Luchon,
mais ne prouvaient pas, selon lui, l’existence d’un établisse-
ment thermal à cet endroit. Ozon ne possède pas d’eaux ther-
males; aucune trouvaille ancienne de quelque importance n’y
a été faite, tandis que les restes considérables exhumés à Luchon
(d) Archéologie pyrénéenne.
(2) Op. cit., p. 61.
(3) Histoire ancienne de Luchon.
(4) Revue de Comminges, t. XI, 1896.
(5) M. Müller ( Index varice lectionis, p. 963, col. 1, b 48), a résumé
tout ce qui a été dit au sujet de ce nom que Strabon est seul à avoir
mentionné, et il semble incliner à le maintenir tel que le donnent les
manuscrits. (Note de Tardieu, op. cit., p. 314.)
. (6) Géographie ancienne des Gaules, t. II, p. 239.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 85
■sont venus donner aux affirmations de M. Walckenaër le plus
éclatant démenti.
D’après Curie-Seimbrès (1), les Aquœ Convenarum et les
Thermes Onésiens seraient une même station, qu’il faudrait
chercher à Capvern, situé dans le Nébousàn, où il place l'an-
cienne peuplade des Onébusates, qui ne serait peut-être pas
sans rapport de nom avec les Onésiens. Enfin M. Bladé, dans
un travail publié en 1893 dans la Revue clés Pyrénées, déclare
qu’il est absurde de chercher les Thermes Onésiens à Bagnères-
de-Luchon ; mais, après cette affirmation tranchante, il ne
propose aucune autre identification, en faisant remarquer que
le pays des anciens Convènes abondait en eaux thermales, et
qu’il en existait aussi dans ceux qu’occupaient jadis les Con-
- soranni et les Bigerrones, dont les pays firent partie de la cité
des Convenæ, créée sous Auguste. Tout ceci est fort bien ;
mais, comme le fait justement remarquer M. Gouget (op. cit.),
pourquoi chercher les Thermes Onésiens ailleurs qu’à Luchon,
■ sous prétexte qu’il existait dans nos Pyrénées d’autres sources
thermales?
Pour moi, les arguments présentés en faveur de Luchon me
■ semblent tout à fait déterminants. Le lieu antique de Luchon
était dans la cité des Convènes, assez rapproché de Lugdunum,
auquel le reliait une voie romaine dont les traces sont incon-
testables ; la quantité considérable de marbres votifs décou-
\ verts et l’importance des bâtiments thermaux exhumés nous
montrent qu’il y eut là un établissement dont la célébrité
devait être grande dans l’antiquité ; enfin, le nom ancien de la
rivière qui traverse Luchon, l’One, semble bien avoir un
1 rapport direct avec l’ancien nom des Onesii. Toutes ces
circonstances me semblent établir sans conteste que Luchon
peut légitimement revendiquer l’héritage des anciens Thermes
Onésiens aux sources magnifiques.
Dans une lettre (2) adressée à un de ses amis, Aper, Sidoine
Apollinaire semblé avoir fait allusion à une station thermale
Il (1) Capbern historique, op. cit.
(2) Epistola LXXXIII.
86
LA GAULE THERMALE
dont la détermination a singulièrement exercé la sagacité et
l’imagination de nombreux commentateurs.
Cet lentes nunc te Baiœ , et scabris cavernatim ructata pumicibus
aqua sulphuris , atquejecorosis et pktisiscentibus languidis medica-
bilis piscina delectat ; an / ortasse sedes montana circum caste lia, et
in eligenda sede perfugii quamdam pateris ex munitionum fre-
quentia difficultatem.
Sidoine Apollinaire étant évêque de Clermont, il est bien
probable que la station dont il parle ainsi doit être cherchée
en Auvergne, où, d’ailleurs, l’abondance des sources thermales
a permis des identifications diverses.
Une première opinion assimile Calentes Baiœ à Aquœ Calidœ
de la Table de Peutinger et les place à Chaudesaigues, dans
le Cantal. C’est ainsi que pensent deux commentateurs de
Sidoine Apollinaire : Sirmond (1) : Baiœ sunt aquœ calidœ.
Et sunt hodie inArvenis, quœ id nomen vico dederunt, nam Calidas
Aquas patria lingua vocant. In tabula etiam Peutingeri, ut suprà
dictumest , nominantur Aquœ Calidœ in itinere quod ab Augustone-
meto Lugdunum ducit. Et Savaron (2) : II œc verba quœ sequuntur
montana sedes manifeste demonstrant de Baiis calentibus intelli-
gendum esse Sidonium, quœ vulgo Chaudes- Ay gués vocantur.
De même Valois (3) : Inferioris Arverniœ urbes, oppida atque
castella sunt : ... Aquœ Calidœ in tabula Peutingeriana memoratœ ,
Sidonio Calentes Baiœ , montana sedes dictœ. Chaudes- Aigues. — Et
Walckenaër, qui, après avoir identifié Aquis Calidis à
Chaudes- Aigues, ajoute : « Ce seraient aussi, quoi qu’en ait
dit d’Anville, les Calentes Aquæ de Sidoine Apollinaire. »
Plus récemment, Mathieu (4) s’est rangé au même avis, et
voit dans Chaudesaigues Y Aquis Calidis de la Table et probable-
ment le Calentes Baiœ de Sidoine Apollinaire.
D’autres écrivains, sans faire de rapprochement entre les
deux stations anciennes, sont aussi partisans de l’identification
(1) Ad Sidonium, note p. 60.
(2) Ad Sidonium, p. 353.
(3) Notitia Galliarum, p. 47.
(4) De la position d’ Aquis Calidis sur la Table de Peutinger.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 87
vec la petite ville du Cantal. Ainsi d’Anville(l) : « Calentes
quœ. Sidoine Apollinaire les appelle Calentes Baiœ, et ce qu’il
joute, montana seiles dictœ , nous fait connaître qu’il est ques-
on de Chaudesaigues, dans la Haute- Auvergne, au pied des
îontagnes qui s’élèvent sur la frontière du Gévaudan et du
îouergue ». M. Berthier, dans une analyse de l’eau minérale
e Chaudesaigues (2) : « Les Romains les fréquentèrent (les
aux de Chaudesaigues), et bâtirent auprès un bourg qu’ils ap-
pelèrent Calentes Aquœ. La petite ville qui subsiste aujourd’hui
i'a pas changé de nom. » De même Alibert(3) : « On a lieu de
5 étonner de l’oubli où ces eaux sont tombées : cet oubli est
fautant plus inexplicable qu’elles avaient une grande vogue
tans l’antiquité. Sidoine Apollinaire, qui en fait une mention
péeiale, leur attribue des propriétés remarquables. »
Une autre opinion regarde les eaux du Mont-Dore comme
es anciens thermes dont, parle Sidoine Apollinaire. Elle a été
proposée par le docteur Bertrand (4), qui appuie son raison-
îement sur le texte même de la lettre : « Il suffit, dit-il, d’avoir
7u avec quelque attention les eaux du Mont-d’Or, pour con-
venir que cette description caractéristique leur est tout à fait
ipplicable. Ainsi, en se dégageant de la coulée, elles font en-
endre un bruit souterrain et entrecoupé très fort surtout au
temps des orages : elles naissent à travers des prismes dont
es angles sont aigus et la surface polie ; elles jouissent d’une
mcienne célébrité contre les maladies de poitrine ; et enfin,
dles se trouvent dans un pays montagneux, où de nombreuses
‘imes sont couronnées de vieilles ruines de châteaux. »
xreppô (5) déclare ces arguments fort plausibles, pour ne pas
lire décisifs, et il en résulte, ajoute-t-il, qu’on peut, avec toute
raison, reconnaître au Mont-Dore les sources thermales fréquen-
tées par Aper.
(1) Notice de l’ancienne Gaule, p. 191.
(2) Journal des Mines, 1er semestre 1810.
(8) Précis historique sur les eaux minérales les plus usitées en médecine, 1826.
(4) Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales des
taux du Mont-d'Or, 1823.
(5) Op. cit., p. 105.
88
LA GAULE THERMALE
Enfin, Bagnols-de-Lozère est, pour M. Borelli de Serres (\ ),
le Calentes Baiæ de l’évêque gallo-romain : « Le mot suif un s,
dit-il, tranche la question. Sidoine Apollinaire n’a pu vouloir
parler des bains de Baïæ, près de Naples ; de ceux du Mont-
Dore, de Vichy, de Néris, puisque leurs eaux ne sont pas
sulfureuses; il ne peut donc être question que de celles de
Bagnols, les seules de ce genre qui soient chaudes, peu éloi-
gnées de Clermont et où Aprus avait dû se rendre. »
J’avoue qu’aucune de ces opinions ne me semble bien pro-
bante, au point de vue de l’identification des Calentes Baiæ
avec une station thermale quelconque. Lès partisans de Chau-
desaigues semblent avoir été uniquement guidés par l’analogie
entre les deux noms. L’argument tiré par d’Anville des mots :
montana Sedes me touche peu. En relisant le texte de l’évêque
de Clermont on remarque que la seconde partie de la phrase
n’est pas le complément de la première, et que ce qui tient à
la région montagneuse ne se rapporte pas aux eaux thermales.
C’est bien ce qu’avait vu Greppo (op. cit., p. 103., note) : « En
deux mots, l’écrivain demande à son ami s’il prend les eaux; ou
s’il visite les châteaux des montagnes. » En outre, le fait d’être
situé au milieu des montagnes ne suffirait pas à désigner exclu-
sivement Chaudesaigues, la plupart des stations d’Auvergne
se trouvant dans des conditions topographiques analogues.
Les eaux du Mont-Dore ne sont pas sulfureuses, et si elles
sont bonnes pour les maladies de poitrine ( phtîsiscentibus ), elles
ne sont guère favorables aux personnes atteintes de maladies
de foie (jecorosis).
Les eaux de Bagnols sont, à la vérité, sulfureuses, mais
leurs applications thérapeutiques ne semblent pas répondre
aux indications de Sidoine, et leur éloignement de Clermont
permet légitimement de douter que ce soient elles qu’il ait eu
en vue dans sa lettre.
En résumé, je crois qu’on a voulu donner au texte de l'évêque
de Clermont une portée et une précision qu’il est loin de pré-
(1) Nouveau guide des malades el des touristes aux bains de Bagnols
(Lozère), 1866.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 89
senter. Pour moi, Calentes Baiœ, ou A quœ. si Ton veut y subs-
tituer ce terme, n’est point un nom de lieu : c’est une forme
raffinée de langage pour désigner les eaux thermales en
général, forme qu’on n’est pas surpris de rencontrer sous la
plume du rhéteur élégant qu’était Sidoine Apollinaire. Le reste
de la phrase me paraît contenir une sorte d’amplification de
rhétorique, bien plus qu’une observation scientifique de la
nature des eaux et de leurs effets thérapeutiques, et je serais
tenté d’y voir uniquement, sous une forme manquant totale-
ment de simplicité, cette question posée à Aper : Êtes-vous
actuellement aux eaux ou bien dans la montagne?
Ammien Marcellin et Pline ont parlé tous deux de sources
minérales existant chez les Mattiaci, *dont le territoire était
situé sur la rive droite du Rhin, en face de la position actuelle
de Mayence.
Le premier n’y fait allusion qu’à propos d’un fait militaire (1) :
Et antegressus contra Maitiacas Aquas primas Severus, qui pedestrem
curabatexercitum... — Le second, au contraire, donne quelques
détails sur certaines particularités que présentaient ces sources
thermales (2) : Sunt et Mattiaci in Germania fontes calidi trans
Rhenum, quorum haustus triduo fervet. Circa margines vero gu-
micem faciunt aquœ. — Il y a de meme à Mattiacum, au delà
du Rhin, des sources chaudes dont l’eau garde sa chaleur
pendant trois jours. Les bords en sont couverts de pierres
ponces formées par les eaux.
L’opinion générale des commentateurs place ces eaux à
Wiesbaden. C’est ainsi que pensent d’An ville (3) : « On con-
vient de reconnaître le mont Taunus dans une croupe de
montagnes qui règne à quelque distance de Francfort, en
s’approchant de la rive droite du Rhin, près de Wiesbaden :
qui est le lieu des fontes Mattiaci trans Rhenum, dont Pline fait
mention »; Walckenaër (4) : « Les Mattiaci fontes calidi, de
(1) Remm gestarum, lib. XXIX-IV.
(2) Histoire naturelle, lib. XXXI.
(3) Notice de l’ancienne Gaule, p. 211.
(4) Géographie ancienne des Gaules, t. Il, p. 94.
90
LA GAULE THERMALE
Pline, sont placées par plusieurs auteurs à Wiesbaden, dans
l’État deNassau, non sans quelque vraisemblance»; Delting(l ):
« Les fontes Mattiaci, de Pline, sont certainement Wisbade »,etc.
Les découvertes faites à Wiesbaden de nombreux restes
d’antiquités donnent à cette identification un caractère de
vraisemblance d’autant plus grand que, comme nous le ver-
rons tout à l’heure, une inscription consacrée à un Jupiter
local donne aux habitants de ce lieu le nom de Vicani
Aqueuses.
Pline (2) mentionne encore, au pays des Tungri, des sources
dont il analyse la composition ferrugineuse et gazeuse, et in-
dique les propriétés médicales : Tungri, civitas Galliœ.fontem
habenl insignem, plurimip bu/lis stillantem. ferruginei saporis,
quod ipsum nonnisi in fine polus intelligitur. Purgat hic corpora.
tertianas febres discutit, calculorumque vitia.
Deux stations peuvent revendiquer le texte de Pline comme
s’appliquant à leurs eaux : Spa(3), dont les sources présentent
nettement les caractères indiqués par le naturaliste latin,
mais qui semble bien pauvre au point de vue des vestiges
pouvant établir son existence gallo-romaine; et Tongres, moins
connue que sa rivale au point de vue hydrologique, mais qui
a conservé de son passé antique des restes considérables et du
plus haut intérêt. Les habitants de Tongres ont, d’ailleurs,
tranché la question en faveur de leur cité, en donnant à la
source ferrugineuse placée en dehors de la ville, à peu de dis-
tance de l’ancienne enceinte romaine, le nom de Fontaine de
Pline.
(1) Mémoire sur les établissements romains du Rhin et du Danube, t. I.
(2) Hist. nat., t. XXXI, 2.
(3) D’Anville, Notice de l’ancienne Gaule. « On croit que cette descrip-
tion (de Pline) désigne les eaux de Spa. »
GEOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
91
VII
Aux indications géographiques et aux textes des auteurs
inciens que nous venons de passer en revue, nous pouvons
ajouter quelques dénominations, fournies par des inscriptions,
qui nous donnent, soit le nom meme des stations, soit des
formes ethniques d'où ces dénominations peuvent être facile-
ment déduites.
L’inscription suivante, dédiée à Caracalla, et découverte
au dix-septième siècle dans le clocher de l’église paroissiale
d’Olt-Baden, nous apprend le nom : Respublica Aquensis, que
portait autrefois la ville de Baden-Baden :
M- AVRELIO’ ANTONINO- CAES
IMP- DESTINATO • BIP- L- SEPTBII
SEVERI- PERTINACIS- A VG- FILIO- RESP
AQV
La ville de Baden, dans le canton d’Argovie, en Suisse,
- s’appelait AquæHelveticœ. D’Anville (1), par une sorte d’intuition
; avait donné ce nom complet à cette station, alors qu’on ne la
connaissait que par l’adjectif A quensis, appliqué, dans l’inscrip-
! tion suivante, à un citoyen qui avait élevé un temple à Isis :
DEAE- ISIDI- TEMPLVM- A- SOLO
L. ANNVSIVS- MAGIANVS
DE- SVO- POSV1T- VIR- AQVENS- B
AD- GVIVS- TEMPLI- ORNAMENTA
ALP1NIA- ALPINVLA- GONIVX
ET- PEREGRINA- FIL- XC- DEDE
RVNT- L- D- D- VIGANORVM
Depuis lors, la conjecture de d’ An ville est devenue une
certitude, à la suite de la découverte sur certains points (Bau-
(1) Notice de la Gaule, p. 76.
92
LA GAULE THERMALE
motte-les-Pin, Avenches, Mandeure, etc.) de petites l)andes de
bronze, terminées par un épanouissement déformé circulaire,
ayant sur chacun de leurs bords inférieur et supérieur des
ailettes propres à les fixer, et sur lesquelles des lettres décou-
pées et évidées, divisées par des signes séparatifs, ont permis
de reconnaître le mot Aquis suivi des trois lettres hel, et du
nom de l’ouvrier Gemellianus , auteur probable de ces objets.
Castan (1) y avait vu une pièce d’applique se terminant par
un épanouissement ajouré, qui lui semblait avoir été le revê-
tement, ornemental d’une des peintures de la porte d’un petit
oratoire destiné à abriter l’image des Nymphes- tutélaires des
Aquœ Helveticœ.
Pour M . Héron de Villefosse (2) , cette inscription était la marque
de fabrique d’un industriel qui vendait aux baigneurs de cette
station des objets dont il est difficile d’indiquer la nature et la
forme.
M. Déchelette a repris la question dans la Revue Éduenne (3),
et, après examen d’un certain nombre d’objets de meme sorte,
les uns portant des inscriptions plus ou moins fragmentaires,
les autres anépigraphes, décorés de simples motifs ornemen-
taux, il les considère comme des garnitures de fourneaux, ou,
plus exactement, des bouterolles de glaives gallo-romains.
Quelles que soient, d’ailleurs, la nature et la destination des
objets en question, il ne semble pas douteux, et c’est là le
point particulièrement intéressant pour nous, que l’inscription
découpée sur certains d’entre eux nous révèle le nom complet
de la sta'tion d’Aquœ Helveticœ, qui ne paraît pas pouvoir être
placée ailleurs qu’à la ville thermale suisse de Baden.
Nous retrouvons l’adjectif Aquensis dans le voisinage du
Rhin, à Wiesbaden; dans les Pyrénées, à Bàgnères-de-Bigorre,
et en Savoie, à Aix-lès-Bains.
(-1) Inscription romaine sur bronze mentionnant les eaux thermales de
l'Helvêtie. Revue des Sociétés savantes des départements, VIIe série, t. IV, 1881.
(2) Inscription sur une lame de bronze trouvée à Mandeure. Bulletin
archéologique du comité dès travaux historiques, 1892.
(3) Note sur une bouterolle de fourreau gallo-romain trouvée à Autun.
Revue Éduenne, nouvelle série, t. XXXI.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 93
De Wiesbaden, F ancienne Aquœ Mattiacœ, vient l’inscription
► ni vante :
IN- H- D D TEMP- 10 VI
DOLICENO- VICANI
AQVENSES- VETVST
DILABSVM- DE SVO- R
T1TVERVNT* SVB- CV
CAREI SATVRNINI
• .
PINARI VERI- IMP • SE
RO- ET ALBINO- CO
| L’inscription de Bagnères, gravée sur un cippe en forme
| l'autel, et connue depuis plusieurs siècles, nous est parvenue
lans son intégrité, et il semble en résulter que le nom ancien
le cette localité était Viens Aqueuses , et ne comportait pas
l’autre désignation particulière de ces Aquœ, désignation qui,
in cas contraire, eût trouvé sa place sur le marbre dédica-
,oire :
NVMINI- AVGVSTI
.
SACRVM
SECVNDVS- SEMBEDO
NIS- FIL- NOMINE
VICANORVM • AQVEN
SIVM • ET- SVO- POSVIT
A la station thermale d’Aix-les-Bains, nous voyons les Posses-
sores Aqueuses figurer sur deux inscriptions funéraires de
personnages auxquels ils avaient fait élever publiée des tom-
beaux :
D M
D M
T1T1AE DORCA
TITIAE
DIS
CHELIDONIS
POSSESSORES
PVBLICE
AQVENSES
POSSESSORES
PVBLICE
AQVENSES
CVBANTE- C- IVL
MARCELLINO
CONIVGE
LA GAULE THERMALE
‘J 4
Une autre inscription nous fait connaître les notables d’Aix,
les Decemprimi Aqueuses :
ARAM DECEM ////
AQVENSES ET PA
TRONI DE SVO
OB DONVM FIG
' I E NOVEM//////
III /arvm// / //-/ /
ET VICANIS DO //
AD EPVLVM EM ///
VM- CVM SVO
FRVCTV
(Les noms des patrons et des dix notables sont indiqués en neuf
lignes que nous croyons inutile de rapporter.)
Le texte est ainsi rétabli et traduit par M. Desjardins (1; :
Aram decemprimi Aqueuses et patroni de suo ob donum figlinæ
novem millibus HS (sesterciis) ... (Genio) Aquarum et vicanis do-
uant ad epulum emendum cum suo fructu. — Les dix notables du
vicus d’Aquœ et les patrons (du pagus) en mémoire du présent
qui a été fait d’un établissement figulin, ont élevé un autel à
leurs frais, soit neuf mille sesterces, au genius des eaux et aux
divinités protectrices du vicus ; le revenu (de la somme non
employée) sera affecté à un banquet.
(1) Sur quelques documents épigraphiques d'Aix-en-Savoie. Bulletin épi-
graphique de la Gaule, novembre-décembre 1882.
J’extrais les lignes suivantes de l’intéressant commentaire qui accom-
pagne cette inscription : « Ces établissements fîgulins, où l’on fabriquait
des briques, des tuiles et bien autre chose que des poteries, étaient,
comme on sait, très répandus en Italie, et y sont toujours désignés ainsi.
Le grand usage qu’on faisait de la terre cuite explique l’importance de
la donation d’une de ces fabriques faite au vicus. Il y a deux choses
distinctes dans l’inscription d’Aix : 1° la donation faite d’une fabrique de
tuiles par des personnages inconnus et qui devaient être mentionnés
d’autre part, probablement sur la façade de l’établissement même;
2° l’autel élevé en mémoire de ce bienfait au Génie des eaux, car la
fabrique de tuiles devait concerner la construction de l’établissement
thermal ; dès que nous avons ara , aquai-um et vicanis, il ne peut s’agir
que d’un autel à la divinité des eaux. »
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
95
line autre inscription, mentionnant également un Aquensis .
a été signalée par M. Chaud rue de Crazannes (1) :
D M
D- T- DOMITIANI- POSSESSOR- AQVENSIS
ET- TITVS- DOMITIVS- PATRI
Comme on le voit, là encore le mot Aquensis ligure seul, et
rien ne peut nous éclairer sur l’existence d’une désignation
particulière ou topique qui aurait distingué notre station. Les
épithètes que certains commentateurs ont cru devoir y ajouter
sont de pure fantaisie : le nom d ’Aquœ Domitianœ provient
d’une interprétation erronée de la dernière inscription citée,
où l’on a pris Domitianus pour le fondateur des thermes. Le
nom d ’Aquœ Gratiœnœ dérive de la lecture inexacte du nom de
Gratianus sur plusieurs briques trouvées à Aix, qui portaient
en réalité l’estampille du potier Clarianus , très répandue à
Lyon et dans le midi de la France (2). Albanis de Beaumont(3)
donne une autre explication relativement à cette dénomina-
tion : « Plusieurs écrivains, dit-il, prétendent, mais sans
donner aucune preuve, que l’empereur Gratien fit réparer ces
thermes, et que les habitants les appelèrent par reconnaissance
Aquœ Gratianœ. » Enfin, Greppo donne à ces eaux le nom
d ’Aquœ Allobrogum, sans l’ombre de motif, et uniquement
parce qu’elles étaient situées sur le territoire de cette nation.
M. Desjardins (op. cit.) se fondant sur deux inscriptions,
mentionnant la divinité thermale Borvo et Bormo , serait tenté
de désigner Aix-les-Bains, à l’époque romaine, par le nom
d 7 Aquœ Borvonis.
Tout ceci, nous le répétons, rentre dans un domaine pure-
ment hypothétique, et nous devrons nous contenter de dési-
gner Aix-les-Bains sous le seul nom d ’Aqnœ, tant que des
(1) St/r deux inscriptions gallo-romaines inédites récemment découvertes à
Aix-les-Bains. Bevue archéologique, Xe année, lro partie, avril à sep-
tembre 1859.
(2) Il semble acquis que les briques employées aux bains romains
d'Aix provenaient de Vienne, et y parvenaient par le Rhône et le lac du
Bourget.
(3) Description des Alpes grecques et cottiennes, t. I, p. 243.
96
LA G A [J L 15 T II I£ R M A L K
découvertes nouvelles ne seront pas venues nous éclairer plus
complètement sur ce point.
Une inscription dédiée Nymphis Griselicis (1) a fixé le nom
ancien de la station thermale de Gréoulx, dans les liasses-
Alpes. Diverses formes ont été proposées : Griselum — Griselium
— Griselicum, qui peuvent toutes se prêter à la transformation
en adjectif Griselicis , et, avec de très minimes divergences de
détail, nous fournissent une dénomination bien suffisante pour
assurer F antique identification de cette station.
Je ne ferai que citer l’inscription de Luxeuil, dite de La-
biénus, à laquelle j’ai déjà fait allusion, et dans laquelle les
mots Lixovii thermas nous donneraient, si le texte était sin-
cère, le nom précis de ces thermes fameux, à l’époque de leur
splendeur antique. Voici ce texte si discuté :
LIXOVII THERM
REPAR- LABIENVS
IVSSV- C- IVL • CAES
IM P
La découverte de cette inscription, en 1755, a fait l’objet
d’un procès-verbal régulier, signé par plusieurs témoins, qui
établit bien le fait matériel de la trouvaille, mais ne prouve
rien au point de vue de l’authenticité du texte épigraphique.
Défendue surtout par les écrivains locaux (2), qui voient dans
ce recul d’antiquité une illustration particulière pour leur ville,
admise par Greppo (op. cit., p. 123 et 124), suspectée par
Caylus (3) et vivement attaquée par la majorité des épigra-
phistes (4), cette authenticité est plus que problématique et les
(1) Voir p. 184,
(2) Grandmougin, Histoire de la ville et des thermes de Luxeuil, 1866. —
Delacroix, Luxeuil. Ville, abbaye et thermes. Mémoires de la Société d’ému-
lation du Doubs, 4° série, vol. III, 1867. — Dey, Mémoires pour servir à
l’histoire de la ville de Luxeuil. Mémoires de la Société d’ archéologie de la
Haute-Saône, t. IV.
(3) Recueil d' Antiquités, t. III, p. 364.
(4) Letronne, Hase, Léon Rénier, etc., cités en note à la page 16 du
mémoire de Bourquelot, Inscriptions antiques de Luxeuil et d’Aix-les-
Bains. Mémoires de la Société des Antiquaires de France, XXVIe vo-
lume.
97
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
malyses critiques qu’ont faites de l’inscription MM. Àllmer(l)
;t Desjardins (2), auxquelles je ne puis que renvoyer mes lec-
t ,eurs, semblent en avoir démontré définitivement la faus-
seté (3).- * -
D’ailleurs, à défaut de cette inscription, le nom antique de
Luxeuil nous est connu par un passage de la Vie de saint Co-
omban, écrite au commencement du septième siècle. par le
noine Jonas, où nous lisons cettre phrase : Invertit autem
nastrum olim fuisse munimine cultum ... quem locum Luxovium
oriscci tempora nuncupaverant .
Nous verrons plus loin que la ville de Digne possède des
eaux thermales qui ne restèrent peut-être pas inconnues des
Romains. Quoiqu’il en soit de l’utilisation de ses eaux par les
conquérants de la Gaule, le nom ancien de la cité nous est
connu par une inscription récemment découverte, corroborée
ipar quelques textes : Ptolémée :Ama, ville des Sentii; Pline:
'Oppidum Dinia ; la Notice de l’Empire, Civitas Diniensium.
L’inscription, qui a fait l’objet d’une communication de
M. Héron de Yillefosse à la Société des Antiquaires (4), est un
:exte épigraphique restitué par la juxtaposition de quatre
fragments, jusqu’içi publiés isolément :
1 2 3 4
J 3* IVLIO- C- F- VOL | T- BÀRBARO | • AEDILI- C | OL- DINIA- LVB |
Ce texte, d’après le savant auteur de la communication, nous
(1) Sur deux inscriptions romaines placées dans une salle de l’établisse-
aent thermal de Luxeuil. Mémoires de l’Académie impériale des sciences,
>elles-leltres et arts de Lyon, classe des lettres, nouvelle série, t. IX,
). 150 et suiv.
(2) Les Monuments des thermes romains de Luxeuil. Bulletin monumental,
11879 et 1880.
(3) Ce texte est rangé par le Corpus I. L. (t. XIH, p. 1039), parmi les
inscriptions fausses : Titulus inepte fictus et pessime incisus est; damna-
roerunt auctores sani judicii omnes.
Il semble probable que l'auteur de l’inscription fut un certain Pierre-
François Guin, « antiquaire habile, grand collectionneur et un peu bro-
canteur, » qui dirigea les travaux et signa le procès-verbal de la décou-
v rerte,
(4) Bulletin de la Société des Antiquaires, 1888, p. 103 et suiv.
7
98
LA GAULE THERMALE
apprend trois choses importantes : 1" Dinia avait reçu le titre
de colonie ; 2° ses habitants étaient inscrits dans la tribu Vol-
tinia ; 3° Dinia avait un surnom, commençant par les lettres
LVB, que la découverte du cinquième fragment permettra seule
de compléter.
CHAPITRE II
I. Voies d’accès aux stations thermales. — II. Propriété des sources et
des établissements. — III. Petites industries autour des sources. —
IV. Clientèle des stations thermales. — V. Les plaisirs. — VI. Hospi-
talisation des étrangers.
I
On voyageait beaucoup dans la Gaule romaine, et, parmi
les voyageurs qui sillonnaient les routes, nombreux étaient
ceux qui se déplaçaient pour des raisons de santé. D’ailleurs
les communications avec les sources thermales ou minérales de
quelque importance étaient faciles, grâce à l’admirable réseau
routier dont le génie romain avait couvert la Gaule. Il semble
meme que,. sur certains points, la sécurité des routes fré-
quentées par les baigneurs ait été assurée d’une façon parti-
culière. M. Bulliot (1) a signalé au pied du Beuvray, sur la
route d’Autun à Saint-Honoré, l’existence de plusieurs cases
en pierres, distantes d’environ 500 mètres l’une de l'autre,
qui devaient servir de postes à des gardiens pouvant commu-
niquer entre eux et assurer la surveillance dans ce lieu pro-
pice aux embuscades.
A coté des grandes routes stratégiques et commerciales
■signalées dans les itinéraires, une multitude de voies de
moindre importance ont été reconnues, grâce aux bornes mil-
liaires, aux débris de chaussées ou d’encaissements, aux traces
de ponts ou de gués, qui ont permis d’en déterminer, sinon
(1 ) Les K arrêt de la voie romaine de Saint-Honoré, au pied du Beuvrau.
Mémoires de la Société éduenne, t. VI.
4 00
LA GAULE THERMALE
les tracés toujours exacts, tout au moins les directrices prin-
cipales. Ces questions de viabilité régionale ont attiré l’atten-
tion de nombre de savants locaux; elles ont fait l’objet de
quantité de monographies, dont l’étude détaillée, même
limitée à nos stations, pourrait à elle seule fournir les élé-
ments d’un travail considérable. Aussi me bornerai-je à
grouper, par régions déterminées, les principales données qui
nous permettront de nous faire une idée d’ensemble des
moyens de communication que la viabilité gallo-romaine
offrait aux malades qui formaient la clientèle des eaux ther-
males, ainsi qu’aux simples visiteurs, attirés par l’attrait des
distractions qu’on y rencontrait.
La grande station du sud-est, AquæSextiœ. était mise en rela-
tion avec le littoral méditerranéen et le nord de l’Italie par la
voie Aurélienne, qui desservait aussi la station actuelle de
Pioule, soit directement, si l’on admet que le Forum Voconii
de la route doit être placé au Luc, soit par l’intermédiaire de
la route de Telo Martius (Toulon) à Forum Voconii, si l’on
place cette dernière station à Vidauban. A xYix, la bifurcation
de la grande voie reliait cette ville à Marseille, d’une part, et
à Arles, d’autre part. Une route nettement déterminée faisait
communiquer Aix avec Reis Apollinaris (Riez), en passant par
Griselum (Gréoulx), qui se trouvait aussi rattaché à la région
de Fréjus et d’Antibes par la voie, indiquée sur la carte de
Peutinger, reliant Riez à la voie Aurélienne, qu’elle atteignait
à Forum Voconii.
Dans la région de la Savoie et du Dauphiné, Stabatio (Le
Monétier) était situé sur la voie de Brigantio (Briançon) à
Vigenna (Vienne), par le col du Lautaret, la vallée de la
Romanche et Grenoble. Rricles et Salins, si l’on admet T utili-
sation médicale de leurs eaux à l’époque gallo-romaine,
étaient traversés par une voie allant de Vienne au Grand
Saint-Bernard. A l’Échaillon (Savoie) apparaissent nettement
les traces d’une voie taillée clans la montagne (1), et l’existence
(1) Ducis, Mémoire sur Jes voies romaines de la Savoie : « De Grenoble
une voie devait remonter l’Isère pour rejoindre la voie de Darcntasia a
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 101
d’un chemin antique, longeant la rive orientale du lac d An-
necy et passant à Menthon, est démontrée par des traces irré-
cusables. M. Ducis (op.cit.) y voit la route qui allait de Darenta-
sia (Moùtiers) à Genava (Genève) par Casuaria (Faverges) et Bou-
tas, qu’il faut chercher dans le voisinage rapproché d’Annecy.
Dans la région du sud-ouest, les Aquœ Tarbellicœ (Dax)
étaient en relation directe avec l’Espagne par la voie tendant
vers Pampelune, qui traversait les Pyrénées parl’/mwm Pyrœ-
neum (Saint-Jean-Pied-de-Port) et le Summum Pyrœneum (Ronce-
vaux), et avec Tolosa (Toulouse), par la voie de l'Itinéraire
d’Antonin qui passait à Lugdunum Convenarum. Les Aquœ
Convenarum de l’Itinéraire, sur l’identification desquelles l’ac-
cord n’est pas encore fait, étaient desservies par cette même
voie de Dax à Toulouse.
La petite station de Saint-Christau (Basses-Pyrénées) était
située au débouché d’une autre grande voie, allant de Sara-
gosse à Oloron par le Somport (In summo Pyrœneo ) et la
vallée d’Aspe. Il exista certainement aussi un passage prati-
qué vers les sources de la Garonne, par le Val d’Aran, où les
petites stations de Lez et d’Artias ont conservé quelques
traces de leur existence antique.
Enfin, Luchon, les Thermes Onésiens de Strabon, était relié
à Saint-Bertrand-de-Comminges par une route dont on a
retrouvé des traces certaines en plusieurs endroits, notam-
ment des culées de pont à Labroquère, et, près de ce même
pont, une borne milliaire portant l’inscription suivante :
imp caes- p- li
ci nio
val eriano • aug
et imp- CAES
p- l ICINIO
gai LIENO VALER1A
NO A VG- M- P
Genava,, au confluent de l’Arly. Un embranchement se détachait des
bords de l’Isère pour remonter la vallée de l’Arc ; des tronçons ont été
observés entre Hermillon et les eaux de TÉchaillon, en Maurienne. »
102
LA GAULE THERMALE
Dans la région Vivarais, Lozère, et Forez, Desaignes était situé
sur n ne voie allant de Tournon auPuy, par la vallée du Doux,
Saint- A grève et le Pont de Mars, et Saint-Laurent sur une
voie qui conduisait de la Basse-IIelvie à la voieRegordane(l),
par la Croix-de-Fer et le Petit-Paris, suivant à peu près la
direction de la route actuelle des Vans à Saint-Étienne de Lug-
darès (Mazon).
B agn ois - cl e - L q.z è r e était relié par un court embranchement
a une voie qui, partant de Mende, longeait les croupes du
mont Lozère et devait rejoindre la voie Begordane à Villefort
ou dans ses environs immédiats. Bagnols se trouvait ainsi
relié tant à la région vivaraise qu’à celle d’Uzès et de Nîmes.
Moind (Agita Sègetœ) était situé à peu de distance d’une
voie dite Voie Bolène (chemin des bornes), par allusion aux
colonnes itinéraires placées sur son parcours, qui, de Feurs,
se dirigeait vers le Yelay. Un embranchement dont on a
reconnu les traces reliait à cette route la station balnéaire,
qui était également mise en communication avec Roanne, par
La Bouteresse, et avec Saint-Rambert, par Saint-Romain-le-
Puy.
En Auvergne, Royat, par sa proximité d ’Augusto Nemetum
(Clermont) se trouvait naturellement desservi par les nom-
breuses routes qui aboutissaient à cette ville. Michel Bertrand,
en 1819, signalait les vestiges nombreux et apparents encore
d’une route qui reliait Clermont au Mont-Dore par Oloix, le
lac Ghambon, les prairies de Diane et les flancs des puys de
l’Angle. Au delà du Mont-Dore, la voie se retrouvait dans une
gorge près de la Bourboule, au village de Saint-Pardoux-
Latour, passait sur un pont antique dans la commune de
Bagnols et se dirigeait probablement vers Aurillac (2).
La station de Pont-des-Eaux était située à peu de distance
du point où la route marquée sur la Table de Peutinger, qui
(1) La voie Regordane mettait, selon toute apparence, Nimes en com-
munication par Alais, Villefort, etc., avec la grande voie de Lyon à Tou-
louse.
(2) Mémoire sur rétablissement thermal du Mont-d'Or.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 103
se dirigeait de Clermont vers le Limousin, traversait la
Sioule.
Les vestiges de thermes mis à jour à Beauregard-Vendon
(Puy-de-Dôme) appartenaient à un établissement situé à proxi-
mité de l’autre route que la meme carte fait partir de Clermont,
et qui gagnait le Berry par Davayat et le Pont-de-Menat.
A Ydes (Cantal), on a découvert, en 1879, un fragment
d’une voie qui partait également de Clermont et traversait la
plaine de Vie pour se bifurquer en deux tronçons, se diri-
geant, l’un vers le pays des Lémovices, l’autre vers celui des
Ruthènes (De Ribier).
La région du centre était sillonnée par une série de voies,
assurant entre les diverses stations des relations et des com-
munications faciles. Si, en raison de l’incertitude sur la situa-
tion exacte de la station d Aquis Nisincii, nous laissons de
côté l’indication fournie par la carte de Peutinger, il n’en est
pas moins certain que la ville qui s’élevait au lieu actuel de
Saint-Honoré communiquait, d’une part, avec Decize, d’autre
part, avec Autun, par une route qui passait au pied du Mont-
Beuvray. Des traces de voie relevées près d’Anisy semblent
prouver l’existence d’une voie partant de Saint-Honoré, qui
se serait dirigée vers le Bazois (1). D’après Ragut (2), Saint-
Honoré aurait été également traversé par une voie allant de
Chàteâu-Chinon à Bourbon-Lancy. Cette dernière station était
également reliée à Autun et à Decize et devait avoir une com-
munication avec le point, situé entre Périgny et Diou, où la
Loire était traversée par la voie allant d’Autun à Bourbon
l’Archambault, par Toulon-sur-Arroux, Diou, Thiel et Mou*
lins. D’après la Carte des Voies romaines de V Allier, de Tudot,
Bourbon-l’Archambault aurait été un important carrefour de
routes, assurant les relations de cette cité thermale avec
Bourges, par Sancoins; avec Decize; avec Allichamp, par
Ainay-le-Château ; avec Clermont, par le Montct, Target et
Chantelle; avec Néris, par Cosne-sur-l’OEil.
(1) Mémoires de la Société éduenne. Séance du 7 février 1873.
(2) Statistique du département de Saône-et-Loire.
104
LA GAULE THERMALE
Le tracé de la carte de Peutinger, corroboré d’ailleurs par-
les découvertes de bornes milliaires que nous avons mention-
nées, nous apprend que Vichy, AquœCalidæ, était relié à Cler-
mont par Aigueperse, Effiat et Vaisse et à Lyon par Varennes,
Roanne et Peurs. La route y traversait l’Ailier sur un pont,
dont les pilotis étaient encore visibles sur la rive droite, avant
la construction des quais. Des traces nettement déterminées
ont également permis de reconnaître la direction d’une voie
de Vichy à Arfeuilles et d’une autre de Vichy à Chantelle, par
Escurolles (Tudot, loc. cil.).
Les nombreuses traces de voies reconnues autour de Néris
montrent qu’il y eut là un nœud de routes important à l’époque
gallo-romaine. La voie de la Table de Peutinger, de Cler-
mont à Poitiers, la traversait. D’autres voies la reliaient à
Bourges, par Allichamp ; à Moulins, par Cosne-sur-l’OEil et à
Évaux, par Arph.euilles et Sainte-Thérence.
La station cTÉvaux se rattachait à la grande voie de Cler-
mont par une route, peut-être assez hypothétique, qui serait
venue s’y souder, en passant près d’Ébreuil (1). Une autre
route, restituée d’une façon conjecturale d’après quelques
fragments retrouvés de son substratum , semble s’être dirigée
vers Limoges par La Chaussade, Ahun et Le Chalard (2).
Dans la région des Vosges, Indes ina, où nous n’hésitons pas
à voir Bourbonne, était en communication avec la voie de
Metz à Langres par deux routes partant, l’une de Noviomagus
(Notre-Dame-des-Piliers?) l’autre de Mose, probablement la
source de la Meuse. D’après Dugas de Beaulieu, deux voies,
non mentionnées dans les itinéraires, auraient traversé Bour-
bonne : l’une allant de Langres à Argentoratum (Strasbourg);
l’autre allant de Durocortorum (Reims) à Vesontio (Besançon).
Deux voies, reconnues par M. Fournier, passaient dans le
voisinage de Vittel : l’une vers Mandres et Outrancourt,
(1) Tudot, Carte des voies romaines du département de V Allier, 18b9.
(2) Greleet-Duaiazeau, Recherches sur deux voies romaines de Clermont à
Limoges et de Limoges à Èvaux. Mémoires de la Société des sciences natu-
relles et archéologiques de la Creuse, t. II.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
105
l'autre sur la crête des Faucilles, au sud du village de
Ligné ville. De son coté, M. l’abbé Chapiat, dans son ouvrage
sur Vittel, donne le tracé de tout un réseau de routes, qui
reliaient le bourg gallo-romain aux stations environnantes et
dont l’une établissait une communication avec la grande voie
de Langres à Strasbourg.
Luxeuil était traversé par la route d’Augusta Rauracorum
(Augst) à Metz, qui se poursuivait par Saint-Loup et Dompaire
vers Charmes, où elle rejoignait une autre route venant
de Luxeuil par Remiremont et Épinal. Une voie aurait
également existé dans la direction de Langres (Delacroix), et
d'autres voies, dont on retrouve les traces au sud, l’une dans
la direction de Roncliamps, l’autre vers Ehuns et Visoncourt,
établissaient des relations, d’une part, avec Epomcinduodurum
(Mandeure), d’autre part, avec Besançon.
Plombières était rattaché par des chemins d’embranche-
ment avec les deux routes dont nous venons de parler, qui
conduisaient de Luxeuil à Charmes. Jollois pensait qu’en
outre une communication directe existait entre Plombières et
Luxeuil.
Bains était relié par un chemin de traverse à la voie d’ Augst
à Luxeuil. D’après Le Vaillant de Bovet, on aurait relevé les
traces d’une route qui, passant le Côné à une lieue de Bains,
sur le Pont-des-Fées, se serait dirigée vers Bourbonne.
II
Pour les édifices thermaux et les sources aménagées, cer-
tains devaient être la propriété de l’État, qui les employait à
de véritables services publics, notamment au traitement des
soldats malades ou blessés. Les légions furent souvent em-
ployées à la construction des thermes de ce genre, surtout
dans les villes des bords du Rhin, où l’occupation romaine eut
106
LA GAULE THERMALE
toujours un caractère principalement militaire. En France,
des travaux de ce genre furent exécutés à Néris par la
légion \lli Auguste (1), dont on a retrouvé des briques por-
tant les estampilles suivantes :
LEG VIII A VG
LEG VIII A VG L APPIO LEG
Les établissements, pour le plus grand nombre, devaient
être la propriété des villes, qui en tiraient profit, soit en les
exploitant elles-mêmes, soit en les affermant sous certaines
conditions à des tenanciers. Nous savons que les villes se fai-
saient un revenu avec les distributions aux bains des eaux
ordinaires (2); il devait en être certainement de même des
eaux minérales, dont l’iitilisation représentait un rapport sans
aucun cloute plus considérable.
Le colonel de Fabert, qui a écrit sur les antiquités de
Luxeuil, avait cru retrouver la trace d’un fonctionnaire mu-
nicipal des eaux de cette ville dans une inscription funéraire,
placée au bas d'une stèle à personnage, qu’il lisait ainsi :
D M
MVSINII RII AHIIII
et dont il donnait la paraphrase suivante (3) : « Ce monument
a été érigé en l’honneur d’un Musinius, lequel, pendant sa vie,
(1) Des quatre légions envoyées en Gaule pour combattre Civilis à
r avènement de Vespasien, trois furent employées; la quatrième dut être
laissée dans le centre de la Gaule comme arrière-garde. C’est pendant ces
années que la VIIIe Augusta résida à Néris et qu’elle y construisit des
édifices.
Desjardins, Géographie de la Gaule romaine. — L. Rénier, Académie
des inscriptions et belles-lettres. Comptes rendus des séances de 1872,
3e série, t. I, p. 423-427.
(2) L’eau de l’un des deux autres réservoirs ira aux bains publics, dont
la ville tire un revenu tous les ans. — Vitruve, De V Architecture, liv. VIII,
chap. vi.
(3) Notice sur la ville de Luxeuil et les antiquités qui s’y trouvent. Con-
grès archéologique, Metz, 1846.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
107
avait exercé deux fois l’emploi exprimé par l’initiale R, que
je crois signifier Recuperator , juge-commissaire, et quatre fois
celui qu’ indiquent les deux lettres A 11, que j’ai cru pouvoir
expliquer par Aquariœ Honoratus. intendant des eaux. » M. Du-
haut (1), en signalant la découverte, en 1877, d’une amphore
contenant plus de trente kilogrammes de médailles, de 235
à 268, a repris l’hypothèse, en se demandant si le trésor n’ap-
partenait pas au Recuperator en question.
La lecture ainsi rectifiée de l’inscription :
Musini Ire (ni) 1 (1) i fi (1)
(Corpus I. L.. XIII, 5440,) ruine cet ingénieux mais fragile
échafaudage et ne permet guère de conclure à l’existence du
fonctionnaire dont l’image serait ainsi venue jusqu’à nous.
En dehors de l’établissement public, il existait, dans cer-
taines stations, des petits bains privés appartenant à des parti-
culiers. A Vichy, des piscines isolées ont été découvertes sur
plusieurs points de la ville antique, à peu de distance des
sources. De même à Bourbon-1’ Archambault, où une exploita-
tion de ce genre, procédant vraisemblablement des traditions
antiques, se pratiquait encore au treizième siècle. De même
aussi à Aix-les-Bains, où l’on a reconnu des canaux qui ame-
naient les eaux thermales à des thermes particuliers situés à
une certaine distance des bains principaux (2).
*
Etait-ce aux propriétaires de ces bains que s’appliquait
(1) Nouvelles archéologiques... Lettre de M. Duhaut. Revue archéologique,
nouvelle série, 19e année, 361 2' vol., 1878, p. 385.
(2) Une inscription de Lyon fait allusion à dos petits thermes pos-
sédés par un prêtre. Les fragments qui en existent au Musée de cette ville
se présentent ainsi :
in. ms. prae
C. VLATTI. APPRI. SA-....
THERMVLAE. S
AQVA. FONT--.:.
Allmer a reconstitué ainsi le texte : In his prœdiis Caii Ulatlii Apri sa-
cerdotis thermulœ salutares aqua fontis... Sur ce terrain se trouve le
petit établissement thermal de C. Ulattius Aper, prêtre ; il est alimenté
par les eaux salutaires de la fontaine de...
Le docteur Poucet fait remarquer que cette inscription a justement été
découverte sur un point où coule encore une source, consacrée jadis à
saint Epipode, et célèbre au moyen âge par ses vertus curatives.
108
LA GAULE THERMALE
l’expression de possessores aqueuses, gravée sur plusieurs ins-
criptions d’Aix? C’était l’opinion de M. Chaudruc de Cra-
/annes (1), mais il est permis d’en douter et de voir plutôt
dans les personnages désignés par cette expression des habi-
tants de la cité jouissant d’un droit de propriété d’une nature
particulière, mais n’ayant aucun rapport avec les eaux ther-
males (2).
Les sources thermales ou minérales étaient même quelque-
fois la propriété de particuliers, qui les exploitaient entière-
ment à leur profit. Nous savons par Plutarque que Caton pos-
sédait des eaux de ce genre, et ce que nous connaissons du
génie financier de ce vieux Romain permet de supposer que
ce devait être là un placement d’un bon rapport.
Quelquefois de généreux donateurs, que rien n’indique avoir
été propriétaires des sources, contribuaient par leurs largesses
à la construction ou à l’embellissement des édifices thermaux
ou de leurs dépendances. C’est ce que nous voyons notam-
ment à Néris, où une grande inscription au dieu Nerius, que
nous citerons par la suite (3), consacre le souvenir de deux
généreux citoyens, Equesler et Gimber, qui avaient élevé auprès
des sources des boutiques et des portiques avec toute leur
ornementation.
III
C’était là, sous les portiques couverts attenant aux bains
& ,
et dans les boutiques qui les avoisinaient que s’exerçaient, à
(1) Sur deux inscriptions gallo-romaines inédites récemment découvertes à
Aix-les-Bains. Revue archéologique, X° année, lr0 partie, avril à sep-
tembre 1853.
(2) « On ne sait leur condition exacte (aux possessores aqueuses), mais
c’étaient sûrement des possesseurs de biens ruraux, ayant un certain
chiffre de fortune, et qui, n’étant pas propriétaires au sens romain du
mot, devaient être tributaires. » — Desjardins, Sur quelques monuments
épigraphiques d’Aix-en-Savoie. Bulletin épigraphique de la Gaule, no-
vembre-décembre 1882.
(3) Voir p. 199.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 109
coté de diverses industries de luxe qui devaient s’y rencon-
trer comme de nos jours, les différents métiers alimentés par
la dévotion ou la reconnaissance des baigneurs. C’est là que
se tenaient les tailleurs de pierre ou de marbre, les marmorarii,
avec leur assortiment de petits autels et de stèles, ou tout
prêts à exécuter les représentations de membres ou de torses
atïligés de maladies, lorsqu'ils n’en possédaient pas des séries
toutes préparées à l’avance.
A côté d’eux, les lapicides gravaient sur l’objet choisi l'ins-
cription dédicatoire qui le consacrait à la divinité protectrice
de la source. Ce devaient être, pour la plupart, des ouvriers
des carrières voisines, venus s’installer pour la saison dans le
voisinage des thermes. Les nombreuses erreurs qui se ren-
contrent dans les textes épigraphiques trouvés près des
sources font présumer que ces graveurs n’étaient générale-
ment pas des érudits (1), déroutés peut-être aussi qu’ils étaient
par leur ignorance de certains noms de divinités rarement
invoquées, ou, comme le remarque M. Mérimée (2), par la
difficulté de rendre avec des lettres latines certains noms des
idiomes celtes ou aquitains.
Là, aussi, se trouvaient les étaux et les enclumes des mar-
teleurs et des ciseleurs de métal, d’où sortaient les plaques
portant des inscriptions dédicatoires, comme à Plombières,
des feuilles estampées, comme à Vichy, et les lames métal-
liques représentant des membres dont on demandait la gué-
rison, si nombreuses, comme nous le verrons, autour de
certains sanctuaires.
Sur les éventaires des marchands de terres cuites se pres-
(1) Les Inscriptions (le Luchon, dédiées aux Nymphes, nous donnent les
variantes d’orthographe suivantes : Nymphis, Ninipis, Nympis, Nimphis.
(2) De antiquis aquarum religionibus in Galliâ meridioncili, ac prœsertim
in Pgrenæis montibus. 1886. Et il ajoute : Quanquam vel in ipsis marmo-
rariorum erroribus mimine spernendam mater iam invenient antiquarum
linguarum curiosi, cum et in male transcripto vocabulo vulgaris pronunlia-
lionis nonnunquam latent indicium. Singulare illius varietatis exemplum
prœbet deus Baicorixus, quippe qui, quinquies lapidibus inscriptus, quadru-
plicem nominis formam exhibuerit : Baicorrix — Baicorixo — Baigoriso —
Buaicorrix.
110
LA G A U L K THERMALE
saient les effigies des divinités : Vénus, Déesses-Mères, Apol-
lons, Hercules, des enfants emnmillottés et des petits person-
nages rieurs et joufflus, voisinant avec d’immobiles troupeaux
d’animaux et de volatiles. C’est là que les petites bourses,
incapables d’aborder les offrandes de pierre ou de marbre,
venaient choisir les ex-voto, gages de leur reconnaissance, et
les statuettes, emportées comme souvenirs du voyage et de la
cure, et que, rentrés chez eux, les dévots malades plaçaient
dans leurs demeures, à côté de leurs dieux familiers.
Les donateurs qui préféraient à ces effigies plastiques des
tablettes peintes destinées à être suspendues aux parois des
édifices sacrés, pouvaient y rencontrer des peintres prêts à
exécuter leurs commandes. Peut-être connaissons-nous le nom
d’un de ces artistes qui opéraient dans les stations thermales
par une inscription funéraire trouvée à Bourbon-Lancy,
conservée actuellement dans le petit musée lapidaire réuni
dans l’ancienne église Saint-Nazaire (1) :
D- M
DIOGE
NI ALP
PICT OR
IV
Quelques vagues traditions, de rares textes et un certain
nombre d’inscriptions permettent de nous former une idée de
la clientèle qui fréquentait, à l’époque gallo-romaine, les
sources thermales et minérales de notre pays. Si l’on en vou-
lait croire nos anciens auteurs, la plupart d’entre elles auraient
reçu la visite de César (2), qui se serait baigné dans autant de
(1) Perrault-Dabot, V Ancienne éylise Saint-Nazaire à Bourbon-Lancy.
(2) Notamment Bourbon-Lancy. « C’est en ces bains, dit J. Banc, qu’il
semble que Jules, après la prise d’Alésia, se vint délasser de ses travaux
* - ..... . . - ... - ■ ■ ‘ -'w.i .V -- ...... -
GEOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
111
piscines qu’il a élevé de camps et construit de chaussées por-
tant son nom. Nous pouvons laisser le grand général dans le
domaine de la légende, ainsi que Néron et Vitellius, à qui, sur
la foi d’étymologies faciles, on a voulu faire les honneurs de
la fondation de Néris et de Vittel.
Nous avons plus de certitude au sujet de la visite d’Auguste
à l’un de nos hains du sud-ouest, à laquelle fait allusion une
épigramme de Crinagoras de Mitylène : « Après avoir exprimé
cette pensée, dit Greppo (1), que la renommée suit Auguste
en quelque lieu qu’il porte ses pas, le poète ajoute : « Les
« eaux des Pyrénées en sont témoins : les bûcherons du voi-
« sinage dédaignaient de s’y laver; Auguste en a fait les bains
« des deux continents. » Il est tout à fait vraisemblable que ce
furent les eaux de Dax, les Aquæ Tarbellicæ, souvent aussi
nommées Aquæ Augustæ, qui recueillirent ainsi les bénéfices
de la visite impériale (2).
A cette même station reste aussi attaché le souvenir de la
fille d’Auguste, Julie, qu’une tradition constante montre
venant demander aux eaux de la Nèhe le soulagement des
maladies, conséquences de sa vie de débauches.
A Gréoulx, l’antique Griselum, un personnage de marque,
la femme de Yitrasius Pollion, consul pour la deuxième fois
(l’an 176 de notre ère), a laissé le souvenir de sa reconnais-
sance aux Nymphes du lieu.
Certaines eaux thermales devaient être fréquentées alors,
comme elles le sont encore de nos jours, par des soldats qui
venaient y chercher le délassement de pénibles campagnes ou
la guérison de leurs blessures. Si nous laissons de coté la tra-
dition, rapportée par des historiens locaux (3), du soldat de
Pompée se baignant le premier dans les eaux sulfureuses de
et chercher dans iccux, comme dans la fontaine de Jouvence, le renou-
vellement de ses forces. »
(!) Op. cil., p. 99.
(2) Le rédacteur du t. XIII du Corpus I. L. ne partage pas cetté opi-
nion, et pense que le texte de Crinagoras doit s’appliquer plutôt à
Bagnèrcs-de-Bigorrc, où, dit-il, existe un autel dédié : Numini Augusli.
(3) Feiuièke, les Harmonies de Bagnères-de-Luchon. — Astrié, les Bai-
gneurs illustres à Luchon.
H2 LA GAULE THERMALE
Ludion et guérissant ainsi de ses blessures, pour nous en
tenir aux indications plus certaines de l’épigraphie, nous
voyons, à Balaruc, un tribun de la 11° légion consacrer un
monument à Neptune et aux Nymphes (1). A Néris .(2), nous
avons l’inscription funéraire d’un soldat de la XUIIc légion,
né à Crémone :
SEX- CLITERNIVS
MILES
ANIENSIS
CREMONA
LEG- XIIII
AERORVM
V/////H-S-E
A Vichy, celle d’un soldat de la XVIIe cohorte, préposée à la
garde de la Monnaie de Lyon :
L- FVFIO- EQVESTRE
MIL- COH- XVII
LVGD VNIENSIS • AD
MONETAM-
I AN VA R
L- I- F- P- IIII- R- P- IIII
Le nombre de ces inscriptions militaires est nécessairement
très restreint dans notre pays, où, sauf à Lyon, à titre perma-
nent, et sur certains autres points, dans des circonstances
exceptionnelles, il n’existait pas de garnisons romaines. Elles
se rencontrent plus fréquemment sur les bords du Rhin,
occupés, au contraire, d’une façon suivie par des garnisons
importantes, casernées dans les villes et les castella de la fron-
tière. Nous pouvons citer, dans cette région, l’inscription du
Godesberg, dédiée à Esculape et à Hygie par un légat de la
première légion (3): aux Aquœ Mattiacœ (Wiesbaden), la dédi-
(4) Voir p . 476.
(2) De L aigue, Mémoire sur plusieurs antiquités trouvées à Néris. Mé-
moires de la Société des Antiquaires, t. XLIX, 4889.
(3) Voir p. 478.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES H3
cace à Apollon Toutiorige par un centurion de la VIIe légion (i),
ainsi que l’ex-voto consacré à la Diana Mattiaca par un légat
de la XXIIe légion, pour le salut de sa fille (2).
Les inscriptions nous apprennent aussi d’où venaient quel-
ques-uns des malades qui constituaient la clientèle de nos
anciennes stations thermales. A Bourbonne, nous trouvons
une clientèle plutôt locale : Romanus (3), Daminius Ferox(4),
Claudius Cato (5), Verrea Verina (6) sont des Lingons, c’est-à-
dire des habitants du pays même. Si, dans les deux inscrip-
tions dont nous avons déjà parlé (page 48), qui se terminent
par l’abréviation MED, nous devons lire, comme l’indique le
Corpus Mediomatrica, nous avons affaire à des malades venus
de la région assez voisine de Metz.
Dans d’autres stations, au contraire, ce sont des déplace-
ments considérables, motivés probablement par la réputation
d’efficacité des sources où l’on venait de si loin chercher la
guérison. Nous avons déjà vu la femme d’un consul faire le
voyage de Rome à Griselum. Voici, à Vichy, l’épitaphe d’un
citoyen d’Arles :
D- ANTONIO
D F- TER
VRBICO
ARE L AT
« destiné, dit Greppo, à s’éteindre loin de sa belle patrie, lais-
sant un cippe funèbre au lieu d’un autel aux Nymphes » . Un
des autels dédiés aux Nymphes de Ludion est élevé par une
Ségusiave (7), venue de la région du Forez; une autre par
une Rutène (8), originaire du pays de Rodez. A Dax, nous
(d) Voir p. 165.
(2) Voir p. 177.
(3) Voir p. 189.
(4) Voir p. 165.
(5) Voir p. 189.
(6) Voir p. 189.
(7) Voir p. 182.
(8) Voir p. 182.
8
114
LA GAULE THERMALE
trouvons 1 inscription funéraire d’un étranger venu de Pam-
pelune :
AEMILIVS- PLA
C1DVS- POMPAELO
NENSIS- AN- X/
H- S- EST
Corpus I. L., XIII, 414.
Enfin quatre inscriptions d’Aix-les-Bains semblent révéler
la présence d’éléments exotiques et tapageurs, comme on en
rencontre encore fréquemment aujourd’hui dans les villes
d’eaux à la mode :
D M
D M
TITIAE DORCA
TITIAE SIGENIS
DIS
MASCARPIO
POSSESSORES
ET IANVARIA
AQVENSES
PARENTES FILIAE
PVBLICE
PHSSIMAE
D M
TITIAE
D d? M
CHELIDONIS
CATINIAE
PUBLICE
MOSCHIDIS
POSSESSORES
gati//////
AQVENSES
/////
CVRANTE- C- 1VL
MARCELLINO
CONIVGE
MATRI Cp PIISSIM / / /
On peut être frappé de la singularité de ces cognomina fémi-
nins, empruntés au grec : Moschis est la génisse ; Dorcas, la
gazelle; Chelidon, l’hirondelle ; Sigen, la silencieuse. Peut-être
celles qui les portaient étaient-elles de vertueuses personnes;
Chelidon a un mari; Moschis et Sigen semblent avoir été mère
et fille exemplaire,, mais la bizarrerie de leurs noms les rend
cependant suspectes à M. Gaidoz, qui trace de ce monde spé-
^ ~
Gr É 0 G R A P H I E DES STATIONS THERMALES 115
cial un amusant tableau (1) : « Les surnoms contenus dans
ces inscriptions dénotent une origine grecque ou orientale, ou
peut-être plutôt le goût prétentieux d’une classe sociale qui
aime le bruit et l’éclat. Ce sont ici moins des surnoms peut-
être que les sobriquets ou les noms de femmes qui voulaient
se faire remarquer... Ce n’est certainement pas à d’honnêtes
bourgeois gallo-romains que se rapportent nos inscriptions,
mais au monde tapageur des villes d’eaux de ce temps-là...
Autour d’eux, on voit les gens du pays, les possessores , qui
tiraient parti de ce monde à la vie large et facile. N’oublions
pas que nous sommes dans une ville où les dix notables
Decemprimi Aqueuses parlent, dans une inscription, d’une fon-
dation dont le revenu sera, pour une partie, employé à ban-
queter : ad epulum emendum cum suo fructu. Aix devait déjà
être, au troisième siècle, une ville de bruit, de faste et de
plaisir. »
Y
Il semble, d’ailleurs, que la vie devait être gaie dans les
stations thermales de l’antiquité, surtout dans celles qui
n’étaient pas fréquentées uniquement par des malades ou des
infirmes, mais qui servaient aussi de rendez-vous à des per-
sonnages bien valides, attirés, comme dans certaines villes
d’eaux de nos jours, par l’attrait des plaisirs et des distrac-
tions réservés probablement à la saison balnéaire.
Dans la région qui avoisinait la Germanie, pays de grands
amateurs de jeux de hasard, florissait l’usage des dés, si nous
nous en rapportons, du moins, à la quantité invraisemblable
(1) Trois inscriptions nouvelles d’Aix-les-Bains. Revue archéologique ,
3e série, t. IV, juillet-décembre 1884, p. 351 à 355.
Voir aussi Loustau, Découvertes épigraphiques à Aix-les-Bains. Bulletin
épigraphique , novembre-décembre 1884.
116
LA GAULE T H l£ RM AL K
de petits instruments de ce genre trouvés dans le sol à Baden,
en Suisse, les anciennes A quoi helvelicœ (1). Ces dés, en os,
étaient de forme cubique, hexaèdre, marqués sur chaque face
de points qui, pour deux faces opposées, donnaient toujours
le nombre sept. L’abondance de ces dés était telle sur cer-
tains points qu’une prairie en avait pris le nom de Pré des dés,
Wür/Jelwisen. Plusieurs savants suisses ont pensé que Baden
étant un endroit renommé pour ses eaux minérales, il y avait
dans le bourg plusieurs maisons de jeu et des marchands de
dés, et que ces objets, fabriqués en grand nombre, furent
ensevelis sous les ruines des édifices lors de la destruction de
la ville par Cecina. Loys de Bochat (2), cependant, est loin
d’être aussi affirmatif, et, après une longue étude de la ques-
tion, semble attribuer aux dés une origine plus récente et
explique leur abondance par d’habiles supercheries destinées
à duper les étrangers. S’il en était ainsi, le truquage des anti-
quités à l’usage des baigneurs naïfs ne daterait donc pas d’au-
jourd’hui.
A côté des jeux de hasard, si nombreux dans l'antiquité
romaine, qui représentaient le baccara et les petits chevaux
de nos modernes casinos, le goût si répandu des anciens pour
les jeux du cirque et les représentations scéniques se mani-
festait certainement dans les villes thermales, où les longs
moments de repos des baigneurs et l’oisiveté des simples
curieux assuraient une clientèle nombreuse à ces divers
genres de spectacles. Les sujets représentés sur une oreille de
plat ou de patère en bronze, trouvée à Néris (3), nous
montrent que les exercices du cirque devaient y être en
honneur. On y voit un homme courant avec un cerceau à la
main, une femme conduisant un char attelé de deux chevaux
(1) Altmann, De Tesseris Badæ Helvetiorum erutis. Muséum helveticum,
part. XXVI.
(2) Mémoires pour servir d’ éclaircissement s sur divers points de l'histoire
ancienne de la Suisse. Mémoire XIII : Sur les dés à jouer qui se trouvent
en terre dans quelques endroits de la Suisse , t. II, p. 526 à 547.
(3) De Laiüue, Mémoire sur plusieurs antiquités trouvées à Néris. Mé-
moires de la Société des Antiquaires , t. XLIX, 1389. (Figure, p. 182.)
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
117
et une autre femme accroupie jouant avec un cerceau et des
petites balles.
Plusieurs de nos stations anciennes ont conservé des restes
importants des édifices consacrés aux jeux et aux représenta-
tions théâtrales. Les ruines de l’ancien théâtre de Néris sub-
sistent encore, très reconnaissables, au moins comme
disposition générale, dans le parc actuel improprement appelé
parc des Arènes. Ce théâtre était adossé à une petite colline qui
en formait le fond. L’édifice était surmonté d’une galerie
supérieure, dont certains éléments : colonnes unies, avec leurs
hases et leur couronnement, ont été retrouvées en place. Le
mur extérieur qui entourait la partie haute des gradins, était
llanqué de dix tours carrées, placées à égale distance les unes
des autres, sans communication avec l’intérieur du théâtre et
dont la véritable destination ne semble pas encore nettement
déterminée (1). Les fouilles opérées sur l’emplacement des
gradins ont mis à découvert la naissance d’arcades qui en
supportaient une partie, mais les gradins eux-mêmes, et tout
ce qui pouvait être employé comme matériaux de construction,
ont depuis longtemps disparu.
A la station d ’Aquœ Scgestœ, que nous plaçons à Montbouy-
Craon. se rattachait l’édifice en ruines situé au lieu voisin de
Chenevières, désigné dans le pays sous le nom de Fosse-aux-
Lions. Cet édifice, de forme elliptique (48m,30 de grand axe
sur 31m,80 de petit axe), présente l’aspect d’un amphithéâtre.
Il n’était bordé de gradins que sur une partie de son pourtour.
Une scène pouvait vraisemblablement être disposée sur le
mur faisant face aux gradins et la même construction servait
ainsi à un double usage, permettant de l’utiliser tour à tour
pour des courses ou des luttes ou pour des représentations
d’œuvres théâtrales.
(1) Esmonnot, Néris, Vicus Neriomagus. Recherches sur ses monuments.
« Gcs puits carrés n’auraient clone probablement pour destination cpie de
recevoir les poids servant à tendre le velarium cpii couvrait le théâtre,
ainsi qu’on Ta déjà remarqué dans d’autres fouilles analogues. Cette dis-
position était ici une conséquence du peu d’élévation du mur extérieur
au-dessus du sol formant le sommet de la colline. »
1
LA G A U L K THERMALK
MH
A Moind, l’ancienne Aquæ Segetœ , que l’on a appelé le
Vichy des Ségusiaves, on voit encore les restes du théâtre
antique, construit en maçonnerie de petit appareil sans
chaînes de briques et flanqué extérieurement de nombreux
contreforts. A l’intérieur, le mur présente une série de trous
destinés à recevoir les poutres supportant les gradins, qui
devaient, ainsi que les aménagements de la scène, être en
charpente mobile. Cette disposition était excellente pour un
théâtre de ville thermale, fréquentée seulement pendant une
certaine période de l’année, après laquelle ces agencements
pouvaient être enlevés et mis à l’abri jusqu’à la saison sui-
vante.
A titre plus hypothétique, signalons encore Aix-en-Provence,
où Peiresc avait vu les restes d’un amphithéâtre « dans le
domaine de M. Joannis, qui faisait partie de l’antique cité »;
Luxeuil, où l’on a cru reconnaître les vestiges d’un cirque
dans le profil et les contours du terrain, à l’ouest des Bains;
Saint-Parize (Nièvre), où la tradition place un amphithéâtre
qui aurait été détruit au cours du huitième siècle, et Bourbon-
l’ Archambault où, suivant Greppo, on aurait découvert les
restes d’un amphithéâtre ou d’un théâtre.
Citons, pour en terminer avec les jeux, deux petits monu-
ments qui ne sont pas sans rapport avec eux. A Bourbonne,
une stèle avec figure grimaçante en relief, porte l’inscription
funéraire d’un comédien :
MAPONVS
HISTRIO ROCABA
LVS DICISSIT ANNO XXV
A Luxeuil, un tombeau, dit de la danseuse, présente sur sa
face principale le personnage défunt, femme drapée avec élé-
gance, dont les deux faces latérales de l’édicule indiquent la
profession. Sur le côté gauche, elle est nue, en pied, et exé-
cute une danse avec des crotales; sur le côté droit, elle est vue
de dos, également nue, et danse en s’accompagnant avec
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 119
quatre petites baguettes, deux de chaque main, qu’elle devait
claquer comme des castagnettes (1). Ces deux monuments
nous ont vraisemblablement transmis le souvenir d’artistes
morts dans des stations thermales, après y avoir peut-être
exercé leur profession et charmé les loisirs de leurs contem-
porains malades ou oisifs.
/
VI
Le logement de tous ceux qui, à l’époque de la saison, fré-
quentaient les sources thermales, n’était pas une petite affaire;
aussi, à l’époque gallo-romaine comme de nos jours, l’hospi-
talisation des étrangers entretenait autour des sources une
industrie lucrative et florissante. Pour ceux des visiteurs qui
n’avaient pas un domicile particulier, ou que n’attendait pas
la réception d’un hôte, des hôtelleries d’ordres divers offraient
une hospitalité plus ou moins, confortable, vantée par les pro-
messes souvent trompeuses des enseignes. Au moment de la
saison, les hôtelleries regorgeaient de monde et il devenait
difficile de s’y loger.. Le rhéteur Aristide raconte qu’allant de
Smyrne à Pergame, il atteignit, très avant dans la nuit, des
sources thermales où tout était plein de bruit et de tumulte.
Ne pouvant y trouver un gîte, i{ dut continuer sa route (2).
Nous savons qu’à Edepsus, dans l’ile d’Eubée, où les
sources chaudes attiraient, surtout au printemps, un grand
nombre de visiteurs, on avait pourvu d’une façon, exception-
nelle à leur logement par la construction de bâtiments d’habi-
(1) Desjàrdins, les Monuments des thermes romains de Luxeuil. Bulletin
monumental, 46« vol., 1880, p. 220.
(2) Friedeænder. Mœurs romaines du règne d’Auguste à la fin des An-
toninis.
'/
120
LA GA U LL T IIE KM A LE
talion avec salles et portiques. En ce qui nous concerne,
peut-être avons-nous encore sur notre sol quelques vestiges
des lointains ancêtres des Palace et des International Hotels
de nos cités thermales.
A Néris, Barailon (1) a signalé les restes d’un édifice com-
prenant une multitude de chambres ou de cases parallèles,
dont quelques-unes présentaient encore des traces de peinture
à fresque, séparées par une sorte de rue de 3 à 4 mètres de
large. Entre les cases, il existait un four à pain, rond, sur-
monté d’une voûte. L’hôtellerie figure parmi les diverses
attributions qu’on a données à cette construction. Je serais
plutôt tenté d’y voir une dépendance des bains, servant au
logement du personnel, par analogie avec des cases du même
genre découvertes auprès d’autres thermes.
Les fouilles de Moind ont fait découvrir un groupe de cons-
tructions affectant la forme d’un vaste parallélogramme,
occupé à son centre par une grande cour, et, sur trois côtés,
par des salles carrées ou rectangulaires. Le bâtiment était
chauffé par un hypocauste et assaini par un égout dont le
conduit a été rencontré intact sur une certaine longueur. La
présence dans les ruines d’une grande quantité d’ossements
d’animaux et de nombreux débris de poteries usuelles : am-
phores, bols, assiettes, etc., a fait naître l’idée que cet édifice
avait pu servir d’hôtellerie (2).
A Sanxay (Vienne), le P. de la Croix (3) a donné le nom
d’hôtelleries à un noyau important d’habitations agglomérées
et séparées dans leur longueur par un vaste passage. Ces
habitations avaient à leur centre un atrium entouré d’une, de
deux, de trois ou de quatre galeries, sur lesquelles ouvraient
la plupart des chambres. Comme nous le verrons plus loin,
il est plus que probable que Sanxay n’était pas, dans l’anti-
(1) Recherches sur les peuples Cambiovicenses de la Table lliêodo-
sienne ; sur l’ancienne ville romaine de Néris, département de l’Ailier,
1806.
(2) Bulletin de la Diana, t. III. 1886-1886, p. 308 et suiv.
(3) Mémoire archéologique sur les découvertes d'Herbord dites de San.cag,
1883.
fi KO GR A l> IME DKS STATIONS T II li RM A L US
121
quité, une station balnéaire, mais il est à peu près certain, an
contraire, qu'il était un lieu de réunions d’un autre genre, et,
à ce titre, devait posséder, de meme que les villes thermales,
des édifices disposés poiy loger, à un moment donné, une
quantité considérable d’étrangers.
CHAPITRE III
1. Destruction des stations thermales. — II. Phénomènes naturels. —
III. Invasions barbares. — IV. Prédications chrétiennes. — V. Survi-
vance des eaux au moyen âge.
I
Les stations thermales de la Gaule ont sombré dans le néant
sans que nous connaissions d’une façon certaine les causes de
disparition d’aucune d’entre elles. Les documents écrits, les
récits d’auteurs contemporains ou de date rapprochée des
événements qui ont accompagné leur chute font complètement
défaut. C’est à certaines conditions géologiques ou topogra-
phiques, à la disposition des lieux, aux états particuliers
dans lesquels se rencontrent les ruines, aux objets découverts
dans le sol que nous pouvons demander des indices propres à
nous éclairer, mais toujours de façon assez hypothétique, sur
les circonstances qui ont amené la chute de ces établissements,
ainsi que sur l’époque probable de leur disparition.
Les résultats donnés par les constatations de ce genre
poursuivies dans un certain nombre de stations permettent
d’attribuer leur destruction à trois causes principales : des
phénomènes naturels d’ordres divers: les invasions barbares;
l’influence du christianisme triomphant. Nous allons examiner
successivement à ces points de vue nos principales stations.
Il
L’établissement d’Aix, en Savoie, semble avoir été détruit
par un diluvium descendu de la montagne du Revard. Des
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 123
débris de constructions, des restes de piscines et de bains ont
été trouvés enfouis dans les terrains d’alluvions dont l’épais-
seur, sur certains points, atteignait plus de 5 mètres. Certains
indices permettent de supposer un cataclysme soudain, notam-
ment la présence, dans une baignoire antique découverte en
1776, du squelette d’un malheureux baigneur, qui fut vrai-
semblablement surpris par la catastrophe sans avoir le temps
d’y échapper par la fuite (1).
Dans la même région, la perte des eaux minérales et la
disparition de l’édifice balnéaire de Menthon semblent à
U . Despine (2) devoir être attribuées plutôt à un éboulement
du sol qu’aux désastres qui marquèrent l’invasion des bar-
bares. A Saint-Galmier, au cours des fouilles qui amenèrent
la découverte de l’ancien établissement balnéaire, on trouva
« au-dessus de toutes les salles et presque à fleur de terre, un
banc de sable peu profond qui semblait indiquer que la des-
truction de ces bains antiques fut le résultat d’une inondation
de la Coise, petite rivière qui passe à Saint-Galmier » .
Dans les Pyrénées, le' petit établissement d’ Aldus, peut-être
abandonné lors des bouleversements qui marquèrent l’inva-
sion germanique du cinquième siècle, disparut sous les
alluvions accumulées chaque année au bas de la colline où il
s’élevait par les avalanches du printemps et les pluies d’orage.
Les restes du captage antique reconnu à Ax furent également
découverts sous une épaisse couche d’alluvions qui recouvrait
le sol primitif.
La station d’Ydes, dans le Cantal, eut vraisemblablement à
souffrir des invasions, mais elles ne paraissaient pas suffisantes
à M. de Ribier (3), pour expliquer un effondrement aussi
complet et surtout l’enfouissement de tous les débris sous le
sol. « Il me paraît plus naturel de les attribuer, ajoute-t-il,
dans une grande mesure au moins, à un cataclysme dont les
(1) Comte ue Loche, Histoire de la ville d’Aix-les-Bains. Mémoires de
* l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie, 4e série, l. VII, 1899.
(2) Notice historique sur Menthon-les-Bains et ses thermes, 1865.
(3) Y des, son histoire, ses eaux minérales, 1901 .
124
LA G A U LL THERMALE
plaines de Saignes et d’Ydes portent encore les traces indé-
niables, sorte d’inondation diluvienne qui les aurait recou-
vertes de sable et de graviers à une époque reculée, peut-être
vers l’an 580 de notre ère, d’après la tradition conservée dans
le manuscrit de l’abbé Taillard. »
Enfin certaines stations isolées ou placées dans des vallées
d’un abord difficile ont pu échapper aux coups des barbares,
et s’éteindre lentement dans l’abandon et l’oubli. Il en fut
probablement ainsi pour Châteauneuf, situé dans la vallée de
la Sioule, à l’écart des voies qui servirent de routes d’inva-
sions, et dont l’accès devait être autrefois particulièrement
difficile. Peut-être aussi pour Uriage, qui n’avait point encore
complètement disparu au quatorzième siècle, si l’on en croit
le naturaliste Guétard qui rapporte, d’après les traditions du
pays, qu’il y avait à cette époque une source d’eau minérale
et des bâtiments construits, disait-on, par les Romains, que
le seigneur du lieu fit démolir pour se soustraire aux visites
onéreuses des baigneurs.
111
Ces destructions accidentelles et ces lentes agonies par suite
d’abandon ont été de rares exceptions, et la plupart des sta-
tions thermales ou des simples édifices élevés autour des
sources ont péri de mort violente. Presque partout les colonnes
sapées, les marbres arrachés et brisés, les traces d’incendie :
couches de cendres, pierres calcinées, poutres carbonisées,
métaux fondus, révèlent la destruction brutale par la main des
hommes. La découverte fréquente de trésors monétaires ou
d’objets précieux dissimulés dans des cachettes témoigne des
craintes qu’inspirait l’approche de ces bandes sauvages qui,
pendant plus de deux siècles, parcoururent les Gaules l’épée ’
et la torche à la main.
125
(i É 0 G R A P 1 1 1 E
DES STATIONS THERMALES
L’étude de ces trésors cachés, de leur composition, des
dates auxquelles s’arrêtaient les séries monétaires et Inobser-
vation des lieux de trouvailles ont permis à M. Adrîen Blan-
chet, dans un ouvrage rempli de faits et d’aperçus ingé-
nieux (i ), de déterminer avec une réelle précision certaines des
routes suivies par les envahisseurs et l’étendue des régions ou
s'étaient exercés leurs ravages.
C’est en 213 que les hordes barbares entrent en scène, avec
les Alamans qui envahissent les terres Décumates (entre
Danube et Rhin) et sont refoulés par Caracalla. En 234, sous
Alexandre Sévère, invasion des Germains, repoussée par
Maximien, qid les poursuit jusqu’au fond de leurs forêts et
prend, en 236, le nom de Germanicus.
En 237, les Alamans gagnent l’Italie et les Francs traversent
la Gaule du nord-est au sud-ouest, entrent en Espagne et
arrivent jusqu’en Afrique. Ce double torrent accumula les
ruines sur son passage; c’est lors de cette invasion, dont la
Gaule fut délivrée par Postume, que durent être détruits de
fond en comble nombre d’établissements de l’Auvergne, sous
les coups d’une troupe d’ Alamans, commandés, dit-on, par un
roi nommé Chrocus, qui finit par être battu, pris et livré au
supplice ( 2).
Après la mort d’Aurélien, en 275, une nouvelle invasion
semble avoir dépassé celle de 237, par l’étendue des désastres
(1) Les Trésors de monnaies romaines et les invasions germaniques en
Gaule, 1900.
(2) Grégoire de Tours, Histoire ecclésiastique des Francs, liv. II, II :
« Le trône impérial fut occupé en vingt-septième lieu par Valérien et
Gallien... Dans le même temps, Chrocus, roi des Alemans, ayant levé
mie armée, envahit les Gaules... Il rassembla, comme nous l’avons dit,
la nation des Alemans, se répandit dans toutes les Gaules, et détruisit
jusqu’aux fondements tous les édifices anciens. Étant venu à Clermont,
il brûla, ruina, renversa le temple que les Gaulois dans leur langue ap-
pelaient Yasso, monument d’un travail et d’une solidité admirables. »
M. A. de Barthélemy, la Campagne d’ Attila, 1870 (extrait de la Revue
des questions historiques), est loin d’attribuer à Chrocus un rôle histo-
rique aussi certain. « Je ne crois pas être trop hardi, dit-il, en avançant
que Chrocus est un personnage complètement légendaire, autour duquel,
pendant plusieurs siècles, vinrent se grouper toutes les dévastations que
causèrent les invasions germaines sur le sol gaulois. »
126
LA GAULE THERMALE
qu’elle laissa après elle. La Gaule entière dut être parcourue
en tous sens, car Yopiscus parle de plus de soixante villes
dévastées par les barbares, qui furent refoulés par Probus et
• ses lieutenants, les Francs dans les marécages delà Batavie et
de la Frise, les Alamans au delà du Rhin, jusque dans la vallée
du Neckar. Sous le règne de Constance, les Alamans et les
Francs reparaissent sur la rive gauche du Rhin et parvien-
nent jusqu’à Autun, dont ils entreprirent le siège.
Battus et refoulés par Julien, en 359, on les voit de nouveau
pousser jusque sur la Marne en 365-366. Les grands travaux
de défense entrepris sur la ligne du Rhin, après que ces
envahisseurs eurent été chassés de la Gaule par Valentinien,
assurèrent la sécurité jusqu’en 406, époque à laquelle s’abattit
sur notre pays une formidable invasion de Vandales, d’Alains
et de Suèves, qui, pendant trois ans environ, parcoururent et
dévastèrent la plupart des provinces de la Gaule (4).
En 451, apparut Attila, traînant à sa suite une cohue de
peuples tar tares et germaniques, qui ravagea la Gaule jusqu’à
la Loire, pour reculer devant Aëtius, vainqueur sous les
murs d’Orléans et à Mauriac, près de Troyes.
La plupart de ces invasions semblent avoir été des incur-
sions de pillards, marchant au hasard devant eux, sans plan
préconçu ni but déterminé, mais laissant partout sur leur pas-
sage la désolation et la ruine (2). Une fois les lignes de défense
(1) Lettre de saint Jérôme. — Migne, Patrologie latine, t. XXIV,
p. 1057 : « Des peuples innombrables et féroces ont occupé toute la
Gaule. Tout ce qui est compris entre les Alpes et les Pyrénées, entre
l’Océan et le Rhin, le Quade, le Vandale, le Sarmate, l’Alain, les Gépides,
les Hérules, les Saxons, les Burgondes, les Alemans, les Pannoniens
l’ont dévasté. Mayence a été prise et détruite, des milliers d’hommes ont
été égorgés dans l’église. \Vorms a succombé après un long siège. La
ville puissante de Reims, les pays d’Amiens, d'Arras, la Morinie si
reculée, Tournai, Spire, Strasbourg sont devenus germaniques. L’Aqui-
taine, la Novempopulanie, la Lugdunaise, la Narbormaise, sauf peu de
villes, ont été ravagées. »
(2) Fustel de Coulanges, Histoire des Institutions politiques de l’ancienne
France, lre partie (1875) : « Tels sont les essais d’invasion hostile et à
main armée que l’histoire peut compter. Il est facile de juger du mal
qu’ils ont fait; les contemporains nous disent assez ce qu’il y eut de
villes détruites, de provinces ravagées, d’existences humaines brisées.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 127
du Rhin franchies, ces bandes circulaient librement, suivant
les routes naturelles, connue les vallées, ou empruntant les
voies romaines, sans rencontrer de résistance sérieuse dans
un pays dépourvu de garnisons et de milices, et que ne défen-
dait aucun réseau intérieur de forteresses (1). Sans doute après
les premières invasions, vraisemblablement à la lin du troi-
sième siècle, un certain nombre de cités restreignirent leur
périmètre, en s’entourant de murs de délense élevés le plus
souvent avec des matériaux provenant de la destruction de
leurs édifices publics; mais ces travaux furent surtout exé-
cutés pour mettre à l’abri les cités importantes comme points
stratégiques ou comme centres routiers, administratifs ou com-
merciaux et rien de tel ne fut entrepris autour de beaucoup de
villes secondaires, qui restèrent livrées sans défense aux coups
des envahisseurs.
Parmi les villes thermales, cités de luxe et d’élégance qui
durent attirer tout particulièrement les hordes pillardes, Dax
est la seule qui possédait certainement, à notre connaissance,
une enceinte murée aux temps gallo-romains. Il en était pro-
bablement de même à Aix-en-Provence, où Rouard avait
découvert, au cours des fouilles de 1843-1844, une muraille
Que l’on cherche pourtant ce que sont devenus ces envahisseurs ; ils
n’ont rien laissé d’eux
« Immenses déplacements d’hommes dont il n’est sorti rien de durable;
beaucoup de tumulte et peu d’effets; beaucoup de ruines et pas une vic-
toire. Les Germains qui s’établirent en Gaule et qui purent y laisser
quelque chose de leur sang et de Leurs mœurs, furent seulement ceux
qui y entrèrent comme laboureurs ou à titre de soldats de l’empire. »
(1) Blanchet, op. cit., p. 52 : «Les envahisseurs ont évité de préférence
la grande foi'èt des Ardennes et les massifs montagneux des Vosges. Pas-
sant le Rhin, probablement au-dessous de Cologne, les Barbares se ré-
pandaient dans les pays formant le grand-duché de Luxembourg et les
provinces de Liège, de Namur et du Hainaut, et de là pénétraient dans la
vallée de l’Escaut, puis dans celle de la Seine, de la Marne, de la Saône
et du Rliùne. C’est pourquoi les départements de la Seine-Inférieure, de
l’Eure, de la Marne, de l’Aube, de la Côte-d’Or, de l’Yonne, de la Nièvre,
de Saône-et-Loire, de l’Ain, de la Haute-Savoie et de l’Isère, sont parmi
les plus riches en trésors monétaires. On comprend dès lors que les ré-
gions montagneuses formant nos départements de la Haute-Saône, du
Doubs et du Jura aient pu demeurer presque toujours à l’abri du Ilot des
envahisseurs. »
428
LA GAULK THERMALE
antique qu’il supposait avoir dû faire partie des anciennes
murailles de la colonie.
Quant à Néris, les anciennes traces de fortifications qui y
ont été relevées doivent être tenues pour très hypothétiques
et le camp installé dans le voisinage de cette ville présente
plutôt le caractère d’un ouvrage de stationnement temporaire
que d’une défense régulière et permanente de la cité.
Bien incertaines aussi sont les données fournies par
M. Charron (1), qui parle de murs garnis de guérites pour les
sentinelles entourant la ville gallo-romaine occupant le site
de Craon-Chenevières, au lieu où nous plaçons Aquæ Segestæ,
ainsi que d’une forteresse crénelée et flanquée de tours, sorte
de citadelle de la ville antique, placée au nord de l’amphi-
théâtre, et dont les ruines n’auraient disparu qu’en 1790. Quels
étaient les caractères architecturaux de ces ouvrages? Quelles
sont les constatations qui permettraient de les rattacher à
l’époque gallo-romaine? Rien de tout cela n’est établi d’une
façon assez précise pour nous permettre de classer Aquæ
Segestæ parmi les anciennes places fortifiées de notre pays.
M. Blanchet n’y a, du reste, même pas fait allusion dans son
ouvrage sur les Enceintes fortifiées de la Gaule.
L’existence à Luxeuil d’une enceinte fortifiée est peut-être
moins problématique. Le moine Jonas, qui écrivit la Vie de
saint Colomban, fondateur du monastère de Luxeuil à la fin
du sixième siècle, y fait allusion en ces termes : Castrum fir-
missimo olini fuisse munimine cultwm... quern Luxomum prisca
tempora nuncupabant. — Dom Grappin, dans son Histoire de l’ab-
baye royale de Luxeu. a donné un plan approximatif de la ville
antique, à laquelle il attribue une forme circulaire et a même
signalé la découverte, en 1740, à l’entrée du faubourg des
bains, des jambages de la porte méridionale de l’enceinte
ancienne.
Il n’en fut pas de même sur la ligne du Rhin, zone frontière
où l’occupation romaine conserva toujours un caractère mili-
(1) Essai historique sur Monlbouy. Annales de la Société historique et
archéologique du Gàtinais, t. XII, 1894.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 129
taire très marqué. Des restes d’édifices fortifiés castra, castella,
s’y rencontrent souvent sur des points pourvus de sources mi-
nérales (Creuznach, Godesberg', Wiesbaden, etc.), et, dans une
région voisine, la ville de Tongres, où coulait la fontaine dé-
crite par Pline, possédait une enceinte de murailles, où l’on
croit reconnaître la trace de plusieurs remaniements successifs
et dont il subsiste encore quelques vestiges (1).
La défaite d’Attila, qui semble avoir marqué la fin de la pre-
mière période des grandes invasions, en attendant celles des
Normands et des Sarrazins, n’amena cependant pas le calme
dans l’intérieur de la Gaule et les luttes sans merci qui s’y
livrèrent à tant de reprises durent avoir des conséquences dé-
sastreuses pour les monuments que les événements antérieurs
avaient laissé debout. Ainsi l’Auvergne, si fertile en eaux mi-
nérales utilisées par les Gallo-Romains, eut à subir, vers 475,
les ravages des Goths d’Euric, dont Sidoine Apollinaire nous
a conservé le souvenir, et ce même pays fut dévasté de fond
en comble, en 532, par Thierry, fils de Clovis, à la suite de la
révolte d’Arcadius.
Les écrivains qui ont laissé des récits des invasions barbares
des troisième, quatrième et cinquième siècles n’en ont retracé
que les grandes lignes et n’ont conservé le souvenir que de
certaines catastrophes retentissantes. Aucun document, aucun
texte n’a mentionné la destruction d’une seule de nos anciennes
stations ; c’est donc aux ruines elles-mêmes, ainsi qu’aux séries
monétaires découvertes dans leurs décombres, qu’il faut tenter
d’arracher le secret des causes et des dates approximatives de
leur disparition.
A Bourdonne, la destruction des édifices thermaux est géné-
ralement attribuée aux Barbares; puis les inondations de la
petite rivière de la Borne vinrent recouvrir de quatre mètres
de détritus les édifices ruinés. Il semble résulter d’observations
consignées dans la notice de M. l’ingénieur Rigaud (2) que cer-
(1) Blanchet, les Enceintes romaines de la Gaule, 1907.
(2) Notice sur les travaux exécutés à Bourbonne-les-Bains. Annales des
Mines, VIII0 série, t. XVII, 1880.
9
4 30
LA GAULE THERMALE
taines parties des édifices auraient subi des réfections et des
remaniements, peut-être après des ravages partiels qui auraient
été suivis de restaurations.
Les traces d’incendie et de violence abondent à Luxeuil,
dont la destruction est attribuée par la majorité des auteurs à
l’invasion d’Attila, en 451 . Il semble certain aussi que la ville
avait déjà dû être victime de précédents sinistres, car, à plu-
sieurs reprises, les fouilles ont mis à découvert des ruines
appartenant à des époques différentes, semblant indiquer des
dévastations et des reconstructions successives. M. Dela-
croix (1) a fait également des remarques à cet égard à propos
de la succession des poteries. Vers 1877, on découvrit une
énorme amphore, contenant plus de trente kilogrammes de mé-
dailles (2), s’échelonnant de 235 à 268, probablement enfouie
au moment de la grande invasion de 275.
/ Quoi qu’il en soit de sa date, le dernier orage qui s’abattit sur
Luxeuil en amena la ruine complète, car un texte du moine
Jonas, dans la Vie de saint Culomban à laquelle nous faisions
allusion tout à l’heure, rapporte que le saint Irlandais, en arri-
vant dans le pays vers 590, ne trouva que des bêtes féroces,
ours, buffles et loups, au milieu des restes des thermes et des
statues de pierres, jadis vouées au culte exécré des
païens (3).
Les bains de Montbouy (Aguis Segeste) ont été certainement
détruits par le feu. Ce sont, de toutes parts, des moellons
noircis, du plomb fondu, des poutres carbonisées. D’après les
indications données par les récits des fouilles (4), les séries
(1) Notice sur les foiiilles faites en 1857 et 1858 aux sources ferrugineuses
de Luxeuil. Société d’ Emulation du Doubs, vol. 7, 1862.
(2) Revue archéologique, nouvelle série, 19e année, 36e vol., 1878. Lettre
de M. Ch. Duhaut, p. 385.
(3) Hi aquæ calidœ cul tu eximio constructœ habebantur ; ibi imaginum lapi-
dearum densitas vicina saltus densabat, quas cultu miserabili rituque pro-
phano, vetusta paganorum tempora honorabant, quibusque execrabiles cœre-
monias litabant Solæ ibi bestiœ et ferœ ursorum , bubalorum, luporutn
multorum frequentabant.
(4) Dupuis, l'Aquis Segeste de la carte de Peutinger doit être placé à Mont-
bouy, 1852. — Dupuis, Nouvelles découvertes à Montbouy. Bulletin monu-
mental, 1862.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 131
monétaires s’étendraient d’Auguste à Constance et ^ alens, ce
qui permettrait de fixer comme dates approximatives de la
disparition de cette station une invasion de 373, sous le règne
de Valentinien, ou la grande invasion de 406.
Les eaux de Saint-Honoré durent subir le contre-coup des
vicissitudes qu’éprouva la Gaule depuis le milieu du troisième
siècle. M. Bulliot (1), en étudiant de près les séries de mon-
naies qui furent trouvées en grand nombre dans cette station
et qui commencent au règne de Tibère, a remarqué l’absence
des empereurs dont le règne fut marqué par les principales
invasions. De Tétricus à Constantin (275 à 306;, abandon
complet; aucune médaille ne se montre entre ces deux
princes; puis on retrouve celles des successeurs de Constantin
jusqu’à Valentinien Ier, ce qui reporte l’abandon délinitif de
notre station au règne de ce prince, ou, au plus tard à l’inva-
sion de 406.
A Moind, où nous pensons devoir placer l’antique Aquæ
Segetæ, la destruction violente s’accuse sans conteste : poutres
calcinées, colonnes brisées, inscriptions réduites en menus
fragments, etc. Dans un édifice, que Ton suppose avoir été une
hôtellerie, de nombreux ossements humains, épars sur le
pavé des salles, au milieu de matériaux divers, semblent
bien témoigner de morts violentes ayant accompagné le boule-
versement de la construction. Au même endroit, on trouva
dans un canal d’égout un vase en bronze, contenant un anneau
en or et 1,328 monnaies d’argent de Caracalla à Gallien, évi-
demment déposé là comme dans une cachette à l’approche
d’un péril imminent. Le point d’arrêt de ce trésor autorise à
fixer avec quelque vraisemblance la destruction de Moind à
l’époque de l’invasion à laquelle est resté attaché le nom de
Chrocus. D’autres découvertes de monnaies, parmi lesquelles
celles d’Auguste très abondantes, indiquent que Moind était
occupé par les Romains dès le commencement du premier
siècle. Une longue lacune suppose ensuite une accalmie de
(1) Essai sur le système défensif des Romains dans le pays éduen.
132
LA GAULE THERMALE
près d’un siècle, puis la prospérité reprend avec Trajan, Ha-
drien cl les Antonins, dont les monnaies se rencontrent en
grand nombre (1).
A Néris, l’examen des constructions thermales indique net-
tement une première disparition par suite de destruction vio-
lente, suivie d’une restauration, qui semble avoir eu le carac-
tère d’une réfection presque complète. La ville dut participer
également à ces vicissitudes, et Forichon (2) signale sur plu-
sieurs points l’existence de murailles construites au-dessus de
tronçons de murs plus anciens, dont elles n’étaient séparées
que par une mince couche de décombres.
Le grand établissement thermal, le plus voisin des sources,
fut reconstruit sur les ruines d’un premier édifice, sans qu’on
ait meme pris le soin d’enlever les marbres et les colonnes
renversés. Ce fait apparut clairement lors des travaux de
1820, au cours desquels on rencontra d’anciennes piscines
remblayées avec des décombres, des salles fondées sur des
fûts de colonnes et des débris d’entablement, des fragments
d’inscriptions employés à la couverture d’un aqueduc qui sui-
vait l’axe de l’établissement et était fondé, en plusieurs points,
sur les marbres qui pavaient d’anciens bassins. Le second éta-
blissement, plus voisin du camp, portait également des traces
de restauration. « Les piscines, dit Forichon, avaient été, en
plusieurs points, manifestement mutilées et ensuite restaurées
avec un ciment, qui faisait contraste avec l’autre comme une
pièce de grossière étoffe sur un habit fin. »
La date de cette première destruction est absolument impré-
cise. Quant à la restauration, la plupart des auteurs l’attri-
buent à l’époque qui suivit les succès de Julien, après qu’il
eût chassé les Germains de la Gaule, entre 360 et 365; mais ce
n’est là qu’une pure affirmation, que ne vient corroborer
aucune preuve, et qu’il faut retenir à titre de simple hypo-
thèse. L’établissement ainsi réédifié ne dut pas avoir une
bien longue durée d’existence, car les séries monétaires de
(!) Bulletin de la Diana, t. V, 1889-1890, p. 38 et suiv.
(2) Monuments de l’antique Néris, 1859.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
133
NNéris ne nous conduisent que jusqu’au règne de Valens.
Les bains d’Évaux, dans le voisinage de Néris, ont dû,
j comme tant d’autres, être livrés aux flammes. Lors des fouilles,
[ on a trouvé dans les piscines des charbons, des bois et des
f pierres noircis, des morceaux de bois carbonisés, et « au-
j dessus et dans tous les interstices des terres et des pierres
j amoncelées, une quantité très considérable de charbon entiè-
I : rement semblable au noir de fumée du commerce ».
Bien qu’il paraisse évident qu’on soit là en face de témoi-
| .gnages incontestables d’incendie, je dois cependant signaler
f qu’un des premiers auteurs qui ont étudié les anciens thermes
d’Évaux, M. Coudert-Lavillatte (1), s’est demandé, d’après les
observations d’un chimiste, M. Legrip, s’il ne s’agissait pas là
de phénomènes dus à la réaction des agents minéralisateurs
des eaux thermales, phénomènes qui auraient suivi l’abandon
des thermes après la chute de la puissance romaine dans les
Gaules, et leur lente dégradation.
Quoi qu’il en soit, les thermes d’Évaux cessèrent vraisem-
blablement d’être fréquentés à la suite des invasions qui se
'Succédèrent pendant le premier quart du quatrième siècle.
Les monnaies les plus récentes qui en proviennent sont de
Constance Chlore.
Au Mont-Dore, il y a probablement lieu de distinguer deux
i causes dans la destruction des édifices thermaux. Un éboule-
lement de la partie supérieure de la montagne qui les domi-
nait a laissé des traces évidentes, reconnues au cours des
travaux de 1823 : amas confus de murs renversés, de voûtes
abattues et de pierres énormes descendues des hauteurs,
dont on pouvait suivre le trajet sur le flanc de la montagne (2).
1 D’autre part, M. Ledru (3) a vu des indices certains d’une
dévastation accomplie avec une violence sauvage dans les
(1) Les Bains d Beaux. Société des sciences naturelles et archéologiques de
la Creuse, t. I, 2e partie, p. 186 et suiv.
(2) Bl’utrand, Note sur les antiquités du Mont-d’Or.
(3) Note sur la mise au jour d'une partie de l’établissement thermal romain
du Mont-Dore. Mémoires de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de
Clermont-Ferrand, nouvelle série, t. X, 1868.
134
LA GAULE THERMALE
sculptures et les chapiteaux brisés, les mosaïques boule-
versées, les colonnes renversées et leurs liens de métal arra-
chés, etc. Quels furent les auteurs de cette œuvre sauvage?
Faut-il l’attribuer aux Mamans de Chrocus, au troisième
siècle, ou bien aux Gotbs d’Euric, au cinquième? Les textes
sont muets; la dispersion des médailles trouvées au Mont-Dore
ne permet de tirer aucune conclusion des séries monétaires :
aussi doit-on se borner à de simples conjectures en face de
ces questions restées jusqu’à présent sans réponse.
Ainsi que nous l’avons dit plus haut, d’après M. de Ribier,
la ruine d’Ydes semble devoir être attribuée, du moins en
partie, à des phénomènes naturels. Peut-être aussi la main des
Barbares y fut-elle pour quelque chose, et il est vraisemblable,
en tout cas, si l’édifice subsistait encore au commencement du
sixième siècle, qu’il dut être détruit lors de l’invasion de l’Au-
vergne par Thierry, en 532, et du siège de Castrum Meriola-
cense (Chastel-Marlhac), qui n’en est situé qu à peu de dis-
tance.
A Balaruc, l’abbé Bousquet (1) attribue la ruine de la station
aux invasions barbares, entre 362 et 375. D’après une note de
l’ouvrage de Greppo (p. 249), une seule découverte de mé-
dailles dans cette localité en aurait fourni quatre cents, re-
présentant une série de tous les âges, depuis Auguste jusqu’à
Constantin.
A Rennes-les-Bains, les restes des constructions exhumées
sont généralement recouverts d’une couche de cendres et de
débris calcinés, qui témoigne de la destruction par le feu.
D’après les monnaies découvertes en assez grand nombre
dans cette station, sa ruine devrait être placée vers 408, à
l’époque où quelques-unes des hordes qui avaient pénétré
dans les Gaules, lors de la grande invasion de 406, atteignirent
les Pyrénées.
Les causes de la disparition des Thermes Onésiens, que je
place à Bagnères-de-Luchon, nous apparaissent moins claire-
(1) Notice et précis historique sur Balaruc-les-Bains et ses sources ther-
males.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 135
ment. Les récits des fouilles qui mirent à découvert les anciens
thermes ne semblent mentionner aucune particularité suscep-
tible de nous éclairer sur les circonstances qui ont pu accom-
pagner leur ruine. M. Sacaze signale, d’après Salvien (1),
l’état de prospérité dans lequel se trouvait la région où est
situé Luchon, la Novempopulanie, à la fin du quatrième siècle,
et au commencement du cinquième; la dévastation lui semble
dater de la grande invasion qui marqua le début de ce dernier
siècle ou de l’époque du siège et de la prise de la capitale des Con-
vènes, Lugdunum Convenarum (Saint-Bertrand-de-Gomminges)
par les Francs du roi Gontran, en 585. Greppo (op. af,p. 61),
d’après le président d’Orbessan, semble plutôt attribuer la
destruction de ces thermes à un éboulement de terre et de
rochers qui aurait tout enseveli, les édifices et les sources
elles-mêmes.
A Aix-en-Provence, Rouard signale la découverte, au cours
de plusieurs fouilles, de couches de cendres et de terre brûlée
recouvrant les décombres, et conclut à une incendie qui aurait
suivi ou précédé le pillage de la cité. La série des médailles
rencontrées dans ces fouilles va d’Auguste à Magnence. La
ville subit peut-être alors une première atteinte qui ne dut pas
la ruiner entièrement, puisque Sidoine Apollinaire (2) en parle
encore au cinquième siècle. La destruction plus complète eut
lieu probablement, d’après Robert (3), au sixième siècle, lors
des invasions des Saxons et des Lombards.
(1) Nemini dubium est Aquitanos ac Novempopulos medullam fere omnium
Galliarum et uber totius fecunditcitis habuisse; nec solum fecunditatis, sed,
quœ præponi inter dum fecunditati soient, jucunditatis , voluptatis, pulchri-
tudinis. .. Ut vere possessores ac domini terrœ illius non tam soit istius por-
tionem quam paradisi imaginem possedisse videantur. Salvien, De Gu-
bernatione Dei, liv. VII, 2. Cité par Sacaze dans Études sur Luchon, 1887.
(2) Ntiper quadrupedante cum citato
1res Phocùla Sextiasque Baias,
Illustres titulis prœliisque
Urbes, per duo consulum tropœa.
Carm., XXIII, v, 13.
(3) Essai historique et médical sur les eaux thermales d’Aix, connues sous
le nom d’Eaux de Sextius, 1812.
LA GAULE THERMALE
1 36
I V
Le christianisme, lors de son triomphe définitif et de son
établissement officiel en Gaule, fut également, comme nous
l’avons dit, un puissant agent de destruction pour les cités
thermales et les éditices élevés près des sources. Si, vers la
fin du quatrième siècle, la religion nouvelle avait déjà profon-
dément pénétré les populations des villes, il n’en était pas de
meme dans les campagnes dont les habitants, les pagani,
étaient restés, pour la plupart, attachés aux anciens cultes.
« Le druidisme avait depuis longtemps perdu sa vitalité,
mais, du mélange de la mythologie romaine avec la mytho-
logie celtique s’était formée une religion populaire dont les
monuments abondent sur notre sol, bien que l’interprétation
en soit encore obscure (1). »
Pour vaincre ces résistances, les empereurs eurent recours
à des mesures légales de destruction, comme le rescrit d’Ar-
cadius, en 399 : Si qua in agris templa sunt, sine tnrba et tumultu
diruantur ; his enim dejectis atque sublatis. omnis superstitionis
materia consumitur ; et celui de Théodose le Jeune, complétant
en 426 l’œuvre de son père : Cuncta eorum fana, templa delu-
braque. si qua etiam nunc restant integra , j tissu magistratnum
destrui , conlocationeque venerandœ christianæ religionis signi ex-
piari prœcipimus.
Mais avant même que ces prescriptions fussent passées dans
le domaine législatif, de fougueux chrétiens avaient entamé la
croisade contre le paganisme encore debout, et le grand Apôtre
des Gaules, saint Martin, avait commencé ses audacieuses
expéditions dont les traces ont été relevées dans tant de con-
trées de notre ancienne Gaule (2). Les cités et les édifices qui
(1) Lavisse, Histoire de France, t II, lro partie, p. 13.
(2) Legov de la Marche, Saint Martin, 1881. « En se bornant auxrésul-
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
137
font l’objet de nos études ne furent certainement pas oubliés
dans l’œuvre dévastatrice. Le luxe des stations thermales, avec
leurs jeux et leurs plaisirs, la vie libre et facile qu’on y me-
nait, le culte dont on y entourait tant de divinités latines ou
indigènes; les temples médicaux, où les malades venaient de-
mander à de surnaturelles interventions la guérison de leurs
maux; les simples sources, avec leurs modestes sanctuaires
auxquels présidaient ces divinités des eaux et des bois, objets
d’exécration de la part des fidèles chrétiens, tout cela était
bien de nature à attirer les coups des bandes fanatiques qui
marchaient sur les pas du saint et s’appliquaient à venger
-sur les monuments du paganisme expirant les persécutions
et les longues années d’oppression dont avaient souffert leurs
frères en croyance. Bien que la plupart des panégyristes
de saint Martin représentent sa prédication comme une œuvre
de douceur, exempte de toutes violences de la part de l’apôtre
ou de ses auxiliaires (1), il est permis de douter que, sans une
pression énergique, les païens, attachés à leur foi, aient
modifié aussi vite leurs idées religieuses et leurs sentiments
et opposé aux destructeurs une aussi molle résistance. Aussi
je crois plus près de la vérité le portrait du grand mission-
naire que nous trace de Broglie dans son livre sur l’Eglise
et y Empire romain : « Conduisant à l’assaut des temples de
tats absolument certains de notre investigation, voici les contrées où il
a mis le pied : la Touraine, l’Anjou, le Maine, le pays Chartrain, l’Ile-de-
France, la Picardie, le pays de Trêves, le Sénonais, la Bourgogne, la
- Suisse, le Dauphiné, l’Auvergne, le Berry, le Poitou, la Saintonge, le
Bordelais. Et si l’on veut tenir compte des résultats reposant sur des
probabilités plus ou moins grandes, mais dont quelques-unes approchent
de la certitude, il faut encore ajouter à cette liste l’Artois, la Flandre,
une partie de la Belgique, la Lorraine, la Champagne, la Franche-Comté,
la Savoie, le Forez, le Nivernais, et même un coin de la Normandie et
de la Bretagne moderne. «
(1) Sulpice Sevère, De vita B. Martini. « Le plus souvent les paysans
s’opposaient à la suppression des lieux sacrés, mais il captivait avec tant
;de douceur l’esprit des païens par sa sainte prédication que, finissant
par ouvrir les yeux à la lumière, ils portaient eux-mêmes la main sur 1a,
demeure de leurs idoles. « Cité par Bulliot et Thiollier dans la Mission
et le culte de saint Martin d’après les légendes et les monuments populaires
dans le pays éduen. — Voir aussi Lecoy de la Marche, op. cil., p. 332
et 333.
138 LA GAULE THERMALE
véritables croisades rustiques, les guidant lui-rnème dans son
costume de solitaire qu’il n’avait pas quitté, les cheveux en
désordre, la tunique sale et déchirée, la torche ou la hache
à la main, mais le regard brillant d’un feu plein de douceur. »
Les modes de dévastation monumentale étant toujours les
mêmes : le renversement ou l’incendie, il est malaisé de faire
la part des barbares et des chrétiens dans ces œuvres néfastes
qui couvrirent de ruines notre sol gaulois. 11 y a cependant
des indices qui peuvent faire attribuer avec quelque certitude
à ces derniers la destruction de certains des édifices qui nous
intéressent. C’est, tout d’abord, la situation géographique des
stations détruites sur le trajet du saint, qui a pu fréquemment
être déterminé avec une assez grande précision. C’est, ensuite,
la concordance entre la fin des séries monétaires et des dates
se rapprochant sensiblement du passage des bandes chré-
tiennes, car Teffervescence causée parleur venuene dutpas se
calmer immédiatement et des disciples zélés continuèrent et
étendirent certainement l’œuvre dévastatrice. La présence,
près des lieux ravagés, de sanctuaires dédiés à saint Martin
doit aussi être prise en considération. Enfin, certains carac-
tères particuliers dans la destruction : la mutilation systéma-
tique des sta tues, leur précipitation dans les puits, le martèle-
ment voulu des inscriptions peuvent également être retenus
comme des indices d’une dévastation ayant un but déterminé
et visant plus spécialement le côté religieux des établissements
auxquels elle s’appliquait. Il noos est impossible de suivre pas
à pas la marche du christianisme vainqueur, chassant de leurs
temples les vieilles divinités chères aux malades et mettant en
fuite les nymphes protectrices des sources salutifères. Si nous
nous bornons à jeter un coup d’œil sur la Bourgogne et le
Morvan, pays dans lesquels la mission de saint Martin a été
tout particulièrement étudiée par MM. Bulliot et Thiollier dans
l’ouvrage que nous avons déjà cité, nous voyons que l’apôtre
des Gaules dût parcourir ces régions à partir de l’année 377,
et nous remarquons : que Saint-Honoré, dont nous avons
attribué la destruction aux Barbares, tomba peut-être sous les
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
139
coups des chrétiens, car la série monétaire se clôt avec Valen-
tinien 1er; qu’à Bourbon-Lancy, où la plus récente des monnaies
recueillies est de Magnence, des statues mutilées ont été
trouvées dans un puits et que M. Bulliot signale, sur rempla-
cement du Bourbon romain, les restes d’une ancienne église
dédiée à saint Martin; que les temples d’Essarrois et du Mont-
de-Sène, d’après les séries monétaires, ont été ruinés à la fin
du quatrième siècle; qu’à Sainte-Sabine, levicus gallo-romain
prit le nom de Sanctus Mar tirais Lassus, qu’il porta jusqu’au
treizième siècle; qu’au temple des sources de la Seine, enfin,
où les séries monétaires se terminent à Maximus, la présence
d’objets précieux retrouvés dans les décombres détourne l’idée
d’un pillage, tandis que la mutilation des statues, à peu près
toutes décapitées, révèle le désir bien net d’anéantir les images-
extérieures d’un culte odieux.
V
Les premières invasions qui, nous le savons, furent surtout
des incursions de pillards, traversant les pays sans s’y fixer,
pas plus que les progrès sans cesse croissants de la religion
du Christ, n’amenèrent d’ailleurs la disparition absolue de
toutes les stations thermales ou minérales. Quelques-unes
subsistèrent sans doute, grâce à leur situation à l’écart des
routes suivies par les envahisseurs ou de leur position dans
des vallées peu accessibles. D’autres, qui ne furent pas ruinées
de fond ‘en comble, purent être totalement ou partiellement
reconstruites; nous avons vu à Néris, notamment, un exemple
certain de restauration de ce genre. Ce qui n’est pas douteux,
c’est que les sources médicinales n’étaient pas complètement
délaissées au cinquième siècle, au temps où Sidoine Apollinaire
fait allusion aux eaux d’Aix et demande à son ami Aper,
dans la lettre que nous connaissons, s’il s’est rendu aux eaux
•140 LA GAULE THERMALE
salutaires aux malades soutirants de la poitrine et du foie.
Ainsi donc, à cette époque, les eaux de PArvernie étaient
encore fréquentées, bien que cette contrée eàt été déjà le
théâtre de désastres retentissants.
Mais, avec l’effondrement de l’empire romain et l’établisse-
ment des Barbares en Gaule, la nuit complète se fait sur les
stations d’eaux de notre pays. Les changements apportés dans
les mœurs par les nouveaux occupants, les modifications
introduites dans la vie sociale comme dans la vie privée ame-
nèrent la disparition d’habitudes qui n’étaient plus en har-
monie avec les conditions nouvelles de l’existence.
Cependant, à la ruine des thermes et des sanctuaires sur-
vécut le culte des sources, la vénération dont on entourait les
eaux à caractère médical ou seulement , sacré. L’Église mit
tout en œuvre pour déraciner ces croyances superstitieuses.
La chevauchée de saint Martin et l’édit d’Arcadius avaient
commencé le mouvement; d’autres prohibitions suivirent,
mais la continuité même des anathèmes prononcés contre les
fervents des sources est une preuve de leur inefficacité (1).
Bien souvent, l’Église eut recours à une sorte de subterfuge,
et, reconnaissantl’impossibili té de déraciner l’antique croyance,
la prit pour son propre compte et substitua à la Nymphe ou
au Génie tutélaire du paganisme un Saint protecteur investi
des mêmes fonctions (2). L’oratoire chrétien s’éleva sur les
(1) « Que nul chrétien, dit saint Éloy, évêque de Novon au septième
siècle (dont saint Ouen, archevêque de Rouen, a écrit-la vie), ne fasse des
vœux dans les temples, ou auprès des pierres, des fontaines, des arbres...
Chaque fois que vous tomberez dans quelque infirmité,... ne faites point
de cérémonies diaboliques aux fontaines, aux arbres et aux carrefours
des chemins. »
Non licet inter sentes, aut arbores sacrivos, vel ad fontes vota exsolvere.
(Concil. Antissiod., c. 3.)
Si alicujus episcopi territorio infidèles aut faculas accendunt, aut arbores,
fontes vel saxa venerentur, si hac eruere neglexerit, sacrilegii reuin se esse
cognoscat. (2e concile d’Arles, vers 452.)
Le deuxième concile de Tours (567) condamne ceux qui se livrent à
des pratiques païennes : Ad nescio quas petras, aut fontes, aut arbores, dé-
signât a loca gent ilium.
(2) A cultu dœmonum in obsequium Dei veri debeant commutari et
deum verum cognoscans et adorans, ad loca quæ consuevtt familiarius con-
cussat. (Bède le Vénékable, Hist. Eccles. Angolorum, lib. 1, chap. xxx.)
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 141
ruines de l’édicule païen, orné quelquefois même de statuettes
ou de bas-reliefs empruntés à l’édifice antique (1).
Cette dévotion a traversé les siècles pour venir jusqu’à
nous. On ne peut compter les sources sacrées où la foi popu-
laire va chercher la guérison des fièvres, des maladies des
enfants, des maladies de la peau ou des yeux, de la stérilité,
des suites de couches, etc. (2). En bien des endroits, les rites
sont restés analogues à ceux que pratiquaient les anciens
fidèles des sources : les dévots ont continué à déposer leurs
offrandes auprès d’elles ou dans leurs bassins mêmes (3), à
briser leurs tasses ou à les abandonner sur les bords (4), à
suspendre dans les édicules protégeant les sources ou aux
branches des arbres voisins de menus objets votifs, ou des
représentations en cire ou en métal des membres atteints de
' (1) Sur le plateau du Mesvrin, l’ancien autel du Génie des eaux est
enclavé dans l’abside de la chapelle de saint Ploto.
Au pied du Mont-de-Sène (Côte-d’Or), près de l’église, on remarque
dans le mur d’une fontaine une figurine grossière de travail gallo-romain.
C'est l’ancien Génie de la source, qui prit le nom de saint Éloi après
l’abolition du culte païen.
Près de Massingy (Côte-d’Or), dans une chapelle voisine de la fontaine
de Notre-Damc-dc-la-Roche-d’Y, on a incrusté dans la maçonnerie deux
bas-reliefs en pierre, anciens ex-voto trouvés certainement près de la
source.
On pourrait encore citer bien d’autres exemples de cette nature.
(2) Ignon, Notice sur les monuments antiques de la Lozère. Mémoires
de la Société de Mende, t. XI, 1830-1840. — Bulletin de la même
Société , t. IX, 1858. — Bulliot, le Culte des eaux sur les plateaux éduens.
— De Boisvillette, Statistique archéologique d' Eure-et-Loir. Sources et
fontaines , 1864. — Du Mège, Archéologie pyrénéenne, t. II. — Le culte des
fontaines dans l'Aube. Revue des Traditions populaires, t. XVI,
p. 183, etc-, etc.
(3) M. T h or. i.\. Causeries sur les origines de l'Agenais. Revue de l’Age-
nais, t. XXII, cite plusieurs fontaines sacrées dans le Lot-et-Garonne,
entre autres trois sources (près de l’église de Goux, commune d’Allons),
à vertus miraculeuses, auxquelles on fait offrande en jetant des pièces
de monnaie dans leurs bassins. Dans la même région, à Ambrus, on jette
encore dans l’eau des pièces de cuivre, d’argent et d’or.
(4) Bulletin de la Société des Antiquaires, 1886, p. 174 : « M. Buhot
de Kersers entretient la Compagnie d’une fontaine existant dans le dé-
partement du Cher, appelée les Baptisés, qui est encore l’objet de pèle-
rinages. Ou a trouvé, dans son voisinage, une grande quantité de petits
vases en terre grossière et d’époque certainement fort ancienne. M. Gaidoz
suggère l’idce que ces vases avaient pu servir autrefois aux pèlerins
pour boire l’eau sacrée de la source et ensuite être laissés en ex-voto. »>
i
142
LA GAULE THERMALE
maladie, et, près des fontaines les plus fréquentées, les petits
saints d argile ou de plâtre ont remplacé sur les éventaires
des marchands les Vénus, les Maires et les bébés emmaillotés,
modelés autrefois pour les dévots païens par les céramistes de
la vallée de l’Ailier.
Il semble bien qu’au moyen âge une sorte de renaissance
se produisit dans l’usage des eaux thermales. La nécessité de
combattre l’horrible fléau de la lèpre fut sans doute pour
beaucoup dans ce retour à l’emploi des eaux chaudes; les
noms caractéristiques donnés à certaines piscines sont très
significatifs à cet égard (1). Mais, en dehors même de ces
cas spéciaux, il n’est pas douteux qu’une certaine vie se mani-
festa autour de quelques sources à l’époque médiévale ét qu’on
mit à profit les travaux gallo-romains, en décomhrant les
vieilles piscines et en nettoyant tant bien que mal les conduites
anciennes.
Je me bornerai à citer rapidement quelques preuves de
cette survivance de la vie thermale, dont l’étude m’entraîne-
rait trop loin et est trop en dehors du sujet de mes recherches
pour que je tente même de l’aborder plus complètement.
Les eaux d’Aix-en-Provence ne furent jamais abandonnées
au moyen âge. De 1112 à 1245, sous les princes de la maison
d’Aragon, elles étaient très fréquentées pour le goitre et
les écrouelles (2). Ruffi, dans ses Essais sur V histoire de la
Provence , rapporte qu’aux douzième et treizième siècles on y
venait de diverses nations de l’Europe, notamment d’Angle-
terre et d’Allemagne.
Les eaux de Gréoulx virent leurs bains rétablis par les
Templiers. Dans un Traité sur les eaux minérales de Gréoulx,
sans nom d’auteur ni date, il est dit qu’on voyait encore près
(1) Ax, Bassin des Ladres. — Moind, Fontaine des Ladres. — Neyrac,
Piscine des lépreux. — Plombières, Bain des Ladres, des Lépreux ou des
Bonnes gens.
Près de Dax, les eaux de Tercis furent utilisées pour soigner les
lépreux au retour des Croisades. On y voit encore les vestiges d’une
ancienne léproserie.
(2) Robert, Essai historique sur les eaux thermales d’Aix.
143
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
t
des bains les vestiges de l’établissement qu’ils y avaient cons-
truit. Les restes imposants de leur château ou couvent fortifié
couronnent le sommet de la colline où est bâti Gréoulx.
A Digne, des lettres patentes de Charles II, comte de Pro-
vence., de 4293, assignent à son médecin une rente sur les
revenus des bains, à charge de les surveiller. En 1312, il
intervient un compromis permettant l’usage des bains aux
Juifs, à condition qu’ils contribueraient aux travaux de répa-
ration (1 ) .
Dans l’Ardèche, les bains de Neyrac sont mentionnés dans
un acte de 1340 (2). 11 existait déjà auparavant en ce lieu une
léproserie fortifiée, dont on voit encore des restes, avec, tout
à coté, contre un rocher, le banc de bois où les lépreux, sor-
tant du bain, allaient se sécher au soleil (3).
Les eaux de Saint-Laurent, dans la même région, étaient
connues et fréquentées au quinzième siècle.
Dans le Rouergue, de pieux solitaires qui se retirèrent en
1132 dans la vallée de Sylvanès y trouvèrent un hameau,
sorte de caravansérail, destiné à recevoir ceux qui allaient
boire, dans la belle saison, l’eau de Sylvanès, et inhabité le
reste de l’année (4).
Au Mont-Dore, le seigneur de Murat fait don, en 1328, au
chapitre d’Orcival, d’une rente importante à prélever sur les
bains du lieu de Bains (ancien nom du Mont-Dore). D’après
des registres terriers (1423 et 1463), il y a avait alors quatre
sources minérales utilisées.
A la Bourboule, en 1643, le seigneur s’engage à faire cons-
truire une maison de bains à l’usage des habitants, à charge
par eux de payer une redevance.
Au onzième siècle, le seigneur de Bourbon-Lancy donne à
(1) Arnoux, Etude historique sur les bains thermaux de Digne, 1886.
(2) Docteur Francus, Voyage aux pays volcaniques du Vivarais, 1878.
(3) Morin, Notice historique et thérapeutique sur les eaux minérales et
thermales de Neyrac, 1868.
(4) Abbé Bousquet, Anciennes abbayes de l'ordre de Citeaux dans le
Rouergue. Mémoires de la Société des lettres, sciences\et arts de l’Aveyron,
t. IX.
144
LA GAULE THERMALE
l'abbé de Cluny les bains situés dans le voisinage de son châ-
teau, à charge d’entretenir cinq religieux de son ordre au
prieuré de Saint-Nazaire et d’y faire aumône générale trois
lois par semaine.
Il existait au Vernet un édifice thermal voûté, dont la cons-
truction est attribuée au douzième ou au treizième siècle. Au
meme lieu, en 1309, Guillaume de Novelles reçoit l’autorisa-
tion de construire des bains dans la maison qu’il possède au
Vernet, près des bains de ce lieu, et de recevoir une source
chaude qui est hors des grands hains (1).
Les bains de Bagnères-de-Bigorre étaient soumis, en 1317,
à un règlement de police municipale, édictant des peines contre
ceux qui salissaient l’eau (2), on molestaient les baigneurs.
Au Yieux-Barèges, d’après le Guide Joanne, on voit encore
de sombres piscines, construites probablement au moyen âge.
Les bains de Cauterets sont mentionnés dans une charte de
943, par laquelle le comte Raymond donne à l’abbaye de
Saint-Savin « la vallée de Cauterets, à condition que les moines
y élèvent une église à saint Martin et y conservent toujours
des cabanes convenables pour les baigneurs (3). » Reveil (4)
signale l’ancien Bain de César, « qui se rapporte par son
ordonnance et sa construction à la fin du treizième siècle,
(1) Cros, le Monument thermal du Vernet. Mémoires de la Société ar-
chéologique du Midi de la France, t. IV.
(2) Le souci d’éviter la pollution des eaux des piscines est certain au
moyen âge. Il nous semble bien apparaître dans la légende des eaux de
Vichy. Une tradition constante dans le pays plaçait les eaux et les bains,
aux temps anciens, non loin de Rongères, près de Varennes-sur-Allier,
où l’on a découvert, près d’une source, de vastes piscines cimentées,
des tuyaux et de nombreuses antiquités. D’après la légende, il y eut là
des sources chaudes, sous la protection d’une fée blanche, qui avait
défendu formellement qu’aucune femme y lavât son linge particulier. Un
jour, au temps des Gaulois, la fée planant au-dessus des sources aperçut
une femme qui lavait du linge maculé dans la grande piscine. Irritée, la
fée enleva aussitôt les sources chaudes et les transporta à Vichy, où
elles n’ont pas cessé de couler depuis lors.
Ne peut-on pas voir dans cette légende comme cm reflet du soin pris
par nos ancêtres de préserver les eaux des sources thermales de tout
contact pouvant les contaminer ?
(3) Docteur Miqitel-Dalton, Cauterets dans le passé, 1890.
(4) Analyse chimique des eaux de Cauterets. Annales de la Société d’hydro-
hgie médicale de Paris, t. VI, 1859-1800.
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES 145
r
époque à laquelle un grand nombre de maladreries furent
fondées près des sources minérales. »
La Cosmographie de Qazwînî, auteur arabe du treizième
siècle, parlait en ces termes des eaux de Dax, auquel il donne
le nom de Efsch : « Il y a là une source chaude, très riche en
eau, sur laquelle est bâtie une maison avec une cour spacieuse.
Dans cette maison les habitants prennent des bains chauds,
mais en se tenant assez loin de la source chaude, par crainte
de la haute température de l’eau qui sort de la source
chaude (1). »
A Rennes-les-Bains, des séries monétaires du moyen âge
semblent établir que les bains ne cessèrent pas d’être fré-
quentés pendant cette période (2).
En Savoie, à l’Échaillon, une charte de 1344 prouve l’exis-
tence à cette époque d’un établissement de bains.
A Uriage, d’après Guétard (3), il y avait, au quatorzième
siècle, une source d’eau minérale et des bâtiments construits
par les Romains, que le seigneur du lieu fit démolir pour se
soustraire aux visites onéreuses des baigneurs.
Nous connaissons par le roman de Flamenca, écrit au trei-
zième siècle, la vie qu’on menait à cette époque à Bourbon-
l’ Archambault, où il y avait « des établissements où tous,
gens du pays et étrangers, pouvaient prendre les bains très
confortablement. Pas de boiteux ni d’éclopé qui ne s’en
retournât guéri, s’il n’abrégeait pas trop son séjour. On
pouvait se baigner quand on voulait dès que l’on avait fait
marché avec le patron d’un hôtel concessionnaire^des sources.
Dans chaque bain jaillissaient de l’eau chaude et de l’eau
froide. Chacun était clos et couvert comme une' maison, et il
s’y trouvait des chambres tranquilles où on pouvait se reposer
et se rafraîchir à son plaisir (4). »
(1) C. Jullian, Notes sur V Aquitaine.
(2) Mémoires de la Société des Antiquaires, t. III, 1821, p. 56 et suiv.
(3) Minéralogie du Dauphiné, 1779.
(4) Langlois, la Société française au treizième siècle d’après dix romans
d’aventure. Sur Flamenca, p. 130 à 185. — Chambon, Bourbon au moyen
âge. Quinzaine bourbonnaise, t. VI, 1897, p. 12 à 17.
10
146
LA GA U LL THERMALE
A Luxeuil, l’existence des bains au quinzième siècle est
prouvée par différents titres conservés aux archives de la
ville (1).
A Plombières, un fragment de la chronique manuscrite des
dominicains de Colmar porte qu’en 1292, le duc Ferri 111 * fit
construire un château à Plumers, au-dessus des bains, pour
protéger les baigneurs contre les méchantes gens » (2).
J’arrête ici ces citations, déjà trop longues, et qui pour-
raient être multipliées sans doute pour d’autres stations. Il en
résulte que l’usage des bains, en général, et celui des eaux
thermales en particulier, ne fut pas, au moyen âge, aussi
abandonné qu’on l’a dit bien souvent (3), et qu’il est bon de
n’accueillir que sous de prudentes réserves les phrases à effet
comme : « Mille ans et pas un bain ! » ou des assertions
comme celle de Bordeu, parlant de l’abandon des cures ther-
males au moyen âge, alors, dit-il, que l’esprit était ailleurs et
que la magie, les songes et l’astrologie judiciaire formaient le
fond des connaissances médicales (4).
(1) Dey, Mémoires pour servir à l’histoire de 'la ville de Luxeuil. Mé-
moires de la commission d’archéologie de la Haute-Saône, t. IV.
(2) Haumonté, Plombières ancien et moderne. Édition refondue par
J. Parisot, 1905.
(3) Enlart, Manuel d’archéologie française, t. II. Architecture civile
et militaire, p. 86 : « Parmi les nombreuses traditions romaines que les
barbares furent heureux d’accepter et que le moyen âge tenait à perpé-
tuer, il faut compter l’usage, sinon quotidien, au moins hebdomadaire,
des bains, tels que les Turcs ont continué de le pratiquer. Rien n’est
plus faux et plus injuste que de juger, comme on l’a souvent. fait, le
moyen âge, d’api'ès la période qui nous sépare de lui ; en cette matière,
spécialement, rien ne ressemble moins aux habitudes du treizième et du
quatorzième siècles, que la malpropreté dégradante du dix-septième
siècle. »
De même, Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture fran-
çaise, termine ainsi l’article Étuve : « De toutes les citations qui précè-
dent on peut conclure ceci : que pendant le moyen âge, l’usage des
bains, comme on les prend aujourd’hui, était fort répandu; qu’il exis-
tait des établissements publics de bains dans lesquels on trouvait des
étuves, tout ce qui tient à la toilette; que dans les châteaux etles grands
hôtels il y avait des salles affectées aux bains, presque toujours dans le
voisinage des chambres à coucher. »
(4) J’emprunte aux Mémoires de la Société Èduenne, t. XXX, 1902, une
intéressante note sur des étuves du moyen âge et leurs rapports avec
les établissements romains similaires : « M. Garnier ( Etuves dijonnaises,
GÉOGRAPHIE DES STATIONS THERMALES
147
Dijon, Jobard, 1867) a pu montrer que les étuves du moyen âge, aussi
fréquentées que les anciens thermes, et qui ne s’annonçaient extérieure-
ment que par une auge en pierre, étaient loin de présenter la complica-
tion et le confort des bains l'omains.
« Elle comportait généralement un rez-de-chaussée sur cave, un étage
et des greniers dessus. Dans la cave, qui remplaçait l’hypocauste an-
tique, se trouvaient deux fours ou fourneaux bâtis en briques et ciment,
dont le massif traversait la voûte et ne dépassait point le niveau du rez-
de-chaussée. Ce rez-de-chaussée était ordinairement divisé en deux grandes
pièces avec mie antichambre commune.
« La salle de bains se composait d’une grande piscine en bois qui rap-
pelait plutôt le labrum que Yoceanum des anciens. L’eau chaude puisée
dans la chaudière placée à l’extrémité de la salle, et l’eau froide y étaient
amenées par des corps en bois. Autour de la pièce, et quand les locaux
le permettaient, il y avait encore des baignoires aussi en bois destinées
aux personnes riches ou malades.
« La salle des étuves proprement dites rappelait davantage le laconicon.
Au lieu de supporter une chaudière ouverte comme dans la salle précé-
dente, le massif de maçonnerie, je dirai presque le poêle, se terminait en
coupole, percé de trous au travers desquels s’échappait l’air chaud. Des
sièges et des gradins s’élevaient autour du massif et permettaient aux bai-
gneurs de s’exposer, comme ils le voulaient, aux effets de la chaleur. »
TROISIEME PARTIE
LE CULTE DES SOURCES THERMALES
ET MÉDICINALES
CHAPITRE PREMIER
I. Le culte des eaux chez les Gaulois et chez les Romains. — II. Sources
sacrées.
I
La vénération religieuse dont, aux temps .anciens, étaient
entourées les eaux thermales, les cultes qui avaient pris nais-
sance autour d’elles, ainsi que les divers modes d’offrandes
par lesquels se traduisait la reconnaissance des malades
envers les dieux guérisseurs, présentent des sujets d’étude
particulièrement intéressants, surtout au point de vue archéo-
logique, mais, par certains côtés aussi, au point de vue
médical. L’antiquité avait créé autour des sources un véritable
Olympe, où se coudoyaient grandes divinités et petits génies
locaux, toutes divinités sur lesquelles les inscriptions recueil-
lies en grand nombre autour des anciennes stations thermales
ou minérales nous fournissent des renseignements assez com-
plets.
Dès qu’un premier instinct, un obscur sentiment religieux
150
LA GAULE THERMALE
s’éleva dans l’esprit de nos lointains ancêtres, ce fut vers les
forces de la nature, avec qui les hommes primitifs vivaient en
perpétuel contact, que s’orientèrent les premières croyances.
Les montagnes formaient autour d’eux des obstacles à peu près
infranchissables ; les nuées et les orages s’y rassemblaient ;
les éboulements et les avalanches sillonnaient leurs flancs ;
mais leurs escarpements et les grottes creusées dans leurs
flancs offraient des abris, des postes d’observation et de sûres
retraites en cas de danger. La vaste profondeur des forêts, où
l’on pouvait marcher de longs jours sans sortir de l’ombre
des arbres, les remplissait d’une terreur secrète; mais ils
trouvaient là les matériaux nécessaires pour élever de rudi-
mentaires cabanes, alimenter le feu qui cuisait leurs aliments
et écartait les bêtes rôdeuses, ainsi que l’inépuisable réserve de
gibier indispensable aux besoins de leur vie. Les eaux rou-
laient, sauvages et furibondes, au fond des profondes vallées,
empiétant souvent par leurs inondations sur le domaine de
l’homme primitif ; mais il avait rapidement compris l’impor-
tance de cet élément pour tous les besoins de la vie ; il avait
reconnu, en se risquant sur le premier embryon de pirogue, les
avantages de ce chemin qui marchait, et il avait trouvé, en s’iso-
lant au milieu de ces eaux, l’abri le plus sûr contre les dangers
qui l’assaillaient chaque jour.
Ces deux sentiments : la crainte et la reconnaissance, à
l’égard des forces naturelles furent les facteurs principaux
d’où découlèrent les premiers cultes. D’abord grossières, et
directement appliquées aux objets mêmes qui se trouvaient
sous les yeux, ces idées se synthétisèrent avec le temps et les
progrès de l’esprit humain et firent place à la notion plus
large et plus élevée d’êtres supérieurs présidant à un ensemble
de ces forces, comme les eaux, les forêts et les montagnes, ou
dominant les phénomènes physiques comme la lumière, le
tonnerre et les vents. Mais, à côté de ces conceptions
abstraites, demeura toujours le culte particulier du Génie
attribué à chaque source, chaque bois, chaque mont. L’esprit
des simples, toujours réfractaire aux idées générales, allait
151
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
avec plus de confiance à cette divinité familière, qu il sentait
plus près de lui et plus accessible, et c’est ainsi que prirent
naissance, a côté de la religion officielle, ces superstitions
locales, ces naïves croyances, dont les traces subsistent encore
si nombreuses de nos jours.
En Gaule, le culte des eaux, le seul dont nous ayons à nous
occuper particulièrement, formait, avant la conquête romaine,
un des éléments principaux de la religion populaire '(1). « Ce
culte, dit A. Bertrand, comme celui des pierres, est pré-drui-
dique, s’il n’est pas pré-celtique. Il est le produit de la race.
Les pratiques superstitieuses qui en constituent le fond étaient
déjà des survivances au temps des druides (2). » Les sources,
les fleuves, les étangs étaient divinisés, et l’hommage à la
divinité protectrice se rendait en jetant au fond des eaux des
pièces de monnaie ou des objets plus ou moins précieux.
Strabon (3) parle des quantités d’or et d’argent qui furent
trouvées dans les lacs ou étangs sacrés situés aux environs de
Toulouse, et les découvertes faites près de nombre de sources,
dans le lit de certains fleuves et dans la tourbe d’anciens
marais desséchés ont permis de constater combien cette pra-
tique était répandue dans toute l’étendue de la Gaule.
Les sources thermales surtout étaient toutes désignées
pour devenir l’objet d’un culte particulier. La vapeur qui s’en
élevait, l’odeur caractéristique et la chaleur de leurs eaux
furent autant de circonstances qui durent impressionner
vivement les hommes dès les premières époques. Si l’on admet,
en outre, que le hasard ou l’heureux succès d’une tentative
empirique purent révéler l’efficacité médicale de ces eaux,
(1) « Les Gaulois adoraient les forces de la nature, conçues comme au-
tant d’êtres animés, conscients, et dont on se conciliait la faveur par cer-
tains rites et certaines formules. Ces divinités étaient ou topiques, c’est-
à-dire attachées à un lieu déterminé, ou communes à la Gaule entière ou
à une région de la Gaule. Très souvent elles ôtaient l’un et l’autre à la
fois, car un dieu topique pouvait étendre le cercle de ses fidèles, grâce à
la célébrité d’un de ses sanctuaires, et, inversement, un grand dieu pou-
vait, par la même raison, affecter un caractère local. » La visse, His-
toire de France, t. I, 2e partie, p. 47.
(2) A. Bertrand, la Religion des Gaulois.
(3) Géographie, liv. IV, chap. i, 13.
452
LA GAULE THERMALE
voici un nouveau et puissant motif de placer auprès de la
source salutaire une divinité amie et bienfaisante, dont la
main délivrait des étreintes du mal ceux qui venaient confiants
implorer son secours.
Dans le domaine spécial du culte des eaux, Romains et
Gaulois se rencontrèrent sur un terrain commun. Nous savons
de façon certaine que la religion romaine entourait de véné-
ration les rivières et les sources ; qu’elle les consacrait en éle-
vant sur leurs rives des autels ou des temples, et que, de
même que chez les Gaulois, leurs ondes recevaient des mains
des pèlerins des dons et des offrandes. Parmi les textes qui
font allusion à cette dévotion particulière, nous nous borne-
rons à citer les deux suivants, qui nous intéressent plus direc-
tement comme s’appliquant d’une façon précise aux sources
thermales : « On a de la vénération, dit Sénèque, pour la
source des grands fleuves ; on dresse des autels à l’endroit où
certaines rivières sortent subitement de terre ; on rend un
culte aux fontaines d’eau chaude (1). » Et Pline dit en par-
lant des eaux minérales : « Elles augmentent sous des noms
variés le nombre des dieux et fondent des villes, comme
Pouzzoles en Campanie, etc. (2). »
Lorsque la conquête fut un fait accompli et que Rome com-
mença à imposer son organisation à la Gaule, elle ne ren-
contra pas une bien vive résistance dans le domaine religieux.
Si le culte druidique, peut-être à cause de certains rites, mais
surtout à raison de son caractère politique et nationaliste,
fut vivement traqué et dût disparaître peu à peu de notre
pays, il n’en fut pas de même du fond même de la religion.
D’une manière générale, les Romains respectaient les cultes
des peuples vaincus et ne cherchaient pas à leur imposer par
la force leurs propres croyances. Il en fut ainsi particulière-
(1) Sénèque, Epist. XLI : Mngnorum fluminum capita venernmur ; soit ta
ex addito vasti amnis eruptio aras habet; coluntur aquarum calentium
fontes.
(2) Pline, Hist. nat., t. XXXI, .2 : Augeni numerum deonnn nomi-
nibus variis, urbesqiie condunt, sicut Puteolos in Campaiiia , Stalyellas in
lÀguria, Sextias in Narbonensi provincia.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 15»
ment en Gaule, où la similitude qui existait à l’avance entre
certains dieux de l’Olympe latin et les principales divinités
du polythéisme gaulois amena des rapprochements immédiats
et permit une fusion rapide.
Dans un passage célèbre et bien souvent cité, César signale
déjà cette analogie en ces termes : « Mercure est de tous les
dieux celui qu’ils (les Gaulois) vénèrent le plus ; ses statues
sont très nombreuses ; ils le regardent comme l’inventeur de
tous les arts, comme la divinité qui préside aux voyages et
aux routes, et ils pensent qu’il exerce une très grande influence
sur le gain et le commerce. Les dieux qu’ils adorent après lui
sont Apollon, Mars, Jupiter et Minerve, et ils en ont à peu près
la même idée que les autres peuples : Apollon guérit les mala-
dies, Minerve initie les hommes aux travaux et aux arts,
Jupiter gouverne le ciel. Mars préside à la guerre (1). » Il est
bien évident que César procède ici par une sorte de compa-
raison et que les Gaulois n’adoraient pas les dieux qu’il cite
sous leurs noms romains. Nous ne savons pas très exactement,
d’autre part, à quelles divinités gauloises correspondaient ces
habitants de l’Olympe romain, mais la similitude entre leurs
attributions respectives ne peut faire aucun doute.
Il n’y eut pas absorption des cultes anciens par la religion
nouvelle. Les dieux romains venant se juxtaposer aux divi-
nités indigènes, vivre côte à côte avec elles, il se produisit
alors, dans le monde spécial des divinités des sources comme
dans tout l’ensemble de la religion gauloise en général, une
sorte de fusion, de transformation particulière, à laquelle
Tacite, parlant de certains dieux de la Germanie, donnait le
nom d ’ interprétât io romana (2).
Cette coexistence des deux religions est clairement révélée
(1) De Bello gallico, Iiv. VI, 17.
(2) Tacite, Mœurs des Germains, XLIII : Apud Naliaroalos antiquœ
religionis lucus ostenditur. Prœsidet sacerdos muliebri ornatu, sed deos
interpretatione romana Castorem Polluçemque memoranl. — Les diverses
modalités de- ce phénomène ont été très complètement étudiées par
Franciscus Richteh, De Deorum barbarorum interpretatione romana quœs-
tiones teleclœ. Halis Saxonum (Halle), 1906.
154
LA GAULE THERMALE
par les documents épigraphiques et les monuments figurés,
qui nous font saisir la pénétration des deux cultes l’un
par l’autre et la formation d’une sorte de polythéisme bigarré
dans lequel l’élément gaulois ou l’élément romain dut être
prépondérant, selon que la région avait subi complètement
l’empreinte du conquérant, ou conservé dans une certaine
mesure les traditions du temps de l’indépendance. C’est
ainsi que, dans certaines inscriptions, nous trouverons invo-
quées seules des divinités dont les noms décèlent l’origine
celtique ou ibérienne ; d’autres nous présenteront, au contraire,
des dieux du Panthéon romain sans aucune association. Fré-
quemment, les noms des dieux latins seront associés à ceux
des divinités gauloises, ou bien accompagnés d’une épithète
qui leur enlèvera leur caractère purement romain pour en
faire des sortes de dieux autochtones, ou les attachera, par
une désignation toponymique, à un lieu déterminé dont ils
deviendront les protecteurs particuliers, les dieux topiques (1 ).
Nous pouvons faire des constatations du même genre dans
le domaine des représentations figurées. Parmi les innombra-
bles sculptures que nous a laissées la Gaule romaine, se ren-
contrent des images de divinités directement inspirées par la
mythologie romaine, effigies classiques des dieux de l’Olympe
latin, et des représentations de dieux gaulois, sous leur forme
absolument originale, ou bien habillés à la romaine, et ne
rappelant leur origine locale que par quelque emblème parti-
culier, la roue, par exemple, placée à côté du Jupiter gaulois.
Quelquefois aussi les figures étranges de la mythologie gau-
loise se juxtaposent, sur le même monument, à des types
connus de l’iconographie classique. Sur un autel à quatre
faces, découvert en 1714 dans des fouilles pratiquées à Paris,
sous le chœur de Notre-Dame, sont représentés : Jovis, Jupiter,
le dieu du ciel, et Vulcanus, Yulcain, le dieu des forgerons,
ainsi qu’un dieu Esus, figuré par un bûcheron occupé à abattre
(1) « Plus on étudie le Panthéon gallo-romain, dit M. S. Reinach, plus
on se convainc de sa complexité, du caractère local de ses désignations
et de ses types. »
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 155
un arbre et un taureau qui porte trois grues Tarnos Tri ga-
rantis.
Un autre exemple frappant de dieu gaulois associé à deux
divinités de type romain est un bas-relief trouvé à Reims, en
1837, présentant, au centre, un dieu essentiellement gaulois, le
dieu cornu Cernunnos, assis, les jambes croisées, et ayant à
sa droite et à sa gauche Apollon et Mercure, caractérisés par
leurs attributs habituels : la lyre, le caducée, la bourse et le
pétase (1).
On rencontre assez fréquemment en Gaule des inscriptions
portant les noms d’un dieu et d’une divinité féminine, une
parèdre, qui devait partager les attributions de son compa-
gnon, ainsi que des monuments figurés présentant leur double
image. Nous verrons, notamment, au cours de notre étude sur
les divinités des sources thermales, plusieurs exemples d’asso-
ciations de ce genre. Quel pouvait en être le caractère exact?
Faut-il y voir simplement la juxtaposition de deux êtres
divins ayant un même caractère et des fonctions semblables ?
Ne doit-on pas, au contraire, la considérer comme la réunion
de deux divinités se complétant l’une par l’autre, et devant
nécessairement être réunies dans le but d’une action com-
mune? « Peu de monuments, dit à ce sujet M. Flouest (2),
attestent mieux l’existence, dans les croyances religieuses de
l’ancienne Gaule, d’un androgynisme inclinant à n’admettre
comme intégrale et parfaite la personnification d’une fonction
divine que par la juxtaposition de deux divinités apparte-
nant chacune à un sexe différent. Le nombre de monuments
(autels, piles, stèles de laraire en pierre ou en terre cuite),
montrant, à titre de parèdre, une divinité féminine de même
plan et de même essence que le dieu qu’elle accoste est
aujourd’hui considérable. »
(1) Le premier de ces monuments est conservé à Paris, au palais des
Thermes; le second, au musée de Reims. Leurs moulages figurent au
musée de sculpture comparée du Trocadéro, n°» 3 A et 5 A du catalogue
de 1900.
(2) Ijp Dieu gaulois au maillet sur les autels à quatre faces. Revue ar-
chéologique, 3e série, t. XV, janvier-juin 1890.
156
LA GAULE THERMALE
Autour des sources thermales, dans le domaine particulier
qui nous occupe et parmi les puissances protectrices révélées
par les inscriptions que nous allons examiner plus complète-
ment tout à l’heure, apparaissent des divinités d’un caractère
nettement médical, comme Esculape, llygie et Apollon, dont
le texte de César nous a fait connaître les attributions à cet
égard, d’après les croyances gauloises.
Vénus était adorée à la Fontaine de la Herse, dans la forêt
de Bellême, et les nombreuses statuettes qui la représentent,
trouvées dans diverses stations, notamment à Vichy et à
Néris, établissent la vénération dont elle devait y être
entourée.
Diane avait sa statue dans plusieurs stations thermales, no-
tamment à Néris et à Badenweiler, dans la Forêt-Noire, et
nous possédons un ex-voto que lui avait consacré à Vichy un
groupe d’adorateurs : Dianenses. Peut-être pourrait-on égale-
ment rattacher à son culte les temples bâtis dans certaines
stations 'thermales (Luxeuil, Desaignes, Aix-les-Bains), mais
les attributions de ces édifices au culte de cette déesse sont
trop problématiques pour qu’on puisse en inférer des conclu-
sions sérieuses.
Mercure, soit seul, soit associé à d’autres divinités, a dû,
parmi les multiples attributions dont il était investi chez les
Gaulois, être invoqué comme une puissance secourable
aux malades et aux convalescents. Outre les nombreux mo-
numents épigraphiques £sur lesquels figure son nom et qui
ont été trouvés près des sources, l’inscription suivante décou-
verte en 1821, à Sion (Meurthe), semble bien lui reconnaître
ce rôle protecteur,, en l’invoquant pro sainte :
DEO MERCVRiO
ET RO MERTAE
CARÀN VS SACRI
RRO SALUTE VRBI
CI- FIL- V- S- L- M
Hercule
était vénéré au Mont-Dore,
et nous
savons, d’autre
SOURCES THERMALES ET MEDICINALES
157
part, que de nombreuses sources chaudes lui étaient consacrées
dans l’antiquité. Strabon nous le dit formellement des sources
des Thermopyles : « Ce passage est connu sous le nom de
Thermopyles, à cause des sources chaudes qui se trouvent aux
environs et que les populations vénèrent comme étant consa-
crées à Hercule (1). » Cette consécration est attestée encore
par inscriptions assez nombreuses, entre autres celle-ci, rap-
portée par Greppo ( op . cit., p. 6) d’après Orelli : herculi. genio
| LOCI- FONTIBVS | CALIDIS- CALPVR | NIVS- IVLIANVS | V- C- LEG-
LEG- V* MAC | LEG- ÀVG- PR- PR- MOES | V- L. S, OÙ 110US VOyOllS
le nom du Dieu associé aux Fontaines chaudes.
Plusieurs inscriptions sont consacrées à Jupiter. A Vichy et
à Cadéac-les-Bains, le nom du dieu est accompagné d’un sur-
nom.
Quelques inscriptions où nous lisons le nom de Neptune ne
sont probablement pas sans rapport avec le culte qui lui était
rendu comme maître des eaux, et Mars, qui apparaît dans
quatre monuments épigraphiques, fut sans doute le dieu
favori de quelques-uns des nombreux légionnaires qui venaient
retremper leurs forces ou soigner leurs blessures dans les
ondes des sources salutaires.
Certaines sources étaient sous la protection de divinités
collectives, au premier rang desquelles sont les Nymphes, les
déesses classiques des cours d’eau. A côté de celles-ci, nous
trouvons les Matres, les Dominæ, les Junones, divinités pro-
tectrices dont le rôle salutaire était tout indiqué auprès des
sources thermales, esprits familiers et bienfaisants dont la
conception traversera les siècles et revivra dans les croyances
populaires sous les traits des Fées et des Bonnes-Dames du
moyen âge.
Enfin, le groupe le plus original et par cela même le plus
intéressant de ces patrons des fontaines, comprend ces dieux
locaux, d’origine peut-être très ancienne et antérieure môme
A 1 époque gauloise, que nous retrouvons avec leurs noms
(1) Géographie, liv. IX, chap. iv, 13. Traduction Tardieu , t. II, p. 265.
-158
LA GAULE THERMALE
latinisés ou gardant encore leur physionomie barbare (1).
Nous avons là les vrais dieux topiques, protecteurs attitrés
d’une source ou d’un ensemble de sources, avec lesquelles
leur relation est indiscutable. Ce ne sont plus, comme précé-
demment, des dieux à vastes attributions, vénérés dans toute
l’étendue de la Gaule, auxquels un caractère spécial ou une
dévotion particulière faisaient attribuer une influence protec-
trice sur une source quelconque ou sur les eaux thermales en
général. Ce sont les Génies dont l’empire restreint ne dépasse
guère les bornes de la vallée où s’épanche l’onde salutaire, les
dieux intimes, nés avec les eaux auxquelles ils donnent
parfois leur nom et qui tomberont dans l’oubli si le cours
vient à s’en tarir et la source bienfaisante à disparaître.
Parmi ces divinités thermales, il en est, comme le dieu
Borvo ou la déesse Sirona, que nous retrouverons sur divers
points assez éloignés les uns des autres, ce qui leur donne un
caractère plus général, une sphère de rayonnement plus
étendue; mais, le plus souvent, cantonnées dans une région
très limitée, comme Nerius, à Néris, Lussoius à Luxeuil,
Ivaus à Évaux, elles conserveront un caractère tout à fait
marqué de protectrices purement locales.
II
L’esprit religieux des anciens, que ce soit sincérité ou
simple traditionalisme, semble n’avoir jamais isolé complète-
ment l’effet bienfaisant de l’eau curative de l’idée d’un être
(1) « Ceux-là (dieux des forêts, des rivières, des sources), il est vrai-
semble qu’ils sont, pour la plupart, d’origine préceltique, ligure, abori-
gène ou autre, comme on voudra, et que les Gaulois les ont trouvés et
adoptés en s’installant dans leurs nouveaux domaines Je ne puis
croire que ces noms de dieux, dont le nom ne me paraît pas gaulois, ne
soient pas des dieux topiques d’origine préceltique. » Jullian, Recherches
sur In religion gauloise. Bibliothèque des Universités du Midi, lasci-
cule VI, 1903.
#
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 159
«supérieur manifestant ainsi sa puissance protectrice. Je crois
qu’A. Bertrand a émis une proposition trop absolue en disant
dans sa Religion des Gaulois : « Dans les stations thermales,
l’eau thermale ou ferrugineuse guérissait, non le Dieu. Il s’y
faisait des cures, non des miracles. »
Peut-être cela était-il vrai pour quelques esprits éclairés,
pour les médecins qui avaient pu se rendre compte, grâce aux
traitements qu’ils instituaient, des effets obtenus par l’usage
de leurs eaux. Pour ceux-là, la vertu de la source résidait
dans le degré de thermalité ou la composition de ses eaux;
mais il semble bien que la masse du public conserva toujours
l’idée d’une intervention surnaturelle, qui la portait à con-
fondre dans une même vénération toutes les sources auprès
desquelles on se rendait pour obtenir des guérisons. Aussi,
autour des eaux sacrées et des sources médicinales, mêmes
rites, mêmes symboles religieux, mêmes offrandes et la simi-
litude des cultes rendus, ainsi que la ressemblance des objets
recueillis à titre d’ex-voto, seront de nature à faire douter bien
souvent du caractère précis, purement religieux ou médical,
que les anciens attachaient à telle ou telle fontaine.
Une étude tant soit peu complète de ces sources sacrées,
qui étaient légion sur notre sol, nous entraînerait beaucoup
trop loin et excéderait les limites de notre sujet. Nous nous
bornerons à en citer quelques-unes, à titre d’exemples de la
similitude que nous venons de signaler.
A peu de distance d’Orléans, des travaux exécutés vers
1823 pour amener à cette ville les eaux d’un source, dite Fon-
taine de l’Etuvée, amenèrent la découverte de traces évidentes
d’un captage antique (1). L’eau était reçue dans un puisard
en fortes pièces de charpente, posées à angle droit les unes
au-dessus des autres et entaillées à mi-bois. On trouva encore
un grand bassin de* forme carrée, dont les parois étaient
formées de planches retenues par des pieux carrés, et des
(1) Joli, ois, Notes sur les nouvelles fouilles entreprises sur l'emplacement
de la Fontaine-de-V Éluvée. Annales de la Société royale des sciences,
belles-lettres et arts d'Orléans, t. VII, 1824.
160
LA GAULE THERMALE
restes de maçonnerie, qui semblèrent avoir servi de petit
canal pour l’écoulement des eaux. De nombreux débris de
poteries rouges ou grisâtres et de fragments de tuiles plates
ou courbes furent retirés des fouilles, ainsi que l’inscription
suivante, gravée sur pierre, qui nous a conservé le nom de la
déesse Acionna, qui devait être évidemment la divinité
topique sous l’invocation de laquelle était placée la source
antique :
A VG- ACIONNAE
SACRVM
ÇAPILLVS- ILLIO
. MARI- F- PORTICVM
CVM- SVIS- ORNA
MENTIS- V- S- L- M
II ne semble pas que l’eau de cette source ait jamais pré-
senté le moindre caractère minéral, bien que son nom de
Fontaine de l’Étuvée puisse faire croire cependant qu’elle
ait eu, peut-être à une époque dont on a perdu le sou-
venir, la dénomination seule étant restée, un certain degré de
thermalité.
A Massingy-lès-Vitteaux, dans la Côte-d’Or, les environs de
la source Saint-Cyr ont fourni un certain nombre d’ex-voto en
pierre et des médailles. Des fouilles, qui ne purent être
poussées très loin, permirent d’y reconnaître l’existence d’un
petit temple, qui aurait eu la forme d’un carré long, terminé
à i’une de ses extrémités par un hémicycle.
Le musée de Semur possède deux bas-relief y de facture
très grossière, représentant chacun un enfant, ayant au cou
la huila, et entouré de ses parents, qui proviennent des
environs d’une source voisine de Massingy, la fontaine de
Saint-Cassien, où l’on va encore aujourd’hui demander la
guérison des enfants malades (1).
Dans le même canton de Vitteaux, à Gissey-le-Yieil, des
(1) Notice sur la source de Massingy-lès-Vitteaux (avec planche). Bul-
letin de la Société des sciences historiques et naturelles de Semur,
3e année, 1866.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
161
découvertes successives mirent au jour une colonne en forme
de quadrilatère allongé, qui portait cette inscription :
a vg- SA
DEAE- ROSM
TAE
CNE- COM
INI VS CA
NDIDVS
LTAPRO
NIA AVI
TILLA
V- S- L- M
Ainsi qu’une statue de femme couchée, demi-nue, à’ chevelure
abondante, qui devait accompagner l’autel votif, et une
quantité de débris de constructions antiques, fragments de
mosaïques et tuyaux maçonnés, ayant dû appartenir à un
établissement balnéaire gallo-romain (1).
L’auteur de la découverte de la statue, M. Morelot, avait lu
le nom de Ja déesse : roscida matvta, et en avait fait une statue
et un autel dédiés à l’Aurore.
Dans une observation sur la notice en question, le secrétaire
de l’Académie de Dijon voyait avec raison dans l’autel et la
statue les restes d’une fontaine à laquelle on rendait des
honneurs divins. « La statue, couchée comme celle des
rivières et des fleuves, le lieu où elle se trouve, plein de
sources qui étaient encore, il y a un siècle, l’objet de supers-
titions populaires..., tout concourt à prouver que la déesse en
question (qu’il appelle Rosmita), est celle de la source sainte
de Gissey. »
Il est non moins certain que la divinité dont nous possédons
ainsi l’effigie est rosmerta, qui, nous le savons par son asso-
ciation avec Mercure et les vœux qu’on lui adressait pro
(1) Morelot, Notice sur un autel votif et sur la déesse Rosmitœ, trouvés
à Gissey-le- Vieil. Compte rendu des travaux de l’Académie des Sciences,
Arts et Belles-Lettres de Dijon, et Mémoires . .., 1843-1844.
11
162 LA GAULE THERMALE
sainte (1), devait occuper une certaine place dans le Panthéon
médical.
Dans l’ancien département de la Moselle, sur la ligne de
Thionville à Niederbronn, près du village de Merlebach, de
nombreux vestiges de constructions et des fragments de sculp-
tures, parmi lesquels une stèle consacrée à la déesse Dirona
ou Sirona (2), jonchaient le sol autour d’une source renom-
mée dans le pays pour la beauté de ses eaux et appelée la
Sainte-Fontaine.
Aux environs de Lunéville, la fontaine « qui se voit au pied
du bois de la futaye de Léomont » était l’objet d’un culte
qui, d’après les offrandes recueillies aux alentours, suppose
certainement un pouvoir guérisseur attribué aux vertus de
ses eaux. Au dire de Dom Calmet (3), on trouva, en creusant
aux alentours, de nombreuses médailles romaines, deux mé-
dailles en plomb représentant Diane, ainsi que de nombreuses
jambes d’airain et d’étain, dans lesquelles le savant religieux
n’hésitait pas à voir « des vœux de personnes qui croyaient
avoir reçu la santé de la déesse de la fontaine ou du bois sacré » .
Dans la Nièvre, à Mesves, village qui occupe l’emplacement
de l’ancienne station de Massava, sur la voie de Nevirnum
(Nevers) à Brivodurum (Briare), une inscription gravée en
magnifiques caractères du deuxième siècle sur une dalle de
1 m. 15 de long, nous a conservé le nom d’une divinité
topique : Clutonda (4) :
AVG SACR DEAE CLVTO fl
DAE- ET VICANIS MASAVENSIBU S
MEDIVS SACER MEDIANNI f
MVRVM INTER ARCVS DVOS C UÏYl
SVIS ORNAMENTIS D S D d
(1) Voir Inscription de Sion, p. 156.
(2) Voir p. 217.
(3) Dom Calmet, Notice de la Lorraine, t. I, et Dissertation sur les divi-
nités payennes adorées autrefois dans la Lorraine et dans d’autres pays
voisins, publiée dans le Bulletin de la Société philomathique vosgienne,
2e année, 1876.
(4) L. Rénier, Inscription récemment, découverte à Mesve. Revue archéo-
logique, nouvelle série, 6e année, 12e vol., 1865.
%
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 163
La déesse Clutonda (1), à laquelle était consacré ce petit
monument faisant partie, sans doute, de la décoration d’une
fontaine, était vraisemblablement la nymphe protectrice d’une
source, qui fut longtemps l’objet d’une grande dévotion dans
la contrée, et où l’on allait boire pour chercher la guérison
de la fièvre.
Dans les environs de Laneuveville-lès-Nancy, jaillissent des
sources qui jouissaient autrefois du privilège de guérir cer-
taines maladies. Des fouilles pratiquées autour du bassin de
l’une d’elles, la source de la Doumotte, ont fait découvrir un
grand nombre de tessons de vases et environ deux cents
monnaies de bronze, d’Auguste à Hadrien. Près de la source
de Sainte- Valdrée, située à peu de distance, on a trouvé
quatre bas-reliefs en pierre, sur l’un desquels on voyait
représenté, d’après Beaulieu (2), la déesse de la Santé, Hygie,
avec un serpent auquel elle tendait un objet de forme incer-
taine.
Nous arrêterons ici cette nomenclature, qui pourrait être
indéfiniment prolongée par des exemples pris dans toutes les
régions de la Gaule, et qui suffit à montrer, comme nous le
disions tout à l’heure, combien le caractère exact, médical
ou purement religieux, de certaines sources, peut être quel-
quefois difficile à discerner.
(1) Bulliot et Thiollier (la Mission et le culte de saint Martin, etc.) ont
signalé la trouvaille dans une grande ruine romaine, au champ de Rully,
d’une crotale en bronze portant sur la bande extérieure une inscription
en lettres pointillées :
LATVSSIO DEAE CLVTODIAE
mentionnant une divinité dont le nom semble rappeler singulièrement
celui de la protectrice de la fontaine de Mesves.
(2) De l’emplacement de la station romaine d’Andesina, 1849.
CHAPITRE II
I. Divinités adorées près des sources ou dans les stations thermales. —
II. Divinités latines ou étrangères. — III. Divinités honorées sous des
dénominations collectives. — IV. Divinités indigènes. — V. Résumé.
I
Après ce coup d’œil d’ensemble jeté sur la mythologie ther-
male gallo-romaine, nous allons étudier de plus près chacune
des divinités qui composent cet Olympe particulier, en deman-
dant surtout aux inscriptions trouvées dans le voisinage des
sources les indications qu’elles peuvent nous donner sur les
noms de ces dieux ou de ces déesses, leurs associations, leurs
vertus particulières et leurs sphères d’influence. Nous suivrons
dans cette étude l’ordre déjà esquissé dans les lignes qui pré-
cèdent, nous occupant d’abord des grands dieux de la religion
païenne, en tant qu’ils sont en rapport avec les sources médi-
cinales, puis les divinités adorées sous des dénominations
collectives et enfin les dieux particulièrement attachés aux
eaux thermales, et nous indiquerons) pour chacun de ces divins
protecteurs les lieux où ont été découverts les textes épigra-
phiques qui les mentionnent ou les objets votifs qui portent
leurs noms.
II
Apollon. — Nous savons qu’ Apollon n’était pas seulement
le dieu du jour, mais qu’il jouait encore un rôle important
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
165
j comme dieu guérisseur, dispensateur de la santé et de la vie.
Il est très probable que les anciens, devançant en cela la
; -science moderne, établissaient entre la lumière du soleil et
I certaines conditions de vitalité et d’hygiène, des rapports qui
! les avaient conduits à unir dans un meme culte la divinité qui
leur donnait la guérison et celle qui les inondait de ses
rayons. Il semble bien que sous le nom de Belenus ou avec
l’épithète de Grannus, Apollon était spécialement honoré
comme divinité secourable, dieu de la médecine et des sources
médicinales. Remarquons, cependant, qu’aucune de ces deux
épithètes ne figure sur les monuments épigraphiques trouvés
près de nos sources thermales ou minérales, qui doivent seuls,
étant donné le but de nos études, retenir notre attention.
Bourbon- Lancy :
SACRUM APOLLINI DICATUM
Wiesbaden : C. I. L., XIII, 2804.
IN- H- D- D
APOLLINI TOV
TIORIGI
L- MARINIVS
MARINIA
N VS- i) LEG VII
GEM ALEXAN
DRIANAE VO
/H COMPOS
Le nom du dieu est accompagné d’une épithète : Toutiorigi,
qui semble bien lui donner un caractère local.
Bourbonne :
DEO- APOL
UNI- RORVON
ET- DAMONAE
C- DAMINIVS
FEROX- CIVIS
LINGONVS- EX
VOTO
166
LA GAULE THERMALE
Le dieu est associé ici à Borvo et à Damona, que nous
retrouverons par la suite, et qui sont incontestablement des
divinités protectrices des sources thermales. L’existence de
Borvo comme dieu indépendant, ayant sa personnalité propre,
est assez nettement établie pour qu’on ne puisse pas lire,
comme on l’a proposé apollini borvoni, en faisant de ce second
mot une épithète au nom d’Apollon.
Luxeuil :
APOLLINI
ET SIRONAE
IDEM
TAVRVS (1)
Nierstein :
DEO APOLLINI
ET SIRONAE
IV LIA FRONTINA
V- S- L- M
Walsbronn :
D- APOL.... SIRO Æ ET NYMPHIS LOCI
CENTONIVS- L- DICAVIT EX VOTO
Dans ces trois inscriptions, Apollon est associé à une
parèdre, Sirona, qui nous occupera plus loin, et, clans la der-
nière, figurent aussi les Nymphes, dont le rôle auprès des
sources n’a pas besoin d’être commenté.
(1) Cette inscription figurait sur une des faces d’un petit autel, qui
porte sur ses trois autres faces des sculptures, dont l’une représente
un homme jeune, entièrement nu, la main droite élevée et tenant un
objet qui est peut-être un coutelas, et les deux autres chacune un per-
sonnage à barbe touffue, ceint d’une pièce d’étoffe descendant jusqu’aux
genoux.
D’après la teneur de l’inscription, « il nous paraît évident, ditM. Des-
jardins, que le Taurus qui a élevé ce petit autel à Sirona et à Apollon
en avait érigé un autre... Tous les noms de Taurus étaient gravés vrai-
semblablement sur le premier, et l’inscription que nous possédons fai-
sait suite à celle qui nous manque, conformément à un usage assez ré-
pandu, et dont il serait facile de citer de nombreux exemples. » Revue
archéologique, 15° année, lr0 partie, 1858. — Les Monuments des thermes
romains de Luxeuil. Bulletin monumental, 1879-1880.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 167
Source de Tônnistein :
APOLLINI ET
NIMPIS
VOLPINIS
CASSIVS
GRACILIS
VETERANVS
V- S- L- M
C. I. L., XIII, 7691.
Apollon est associé ici à des Nymphes, portant un surnom
probablement local : Volpinis. Le Corpus signale ensuite sous
le n° 7692, une inscription trouvée au meme’ lieu, dont la
première ligne parait se référer à Apollon.
Mercure. — Le nom de ce dieu est un de ceux qui se retrou-
vent le plus fréquemment auprès des sources thermales ou
minérales, soit seul, soit associé à d’autres divinités.
Aix-en-Provence :
Aix-les-Bains :
VSSIAE
ROS
MERCVRI
V- S- L- M
C. I. L., XII, 508 et 5771.
MERCVRIO
V- S- L- M
SEX- ANNIVS
C. VERVS
C. I. L., XII, 506.
MERCVRIO
V- S-
PRISCILLA
C. 1. L., XII, 507.
MERCVRIO
A VG
SEX APICIUS SUCCESSVS
EX VOT • • M
108
LA GAULE THERMALE
Niederbronn. — Dans le voisinage de Niederbronn, à peu de
distance de cette petite ville alsacienne célèbre par ses eaux
minérales, une inscription sculptée sur les lianes à pic d’une
roche, près des ruines de Wasenbourg, rappelle l’érection
d’un petit édifice en tuiles, ou couvert en tuiles, consacré à
Mercure :
DEO- MERCURIO* ATTEGI
AM- TEGVLATAM- COMP
OSITAM- SEVERINIVS
SATVLLINVS* C- T. EX- VO
TO- POSVIT. L. L. M.
Baden-Baden :
IN- H. D- D
DEO- MERCVR
ERCPRVSO
GENIO MERCVR
ALA/NI- IVL- AC //
N1VS- AVG- N ///
EX* V* S- L- L- M
Dans cette seconde inscription, Mercure porte le surnom
d ’Alaunus. De Ring (1) signale deux villes de la Gaule portant
l’une le nom d ’Alaunium, l’autre celui d ’Alauna, et il en tire la
conclusion que ce nom d’Alaunus aurait été donné au Mer-
cure badois par des colons gaulois sortis de ces villes.
Wiesbade. — A Wiesbade, Mercure se présente également
avec un surnom particulier, Cissonius, dans l’inscription sui-
vante :
MERCVRIO
C1SSONIO
A RAM
VTEVI. . . .
.... ICTO
(1) Mémoire sur les établissements romains du Rhin et du Danube, 1853.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 169
Le nom de Cissonius seul se retrouve dans une inscription
trouvée à Hohenburg, près de Ruppertsberg, figurant au
Corpus I L., xm, 6119.
Néris. — Ici, le dieu est associé aux Nymphes :
MERCVRIO MAGNO
ET NYMPHIS
Q- M- MIXICIVS
EX VOTO
Fontaine delà Herse. Sur une pierre du bassin de la Fon-
taine de la Herse, dans la forêt de Bellême, se lit l’inscription
suivante :
DUS INFERIS
VENERI
MARTI ET
MERCVRIO
SACRVM
Cette inscription, qui associe aux dieux infernaux Mercure,
Mars et Vénus, fut l’objet d’une dissertation, lue en 1717 à
à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, par Baudelot,
qui s’efforça de démontrer que ces trois dieux étaient des
divinités infernales : Vénus préside à l’Averne; Mars envoie
aux enfers des quantités de mortels ; Mercure conduit les âmes
à Caron.
Même interprétation dans un article de M. Roullier, dans le
journal le Nogenlais, du 22 août 1841 : « On la range (Vénus)
parmi les divinités infernales, parce qu’elle précipite l’homme
aux enfers par l’abus des plaisirs, tandis que Mars les peuple
de guerriers moissonnés par le sort des combats et que Mer-
cure se charge d’y conduire les âmes et de les ramener. » M. le
docteur .Jousset (1) avoue que la dédicace à nos trois dieux est
difficile à expliquer et peut donner lieu à une foule d’hypo-
(1) Documents historiques sur la Herse, située dans la forêt de fielléme.
Bulletin monumental, 1871, p. 171 et suiv.
170
LA GAULE THERMALE
thèses, mais il ne semble pas bien inspiré en traduisant dits
inferis par dieux inférieurs, dieux sylvains, naïades, auxquels
aurait été dédiée la fontaine. Quelle que soit l’explication qu’on
tente de donner à propos de cette association, la place occupée
par l’inscription ne permet guère de douter que les divinités qui
y sont mentionnées eussent une influence protectrice sur la
source voisine.
Mont-Dore. —
HERCULI- MERCVRIO
ET- SILVANO
SACRVM- ET
DIVO- PANTEO- EX- V
Dans cette inscription, connue depuis longtemps etplusieurs
fois citée, Mercure est associée à Hercule qui était, nous
l’avons dit plus haut, un des protecteurs des sources thermales,
et à Silvain qui, nous le verrons plus loin, devait être investi
de fonctions analogues. Dans le même texte se trouve men-
tionnée une divinité Panthée dont le culte a du évidemment
fournir le nom donné à l’édifice religieux situé près des
thermes anciens du Mont-Dore, et connu de temps immémo-
rial sous la dénomination de Panthéon.
Enfin, M. Sacaze (1) signale, à Saint-André-de-Suréda (Pyré-
nées-Orientales), qui possède une source minérale, un cippe
votif portant l’inscription mercvrio- avg.
Jupiter. — Trois inscriptions découvertes dans des stations
thermales nous fournissent le nom du Maître des Dieux,
accompagné d’un surnom local.
A Wieshaden, une inscription déjà citée (2) est dédiée par
les Vicani Aqueuses iovi- dolicoceno, dont ils avaient réparé le
temple qui tombait en ruines. Au même lieu une inscription
associe le Maître des Dieux à Junon :
(1) Revue de Comminges, 1886, p. 339 et suiv. Analyse de la thèse de
M. Mérimée.
(2) Voir p. 93.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
171
I- O- M- ET
IVNONI REG
IN HONOREM F
A Vichy sur une lamelle chargent votive, en forme de feuille
d’arbre, on lit, au-dessous cl’une image de Jupiter :
NVMINI- AVG DEO 10 VI SA
BASIO- G' IVL ■ CARAS
SOVNVS • V- S* L- M
Il y a là une mention du dieu phrygien Sabazius, dont le
culte fut introduit à Rome sous l’Empire (1).
A Cadéac-les-Bains, un cippe en marbre, trouvé dans les
murs de l’église, contient une dédicace au Jupiter romain,
très bon et très grand, au nom duquel est accolé le surnom à
forme barbare de Beisiris :
i- o- M
BEISIRISSI
M- VAL- POTE
N S- V- S- L- M
M. Sacaze (2) cite également une inscription i- o- m, qui
aurait été découverte sur un cippe votif, aux Escaldes, et, à
Propiac (Drôme), où sont exploitées deux sources minérales,
un autel avec base et couronnement, encastré dans la façade
d’un moulin, porte une dédicace ainsi conçue :
i- o- M
M- DOMITIUS
FESTUS
EX- VOTO (3)
Baden-Baden. —
i- o- m-
C. I, L., XIII, 6290.
Mars. — L’inscription de la Fontaine de la Herse rapportée
(1) Héron de Villefosse, Bulletin de la Société des Antiquaires, 1883. En
note, page 263.
(2) Sacaze, op. cit.
(3) Bulletin épigraphique de la Gaule, vol. 1, p. 276.
172
LA GAULE THERMALE
plus haut nous a montré Mars associé aux dieux infernaux,
à Vénus et à Mercure :
Baden-Baden. —
MARTIS
NYMPHE
, C. I.L. , XII, 6291.
Bagneres-de-Bigorre. —
MARTI
INVICTO
GAIVS
MINICIVS
POTITVS
Y- S- L- M
Vichy. — Inscription gravée au burin sur un anneau de
bronze, qui devait être suspendu comme objet votif au pied
d’une statue surmontant une colonne avec chapiteau. Les
mots sont séparés par des feuilles de lierre (heredœ) gravées
au pointillé. Sur l’une des faces de l’anneau, on lit :
NV (J) AGGÇp DECKj) MARTI Çp VOROCKK+) GAIOLUSÇp GAI / / / /
Sur l’autre face, les quatre lettres de la formule votive
gravées en croix :
w
Le surnom de Vorocius donné au dieu Mars semble en faire
le génie local, le dieu topique de la station inscrite sous le
nom de voroglo sur la Table de Peutinger, sur la voie de
Clermont à Autun, entre Ariolica et Aquæ Calidœ, station
identifiée avec le faubourg de A^ouroux, à AAarennes-sur-Allier,
localité voisine de Vichy, où l’on a découvert des antiquités
romaines (1).
Bouhy. — Deux inscriptions trouvées à Bouhy, canton de
(1) Héron de Villefosse, Bulletin de la Société des Antiquaires, 1883,
loc. cit.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 173
Saint- Aman d-en-Puisaye (Nièvre), mentionnent le dieu Mars,
une fois seul, l’autre fois associé avec une parèdre, la déesse
Duna.
1° Marti Bolvinni Cabinius? Se ver us donum dédit.
2° Augusto sacrum, Marti Bolvinno et Dunae C. Domitius Virilis
decurio pro sainte sua et Julii Tkalli Virilliani filius et Avitillœ
Aviti filiœ uxoris v. s. I. m.
Le nom de Bolvinnus ou Boloinnis ne semble pas s’appliquer
à un dieu particulier, invoqué à côté de Mars, mais etre sim-
plement un surnom local de ce dernier.
Il y a une liaison certaine entre ces dénominations et le
nom actuel du village de Bouhy. D’après Allmer, quia signalé
et étudié ces deux inscriptions (1) « le Dieu Bolvinnus paraît
apparenté étymologiquement au dieu thermal Borvo, l’r et 17
se substituant facilement l’une à l’autre. »
Vallée du Louron. — Signalons enfin un cippe découvert
dans la vallée du Louron, annexe de la vallée d’Aure, sur la
pente d’une ravine de la montagne deLoudenvielle, au bord
d’un petit plateau désigné sous le nom de Serrât de Peyra,
ainsi dédié :
MARTI
ARIXONI
ERIANOS
ERIONIS
A «
V- S- L- M
»
« Si l’on tient compte, dit M. Vaussenat, que le plateau de
Serrât de Peyra, où ces monuments ont été trouvés domine
(1) « Mars local est ordinairement, comme Hercule local, un dieu pro-
tecteur d’un territoire montueux ou forestier, difficile ou dangereux à
parcourir. Telle était sans doute la condition du pays dans lequel sont
situées les eaux de Bouhy; ainsi se justifierait l’exception qui fait ici de
Mars un dieu de fontaine. » Revue épigraphique, t. III. Les dieux de la
Gaule celtique.
Je dois ajouter que, d’après les renseignements que j’ai demandés dans
le pays, on n’y connaît aucune source minérale, mais que les eaux de
tout ce bassin contiennent une quantité notable de fer qui permet d’ad-
mettre qu’elles aient été utilisées autrefois dans un but médical.
174
LA GAULE THERMALE
d’abondantes sources thermales sulfureuses, ayant encore une
température de 46°, on trouvera tout naturel que d’impor-
tantes stations thermales aient pu s’y établir (1). »
Il est très vraisemblable également que le dieu Mars ait pu
être invoqué comme leur protecteur, associé au dieu local
Arixo, dont un autre cippe trouvé au même lieu porte le
nom (2), ou même confondu avec lui.
Mère des dieux. — L’inscription suivante, existant sur un
autel de marbre conservé au musée de Toulouse, et provenant
d’Alet, était dédiée à la Mère des Dieux, qui devait y posséder
un temple :
MATRI- DEVM
cn= pomp
PROBVS
CVRATOR- TEM
PLI- V- S- L- M
De même à Baden-Baden, où l’inscription suivante a été
trouvée :
MATRI DEVM
S- SEMPRONIVS
SATVRNINVS
COH- XXVI- VOL- C- R
V-S • L. M
C. I. L., XIII, 6292.
Vénus. — L’inscription de la Fontaine de la Herse nous a
déjà fait connaître le nom de Vénus comme divinité protec-
trice d’une fontaine. Une autre inscription, portant ce seul
mot : aphrodisivm, voisine de la première sur la paroi de la
même fontaine, sans avoir un sens qu’on puisse déterminer
(1) Les Gallo-Romains dans la vallée du Louron. Bulletin de la Société
Ramond, 15e année, 1880.
(2) ARIXO
DEO
V . S . L . M
SOURCES THERMALES ET MEDICINALES
175
exactement (d), autorise à supposer que l’influence de la déesse
était prépondérante en ce lieu. Nous verrons d’ailleurs,
lorsque nous nous occuperons des ex-voto et offrandes, que le
nombre des statuettes de Vénus trouvées dans certaines sta-
tions thermales ne permet pas de douter que cette déesse y
était l’objet d’un culte.
Hercule. — Nous ne trouvons son nom auprès des sources
médicinales que dans l’incription du Mont-Dore déjà rapportée,
mais nous savons que son rôle comme divinité thermale ne
peut être mis en doute.
Neptune. — Plombières. — Le Cabinet des médailles de la
Bibliothèque nationale conserve une petite plaque votive en
bronze, trouvée dans le lit du ruisseau de l’Eau-Gronne, et
qui porte l’inscription suivante :
DEAEO NEPTVN
TOVTISSIA
VESTINA
V- S- L. M
« Il n’est pas extraordinaire, dit dom Calmet à propos de ce
texte, qu’on invoque Neptune, dieu de la mer et des eaux,
dans un lieu dont les eaux font tout le mérite et toute la
richesse : mais il est rare qu’on l’invoque pour la guérison des
maladies (2) »
Baden-Baden. —
IN- H- D- D
D- NEPTVNN
CONTVBERNIO
NAVTARVM
CORNELIVS
ALIQVANDVS
D- S- D
(1) Greppo, op. cit., p. 284.
(2) Traité historique des eaux et bains de Plombières, de Bourbonne, de
Luxeuil et de Bains, par le R. P. dom Calmet, abbé de Senones,
MDCCXLVI1I
176
LA GAULE THERMALE
Balaruc. —
ITEM- TR IB- LEG- II
GEMELLI- PROC
NEPTVNO- ET- N..
La lecture Neptuno et Nymphis de la dernière ligne de ce
témoignage de reconnaissance d’un tribun militaire inconnu
est universellement admise, et l’association de Neptune aux
Nymphes dans un texte semblable, en un lieu renommé pour
ses eaux thermales, rend évident le caractère de divinité pro-
tectrice qui lui était attribué par le consécrateur.
Junon. — Nous avons vu cette déesse associée à Jupiter dans
une inscription de Wiesbaden.
Diane. — Un anneau de bronze trouvé à Vichy, présentant
très probablement un caractère votif, porte l’inscription sui-
vante, en lettres ponctuées, les mots séparés par des feuilles
de lierre :
ÇpDEAEÇp DIANA Çp AVGVSTORVMÇp SACRVM<+>
DIANENSESÇp DE SVOÇp DONAVERVNTÇp
Badenweiler . — A Badenweiler, dans le Grand-Duché de
Bade, au milieu des ruines de l’établissement thermal, on a
recueilli l’inscription suivante gravée sur! une base de statue :
IN- H- D- D-
DEANAE- AB
NOBAE- CASSIA
NVS • CASATI
V- S- L- L- M
ET- ATTIANVS
FRATER- F AL
CON- ET- CLARO
COS
L’épithète qui accompagne le nom de la déesse « abnoba » ,
est le nom même que Pline et Tacite donnent aux montagnes
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 177
de la Foret-Noire. Diane nous apparaît donc ici comme la
déesse tutélaire des monts et des forêts de cette région, qui
tirait elle-même son nom d’une divinité honorée par les pre-
miers habitants du pays, à laquelle les Romains associèrent
Diane, la protectrice des régions forestières, en les réunissant
toutes deux sous une même dénomination (1).
Niederbronn. — Le nom de Diane semble bien apparaître dans
le fragment d’inscription suivant déchiffré par M. Siffer sur
une pierre creusée en cuvette : di - ai - in- (2).
Baden-Baden. — Le nom de la déesse figure sur deux
fragments d’inscriptions :
DIANæ
C. I. L., XII, 6289.
Wiesbaden. —
DIANæ
ivs MA
C. I. L., XIII, 6288.
ANTONIA
T- PORCI RVFI
EGXX PPF L
TE- PORCIAE RVFIANAE
FILIAE- SV IANAE- MT
ACAE VOTO
SIGNVM- POSV
Diane porte ici le surnom de Mattiaca, du nom de la station
qu’elle couvrait de sa protection : Aqnœ Mattiacœ.
Esculape . — H ygie . — Il semble que ces divinités médicales par
excellence auraient dû avoir de nombreux dévots auprès des
sources bienfaisantes, et que les traces de leur culte devraient
s’y rencontrer en grand nombre. Nous ne pouvons cependant
(1) Le Corpus I. L. contient plusieurs inscriptions consacrées à la
déesse Abnoba seule, notamment : t. XIII, n08 6326, 6356 et 6357.
(2) Revue des Sociétés savantes des départements, 4° série, t. VI, 1867,
2e semestre.
12
478
LA GAULE THERMALE
en signaler qu’une, gravée sur une pierre au pied de la mon-
tagne du Godesberg, entre Bonn et Remagen, en un point où
existent encore aujourd’hui des sources thermales:
fortuni8
SALVATARIBU8
AESCVLAPIO- HYGIæ
Q* VENIDVS- RVFUS
MÀRIVS MAXIMU3
CALVINIANV8
le G- LEG- I* MI
LEG A VG PPpr
PROVINC- GIIICiæ
Cette inscription figure au Corpus I. L., XIII, pars II, fasc. II,
n° 7994, comme ayant été découverte in arce Godesberg. Il n’y
est fait aucune mention de sources thermales voisines du lieu
de la trouvaille. Du même lieu, provient une autre inscrip-
tion ( Corpus , eod. loc., n° 7995), dédiée matronis. Le nombre
des inscriptions consacrées à ces divinités est si grand dans
cette région des environs de Bonn qu’il semble difficile de
leur donner ici un caractère particulier, relié à l’existence
des sources thermales.
Minerve. — Le nom de Minerve apparaît en relation cer-
taine avec les sources, par son association avec les Nymphes,
dans une inscription de Baden-Baden, rapportée au Cornus
I L., XIII, 6295 :
MINER VAE
SACRVM
NYMPHEROS
» ... . *■ , - * .. * V ' » ' - j
plus trois lignes frustes où le Corpus lit :
v r! - ». J * V \ ‘ •
L. Lolli? Corti | prcef. coh. V \ spanorum.
Vulcain. — Nous ne trouvons le nom de ce dieu que sur une
. inscription tracée suruncippe découvert à Vènejcan-sur-Mont-
179
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
brun, au pied du Mont-Ventoux, dans le département de la
Drôme :
d e o
VOLKANO
SACRUM
VALERI
SEXTIA ET
ICCIVS- CRA
TION EX
IVS- SV
Silvain. — Le dieu Silvain figure sur deux inscriptions du
Mont-Dore : l’une, déjà rapportée, où il est associé à Hercule
et à Mercure ; l’autre, où il figure seul :
IVLIA* SEVE
RA- SIL VANN[0]
V- S- L- M
L’association de Silvain à deux divinités qui étaient certai-
nement honorées auprès des sources thermales, sa présence
dans un temple qui, nous le verrons, était partie intégrante
des thermes gallo-romains du Mont-Dore, suffiraient pour
établir le caractère de divinité médicale de ce dieu, s’il n’y
en avait pas des preuves plus démonstratives encore dans
une figure donnée par Spon. (Voir ci-dessous, p. 218), dans
laquelle Silvain est représenté avec Diane, Hercule et trois
Nymphes, ainsi que dans la disposition d’un temple dédié à
Esculape et à la Santé, découvert à Lambèse, auquel étaient
adjointes deux chapelles circulaires, dédiées à Jupiter (Jovi
ralenti) et à Silvain (1).
Isis. — A Baden, en Suisse, les anciennes Aquœ Helveticœ,
s’élevait un temple consacré à Isis, dont nous avons cité
plus haut ( Voir p. 91) l’inscription dédicatoire. Une statue
d’Isis, qui aurait été trouvée près des sources thermales
(1) Boissier, l’Afrique romaine, p. 114..
180
LA GAULE THERMALE
*
d’Encausse, un assez grand nombre de petits bronzes égyp-
tiens découverts à Aix-les-Bains, quelques statuettes où l’on a
voulu voir des représentations d’Isis, provenant notamment
de Néris et de Vichy, etc., peuvent inspirer l’idée d’un certain
culte rendu auprès des sources à la divinité orientale, peut-
être sous l’influence de médecins venus d’Égypte ou imbus des
traditions médicales et religieuses de ce pays (1).
Panteo. — L’habitude d’adorer ensemble tous les dieux et
toutes les déesses dans un temple commun amena la création
d’une abstraction contenant la totalité des dieux, qui prit le
nom de Pantheo, s’appliquant également à l’édifice voué à
cette sorte de culte collectif. Nous avons déjà vu l’inscription
du Mont-Dore, dans laquelle cette divinité Panthée est invoquée
avec Hercule, Mercure et Silvain.
III
Nymphes. — Au premier rang des divinités invoquées sous
une dénomination collective, apparaissent les Nymphes, dont
les attributions générales dans la religion romaine devaient
naturellement faire les protectrices attitrées de nombre de
sources médicinales (2). Aussi leurs noms se retrouvent-ils fré-
(1) Le caractère médical revêtu quelquefois par Isis semble bien évi-
dent dans l'inscription suivante, provenant de Grenoble :
AESCVLAPIO
SACRVM
M. COE CVS
ISIDIS AEDIT
où la déesse est associée au dieu médecin par excellence. Citée par Loys
du Bochat, Mémoires pour servir d’éclaircissements sur divers points de
l’histoire ancienne de la Suisse, d’après Chômer, Histoire du Dauphiné,
t. I, p. 240.
(2) « C’est principalement autour des sources thermales que se déve-
loppa et fleurit leur culte (des Nymphes). Bien plus encore qu’en Grèce,
abondent dans le monde romain les inscriptions votives aux Nymphes
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
181
quemment sur des inscriptions exhumées dans les stations
thermales, et c’est en ce qui concerne ces divinités que notre
moisson épigraphique sera le plus riche.
Les Fumades . — Les inscriptions dédicatoires aux Nymphes,
trouvées à la source des Fumades (Gard), présentent un
intérêt tout particulier, en ce que plusieurs d’entre elles
accompagnaient la représentation figurée de ces divinités (1).
Les monuments sur lesquels elles figurent ont la forme d’au-
tels carrés, de dimensions inégales, variant entre 0 m. 63 et
0 m. 17 de hauteur. ,
Au-dessous d’un grand bas-relief, représentant la déesse de
la source, surmontée des bustes nus de trois nymphes, on lit
l’inscription :
NYMP- QVINTINA- MAXIMI- F- V- S- L^M
Autre inscription, au-dessous de trois nymphes demi-nues
' sculptées en bas-relief :
NYMPH1S
CASVNIA QVINTINA V* S- L- M
Trois cippes offrent les inscriptions suivantes :
n/ym/l- ivl- ascanivs
V- S- / M
NYMPHIS
L- LVCRETI
VS- EVPEPRES
V S L M
NYMPHIS
LVCIA- G- FIL
AQVILINA
V- S- L- M
D autres fouilles ont amené la découverte de deux portions
incomplètes d’une inscription, où l’on a pu lire :
NYMPHIS AVGVSTIS
- guérisseuses : Nymphis medicis, salutaribus, salùtiferis Souvent, dans
les dédicaces, les Nymphes sont associées à quelcpie divinité supérieure
avec lesquelles elles ont quelques attributions communes, par exemple à
! Jupiter, considéré comme dieu de la nature physique; à Apollon, mé-
decin; à Diane, déesse des sources et des fontaines; à Sylvain, etc. » —
Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines.
V. Nymphæ.
(1) Voir p. 129.
182
LA GAULE THERMALE
' I
\
Bagnères-de-Luchon. — Les jthermes de Bagnères-de-Luchon
nous ont conservé toute une série de petits monuments épigra-
phiques dédiés aux Nymphes, la plupart en marbre blanc de
Saint-Béat, dont quelques-uns sont conservés à l’établissement
thermal et les autres dispersés dans les musées de Toulouse,
d’Auch, de Beauvais et dans des collections particulières.
NYMPHIS
NYMPHIS
AVG
CASSIA
SACRVM
TOVTA
A
SEGVSIAV
E
V- S- L* M
S
V S L M
NIMP
NYMPHIS
NIMPHIS
C- V- OPT
T: CLAVDIUS
AVG
T AT VS
RVFUS
VALERIA
V- S- L- M
V- S- L- M
HELLAS
•
V- S- L- M
NYMPIS
NYMP ///
NYMPHIS
LVCANVS
NANV / / /
C- RVFONIVS
ET*EROTIS
sacra//
DEXTER
V* S- L- M
rvtaen/
V- S- L- /
V- S- L- M
NIMPIS
NYMPHl/
NYM ////
MONTANA
EBELO
ANDEM //
MONTANl/
FABI
NAMRONI
V S* L- M
V S’ L- M
V\ S’ L- M
Bagnères-de-Bigorre. —
NYMPHIS
NYMPHIS
AVG
PRO- SALV
SAGRVM
' • v v i • ' .. > • .
TE- S VA' SE
VER- SERA
NVS* V S- L- M
:
183
SOURCES THERMALES
ET MÉDICINALES
Lez (Val d’Aran). —
<t , 4 *
NYMPHIS
NYMPHIS
PRO SALVTE
IVLIA
LEXEIAE
10 RT IF
V: S* L’ M
PVLINA
V- S- L- M
Ces deux inscriptions sont signalée par Edw. Barry, dans
une étude sur les Eaux thermales de Lez a l’époque romaine (1).
Artias (Val d’Aran). — M. Sacaze (2) a signalé la décou-
verte, à Artias, d’un fragment de cippe portant les quatre
lettres : nymp, qui sont évidemment le commencement du mot
« Nymphis », ayant dû faire, partie d’une inscription qui
n’était vraisemblablement pas sans rapport avec les eaux
thermales existant dans ce pays.
Castera- Verduzan (Gers). — Un fragment d’inscription, qui
semble avoir disparu, rapportée par Du Mège(3)et figurant au
Corpus I.L., XIII, 438, est ainsi conçu :
NYMPHIS A VG
SACRVM
Capvern. — Le mot Nymphis se lit également sur des ex-
voto en terre cuite, trouvés dans cette station, et signalés par
M. Du Mège (4).
A côté de ces monuments épigraphiques, dans lesquels les
Nymphes figurent seules, rappelons les inscriptions déjà
citées où elles sont associées à d’autres divinités : à Mercure,
dans une inscription de Néris; à Apollon et à Sirona, dans
l’inscription de Walsbronn; à Neptune, dans l’inscription de
Balaruc, à Minerve, à Baden-Baden.
EL r . • , • • • • t , - - • r • * • . , * d i,
(1) Berne archéologique, 13e année, lw partie, avril à septembre 1856.
(2) Bulletin de la Société des Antiquaires, 1883, p. 224.
(3) Archéologie pyrénéenne , t. III, p. 299.
(4) Ibid., t. I, p. 494. ■
4 84
LA GAULE THERMALE
Gréoulx. — Une inscription trouvée à Gréoulx (Basses-
Alpes), joint au nom des Nymphes un adjectif ethnique :
Griselicis, qui les rattache intimement, comme divinités topi-
ques, à cette station, dont le nom antique Griselum ou Grise-
licum , nous est révélé en môme temps. Cette inscription,
gravée avec beaucoup de négligence et en caractères peu pro-
fonds, présente des lacunes qui ont donné lieu à plusieurs
lectures différentes. Ce texte a été étudié de la façon la plus
complète par Greppo dans son savant ouvrage (1); je le
donne ici tel qu’il figure au Corpus I.L ., XII, 361 :
FIL- FAVSTINA
T- VITRASI- POLL i
ONIS COS n PRAET
AEST- IMP- PONTIF
proc OS -ASIAE
VXOR
NYMPHIS
GRISELICIS
Cette inscription a une histoire assez curieuse. Un premier
fragment, découvert par Peiresc, sous le maitre-autel d’une
ancienne église, au commencement du dix-septième siècle,
présentait la disposition suivante :
xi
NYMPHIS
GRISELICIS
et les premiers commentateurs, prenant les deux premières
lettres pour le chiffre XI, en avaient conclu que les thermes
de Gréoulx devaient avoir onze sources, dont chacune possé-
dait sa divinité particulière. Le complément de l’inscription
fut trouvé en 1806, dans une écurie où elle avait été reléguée
depuis qu’une crue d’eau l’avait fait reconnaître parmi les
débris de la culée d’un petit j\ont, et permit de rétablir, à peu
(1) Greppo, op. cit., p. 119.
SOURCES THERMALES ET MEDICINALES 185
le chose près, le texte dans son intégralité. Walckenaër, qui
l’avait vraisemblablement pas connu l’inscription complète et
n était demeuré à la version première, y avait vu une indi-
ation itinéraire, qu’il commentait en ces termes : « Le
hilïre XI qu’on lit dans cette inscription n’est point relatif au
îombre des Nymphes ou des sources, comme l’a cru Papon;
nais il exprime la distance exacte entre Reii, Riez, et Gnselum,
4
iréoulx, qui est juste de 8 milles géographiques — de mille ,
)ii 8' 48" de degré, ou 11 milles romains. Ce chiffre XI est
l’ autant plus intéressant qu’il confirme à la fois la position
le Reii et celle de Griselum (1). »
Un cippe découvert à Vaison, et signalé par Florian Val-
entin (2) est dédié à des Nymphes ayant un caractère reli-
gieux et ethnique analogue à celui des Nymphes de Gréoulx :
NYMPHIS- A VG
PERCERNIBVS
T- GENGETIVS
DIONYSIVS
EX VOTO
« Elles seraient vraisemblablement, dit notre auteur, les
.génies protecteurs d’une station d’eau, et l’ex-voto doit être
e témoignage de la reconnaissance d’un malade. Cet ex-voto
présenterait plus d’intérêt s’il avait été découvert près de la
^source, dont il attesterait la vertu et l’emploi curatif à l’époque
. gallo-romaine, et surtout si le nom du lieu qui y était indiqué,
Percernes, était connu. »
Deux inscriptions votives dédiées aux Nymphes, rapportées
dans le même travail, ne sont peut-être pas sans rapport avec
deux sources du département de la Drôme, celles de Ver-
coiran et du Rasteau, leurs provenances respectives.
(1) Géographie ancienne historique et comparée des Gaules cisalpine et
transalpine.
(2) Essai sur les divinités indigètes du Vocontium d’après les documents
épigraphiques, 1877.
186
LA GAULE THERMALE
L’inscription du Vercoiran, gravée sur un petit autel por-
tatif, est ainsi conçue :
N ij mp /ns j L. Carini / us Caru / s. v. I. m.
et celle du Rasteau :
v
Nymphis J Augustis / Maternus / v. s. I. m.
Rappelons, enfin, l’inscription Nymphis VolpiniSj associées
à Apollon, trouvée près de la source de Tônnistein.
Matres. — A Montbrun (Drôme), dans le quartier de Vie,
un fragment d’autel, encastré dans un mur, présente un reste
d’inscription incomplète où l’on a pu lire : Matribvs. Les
Matres , dont nous nous occuperons plus complètement
lorsque nous étudierons les statuettes ayant le caractère d’ex-
voto, semblent avoir eu des attributions assez multiples et un
certain caractère médical qui pourrait motiver leur présence
dans un pays fécond en sources médicinales.
Junones. — Sur une inscription encore existante à Néris (1) :
NVMINIBVS
AVGVSTORVM
ET- IVNONIBVS
VICANI
NERIOMAGIENSES
Üne autre inscription, découverte en 1784, donne le même
texte en lettres abrégées :
NBS» AGM- ET- IBS- VNI- NGS.
Les Junones étaient des divinités d’origine latine, dont les
attributions ne devaient pas être sans analogie avec celles des
Matres.
(1) D’après M. Mowat (Revue archéologique , 35« vol., 1878), le mot
Augusiorum prouve que cette inscription ne saurait être antérieure à
Tannée 163, époque où, pour la première fois, deux empereurs, Marc-
Aurèle et L. Verus, régnaient simultanément.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 187
Dominae. — Sur une inscription trouvée à Aix-les-Bains :
DOMINIS
EXS VOTCKp SCp L <pM
M- CARMINIVS MvO
PRO SALVTE S VA ET
SVORVM
Allmer (1) considère les Dominœ comme des déesses cham-
pêtres, cpii semblent avoir été les ancêtres des Dames du
moyen âge. D’après la teneur de l’inscription pro sainte sua et
suorum, elles étaient invoquées comme divinités protectrices,
et la découverte de ce texte à Aix-les-Bains ne permet guère
de douter qu’elles y aient joué un rôle thermal.
Comedovae. — C’est également d’Aix que nous vient l’ins-
cription suivante ,
COMEDOVIS
AVGVSTIS
M- HELVIVS- SEVERI
FIL- IVVENTIVS
EX- VOTO
Les Comeclovœ semblent avoir été également des divinités du
même ordre que les précédentes, occupant, comme elles, un
rang inférieur dans la hiérarchie mythologique. « Si le nom
est latin, comme il y a grande apparence, dit Allmer (op. cit.),
il faudrait penser à des déesses champêtres mangeuses
d’œufs. »
Spon (2) avait déjà rapporté cette inscription qu’il commen-
tait en ces termes : Quodnam insuper barbarum Allobrogicumve
numennobis obtrudat Marcus Helvius Severi filius Juventius,mirari
pot lus licet quam divinare.
(1) Les Dieux de la Gaule celtique. Revue épigraphique, t. III.
(2) Miscellanea eniditœ antiquüatis, p. 97.
188
LA GAULE THERMALE
IV
Nous arrivons maintenant au groupe des véritables dieux
des sources, les uns protecteurs d’eaux thermales en général,
les autres attachés spécialement à une source ou à un groupe
de sources déterminé. Ces divinités ont, nous le savons, des
noms et des caractères indigènes et vraisemblablement pré-
romains bien marqués, et, bien que quelques-uns d’entre eux,
comme Lussoius et Nerius, se soient habillés un peu à la
romaine, on les reconnaît cependant comme les antiques
patrons, les protecteurs nationaux, qui n’avaient pas lâché
pied devant l’invasion des dieux latins, et qui, en face ou à
côté des nouveaux venus, continuaient à couvrir de leur
tutelle les eaux bienfaisantes auxquelles ils donnaient souvent
leur nom.
Borvo ou Bormo. — Aix-les-Bains. — Inscription sur une
longue bande de pierre, sciée en deux parties, provenant des
bains antiques :
CVLIIIVS
CVTICVS
BORV VSLM
Également à Aix-les-Bains :
MILICINRVSO
BORMV VSLM
Aix-en-Provence :
DEXTER BORMAN
ITER- L- M
Corpus, I. L., XIII, 494.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
189
Bourbonne-les-B Clins :
BORVONI
DEO BOR
DEO BORVO
ET DAMO
VONI
ET DAMONAE
NAE
VITA
VERREA VE RI
/ XTILIA
LIA
NA LINGO
/XTI FIL
SAS
MED
EX VO
TO
BORVONI ET
BORMONI
A VG
MONAE- C- IA
ET- DAMON
BORVON
TINIYS- RO
IVL-TIBERIA
CVALENT
MANVSIN
CORISILLA
CENSORI
G- PRO- SALV
CLAVD- CATONIS
NVS
ET- COCILLAE
LING
MVLLI- F
FIE- EX VOTO
V- S- L- M
EX- VOTO
BORVO
DEO BORVONI
BORVONI
IIT- DAMO
ET- DAMON
ET DAMON
FROT- L- V- S- F
MATVRIA- R VS
AEMILIA
TICA
SEXTI- FIL
V- S- L- M
MED
A ces monuments on peut joindre l’inscription Deo Apollini
Borvoni y mentionnée plus haut. La plupart de ces inscriptions
figuraient sur des petits autels de pierre ou de grès, trouvés dans
les vases du puisard romain ou des galeries qui l’avoisinaient,
ainsi qu’au cours des travaux entrepris en 1869-70, pour la cons-
truction du grand aqueduc d’écoulement des eaux thermales.
Bourbon- Lancy. — Trouvée en 1792 dans les fondations du
château :
C- IVLIVS- EPOREDIRIGIS- Fr MAGNVS
PRO- L- IVLIO- CALENO- FILIO
BORMONI- ET- DAMONAE
VOTO- SOL
////A* EST- SAC//// /// S SIMIS NV//
//// SILICA- V//// • /// DEO BO//////
////rvoni- et//// :
490
LA GAULE THERMALE
Sur un fragment de marbre blanc, qui servit longtemps de
seuil de porte à l’église de Bourbon-Lancy :
BORVONI ET DAMONAE
T- SEVERIVS MO
DESTVS NIB
H- N TI
Courtépée (1), l’historien de la Bourgogne, qui écrivait à la
fin du dix-huitième siècle, et qui avait vu cette inscription
plus complète et en meilleur état de conservation, en avait
proposé une reconstitution, admise par Berger de Xivrey, et
reproduite par Greppo (op. cil ., p. 56), sous la forme sui-
vante :
Borvoni et Davionœ
T. Severius. Mo
destus. omnib
honoribus. et. officiis
apud. Æduos. functus
v. s. I. m
Cette restitution peut être très plausible, mais, étant donné
l’état dans lequel le marbre nous est parvenu, il convient de
ne l’accueillir qu’à titre purement hypothétique.
J
Aix-en-Diois, — Trouvée au commencement du dix-neu-
vième siècle, dans le cimetière d’ Aix-en-Diois, à six kilo-
mètres de Die :
BORMAN- ••
ET BORMAN
P- SAPRIN
EVSEBES- V- S
L- M
Cette série de monuments épigraphiques (2) nous permet
(1) Description du duché de Bourgogne, t. IY, p. 380..
(2) On peut ajouter, pour compléter l’ensemble des monuments épi-
graphiques consacrés au dieu Borvo et à ses parèdres, deux inscriptions
provenant de localités où il n’a vraisemblablement jamais existé de
sources thermales ou minérales.
La première, sur plaque de cuivre, provient d’Entrains (Nièvre), et est
ainsi conçue :
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 191
d’avoir une idée assez précise du dieu qui semble avoir été la
principale divinité thermale des Gaules. D’après la distribu-
tion géographique de ces monuments, son culte n’était pas
limité à une région déterminée, mais embrassait, au contraire,
une aire extrêmement étendue. Le véritable nom semble bien
avoir été Borvo, mais il apparaît aussi sous les formes Bormo
et Bormanus, qui s’appliquaient évidemment à la même divi-
nité. D’après M. d’Arbois de Jubainville (1) les formes Bormo
et Borvo proviendraient de deux racines différentes : « Nous
croyons pouvoir considérer comme ligures deux noms de
sources divinisées, c’est-à-dire les deux noms du dieu Bor-
manus ou Bormo, qui présidait aux eaux thermales, et la
racine borm. de laquelle dérivent les deux mots Bormanus et
Bormo... En gaulois comme en latin, il n’y avait pas de
racine borm , en sorte que dans la Gaule du sud-est, au pre-
mier siècle de notre ère, le nom du dieu Bormo n’offrait
AVG. SACRI. DEO
BORVONI. ET. CANDI
DO. AERARI. SVBCV
RA. LEONIS EMA R
CIANI EX VOTO R
AERARI. DONA
Borvo est associé dans ce texte à un dieu Candidus, sur le comp te duquel
nous sommes absolument réduits aux conjectures. Je me borne à trans-
crire l'explication ingénieuse donnée de cette inscription dans un Bul-
letin de la Société nivernaise, 2e série, t. V, p. 245 : « Des receveurs des
deniers publics, dans la nécessité de recourir aux eaux thermales de
Bourbonne-les-Bains et en ayant ressenti d'heureux effets, pour témoi-
gner de leur reconnaissance, auront fait exécuter cet ex-voto en faveur
de la divinité qui préside à ces eaux, Borvoni. Mais ils ne pouvaient ou-
blier une autre divinité topique, Gandido, à laquelle ils avaient adressé
sans doute, antérieurement, leurs supplications, pour être délivrés de
leurs souffrances. »
La seconde inscription a été découverte à Saint-Vulbaz (Ain), dont le
nom ancien était Saint-Bourbaz, évidemment dérivé du nom de la divi-
nité locale :
BORMANAE
AVG SACR
CAPRI
A///RATINVS
*••»•••
SABI NIANVS
D* S» D»
(1) Les premiers liabitants de l’Europe, t. II, p. 117 et suiv.
192
LA GAULE THERMALE
aucun sens à l’esprit des populations. Mais il se trouvait en
gaulois une racine berv, qui signifiait bouillonner, bouillir. La
racine berv avait une forme secondaire : borv. Le populaire
gaulois changea bormo en borvo , pour substituer à un mot
inintelligible un mot qui voulait dire : le bouillant, le bouil-
lonnant. »
« J’ai monté dans le glossaire gaulois, dit de son côté Roget
de Belloguet (1), par lequel j’ai commencé la publication de
mon Ethnogénie gauloise , que Bormo ou Borvo est identique à
l’armoricain bourbon, bourbounen , ampoule, ébullition, bouillon-
nement : en gallois, beriv, bouillonnement; bwrlymn, faire glou-
glou; brwmbwr, murmure; en irlandais, borbhaim , j’enfle;
bearbhad, bouillonnement; en erse d’Écosse, borb, enfler,
enflammer ; borbhan , murmure. L’idée de bouillonnement est
0
donc celle qu’exprimait d’abord cette racine celtique. »
Le texte de l’inscription de Bourbonne : Deo Apollini Bor-
voni et Damonœ, a suggéré la pensée que notre dieu pourrait
n’ôtre autre chose qu’un Apollon gaulois, envisagé unique-
ment comme dieu guérisseur, protecteur des eaux bienfai-
santes. « Si cette lecture est bonne, le dieu Borvo serait une
des incarnations d’Apollon dans les Gaules (2). »
Comment doit être lu le texte qui nous occupe? Borvoni
est-il un qualificatif d’Apollon, ou bien sommes-nous en pré-
sence cl’une dédicace à trois divinités distinctes : Apollon,
Borvo et Damona? Je penche tout à fait pour ce dernier
avis, en remarquant que, dans toutes les autres inscriptions
contenant son nom, Borvo figure sous ce seul nom, et nous
apparaît comme un dieu d’origine franchement celtique, qui
pouvait présenter des affinités avec un des caractères spé-
ciaux attribués à Apollon, celui de dieu médical, mais qui n'en
avait pas moins une existence propre et distincte de celle du
grand dieu de l’Olympe gréco-latin.
Remarquons également, pour en terminer avec les rensei-
0 9 •
(1) Lettre au sujet du nom de Bourbon.
(2) Héron de Villefosse, Statue colossale d’Apollon assis trouvée à En-
trains. Bevue archéologique , nouvelle série, 7e année, 31e vol., 1876.
SOURCES THERMALES ET MEDICINALES
193
gnements que nous fournissent nos textes, que dans les ins-
criptions de Bourbon-Lancy et de Bourdonne, Borvo figure
avec une parèdre, Damona, et, à Aix-en-Diois, avec une divi-
nité de même famille, qui jouait auprès de lui le même rôle,
et devait porter le nom de Bormana (1).
Le nom de la grande divinité thermale gauloise, transformé
dans le cours des siècles, est resté attaché à plusieurs de nos
plus importantes stations : Bourbonne-les-Bains, Bourbon-
l’ Archambault et Bourbon-Lancy (2), et peut-être la Bour-
boule, qui semble bien dériver étymologiquement du même
vocable celtique, ainsi que Barbotan-en-Armagnac, localité
connue par ses eaux et ses boues minérales, dont le nom est
une corruption de la forme ancienne et plus légitime : Bor-
botnn (3).
(1) Sur les inscriptions de Bourbonne et le dieu Borvo, voir Cha-
bouillet, Notice sur des inscriptions et des antiquités provenant de Bour-
bonne-les-Bains, suivie d’un catalogue spécial des monuments épigra-
phiques relatifs à Borvo et Damona. Bevue archéologique, nouvelle
série, 21e année, 39e volume, 1880, p. 18, 65, 129; et 41e vol., 1881,
p. 292.
(2) La relation entre le nom du dieu Borvo et les noms de ces stations est
trop évidente pour être sérieusement discutée. Je citerai cependant, à
titre de curiosité, ce passage d’un écrivain que cette similitude n’avait
pas convaincu et qui, à propos de Bourbon-Lancy, fournissait cette autre
explication, au moins étrange : « Je ne crois pas que Bourbon-Lancy
soit une autre position qu ’Aquis-Bormonis, puisque cette ville possède
une inscription : Bormoni et Damonœ, qui semble s’appliquer au pro-
priétaire de ces thermes ou fondateur et à son épouse plutôt qu’à cer-
taines divinités topiques dont personne n’aurait jamais entendu parler.
Si dans deux mille ans d’ici des archéologues faisaient des recherches
dans les ruines des thermes de Bourbon-Lancy, ils pourraient trouver
une inscription à l’éloge de M. le marquis et de Mme la marquise
d’Alègre, bienfaiteurs à notre époque de ces eaux, dont les statues figu-
rent sur une fontaine au milieu de la place devant les thermes. Il pou-
vait en être de même à l’époque romaine de Bormanus et de Damona. »
(X. Garenne, Bibracte, 1867, p. 198.)
(3) Le P. Aubery, auteur d’un poème latin intitulé : Borbotanum in
Aremoricis (Borbotan en Armagnac), écrit vers 1640, fait dériver ce nom
de la fatale aventure de la Nymphe armagnaçaise Botané, poursuivie
par Phébus, et reçue dans les 1 oues par les dieux Borbor : « Enfin, pris
de pitié par les rudes fatigues de la Nymphe, le dieu Borbor vient au-
devant d’elle et la reçoit dans ses bras. Ensevelie dans le gouffro, la
chaste vierge exhala son âme parmi les flots imprégnés de bitume.
Borbor, le vieillard bien connu dans le pays d'Armagnac, le dieu du
marais noirâtre, ensevelit la morte dans une urne fangeuse. Do son nom
13
194
LA G A U L K THERMALE
Damona, — Le nom de cette divinité, compagne fidèle de
Borvo, semble bien en rapport avec son caractère de divinité
thermale. Le radical se compose d’une racine celtique tum ou
lomm, qui signifie chaud, et la terminaison ona se retrouve
dans un grand nombre de noms de sources ou de cours d’eau
divinisés : Divona, Acionna, etc.
Aux inscriptions que nous venons de citer, dans lesquelles
figure son nom, nous pouvons ajouter celle-ci, tracée au poin-
tillé sur vase de bronze trouvé à Chassenay (Côte-d’Or), dans
un puits dont l’eau était peut-être considérée autrefois comme
douée de vertus curatives :
Aug(usto) sacr(um) deo Albio etDamonœ Sex. Mart(ius) Cociliani
f(ilius) ex issu lin (s. v.) s. I. m.
La même déesse est invoquée seule dans une inscription
provenant de Bourbonne-les-Bains, gravée sur une table de
bronze conservée actuellement au Cabinet des médailles de la
Bibliothèque nationale :
DAMONAE AVG
CLAVDIA- MOSSIA • ET- C- IVL
SVPERSTES FIL
L- D- EX- D- D- V- S- L- M
Sirona. — Nous avons vu, dans deux inscriptions de Luxeuil
et de Nierstein, la déesse Sirona associée à Apollon, et, dans
l’inscription de Walsbronn, à Apollon et aux Nymphes. Elle
figure seule dans l’inscription suivante trouvée à Wiesbaden,
dans un lieu, dit le Corpus (XIII, 7570), où sont des ruines de
thermes :
SIRONAE
C' I VLI • RESTITVTVS
C- TEMPLI- D- S- P
Un autre monument épigraphique du plus haut intérêt, car
il était surmonté de la représentation de la divinité, a été
et du nom de la vierge Botané, nos aïeux, de vieille date, créèrent le
nom de Borbotan, que gardent encore et le lieu et le marais. » Traduc-
tion de L. Couture, Revue de Gascogne , t. XLI, 1900.
i
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
•195
découvert près d'une source appelée la Sainte -Fontaine,
■située près du village de Merlebach, dans l’ancien départe-
ment de la Moselle :
DEAE DIRONAE
MAIOR MA
GIATI FILIVS
V S L M
La déesse Sirona n’est connue que par les inscriptions ;
aucun écrivain de l’antiquité ne mentionne son nom.
« Cette déesse, dit A. Maury(l), est visiblement une divi-
nité des eaux minérales. La forme de son nom rappelle les
noms de fontaine et de rivière, et les lieux où les ex-voto ont
été découverts confirment ce caractère médical. Les Gallo-
: Romains paraissent avoir assimilé Sirona à Diane, et de là
■encore son association à Apollon (2). »
Dulliot pensait aussi que Sirona était une personnification
; particulière des sources.
Ch. Robert, dans l’étude particulière qu’il a consacrée à
rcette divinité, conclut du rôle de parèdre joué par elle auprès
d’Apollon, qu’on ne doit pas en faire exclusivement une pro-
tectrice des eaux bienfaisantes, car Apollon était en Gaule non
sseulement le Dieu qui guérit, mais, comme à Rome, une per-
sonnification du soleil. Il ne conteste pas que Sirona, comme
Apollon, ait présidé aux sources bienfaisantes,, mais ce n’était
i à qu’une des faces de son rôle plus général de- puissance
Fécondante favorisant les forces de la nature.
En résumé, quelle que soit l’étendue du rôle qu’on veuille
[assigner à Sirona, il semble hors de doute que la tutelle des
sources médicinales faisait partie de ses attributions et qu’elle
îst en droit d’occuper une place au premier rang des divinités
de notre Olympe thermal. b -
(1) De l’Apollon Gaulois. Revue archéologique, janvier 1860, p! 58 et
•uiv.
(2) Sur treize inscriptions relevées par Ch. Robert dans une étude sur
' Sirona (Revue celtique, t. IV), huit montrent cette déesse associée à
apollon.
4 96
LA GAULE THERMALE
Lussoius ou Luxovius. — Le nom du dieu topique des sources
de Luxeuil, présenté sous deux formes différentes et associé à
une divinité féminine, nous a été transmis par deux inscrip-
tions. La première, gravée sur une pierre, a été trouvée
en 1779 près de l’établissement thermal :
ssoio
ET BRICTAE
DIVIXTI
VS CONS
TANS
V S L M
Le deuxième texte relatif à la divinité protectrice de
Luxeuil n’est connu que par un manuscrit du neuvième siècle,
provenant de l’abbaye de Saint-Colomban. Il est ainsi rap-
■
porté :
LVXOVIO
ET BRIXIAE
C- IVL- FIMAR
IVS- V- S- L- M
D’après Desjardins ( op . cit.), la copie doit être infidèle : le
copiste a dû mettre Luxovium parce que c’était -le nom de la
ville au neuvième siècle, et, d’autre part, le texte devait
porter Firmanus , au lieu du mot barbare Firmarius. Le texte
pourrait donc être ainsi rétabli :
LVSSOIO
ET BRICIAE
C- IVL- FIRMA
NVS- V- S- L- M
Le nom du dieu figure encore sous une troisième forme
dans l’inscription suivante, citée par Greppo (op. ait., p. 126),
qui aurait été découverte en 1780 :
D- NICARINO
D- LIXVI
■hi i
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 197
D’après le savant abbé, Nicarinus aurait été un autre dieu to-
pique des sources. Le Corpus I. L. (XIII, 1041, Inscnptiones falsæ
vel alienœ), n’hésite pas à rejeter ce texte, disparu aujourd’hui
et connu seulement par un rapport de Guin, suspecté d’être
l’auteur de l’inscription fausse dont nous avons parlé : Titulus
aut ftctus est, aut cerle corruptus ; propter orginem suspectant j inter
i falsos relegavi.
Bricia. — Deux des inscriptions qui précèdent portent le nom
d’une divinité féminine, associée à Lussoius, et partageant
avec lui la protection des eaux thermales. Qu’était cette divi-
nité ? Walckenaër (1) fait dériver son nom du mot allemand
brücke, pont, et rattache Bricia à Brusche , localité voisine de
Luxeuil. Delacroix conclut de la présence à Luxeuil de deux
sortes d’eaux parfaitement distinctes, les unes alcalines, les
autres ferrugineuses, à l’existence de deux divinités ayant
chacune sous sa protection spéciale l’une de ces sources.
L’opinion la plus probable voit dans Bricia la déesse per-
sonnifiant le cours d’eau appelé le Breuchin , qui coule à l’est
de la ville.
Une autre inscription, qui porte le nom de Bricia seule, fut
découverte, le 11 mai 1781, au bord d’une piscine romaine
abandonnée, au nord du grand bain actuel. En voici le texte,
qui a été l’objet des mêmes suspicions, et semble aussi peu
digne de foi, que l’inscription de Labiénus :
DIVA AVXI
BRICIA REG
CAE AUG
COS
TID ET- PIS
DEDICATV
TEMPLUM
dont la lecture, d’après l’idée de l’auteur du texte, serait la
(1) Géographie ancienne des Gaules, t. I, p. 320.
198
LA GAULE THERMALE
suivante : Divœ auxiliari Briciœ régnante Cœsare Augusio consu-
ltas Tiberio et Pisone dedicatum templuni.
Pour la critique de ce texte, nous renvoyons nos lecteurs
aux savants travaux déjà cités de MM. Allmer et Desjardins,
qui nous semblent établir de la façon la plus péremptoire la
fausseté de ce document (1).
Nerius. — Une longue inscription, trouvée à Xéris en plu-
sieurs fragments qui ont pu être juxtaposés, nous a fait con-
naître le nom de la divinité qui présidait à ses eaux et peut-être
aussi le nom de celle à qui était dédié l’établissement thermal.
Voici le texte, tel qu’il est reconstitué au Corpus I. L., XIII,
1376 :
(1) Ces deux inscriptions plus que douteuses ont été placées dans une
des salles de l’établissement thermal. « Comme les mânes du malin
compère qui, au siècle dernier s’est amusé à fabriquer ces deux inscrip-
tions, dit Allmer dans son Mémoire, ont dû sourire dans leur longue
barbe lorsqu’on prit cette détermination. Comme, sous leur linceul, elles
doivent tressaillir d’aise, chaque fois qu’errant à travers les corridors de
l’établissement, elles y sont témoins de la fortune de son ingénieuse
supercherie. »
Et, plus loin, il ajoute : « Constatons encore qu’en parcourant la mo-
nographie intitulée : Bains de Luxeuil, nous avons observé une autre
fraude, ayant pour but également de prêter aux bains de cette petite
ville une illustration factice dont cependant ils n’ont nullement besoin.
La falsification consiste à avoir substitué un T à VL, dans la formule
v. s. I. m., qui termine deux inscriptions antiques, afin de pouvoir inter-
préter V. S. T. M. par : Votum solvit tempore medente, et les traduire
ainsi : A rempli son vœu pendant le temps de son traitement. Sans exa-
miner de trop près Si tempore medente veut dire au temps de son traite-
ment, nous ferons remarquer qu’on n’écrivait en initiales que des for-
mules bien connues, en sorte que si les Romains avaient voulu qu’on
pût lire sur des inscriptions les mots tempore medente, ils y auraient
écrit ces mots en toutes lettres, sous peine de ne pas être compris même
de leurs contemporains. »
On retrouve un écho assez original de l’importance apportée au pre-
mier de ces textes suspects dans la note suivante, insérée au Moniteur
du 8 juillet 1856, et qui ne fait pas honneur aux connaissances histori-
ques de son auteur : « L’Empereur a fait hier une excursion à Luxeuil.
Sa Majesté a été agréablement surprise de trouver au milieu d’une char-
mante petite ville un établissement de bains thermaux dont l’installation
lui a paru remarquable, Ce qui l’a surtout frappé, c’est l’inscription ro-
maine découverte en 1755 et qui porte Lixovii thermos Ainsi, dès cette
époque, l’administration romaine semblait avoir été tellement centralisée
qu’il fallait un ordre direct de l’Empereur pour réparer des bains dans
un coin presque ignoré des Vosges. »
199
SOURCES
THERMALES ET MÉDICINALES
B A VG ET NERIO DEO V SIBUS Q R PB lt CUb
ESTER II VIR II FLAM • ROM ET- A VG ITEM QVE FL AMEN PI etCltiS C
IVLII EQVESTRIS FILII CIMBER ET EQVESTER FLAMIN es
ABERNAS PORTIGUS QVIBUS FONTES NERI THERMAE pie
M OMNIBVS SVIS ORNAMENTIS OB IIONO FI AM NIO
Quelques fragments plus petits ont fourni la partie finale
des lignes, indiquée ci-dessus en italique.
Blin outre, un fragment d’une autre inscription, rapporté au
Corpus, XIII, 1377, nous donne la répétition absolue de ce
premier monument.
« Ce texte nous apprend, dit M. H. de Villefosse (1), la
raison de la reconnaissance des habitants de Nérispour Julius
Equester et pour ses fils Cimber et Equester. Ils avaient fait
construire, autour des thermes et des fontaines du dieu
Nerius, des portiques sous lesquels étaient installées des bouti-
ques. » Et il ajoute : « La mention d’un flamen Pietatis est
certaine ; probablement il faut admettre aussi celle de thermœ
Pietatis. Ces deux mentions s’expliquent d’ailleurs l’une par
l’autre. S’il existait à Néris un flamen Pietatis, on ne doit pas
s’étonner que l’établissement thermal ait été placé sous le
vocable de la déesse Pietas. »
Trois pierres, ayant servi de couverture au grand aqueduc
de Néris, portent les fragments suivants :
a b c
NENNERIO OVH VISSV
Les fragments b et c sont à peu près inexplicables, mais
le nom du dieu topique ligure certainement au fragment a.
Il en est de même du texte suivant, rapporté au Corpus I.L.,
XII, 1371 :
CASSIA NEMIE F- NERIO VSVII
Ibosus. — Ce nom figure sur une inscription dédicatoire
deo iboso, gravée au pointillé, en majuscules romaines, sur la
panse d’un vase de bronze trouvé à Néris.
(1) Communication a la Société des Antiquaires de France. Séance du
20 juin 1900, Bxdlelin, 1900, p. 208 et suiv.
200
LA G A U L K THERMALE
Pour M. Brugière de Lamotte (1), ce vase « aurait été
consacré au dieu égyptien Ibis, dont le nom, comme l’indique
l’inscription, s’était modifié et latinisé en Ibo$u6 dans les temps
gallo-romains. » M. Bertrand (Musées de Néris) y voit aussi
un dieu topique égyptien déjà connu par une stèle gravée
trouvée dans les Pyrénées.
L’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de
Toulouse (2), consultée en 4879 par M. Brugière de La-
motte à l’occasion de cette inscription, rapportée aux mé-
moires sous cette forme vicieuse deo zboso, s’est prononcée
contre cette hypothèse d’un culte égyptien parvenu jusqu’à la
vallée de l’Ailier. Le fait en lui-même n’aurait rien d’extraor-
dinaire, car on sait quelle extension prirent jusqu’en Gaule
certains cultes orientaux, mais je crois que rien, sauf une
certaine analogie de noms, ne permet de rattacher à ces reli-
gions le dieu Ibosus, qui me semble être purement et simple-
ment une divinité locale de source.
J’ajoute, en ce qui concerne l’inscription pyrénéenne qui
porterait le nom de ce dieu, que mes recherches à cet égard
ont été vaines, et que je n’ai trouvé ce texte ni au Corpus, ni
dans les ouvrages de Sacaze, qui a si particulièrement étudié
les dieux et les inscriptions des Pyrénées.
Ivaus ou Ivaos. — Nous connaissons le nom du génie tuté-
laire des sources d’Évaux par une incription gravée au poin-
tillé sur le manche d’une patère de bronze, découverte au
cours de travaux exécutés près des sources eii 1856 (3).
Cette inscription se lit, ainsi :
VIMPVRO • FIRMI
LIB dOHdVdaiS
IVAV
V- S- L- M
(1) Notice sur V inscription votive « Deo Iboso » d'un vase en airain trouve
à Nèris-les-Bains en 1876.
(2) Mémoires de l’Académie des sciences,... de Toulouse, 8° série, t. I,
1879, p. 372.
(3) Voir p. 280
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 201
J mu est le datif celtique cl ’lvaus ou Ivaos. Ici encore la sta-
tion thermale a tiré son nom de la divinité protectrice de ses
eaux.
Albius. — L’inscription gravée sur le vase en bronze de
Chassenay, qui a été rapportée plus haut (p. 194), associe le
nom d’un dieu Albius à celui de la déesse Damona, compagne
habituelle du dieu Borvo. Le caractère thermal de la divinité
dont nous lisons ici le nom semble bien résulter de celui de sa
parèdre.
Duna. — Cette divinité, que nous trouvons associée à Mars
Bolvinnus dans une des inscriptions de Bouhy précédemment
rapportées (1), devait jouer auprès du dieu le rôle de parèdre
et être invoquée, ainsi que lui, comme protectrice des eaux
salutaires auxquelles son nom était attaché et auprès des-
quelles s’élevait l’autel qui lui était consacré.
La région des Pyrénées nous a transmis les noms cl’un cer-
tain nombre de dieux topiques, dont la forme barbare semble
bien indiquer la persistance d’anciens cultes, conservant leur
place à côté des divinités nouvelles d’importation romaine,
comme Ilixo à côté des Nymphes à Luchon, Aghoà côté de ces
mêmes déesses et de Mars, à Bagnères-de-Bigorre, ou conti-
nuant à régner seuls, peut-être dans certaines stations de
moindre importance, où s’était fait sentir moins profondément
l’influence des nouveaux occupants (2).
Ilixo. — Le nom de ce dieu nous est connu par la série
d’inscriptions suivantes provenant de Bagnères-de-Luchon :
■ (1) Voir p. 173.
(2) « Les Aquitains avaient aussi leurs divinités propres, absolument
distinctes des divinités celtiques et romaines, et c’est là le trait vérita-
blement caractéristique de l’épigraphie religieuse des Pyrénées, ce qui
donne à nos inscriptions, d’une forme si simple, un intérêt si grand au
point de vue de nos origines nationales. » Sacaze, les Anciens dieux des
Pyrénées, 1883.
202
LA GAULE THERMALE
I LIXONI
DEO
DEO
FA B FESTA
I- IXO
V. S- L- M
ILIXO
ILIXONI
I
DEO
V- S- L- M
SECVNDI
NVS- VE/
ECVNDI /
ILIXO
M
•
V • s
En outre, un autel scellé au-dessus de la grande porte de
l’établissement thermal porte cette inscription, que Sacaze (4;
considère comme l’œuvre certaine d’un faussaire, et que nous
n’indiquons que pour mémoire :
DEO
LIXONI
FABIA RVFI
F • PAVLINA
V- S- L- M
Les textes épigraphiques relatifs à la divinité qui nous
occupe ont tous été rencontrés dans le voisinage des anciens
thermes de Luchon, et devaient être certainement consacrés
à un dieu topique, protecteur des sources qui les alimen-
taient, sorte de génie local dont le rôle protecteur ne s’éten-
dait pas au delà de cette station.
Plusieurs épigraphistes ont admis que ce dieu portait indif-
féremment les noms de Ilixo ou de Lixo. Cela est inexact; les
(1) Èpigraphie de Luchon. Paris, 1880. — Études sur Luchon. Saint-
Gaudens, 1887 : « Quant au cippe trouvé à Baren et placé dans une
petite niche, au-dessus de la porte principale de l’établissement thermal,
l’inscription qu’il porte n’est pas authentique et l’on connaît le faussaire
V.-G. Il me semble à propos d’observer, encore une fois, que la divinité
éponyme de Luchon se nomme Ilixon et non Lixon ; L est devenu la
lettre initiale par la chuLe de i, comme llerda est devenu Lerida. »
203
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
textes authentiques portent tous Ilixo, et c’est sous cette
dénomination seule que le protecteur des eaux de Luchon
doit prendre place dans la mythologie pyrénéenne. Un rap-
prochement s’impose entre le nom du dieu et celui de Luchon,
qui semble en dériver incontestablement.
Lex. — Une inscription, gravée sur le champ d’un petit
autel de marbre, conservé dans le vestibule de l’établissement
de bains à Lez (Val d’Aran), d’où proviennent deux dédicaces
aux Nymphes que nous avons rapportées plus haut, est ainsi
conçue :
LEXl
• DEO
C. SABI
HORT. F
« Ahici, dit Edw. Barry, le nom du dieu Lex ou Lexis,
inconnu jusqu’alors, et qui fait penser au nom du vicus gallo-
romain où a été découvert ce petit autel. Il s’agit évidemment
ici d’un dieu d’un caractère particulier, d’un dieu de source
thermale, analogue à Lixo, Lixovius et Borvo (2). » Sacaze
a élevé contre l’authenticité des trois inscriptions de Lez cer-
tains doutes, basés uniquement sur la forme des lettres,
notamment des M. Cette seule considération ne nous semble
pas décisive, et nous pensons jusqu’à nouvel ordre, avec
M. Mérimée (2), qu’elle ne peut suffire à faire écarter des
textes que, ni leur contexte, ni des circonstances particulières
de leur découverte, ne peuvent faire suspecter d’autre part.
Arixo. — Sur le plateau de Sarrat-de-Peyra, dans la vallée
du Louron, à côté du cippe dédié Marti Arixoni (Y. p. 173),
(1) Les eaux thermales de Lez à l'époque romaine. Revue archéolo-
gique, 13e année, l,e partie, avril à septembre 1856.
(2) Titulos ibi (à Lez) repertos Sacaze suspectos habet. At cum-nihil
prœler litterœ M formam proférât, et celeri mulii de eorum fide non dubi-
taverint, -inter spurios reponendos non censui. (Mérimée, De antiquis
aquarum religionibus in Gallia meridionali, ac præsertim in Pyreneis
montibus, 1886.)
204
LA GAU LL THERMALE
un autre cippe a été découvert, portant cette inscription :
AlUXO
I)EO
V' S- L- M
Ce texte, où le nom d’Arixo ligure seul, semble bien démontrer
qu’il s’agit d’un dieu ayant son existence particulière, et non
pas seulement, comme on pourrait l’inférer d’après l’autre
inscription, d’une épithète locale ajoutée au nom du dieu Mars.
D’autre part, les nombreuses sources thermales qui jaillis-
sent au pied du plateau permettent de supposer , sans trop de
témérité, que le dieu qu’on y invoquait n’était pas sans avoir
quelques rapports avec elles. Je dois ajouter cependant que
Sacaze (les Anciens dieux des Pyrénées) voit plutôt dans Arixo
une divinité gardienne du passage par le plateau, qui fait
communiquer la vallée de Larboust avec l’Espagne.
Agho. — Ce dieu était invoqué à Bagnères-de-Bigorre, où son
nom est mentionné dans les deux inscriptions suivantes (1) :
AGHONI
DEO
DEO
• GHONI
LABVSIVS
• • AVLINI
V • S • L • M
■ • AVRINI
V • S • L • M
Iluni. — Ce nom figure sur deux fragments de cippes
trouvés à Cadéac-les-Bains (2) :
ILVNI
MARIN VNI- AXTO
VRI- LIB
V- S- L--M
(1) Au Corpus I. L. sous la forme Ageioni :
deo ageioni
GEIONI UEO
(2) Sacaze, Inscriptions inédites des Pyrénées. Bulletin épigraphique, 1882.
SOURCES THERMALES ET MEDICINALES
205
Buàicorix. — Un marbre consacré :
DEO BVAICORIXE
a été découvert à Labarthe-de-Rivière, qui possède encore des
vestiges de ses bains romains.
Aereda. — Un autel découvert au pied de la montagne de
Gert, près du village de Siradan, porte la dédicace :
DEO
AEREDA
CVCVRVS
Du Mège (4), qui rapporte cette inscription, fait remarquer
que les deux dernières lettres du nom de celui qui a fait le
vœu sont peut-être, non pas la terminaison de celui-ci, mais
les initiales votives Y. S.
Ajoutons enfin qu’un autel trouvé à Luchon, conservé au
musée d’Auch, n’est peut-être pas sans rapport avec les eaux
minérales, bien qu’il soit dédié aux montagnes :
MONTI
BUS- Q- G
AMOBNUS
V- S- L- M
« Il paraît assez naturel, dit Greppo (op. cit., p. 67), que
l’on ait associé au culte des Nymphes des eaux les divinités
des montagnes qui présidaient au berceau de ces sources
salutaires. »
--1TON-E- — Trois fragments épigraphiques, sur marbre
blanc, trouvés à Saint-Honoré, dans les débris de l’ancienne
église, dont un est conservé à l’établissement thermal (2) et
»
un autre encastré dans le mur occidental de l’église, après
avoir été étudiés et publiés séparément, ont été juxtaposés et
(1) Archéologie pyrénéenne, t. II, p. 142.
(2) Communication de M. V. Gueneau, Mémoires <le In Société éduenne,
N. s. t. Y, 1876, p. 510.
206
LA GAULE THERMALE
reconnus par M. Mowat (1) comme se raccordant parfaite-
ment et faisant partie d’une meme inscription, dont la ligne
supérieure manque, à l’exception de deux lettres.
N oici cette inscription telle qu’elle figure reconstituée au
Corpus l. L., t. XIII, 2813 :
num in ib- au g- et- deæ
ITONflE- SUC ALBl//vS
SILVIVS atbil LI F QVI AEDEM
CUM SVIS OMNI bus ORNAMENT1S
DonaviT ex voto posvit
Cette inscription était évidemment la dédicace d’un temple,
qui devait être d’une certaine importance, si l’on en juge
d’après les dimensions de l’inscription.
M. Mowat ne lit pas numinibus à la première ligne, qui n’a
conservé que les lettres in, il propose de lire alisinco, qui
aurait été le nom du dieu du temple. C’est en effet, dit-il, le
nom d ’Alisincim que l’Itinéraire d’Antonin donne à la station
située entre Autun et Decize, qui a été identifiée avec Saint-
Honoré-les-Bains.
A la deuxième ligne, les lettres iton e lui donnent l’idée de
restituer ritonae, nom d’une divinité connue par une ins-
cription du Gard, et le début de l’inscription serait le sui-
vant :
Alisinco deo et Ritonœ sacrum...
Il semble bien certain que iton- e, sous la forme Ritonœ ou
une autre, était le nom d’une des divinités auxquelles était con-
sacré l’édifice, et, probablement, d’une déesse topique thermale.
La restitution nous semble moins sûre en ce qui concerne le dieu
Alisincus, en présence des doutes qui peuvent encore subsister,
comme nous l’avons vu précédemment, à propos de la lecture
de ce nom sur la carte de Peutinger et sur son attribution à
Saint-Honoré-les-Bains. En présence de ce doute, nous adopte-
rons de préférence la leçon du Corpus, en n’attribuant à cette
(1) Bulletin de la Société des Antiquaires. 1895.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
207:
'Station que la divinité topique dont le nom nous est parvenu
ainsi mutilé dans sa première partie.
J'indique seulement pour mémoire le travail de M. l’abbé
Morillot, publié dans le tome V des Mémoires delà Société acci-
iémique du Nivernais, et dans lequel les deux fragments sont
examinés séparément, comme constituant deux inscriptions
distinctes. L’auteur du mémoire croit y voir des monuments
t funéraires, et il pense que l’un d’eux, à raison du mot lvdis
qu’il lui a semblé y lire, devait être consacré à la mémoire
d’un maître des jeux, à qui aurait été élevé un monument.
Niska-Niskat-Nikasa. — Ce nom, présenté sous ces diffé-
rentes formes, a été lu à plusieurs reprises sur des inscrip-
tions tracées sur des lames de plomb qui avaient été déposées
dans une des sources d’Amélie-les-Bains, et que nous étudie-
rions plus longuement au chapitre des ex-voto et offrandes (1).
iLa répétition de ces mots, jointe à la présence de formules qui
semblent avoir un caractère votif, ont suggéré à ceux qui ont
::enté de déchiffrer ces textes assez énigmatiques la pensée
i p.ie ces noms désignaient les divinités protectrices des sources
tbhermales d’Amélie. La supposition semble très vraisem-
blable, mais, cependant, l’incertitude qui règne encore sur la
wéritable teneur et le sens précis de ces documents ne nous
] oermet d’enregistrer cette attribution que sous une forme très
hypothétique.
Ucuetis. — L’inscription gauloise suivante, gravée sur une
( dalle de pierre trouvée en 1839 sur le plateau d’ Alise, l’an- •
Cïienne Alesia, n’est peut-être pas sans rapport avec une
ancienne divinité de source médicinale :
MARTIALIS- DANNOTALI
IEVRV- VCVETE- SOSIN
CELICNON ETIC
GOBEDBI- DVGIIONTIIO
VCVETIN
(1) Voir p. 285.
IN ALISI IA
208
LA GA U LL THERMALE
Pour Allmer (1), la déesse ou le dieu Ucuetis est à chercher
dans quelque particularité locale d’Alise, probablement dans
quelqu’une de ses sources minérales. Après avoir exposé
l'incertitude de toute interprétation de ce texte, le savant
commentateur conclut ainsi : « Ne pourrait-on proposer,
à tout hasard sans doute, ceci ou quelque chose d’ap-
prochant : « afin que (les dons) glorifient Ucuetis dans
« Alise ? * Il s’agirait des dons ou actions de grâces de per-
sonnes guéries par la vertu des eaux de la fontaine adorée à
Alise sous le nom d’Ucuetis, et rendue plus accessible par les
améliorations de Martialis. Ce n’est ni plus ni moins aventuré
que tout ce qui a été imaginé déjà, mais avec quelque chance
cependant, en s’appuyant sur des particularités locales con-
nues, de s’approcher peut-être davantage de la vérité. »
Tutela-Nehà. — Une inscription de Dax est consacrée à la
très sainte Tutèle :
TVTELAE
SANCTISS
CHRYSAN
Corpus I. L., XIII, 411.
Selon toutes probabilités, ainsi que le pense M. Jullian(2), la
(1) Revue épigraphique, n° 118, juillet 1905-juin 1906, p. 177. — Voir
aussi Pro Alesia. Revue mensuelle dès fouilles A’ Alise, n° 5, novem-
bre 1906, p. 71 et 77.
(2) Note sur l'origine des Déesses Tutelles dans le sud-ouest de la Gaule.
Congrès archéologique tenu à Agen et Auch, 1901.
Pour M. Jullian, le culte des Tutelles doit son origine à la religion des
sources.
Il cite, entre autres preuves, l’inscription suivante existant au Mas-
d’Agenais :
TVTELAE- A VG
VSSVBIO- LABBVM
SILVINVS- SCI
PIONIS- F- AN
TISTES- D
Le monument consacré étant un labrurn, un bassin, il est très vrai-
semblable que le dieu était un génie de source et de fontaine. Tel est
aussi l’avis de Greppo (op. cit., p. 141 à 143), qui reconnaît ici un dieu
topique, Ussubius, protecteur d’une source qu’il place à la station d’Us-
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
209
divinité tutélaire d’Aquce Tarbelhcœ devait être la Fontaine-
Chaude. La Tutela dacquoise s’identifierait ainsi avec la
source divinisée.
Il faut tenir également pour à peu près certain, bien
qu’aucun texte épigraphique ne nous en ait donné la preuve
absolue, que la source chaude devait également porter le nom
d'une divinité protectrice, Neha. analogue à la lutèle. Ce
nom se retrouve sans changement dans les documents latins
du moyen âge, et, modifié dans sa terminaison, il a donné la
dénomination Nèhe, sous laquelle la fontaine est encore
connue aujourd’hui. « Que la Fontaine-Chaude soit curée, dit
Taillebois (1), et on y trouvera des monuments votifs à la
déesse guérissante. »
Le même auteur a fait justement remarquer que ce nom de
Nèhe, avec toutes ses variantes : Nez, Néez, Nées, Nest, Né,
Nay, s’applique partout à des cours d’eau, à des fontaines, à
des endroits maritimes, et M. Jullian(2) l’a rapproché de celui
de la déesse Nehalennia. adorée dans la région du Rhin, qui
devait être une divinité de source.
Cernunnos. — Devons-nous comprendre dans notre Olympe
thermal le dieu foncièrement gaulois Cernunnos, que nous
voyons représenté, le chef orné de cornes de cerf, sur un cer-
tain nombre de bas-reliefs trouvés en divers points de la
Gaule ? 11 semble bien probable que ce dieu, comme beau-
coup de ses congénères gaulois, était une divinité de sources,
subium, portée à l’Itinéraire d’Antonin, sur la voie de Bordeaux à Agen.
Une autre inscription à la déesse Tutelle, découverte récemment à
Lourdes, et publiée dans la Revue des Hautes-Pyrénées, 1907, p. 60, est
ainsi conçue : Tutelœ pro sainte, iustini. iul. pa(t)ris V. S. L. M. « 11 me
paraît probable, dit M. Jullian ( Revue des Etudes anciennes, t. IX, n° 2),
que cette Tutelle était la source sacrée de Lourdes, non pas celle d’en
bas, du Gave et de Bernadette, mais celle d’en haut, de la vieille ville.
Voilà les deux cultes rivaux, païen et chrétien, face à face, celui-ci dans
sa splendeur, celui-là dans ses ruines, et tous deux attachés à une
source. »
(1) Quelques mots sur le nom de Nèhe que porte la Fontaine-Chaude de
Dax. Bulletin de la Société de Borda, 26 année, 1887.
(2) Note sur la topographie de Dax gallo-romain. Revue des Études
anciennes, 1901, p. 211 et suiv.
14
210
LA GAULIv THERMALE
mais je ne crois pas qu’il ait été jusqu’à présent, découvert
aucune de ses images auprès de fontaines à vertus médicales.
Un archéologue de Moulins, M. Pérot (1), a été plus loin
et, se fondant sur la présence d’un personnage cornu sur un
certain nombre de fragments de poteries rouges, provenant
des officines de la vallée de l’Ailier et trouvées à Vichy,
Royat et Néris, le considère comme la représentation du
Cermmnos, qui serait, d’après lui, « le génie des eaux miné-
rales et thermales, le dieu populaire de nos antiques stations
balnéaires. »
Cette assertion me semble, je l'avoue, singulièrement hasar-
dée. 11 y a lieu de se demander, d’abord, si des représenta-
tions de dieux indigènes ont jamais figuré sur les vases sigillés
du centre et du sud de la France, exécutés avec des moules,
ou sur des motifs et des dessins de provenance étrangère. Je
remarque, en outre, que certains de ces personnages cornus
portent le caducée de Mercure; que d’autres ont des jambes de
bouc, détails qui semblent bien les identifier avec des divinités
venues de l’autre côté des Alpes (2). En résumé, les preuves
me paraissent trop peu décisives et les raisons de douter trop
sérieuses pour que je puisse admettre, actuellement du moins,
une relation aussi étroite entre les représentations en question
et les sources thermales auprès desquelles ont été trouvés les
fragments de vases qui les portent.
Épona. — De même la déesse Épona, qu’on représente à
cheval et dont on a fait la protectrice des chevaux et des écu-
ries, ne fut-elle pas aussi, dans une certaine mesure, une
divinité de source? Cette terminaison ona, si fréquente dans
les noms de fontaines et de cours d’eau, ne la rattache-
(1) Revue médicale du Mont-Dore, 7e année, n° 1, avril 1906 (figures).
(2) M. Déchelette, dont le nom fait justement autorité en matière de
céramique gallo-romaine, a bien voulu me donner son sentiment sur
cette question. Pour lui, le pseudo-Ccrnunnos des vases de l’Ailier est un
Pan. « On ne trouve jamais, ajoute-t-il dans sa communication, la
moindre divinité indigène sur les vases sigillés de cette région. Il n’y a
d’exception que pour une fabrique de la vallée du Rhône et pour les
vases en terre grise de la région du Nord. »
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 211
-elle pas à notre groupe spécial cle divinités? M. S. Rei-
îach ne semble pas éloigné d admettre cette hypothèse,
u laquelle il consacre un raisonnement des plus ingé-
nieux (1) : « En Gaule, dit-il, comme en beaucoup d’autres
oays, la source jaillissante a été assimilée à un animal impe-
ueux et rapide, en particulier au cheval. Épona a été d a-
>ord, non la source du cheval, mais la source-cheval, repré-
sentée par une cavale. Avec les progrès de 1 anthropomor-
ohisme, on mit une femme sur le cheval et la source-cheval
levint la déesse équestre, protectrice des chevaux et de leur
uultiplieation. »
Si, comme je le pense d’ailleurs, la protection des sources
ut un des rôles dévolus à Épona, nous pourrions rattacher à
son culte, au point de vue thermal, un bas-relief découvert à
Luxeuil, un autre à Néris, et un groupe de même provenance,
n° 31635 du musée de Saint-Germain), décrits dans les excel-
lents catalogues d’Éponas donnés par M. S. Reinach dans
la Revue archéologique (1895, 1898, 1899 et 1902).
Y
Nous résumons ci-dessous le chapitre précédent, en indi-
:r {uant, pour chaque divinité, le nombre de textes épigra-
Iphiques, trouvés aux environs de sources ou dans les stations
thermales, qui mentionnent son nom, soit seul, soit accolé à
i un surnom ou associé au nom d’autres divinités. Il est bien
présumable que quelques-unes des inscriptions relatives h ces
; divinités protectrices des fontaines salutaires ont pu nous
échapper, mais le champ des recherches, en pareille matière,
est tellement étendu que des omissions de ce genre, dont nous
nous excusons par avance, sont à peu près inévitables.
(I) Nouvelles Éponas. Revue archéologique, 4e série, t. II, juillet-
décembre 1903, p. 348.
LA GAULE THERMALE
Apollon, seul 2
Apollon Toutiorige \
Apollon, avec Borvo et Damona \
Apollon, avec Sirona 2
Apollon avec Sirona et les Nymphes 1
Apollon, avec les Nymphes « Volpinis » \
Esculupe , avec Hygie \
Hercule, avec Silvain et Mercure 1
Jupiter, seul 3
Jupiter Sabasius \
Jupiter Beisiris 1
Jupiter Dolicocenus 1
Jupiter, avec Junon 1
Mars, seul 1
Mars Vorocius 1
Mars Bolvinnus 1
Mars Bolvinnus, avec Duna 1
Mars Arixo .... 1 1
Mars, avec Vénus et Mercure 1
Mars, avec les Nymphes 1
Mercure, seul 7
Mercure Alaunus 1
Mercure Cissoniüs 1
Mercure, avec les Nymphes 1
Mercure, avec Mars et Vénus 1
Mercure, avec Hercule et Silvain 1
Neptune, seul 2
Neptune, avec les Nymphes 1
Panteo, avec Hercule, Mercure et Silvain 1
Silvain, seul 1
Silvain, avec Hercule et Mercure 1
Vulcain, seul , 1
Diane, seule 4
Diane Abnoba 1
Diane Mattiaca 1
Hygie, avec Esculape 1
/sis, seule 1
Junon, avec Jupiter 1
Mère des Dieux, seule 2
Minerve, avec les Nymphes 1
Cornedovœ 1
Diis inferis 1
Dominer 1
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
213
Junones
Matres
Nymphes, seules
Nymphes Griselicis
Nymphes Perçernibus?.
Nymphes Volpinis, avec Apollon
Nymphes, avec Mercure
Nymphes, avec Neptune
Nymphes, avec Mars
Nymphes, avec Minerve
Nymphes, avec Apollon et Sirona . . .
Æreda
Agho
Albius, avec Damona
Arixo , seul?
Arixo, avec Mars?
Borw, Bormo, Bormanus, seul
Borvo et Damona
Apollo Borvo et Damona
Borvo et
Brida, avec Lussoius
Buaicorix
Damona, seule
Damona, avec Borvo
Damona, avec Apollo Borvo
Damona, avec Albius
Duna, avec Mars Bolvinnus
Ibosus
Ilixo
Iluni
Ivaus
Lex
Lussoius, avec Bricia
Nerius
Sirona, seule
Sirona, avec Apollon
Sirona, avec Apollon et les Nymphes
. . . Iton.e ?
Niska ?
Ucuetis ?
Tutela ?
1
1
24
1
1
1
1
1
1
1
1
1
2
1
1
1
6
11
1
1
2
1
1
11
1
1
1
6
. 2
1
1
2
4
2
1
1
1
1
1
1
I
CHAPITRE III
I. Représentations figurées des divinités des sources. — II. Lieux
de culte dans les stations thermales ou près des sources. — III. Temples
médicaux.
I
Si les inscriptions nous ont révélé en assez grand nombre
les noms des divinités protectrices de nos sources, nous
sommes loin d’étre aussi bien partagés au point de vue de
leurs représentations figurées, qui sont, au contraire, d'une
excessive rareté. Les dévastations sauvages des Barbares, les
destructions systématiques des premiers chrétiens, désireux
d’abolir les traces matérielles d’un culte abhorré (1), ont été
funestes aux statues qui ornaient les édifices thermaux, ou
qui s’abritaient sous les voûtes des temples ou les toitures
légères des sacella. Puis est venue, plus tard, l’exploitation
plus ou moins méthodique des ruines que le hasard faisait
découvrir, avec la dispersion et la disparition souvent défini-
tive des oeuvres d’art et des fragments les plus précieux qui
revoyaient la lumière.
Nous nous bornerons à signaler brièvement un certain
nombre d’effigies, existant encore ou disparues, de dieux de
la mythologie latine dont nous avons pu constater le caractère
médical, tout au moins occasionnel, en réservant quelques
(1) Alors même que les Pères recommandaient de conserver les temples
qui pouvaient être utilisés, ils ordonnaient la destruction des statues qui
y étaient contenues : « Fana idolorum destrui minime debeant, dit saint
Grégoire le Grand; sed ipsa, quœ in eis sunt, idola destruantur. »
215
i
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
indications plus complètes pour les rares représentations de
divinités où nous pouvons saisir un rapport plus direct entre
le monument figuré et les attributions thermales de l’être
divin dont il présentait l'image.
Néris ne possède plus que quelques fragments très frustes
de sculptures, réunis sous le péristyle de l’établissement ther-
mal. Parmi les anciennes œuvres d’art disparues, on a con-
servé le souvenir de deux statues en bronze : une Diane, en
pied, accompagnée d’un chien, qui fut vendue, en 1780, à des
officiers hollandais, et un Mercure portant le caducée, qui,
vers la fin du dix-huitième siècle, passa au cabinet de l’Ab-
baye Sainte-Geneviève, à Paris.
Bourbon-Lancy devait posséder de véritables richesses
artistiques. Outre une statue actuellement conservée au musée
d’Autun, une autre qui aurait été envoyée au Louvre, au
musée des Antiques, les anciens chroniqueurs parlent de
douze statues, enlevées sur l’ordre de Richelieu, et de quatre
autres, qui auraient été transportées de la piscine voisine du
Bain Royal « à la maison royale de Fontainebleau ». Du
même lieu, Greppo signale également, d’après le docteur
Robert, un Mercure en bronze, de deux à trois pieds de hau-
teur, transporté à Autun, sur lequel je n’ai pu avoir aucun
•renseignement.
A Bourbonne, une ancienne tradition rapporte la décou-
verte, au château, de deux statues en marbre blanc, représen-
tant les divinités protectrices Borvo et Damona, mais le doc-
teur Renard fait observer qu’il n’y a aucune preuve bien
assise de la découverte de ces statues, dont la disparition est
entourée d’autant de voiles que leur trouvaille elle-même.
Luxeuil devait abonder en œuvres sculptées, car le moine
Jonas, dans la Vie de saint Colomban déjà citée, fait allusion
à cette multitude de statues, imaginum lapidearum densitas,
entourées par les païens d’un culte profane et honorées d’exé-
N
crables cérémonies. Les récits des fouilles ont mentionné la
découverte dans cette station de quelques fragments de sta-
tuaire ayant pu appartenir à des représentations de divinités,
216
LA GAULE THERMALE
entre autres, en 1763, un torse attribué à un Mercure gaulois,
et, en 1784, des statues de personnages dont la tête était sur-
montée d’un croissant (?) (1).
Aix-les-Bains a fourni des fragments d’une statue d’ilercule
en marbre blanc.
A Aix-en-Provence, Rouard signale la découverte, en 1766,
d’une petite statue en bronze de Bacchus et d’un petit buste
d’Apollon; en 1839, d’une statue de Priape grandeur nature
avec emblèmes ithyphalliques, et, en 1842, d’une statuette en
marbre représentant vraisemblablement Esculape. La pré-
sence dans les thermes ou dans leur voisinage de plusieurs
représentations phalliques dont nous parlerons tout à l’heure
et le caractère spécialement médical d’Esculape permettent de
supposer que les images de ces deux dernières divinités
n’étaient pas sans quelque rapport avec les eaux thermales du
lieu.
Parmi les représentations sculptées qu’on peut attribuer
aux divinités des sources, une seule, celle de Sirona, nous est
parvenue avec une garantie absolue de précision, par l’asso-
ciation de son nom et de son image. L’inscription que nous
avons citée (2) figure au-dessous de la représentation, en bas-
relief très méplat, d’un buste de femme, aux cheveux épars,
le cou orné du torques, ayant une vague ressemblance avec
l’Artémis orientale. La figure, d’une exécution assez grossière,
est encastrée dans une sorte de niche (fig. 11). Cecippe, décou-
vert en 1751 à Sainte-Fontaine (3), près du village de Mer-
lebach, passa de la collection de Schœpflin à la Bibliothèque
de Strasbourg, où il fut détruit lors du bombardement de 1870.
Il en existe des moulages au musée de sculpture comparée du
Trocadéro et au musée de Saint-Germain.
Aux Fumades, les fouilles de 1876 ont mis au jour plusieurs
représentations des Nymphes, dont le culte local nous est
(1) Chapelain, Propriétés phtisiques... des eaux de Luxeuil.
(2) Voir p. 195.
(3) Bulletin de la Société d’archéologie et d’histoire de la Moselle, t. VII,
1864. Communication de M. Prost.
t
I
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 217
révélé par de nombreuses inscriptions. La plus importante
fieure en bas-relief sur un autel de Om. 63 de hauteur sur
0 m. 38 de largeur. Dans la partie inférieure, la déesse de la ,
source est représentée sous la figure d’une femme demi-nue,
accoudée, du bras gauche, sur une urne fluente d’où s’échap-
pent les eaux salutaires. Au-dessus d’un cintre formant enca-
drement, des bustes nus de Nymphes, au nombre de trois.
Fig. 11. — BUSTE DE SIRONA.
Photographie d'après le moulage du musée du Trocadéro.
Un autre autel affecte la forme d’un petit temple, avec
pilastres et fronton. Dans ce cadre sont représentées debout
trois Nymphes demi-nues, tenant chacune à deux mains au
devant d’elle une vasque en forme de coquille cannelée. Leurs
chevelures se déroulent sur leurs épaules et retombent en
boucles au-dessus des seins ; leurs bras sont ornés de bracelets.
Un troisième autel, anépigraphe, en forme d’édicule, est orné
218
LA GAU LL THERMALE
d’un bas-relief représentant trois divinités debout, ayant la
pins grande analogie avec les Maires, dont on connaît de nom-
breuses images. « La figure centrale tient au-devant d’elle
une vasque dans laquelle le personnage de gauche semble
verser le contenu d’une urne, tandis que celui de droite porte,
sur son bras gauche, une corne d’abondance et paraît aussi
déposer, dans la vasque du personnage central, un objet qu’il
tient à la main et dont il serait difficile de préciser la nature.
Ces trois figures de femmes, coiffées d’abondantes chevelures
et complètement vêtues de la tunique (stola) et de la toge, doi-
vent aussi représenter les Nymphes des sources. » Si, par
suite de l’analogie signalée plus haut, on veut reconnaître
dans cette triade, non pas des Nymphes, mais des Matres,
elles ne se rattachent pas moins au culte de la source, puisque
ces dernières avaient certainement quelquefois le caractère de
divinités protectrices des malades, ce qui permet d’admettre
qu’elles jouaient quelquefois en Gaule un rôle analogue à
celui des Nymphes dans la mythologie romaine fl) (fi g. 12).
On peut utilement rapprocher ces représentations d’une
figure donnée par Spon (2), d’après un has-relief représen-
tant six divinités : Diane, trois Nymphes, Sylvain et Hercule,
facilement reconnaissables à leurs attributs. Les Nymphes
sont représentées debout, nues jusqu’à la ceinture, et tiennent
chacune une coquille qu’elles supportent de leurs deux mains.
Au-dessous se lit l’inscription suivante :
TI- CLAVDIVS ASCLEPIÀDES
ET CAECILIVS ASCLEPIADES
EX VOTO NYMFABVSD- D
La consécration de ce petit monument par deux Asclépiades
ne permet guère de douter que les divinités invoquées n'eus-
sent un caractère médical. Nous savons, d’ailleurs, que Diane,
Hercule et Sylvain sont parmi les personnages sacrés dont on
(1) Charvet, les Fumades : 2e rapport. Mémoires et comptes rendus
de la Société scientifique et littéraire d’Alais, t. X, 1878.
(2) Miscellanea eruditœ anliquitatis. Art. VIII. De Nymphis et fontium
geniis.
219
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
rencontre les noms autour des sources thermales. Sur un autre
monument figuré à la page 31 du même recueil, les Nymphes
Fig. 12. — SOURCE ROMAINE, AUX FUMA DE S.
Plusieurs des petits monuments extraits du puits sont enchâssés
dans la rocaille.
Communiqué par M. le Directeur de l’établissement des Fumades.
«
sont également représentées au nombre de trois, tenant
d’une main une feuille de plante aquatique et de l’autre une
urne d’où s’écoule de l’eau. Les déesses sont encadrées d’un
220
LA GA U LL THERMALE
côté par un serpent, de l’autre par une figure d’homme fai-
sant une libation sur un autel. Au-dessous figure l’inscription
suivante :
NVMINI NYMP1IARVM • AüVAIt
AVGVSTALES' AVG- G- GLIB
A Bourbonne, dans une des salles des thermes où se trou-
vait une piscine, existaient deux niches cintrées, peu pro-
fondes, dont une seule a été déblayée. On y a trouvé un buste
de femme, à peu près grandeur
nature, en bronze creux, por-
tant des traces de dorure, forte-
ment corrodé et d’un beau tra-
vail. Les cheveux, partagés en
deux bandeaux sur le front,
forment chignon sur la nuque (1).
Sommes-nous là en présence de
B effigie de Uamona, dont le nom
revient souvent, dans les ins-
criptions de Bourbonne, associé
à celui de Borvo, qui avait peut-
être son buste dans l’autre niche,
restée en dehors des fouilles?
Toute supposition à cet égard
est du pur domaine de l’hypo-
thèse, mais il faut avouer que celle-ci n’a rien que de très
vraisemblable (fig. 13).
A Gissy-le-Yieil, une statue découverte et décrite par
M. Morelot (2) semble bien en rapport avec l’autel votif por-
tant l’inscription à la déesse Rosmerta (Y. p. 161). Le carac-
tère de la statue, qui représente une femme couchée, demi-
nue, à chevelure abondante, le lieu où elle se trouvait, près
(1) Le buste est conservé au Cabinet des Médailles et Antiques de la
Bibliothèque nationale.
(2) Compte rendu des travaux de l’Académie des sciences, ai ts et belles-
lettres de Dijon, 1843-1844. Notice sur un autel votif, et sur la déesse
Rosmtœ, trouvés à Grisseij-le- Vieil, canton de Vitteaux.
Fig. 13. — BUSTE DE DAMONA (?)
TROUVÉ A BOURTiONNE-LES-B AINS.
Cliché de M. Gauvain.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
221
des ruines d'un édifice qui semble avoir appartenu incontesta-
blement à des thermes, et dans le voisinage de sources ancien-
nement consacrées et restées l’objet de superstitions popu-
laires, sont de fortes présomptions pour l'identifier avec une
de ces divinités protectrices de sources salutaires. Nous
savons, d'ailleurs, par ce que nous avons dit plus haut lorsque
nous avons signalé l'inscription de Gissey, que Mercure et sa
parèdre Rosmerta étaient devenus des divinités secourables,
auxquelles les malades et les convalescents adressaient leurs
vœux.
Sur la coupe d’Otanez (1), la source d’Umeri est représentée
sous la figure d'une femme à demi couchée, ayant le torse nu,
les jambes couvertes d’une draperie, et appuyée du bras
gauche sur une urne d’où l’eau coule en bouillonnant sur un
rocher.
Dans la cour de l’établissement thermal de Vittel, ont été
recueillis quelques débris de sculptures provenant d’un édi-
cule qui devait s’élever auprès de la source appelée aujour-
d'hui Source salée, et notamment une statue de femme nue,
dont le bras droit replié rappelle le geste des divinités sor-
tant de l’onde et tordant leurs cheveux (fig. 14). Il est de
toute vraisemblance que cette statue était celle de la divinité
protectrice de l’onde minérale. « Sa nudité, dit le docteur
A. Fournier (2), offusqua la pudeur d’une naïve religieuse qui
la mutila; puis cette malheureuse divinité servit de couverte
à une fenêtre de maison en construction à Vittel ; c’est là que
M. A. Bouloumié, directeur de l’établissement, alla la repren-
dre, pour la placer dans la cour des bains, où on peut la voir
avec d’autres restes de sculptures, provenant également du
même monument. »
A Vichy, en 1838, on a rencontré, en fouillant un puits, un
objet du plus haut intérêt : c’est un tronc à offrandes sur-
monté d’un buste, le tout en terre cuite,- conservé actuelle -
(1) Voir p. 33.
(2) Vittel. Bulletin de la Société iihilomalique des Voscjes, 23(‘ année,
1897-1898.
LA GAULE THERMALE
900)
£t «j *j
ment au musée départemental de Moulins, et dont il existe un
moulage au musée de Saint-Germain-en-Laye. Le tronc est
formé par un coffret, décoré d’arcatures sur sa face antérieure
et portant a sa lace postérieure une petite porte pour retirer
Fig. 14. — ANTIQUITÉS TROUVÉES A VITTEL.
Communiqué par la Société générale des Eaux minérales de Vittel.
les pièces de monnaie, qu’on introduisait par une petite fente
placée à Lune des extrémités de la partie supérieure. A coté
de cette fente, sur une base circulaire, s’élève un buste de
jeune dieu, à figure souriante, les épaules couvertes d'une
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
223
draperie et la tète ceinte d’une couronne de lotus (fig. 15). Il
est très vraisemblable qu’il faut voir dans cette figure un
Apollon guérisseur, dont la présence se lie aux eaux ther-
males du lieu. La couronne de lotus « plante sacrée qui se
montre à la surface des eaux lorsque
le soleil se lève, et s’y replonge quand
l'astre passe à l'horizon », semble
bien désigner le dieu de la lumière,
dont la mythologie gallo-romaine avait
fait aussi le dispensateur de la santé.
Tudot (1), Blanchet (2), Pérot (3)
adoptent cette identification. Toute-
fois, M. de Longpérier (4) y voit plu-
tôt l’hommage rendu à un jeune César,
dont l’image aurait été consacrée et
admise parmi les divinités tutélaires.
L'attribution à Apollon, dieu médical,
nous semble infiniment plus vrai-
semblable, mais, quoi qu’il en soit, il
s’agit là bien certainement d’une divi-
nité à laquelle s’adressaient des vœux
et qui recevait des offrandes. L’asso-
ciation du buste et du tronc démontre
que cette image ne faisait pas partie
d’un laraire privé, mais bien d’un
édifice où le public était admis et appor-
tait ses dons ; aussi ce n’est pas aller
trop loin dans le champ des conjec-
tures que de voir dans cette élégante
figurine la représentation d’un protecteur divin, dont le sanc-
Fig. 15.
BUSTE D’APOLLON SUR TRONC.
Dessin de Piébourg, d’après une
photographie.
(1) Collection de figurines en argile, œuvres premières de l’art gau-
lois.
(2) Etude sur les figurines en terre cuite de la Gaule romaine, 1891.
(3) Apol Ion, dieu tutélaire de Vichy. Le Centre médical et pharmaceu-
tique, 1er septembre 1897.
(4) Recherches sur les récipients monétaires. Revue archéolooiaue
1868-1869. '
LA GAULE THERMALE
22 l
tuaire était établi près de la source thermale, et où les ma-
lades venaient implorer leur guérison et déposer leurs
offrandes.
Dans son ouvrage sur les figurines en argile que nous avons
déjà cité, Tu dot donne le dessin d’une statuette en terre cuite,
trouvée à Beaune, près de Montluçon, conservée au musée de
Moulins, et la décrit ainsi : < C’est une nymphe qui tient un
vase d’où s’échappe une source d’eau... Trois petits génies
l’accompagnent : l’un est penché sur son épaule et s’occupe
des ornements de la coiffure; l’autre, dont le corps est en
grande partie brisé, ajustait sans doute le vêtement; le troi-
sième se tient aux pieds de la déesse, il semble heureux de la
félicité de cette nymphe bienfaisante. » Tudot voit dans cette
statuette la figure allégorique de la source de Néris, « de cette
déesse dont la puissance réparatrice des forces usées était sur-
tout vénérée dans la vallée du Cher. »
Cette interprétation peut sembler hasardée, car la disposi-
tion de cette petite composition la fait ressembler singulière-
ment aux groupes connus sous le nom de « Toilettes de Vénus »,
et dont M. Blanchet a publié notamment un exemplaire du
plus haut intérêt, provenant précisément de la station ther-
male de Saint-Honoré.
Même incertitude pour un autre bas-relief trouvé à Néris,
représentant un homme assis, avec un bandeau sur la tête,
accosté d’une figure demi-nue, qui s’appuie contre lui et lui
pose la main sur la tête. L’homme a dans sa main droite une
bourse pleine et retient de la gauche un serpent à tête de
bélier. M. de Laigue (1) semble incliner à identifier ce person-
nage avec un dieu local des eaux, ayant pour attribut le ser-
pent consacré aux divinités médicales, et associé à une pa-
rèdre semblable à l’Epione ou à l’Hygie dont on voit souvent
Esculape accompagné. Dans cette hypothèse, la bourse pleine
aurait représenté le stipes consacré aux sources bienfai-
santes.
(1) Mémoire sur plusieurs antiquités trouvées à Néris. Mémoires de la
Société des Antiquaires, t. XLIX, 1889.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 225
Pour M. A. Bertrand (1), ce serait tout simplement un Mer-
cure. le serpent à tête de bélier étant un des attributs de la
divinité gauloise identifiée à Mercure par les Romains.
M. Coudert-Lavillatte, dans son étude sur les Bains
d’Évaux (2), signale une petite statue mutilée, trouvée au
milieu des ruines des thermes, et représentant Une femme,
dont il ne reste plus que le buste, couchée sur un lit de repos,
une main posée à côté de la tête. « On n aurait pu, dit-il,
donner une attitude plus convenable à la divinité des bai-
gneurs » : aussi pense-t-il que cette image a pu représenter la
déesse Ovahana qui, d’après Barailon, était très vénérée au
centre des Gaules, surtout à Evahon. L’hypothèse semble ici
se donner trop librement carrière, et, jusqu’à nouvel ordre,
c’est au dieu Ivaus, dont nous connaissons authentiquement
le nom, que nous réserverons le titre de divinité protectrice
r
des sources d’Evaux.
Dans l’ordre des simples présomptions, nous placerons
encore une statue découverte à Bourbon-PArchambault, à
laquelle manquent la tête et les pieds, et qui représente un
homme vêtu d’une penula étroite, relevée dans les mains
pour soutenir des fruits. Est-ce le dieu Borvo ou l’un de ses
génies bienfaisants, comme le pensent quelques archéologues;
ou bien le dieu Pan, comme le croient MM. Barbier de Mon-
tault et l’abbé Clément? Aucune des deux attributions propo-
sées ne peut s’appuyer sur rien de bien concluant.
A Chassenay, le puits où a été découverte l’inscription sur
un vase de bronze consacrée au dieu Albius et à Damona (3),
contenait également des débris d’une statue de marbre repré-
sentant un personnage dont le bras était entouré d’un ser-
pent (4). Il s’agit évidemment là de divinités ayant un carac-
tère médical, mais cette statue représentait-elle l’une des
(1) L’autel de Saintes et les Triades gauloises. Revue archéologique ,
40e vol., 1880, p. 14, figure, p. 16.
(2) Mémoires de la Société des Sciences naturelles et archéologiques de la
Creuse. 1838-1847.
(3) Voir p. 194.
(4) Allmer, les Dieux de la Gaule celtique. Revue épigraphique , t. III.
15
226
LA G A U L K THERMALE
divinités protectrices que nous révèle l’inscription, ou bien un
Esculape ou une llygie dont l’image se trouvait dans le temple
consacré à Albius et à Damona? Rien ne peut nous éclairer
sur ce point. Le serpent est l'attribut général d’Escidape et
d llygie, mais il n’est pas impossible que cet emblème ait été
également attribué à des divinités de sources, dont l’aide était
invoquée pour la guérison des maladies (1).
Allmer (2) mentionne également la découverte dans la
source thermale de Maizières, à 5 ou G kilomètres de Chas-
senay, d’une statuette en bronze représentant un personnage
assis sur un rocher, peut-être l’image de la source divinisée.
Bégin (3), parle d’un autel à quatre faces, trouvé à Nieder-
bronn, portant les figures de Mercure, Apollon, Minerve et
Hercule, ou peut-être, ajoute-t-il, de divinités topiques in-
connues.
Enfin, mentionnons en terminant des représentations sym-
boliques d’une nature particulière, découvertes à Aix-en-Pro-
vence dans le voisinage des bains.
La première, trouvée en 1705 dans les décombres d’anciens
thermes, était « un bas-relief en pierre, d’environ 3 pieds de
long sur 2 de hauteur, représentant un autel, sur lequel le
symbole de Priape est étendu, chargé de ces trois lettres :
I II C ; au plan de cet autel s’élève de chaque côté une espèce
de flamme » (4).
Plus tard, en 1818, on découvrit, dans un jardin voisin des
bains, un piédestal en pierre, sur le devant duquel était
sculpté en demi-relief un phallus soutenu par deux pieds de
bouc (5).
(1) Une statue en pierre, grandeur naturelle, provenant du Temple des
sources de la Seine, nous présente aussi l’image d’un homme, ayant à
sa gauche un serpent, et un arc dans sa main droite, généralement
identifié avec un Apollon guérisseur.
(2) Allmer, les Dieux de la Gaule celtique. Revue épigraphique, t. III.
(3) Histoire médicale du sud-est.
(4) L.-J.-M. Robert, Essai historique et médical sur les eaux thermales
connues sous le nom d'Eaux de Sextius. 1812.
(5) L. P. D. S. V., Description des antiquités , monuments et curiosités
de la ville d’Aix. 1818.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
227
Comme nous avons pu le constater déjà, d’après des ex-
-voto trouvés près de certaines sources, la guérison de la sté-
rilité et de l'impuissance devait être au nombre des faveurs
qu’on venait solliciter de leurs divinités protectrices. Les eaux
le ces sources étaient vraisemblablement l’objet d’un vend-
able culte spécial, cpii se traduisait par l’offrande d’images
phalliques, sur lesquelles nous aurons à revenir lorsque nous
îous occuperons des offrandes cà caractère médical. Cependant
•es phallus d’Aix, et peut-être aussi l’objet du même genre,
en marbre blanc incrusté dans du marbre rouge, qui fut décou-
vert, en 1854, dans les ruines d’une chambre souterraine des
hernies d’Aix-les-Bains, ne nous paraissent pas avoir ce
caractère d’objets votifs et seraient plutôt, pour nous, des
•représentations figurées, sous forme symbolique, d’une divi-
îité à attributions particulières invoquée auprès de certaines
sources.
II
Les vestiges des temples découverts dans les anciennes cités
hermales ne présentent rien de bien particulier au point de
ue spécial qui nous occupe, sauf au Mont-Dore, et peut-être
Bourbonne et à Montbouy, où la situation de ces édifices les
e d’une façon directe et intime aux thermes eux-mêmes.
1 fans les autres stations, on ne peut établir entre les sources
t les lieux de culte d’autres rapports que ceux que permet
’admettre la vraisemblance de la consécration, dans ces mi-
eux spéciaux, des édifices sacrés, ou de quelques-uns d’entre
- ux tout au moins, aux divinités des sources thermales. Nous
1 pus bornerons donc à résumer ce que nous savons sur ces
difices en quelques mots, que nous placerons ici, afin de
éunir en un seul chapitre tout ce qui a trait à la religion et
u culte pratiqué dans les cités thermales ou auprès des
ources.
228
L A. GAULE THERMALE
Au Mont-Dore, le temple se présente comme accolé à l’édi-
fice thermal, auquel il était relié par sa partie antérieure (lt.
C'est dans le cours de l’année 1824 que ses restes furent
découverts sous des maisons particulières que l’on venait de J
démolir. L’édifice était orienté de l’est à l’ouest; on y accédait
par cinq marches, et, lors de la découverte, plusieurs tron-
çons de colonnes et les murs de la cella étaient encore debout
sur une hauteur de près d’un mètre. La pierre angulaire du
fronton, plusieurs pierres de l’entablement, un aigle aux ailes l
éployées et les débris d’une statue équestre furent recueillis
dans les ruines. Une mosaïque en pierres de taille a été >
placée à fleur de terre à la place qu’occupait le monument,
pour en indiquer les contours et la distribution (2).
Le temple du Mont-Dore était un Panthéon, consacré à tous '
les dieux. D’anciens registres terriers du quinzième siècle par-
laient déjà de ce monument.
Un médecin, le docteur J. Mate, qui écrivait en 1616 (3), le :
signalait en ces termes : « Plusieurs sources d’eaux chaudes j
qui ont été adjencées pour se baigner... depuis le temps que i
les Romains, sous l’empire des Césars, subjuguèrent les
Gaules, ainsi que... les pierres tout entières çà et là éparses 1
du vieux Panthéon le tesmoignent assez, et mesme de toute ]
mémoire on a appelé le Bain-Bas la Croix du Panthéon. »
Jusqu’en 1789, un quartier du Mont-Dore avait conservé le :
nom de Tellement du Panthéon. Enfin, l’inscription divo pan |
teo, que nous avons citée plus haut, nous renseigne complè- ]
tement sur le culte qui était pratiqué dans cet édifice.
A Bourbonne, l’union était peut-être encore plus intime et le j
sanctuaire était placé au cœur même de l’établissement j
thermal, entre des salles renfermant des piscines et des étuves I
mises à jour lors de fouilles importantes exécutées en 1874 (4). J
]
(1) Voir le plan, p. 401.
(2) Bertrand, Noie sur les antiquités découvertes au Mont-d’Or. — Le ;
Mont-Bore historique et archéologique.
(3) L’Entelechie des eaux chaudes du bourg de Bains, près du Môl-d’Or.
Tulle, 1616.
(4) Voir le plan, p. 460.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 229
« C’était une grande construction, de forme rectangulaire,
ayant, dans œuvre, 30 mètres de long et 25 mètres de large.
Cette salle était partagée en trois parties par deux rangées
composées chacune de cinq colonnes... Dans chaque rangée,
les trois colonnes de l’est mériteraient plutôt le nom de
pilastres; les deux autres étaient montées sur piédestaux et
taillées en forme de cœur (1). » Une porte cintrée donnait
accès dans cette pièce, qui présentait une mouluration très
soignée et dont le sol était pavé de grandes dalles de grès sur
une mince couche de béton fin, avec réserve de petits canaux
d’assainissement. Bien que la situation de cette salle, par rap-
port aux piscines et aux étuves, permette peut-être d’y voir
simplement une sorte d’atrium, de vaste vestibule, sa dispo-
sition architecturale semble bien confirmer l’hypothèse de
M. 1 'ingénieur Rigaud, qui y voyait un temple. En outre, un
tronc en grès, présentant des traces de scellement au plomb, a
été découvert au pied du dernier pilier, à l’est. Une ouverture
creusée dans la partie supérieure formant couvercle permet-
tait d’introduire les pièces de monnaie qu’on apportait comme
offrandes aux divinités protectrices des sources thermales (2)
(fig- 16)-
A Montbouy (Loiret), où l’on retrouve vraisemblablement
l’Aquæ Segestæ de la Table de Peutinger, s’élevait, attenant
presque à l’édifice balnéaire dont il n’était séparé que par un
espace de 2 mètres (3), un bâtiment de 13 mètres carrés, que
M. Dupuis décrit ainsi : « Extérieurement, ce bâtiment est
orné de colonnettes engagées, formées de briques rondes et
de pierres taillées. Le mur offre quatre entrées, dont deux à
1 est et deux à l’ouest. Dans cette première enceinte est con-
tenu un batiment ayant six ouvertures, deux au sud, deux au
nord, une â l’est et une à l’ouest. Le milieu est complètement
vide; elle était dallée de larges pierres dont quelques-unes
(1) Rigaud, Notice sur les travaux exécutés à Bourbonne-les-Bains.
Annales des Mines, 7e série, t. XVII, 1880.
(2) Plusieurs tronçons de colonnes dressées sur leurs socles, ainsi que
le tronc à offrandes, ont été placés dans le jardin des bains.
(3) Voir le plan, p. 478.
230
LA GAULE THERMALE
restent encore. De grandes pierres de taille carrées et repo-
sant Fune sur l’autre, comme les marches d’un escalier,
fondent les panneaux du mur extérieur, dont l’appareil est
d’une régularité et d’une solidité parfaite (1). » Pour l’auteur, il
est difficile de voir là autre chose qu’un temple, des plus
simples d’ailleurs, qui formait un accessoire, une dépendance
de 1’établissement thermal. M. Vachez (2) estime que cette
attribution n’est rien jnoins que certaine, parce qu’on pour-
rait croire, avec autant de vraisemblance, qu’il y avait là
tout simplement une pièce destinée aux baigneurs privi-
légiés.
Dans un autre mémoire publié en 1862 (3), M. Dupuis
signale la découverte des fondations d’un édifice où l’on
remarque, dans la pièce centrale, un massif de maçonnerie
ayant 2 mètres en tous sens, derrière lequel sont alignées six
grosses pierres plates taillées, presque appuyées au mur.
De Gaumont (. Abécédaire cl’ archéologie. Ère gallo-romaine , ;
p. 246) classe cet édifice parmi les temples incertains, M. Du-
puis incline plutôt à le considérer comme un prétoire.
Aix-les-Bains possède encore les restes d’un édifice, com-
pris autrefois dans l’ancien château des marquis d’Aix, devenu
aujourd’hui l’Hôtel de Ville. Cette construction formait un rec-
tangle de 11 m. 94 sur 9 m. 32, dont il reste actuellement trois
côtés. Elle était élevée en pierres de grand appareil, taillées
avec soin et placées par assises, sans autre liaison que des
crampons de fer dont on voit encore la place. Un petit appa-
reil de marbre formait le revêtement intérieur et la muraille
était couronnée d’un entablement d’ordre ionique (4).
(1) Dupuis, VAquis Segeslœ de la carte de Peutinger doit être placé à
Montbouy. Orléans, 1852.
(2) Note sur les bains romains de Monbouis. Congrès archéologique,
Auxerre, 1850.
(3) Nouvelles découvertes à Montbouis. Bulletin monumental, 1862.
(4) Général comte de Loche, Recherches historiques sur les monuments
romains d’Aix-en-Savoie. Mémoires de la Société royale académique de
Savoie, t. III, 1828. — Comte de Loche, Histoire de la ville d'Aix-
les-Bains. Mémoires de V Académie des sciences, belles-lettres et arts de
Savoie, 4e série, t. VII, 1889.
TRONC ET FRAGMENTS D ARCHITECTURE
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PROVENANT DES ANCIENS THERMES DE BOURBONNE
Cliché de M. Humbert.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 233
Abauzit croit que le temple était dédié aux divinités Come-
dovis. Il dit avoir vu en 1729 l’inscription rapportée page 187,
qui aurait été tirée « d’un autel qui subsiste encore, joignant
un ancien temple romain, qui fait aujourd’hui partie du châ-
teau, et qui apparemment était dédié à ces divinités ».
Le général de Loche invoque, pour répondre à la meme
question, la tradition locale qui a constamment attribué l’édi-
fice à Diane. C’est sous cette dénomination, qui ne repose,
comme on le voit, sur aucune base sérieuse, qu’il est encore
désigné aujourd’hui.
Le temple, dont quelques vestiges subsistent encore à Dé-
salignés (Ardèche), semble bien avoir été en corrélation avec
une source minérale, dont l’utilisation à l’époque gallo-
romaine ne peut faire aucun doute. Il est nécessaire d’avoir
recours à d’anciennes descriptions pour se former une idée de
ce qu’était cet édifice, bâti en forme de carré long, en pierres
d’appareil liées entre elles par du mortier. Les murs étaient
renforcés extérieurement par seize contreforts. Une voûte en
berceau terminait l’édifice, qui possédait à l’intérieur une
autre voûte occupant toute sa largeur, et seulement le tiers de
sa longueur. A la hauteur de cette voûte,. une suite de pierres
de 5 pieds de saillie sortaient du mur et paraissaient avoir été
destinées à supporter le plancher d’une sorte de galerie (I).
Il ne reste de cet antique édifice, presque entièrement dé-
truit en 1822, lors de la construction d’un temple protestant,
qu’un des murs latéraux avec ses quatre contreforts, et une
partie d’un autre mur, pourvu également d’un contrefort,
dont on avait fait, au moyen âge, une tour, transformée
depuis en clocher.
Aucun indice n’a pu faire soupçonner à quelle divinité était
consacré ce monument. On y a vu : un temple des druides; un
des deux temples élevés à Mars et à Hercule par Fabius Maxi-
(1) A. Mazox, Notice historique sur Des aigues, 1903. Dans cette
notice, M. Mazon donne deux figures du temple, ainsi que trois descrip-
tions : du comte de Tournon, vers 1730; de l’abbé Soulavie, vers 1780;
de Boissy-d’AngJas, en 1788.
234
LA GAULE THERMALE
mus, après sa victoire sur Bituit ; un temple de Diane. « En
résumé, dit l’érudit historien de l’Ardèche, M. Mazon (op. cil.),
sans nous arrêter plus longtemps à des considérations plus ou
moins ingénieuses, où chacun peut prendre ce qui lui con-
vient, nous conclurons simplement, comme étant le résultat
de l’examen des lieux et de toutes les données connues, que le
monument en question est bien un ancien temple romain,
mais d’une époque indéterminée, et dont la destination parti-
culière au culte de Diane aurait besoin d’être appuyée sur un
témoignage moins incertain que celui des traditions locales. »
Certaines substructions découvertes à Luxeuil ont paru
appartenir à des temples, dont les attributions cultuelles
reposent sur des données assez vagues. En 4763, on mit au
jour, sur la place du Marché, les restes d’un édifice dont on
fit un temple du Mercure gaulois, à la suite de la trouvaille au
même lieu d’un torse de dieu, avec la bourse et le caducée.
Plusieurs fragments de statues de personnages dont la tète
était surmontée d’un croissant, firent considérer des substruc-
tions découvertes en 1784, dans la cour de l’abbaye, comme
les débris d’un temple de Diane. Enfin, d’après Chapelain (1),
une quantité de colonnes et de chapiteaux retrouvés place de
la Baille font présumer l’existence en ce lieu d’un troisième
temple .
Néris , où l’ampleur des ruines atteste l’existence d'une cité
considérable groupée autour des sources, possédait certaine-
ment plusieurs sanctuaires dédiés à leurs génies tutélaires.
Une statue de Diane, en bronze, d’un mètre de hauteur,
trouvée au milieu de débris de colonnes et de tables de mar-
bre, avait fait supposer à Barailon que cette déesse avait un
temple devant la façade de l’établissement thermal (2).
L’abbé Benault, curé de Néris à l’époque de la Révolution,
avait signalé l’existence probable d’un temple, proche du
(4) Chapelain, Propriétés physiques, chimiques et médicinales des eaux
minéro-thermales de Luxeuil, avec quelques recherches historiques, 18o < .
(2) Bahailon, Recherches sur les peuples Cambfovicenses de la Table
théodosienne. Sur l’ancienne ville romaine de Néris, departement de
l’Ailier, 1806.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 235
chemin de Commentry, où aurait été placée l’inscription Nu-
ninibus Augustomm. . . (1), et dont l’autel, élevé de 1 m. 04, et
large à sa base de 0 m. 32, avait été retrouvé. La statue de la
divinité à qui l’autel était consacré était fixée au sommet par
une tige de fer plombée, et celle-ci avait été visiblement
brisée, pour renverser la statue ou l’enlever pour sa valeur
métallique (2). Les fondations de ce temple furent reconnues
lors de fouilles faites en 1867. « Ce temple, à en juger par les
dispositions des fondations composées de maçonnerie scellant
à distances égales des blocs de grande dimension, semblait être
un de ceux formés par une enceinte de colonnes à jour, sans
cel/a. Une fouille faite au centre de cette enceinte, et descendue
jusqu'au terrain primitif, a confirmé cette prévision (3). »
D’autres temples de stations thermales sont infiniment plus
hypothétiques, et nous ne lés mentionnerons, en quelque
sorte, que pour mémoire.
Antérieurement aux découvertes faites à Bourbonne en 1874,
M. Dugas de Beaulieu, dans un Mémoire sur les antiquités de
Bourbonne-les-Bains (4), déclarait avoir constaté dans cette
ville l’existence de trois temples. Le premier, à l’extrémité
nord-est de la colline du château, ne présentait plus que deux
tronçons de colonnes en granit des Vosges, ce qui n’empê-
chait pas l’auteur de le consacrer à Borvo et Damona, dont les
statues, disparues par la suite, auraient été trouvées fort muti-
lées en creusant un puits dans l’enceinte du château. Il ne res-
tait du second édifice que deux tronçons de colonnes en pierre
calcaire, et du troisième qu’un chapiteau corinthien dans
l’église paroissiale.
Ce sont là des éléments d’attribution un peu succincts, et je
partage à cet égard le scepticisme du docteur Renard, lorsqu’il
écrit : « M. de Beaulieu, dont l’écrit sur Bourbonne est anté-
rieur aux dernières découvertes, aurait été conduit peut-être
(1) Voir p. 186.
(2) Forichon, Monuments de l’antique Néris. Coui) de balai aux légendes
sans cesse débitées pour son histoire. Néris, 1859.
(3) Esmonnot, Néris. Viens Neriomagus. Recherches sur ses monuments.
(4) Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. XXV.
236
LA GAULE THERMALE
à modifier ses appréciations sur ce qu’il appelle nos temples et
leurs emplacements présumés. Trois temples, ce serait beau-
coup, et il vaut mieux croire que les débris de colonnes trouvés
près de nos sources faisaient partie des bâtiments consacrés à
l’usage des bains, sur les points qu’ils occupent encore aujour-
d’hui (1). »
Alet, dans l’Aude, l’ancienne Electa, chef-lieu du pagus Elec-
tensis, aurait possédé un temple de Diane, dont certains frag-
ments subsisteraient encore dans l’abside de sa vieille cathé-
drale. L’examen attentif du monument ne permet pas de
s’arrêter à cette idée. Le style est bien inspiré de l’antique,
mais l’exécution générale et quelques détails trahissent le
moyen âge. Telle était déjà, d’ailleurs, l’opinion de Mérimée :
« Tous les détails examinés à part, dit-il, ont une physio-
nomie antique, mais l’ensemble date certainement d’une
époque postérieure au dixième siècle. »
Signalons, enfin, près de Montbrison, à Moind, qui fut peut-
être l’antique Aquœ Segetœ de la Table de Peutinger, l’existence
hypothétique d’un temple de Cérès, sur les ruines duquel
aurait été élevée la chapelle dédiée à sainte Eugénie.
De la Mure rapporte que, de son temps, on voyait au fron-
tispice de cet édifice une faucille, et Dulac dit qu’en 1789, il y
avait une statue tenant une faux (2). Les fouilles pratiquées à
une époque plus récente n’ont pas permis d’établir avec certi-
tude l’ancienne destination de ces substru étions, qui apparte-
naient plus vraisemblablement peut-être aux anciens thermes.
Il est cependant intéressant, si l’on admet l’identification de
Moind avec Aquæ Segestæ, de noter, avec M. Vincent Du-
rand (3), combien il est curieux de trouver en pareil lieu le
souvenir d’un temple antique dédié à Cérès, et la croyance à
un culte rendu à la déesse des moissons.
(1) Bourbonne. Son nom. Ses origines. Ses antiquités gallo-romaines.
Ses établissements thermaux , etc. Mémoires de la Société historique et
archéologique de Langres, t. II, p. 309 et suiv.
(2) Rimbaud, Excursions foréziennes. Annales de la Société d'agricul-
ture, etc., du département de la Loire, t. XIX, 1873.
(3) Bulletin de la Diana, t. VII, 1893-1894, p. 386.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
237
Los temples que nous venons de passer en revue apparte-
naient à des agglomérations de population constituant de véri-
tables villes thermales, comme Aix, Bourdonne, Néris, Luxeuil
nous apparaissent dans les temps antiques. Mais, bien sou-
vent, beau bienfaisante jaillissant en pleine campagne ou à
proximité d'une mince bourgade, son génie tutélaire se con-
tentait d’un culte moins suivi et d’un sanctuaire plus restreint.
A côté du point d’émergence s’élevait un modeste sacellum, une
petite chapelle, où la statue divine s’abritait sous un toit sup-
porté par quelques colonnes.
Des représentations figurées empruntées à l’antiquité nous
permettent d’imaginer ce que devaient être ces édicules bâtis
près des sources sacrées, qui présentaient sans doute une cer-
taine analogie avec les petits sanctuaires auxquels on donnait
le nom de Nymphées (1).
A Vittel, des travaux exécutés auprès de la Source salée ont
mis à jour des substructions et des fragments de colonnes ap-
partenant, selon toute vraisemblance, à un petit temple de ce
genre, de forme carrée, qui servait d’abri à une statue de
femme nue, sorte de Vénus Anadyomène, divinité protectrice
de l’eau jaillissante (2).
Aux environs de Saint-Bié, dans un puits qui devait être ali-
menté par une source salée, on a retrouvé une tête de femme
en grès rouge, une base de colonne et un morceau de fût en
grès rouge, qui provenaient fort probablement d’un édicule
semblable (3).
Quelquefois même l’édifice sacré, plus simple encore, ne
comportait qu’un simple toit de tuiles posé sur des poteaux
(1) Nymphœum : Monument plus ou moins somptueux, généralement
orné d’une abside, qui contenait une fontaine jaillissante consacrée aux
Nymphes. C’était une construction moitié religieuse, moitié profane, qui
servait a la lois de sanctuaire, de château d’eau et de lieu de réunion ou
de repos. (Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et
romaines.)
(2) Bulletin de la Société des Antiquaires, 1883, p. 245. — Docteur Four-
nie», Vittel. Bulletin de la Société philomatique vosgienne, 24e année
1897-1898.
(3) Gaston Save, Monuments gallo-romains des environs de Sainl-Dié.
Bulletin de la Société philomatique vosgienne , 13e année, 1887-1888.
238
LA GAULE THERMALE
de bois, ou une petite construction de briques, comme Vattegia
tegulata, dont l’inscription gravée sur le rocher de Wasem-
bourg, près de Niederbronn, nous a déjà fait connaître la
consécration au dieu Mercure (4).
III
En dehors de ces édifices purement religieux et consacrés
uniquement au culte des divinités à qui ils étaient dédiés, il
en existait d’autres, dans lesquels des préoccupations d’ordre
médical, sans doute même, dans certain cas, des soins donnés
ou des traitements institués, se mêlaient plus ou moins inti-
mement aux rites sacrés et aux cérémonies religieuses.
Il nous paraît impossible de passer complètement sous
silence cet ordre de monuments, dont quelques-uns, d’ailleurs,
situés près de sources minérales, comportaient une véritable
exploitation de ces eaux et rentrent par là même dans le cadre
de nos études. En outre, les ruines de ces temples ont fourni
une abondante récolte de ces offrandes à caractère médical,
d’un intérêt tout particulier pour nous, que nous étudierons
spécialement dans un prochain chapitre.
De nombreux textes anciens ont fait allusion aux conditions
particulières que devait remplir ce genre d’édifices. Vitruve,
notamment (2), après avoir indiqué qu’il faut choisir pour
l’emplacement de tous les temples les endroits où l’air est le
plus salubre et l’eau des sources la plus saine, ajoute ces con-
seils, empreints d’un certain scepticisme à l’égard de la puis-
sance des divinités auxquelles les croyants allaient demander
la guérison de leurs infirmités : « Cette précaution est surtout
nécessaire pour les temples qu’on bâtit au dieu Esculape, à la
(1) Voir page 168.
(2) De l'Architecture, lib. I, chap. ii.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
239
déesse Santé (Saluti), et aux autres divinités par qui l’on croit
généralement que les maladies sont guéries. Car le change-
ment d’un air malsain en un air salubre, et l’usage de meil-
leures eaux, rendent plus prompte la guérison des malades ;
ce qui augmentera beaucoup la dévotion du peuple, qui attri-
buera à ces divinités des guérisons dues à la nature salutaire
du lieu. »
Les prêtres attachés à ces temples étaient, en même temps,
médecins, et s’occupaient, comme interprètes du dieu, des
conseils et des soins à donner aux malades.
Les traitements auxquels ceux-ci étaient soumis devaient se
ressentir de ce double caractère. La croyance à la sainteté du
lieu, les rites religieux qu’on était tenu d’observer, agissaient
comme une véritable suggestion; quelquefois même le dieu
apparaissait en songe au malade endormi dans le temple et
lui prescrivait les remèdes à prendre ou le régime à suivre.
D’après Marc-Aurèle, Esculape lui-même aurait ordonné aux
malades de se baigner dans l’eau froide et de marcher nu-pieds.
L’hydrothérapie et la méthode Kneipp pourraient ainsi se
réclamer d’une origine divine (1).
D’autre part, les traitements indiqués s’inspiraient de prin-
cipes rationnels, communs d’ailleurs avec la médecine sécu-
lière : la diète, souvent prescrite au début du traitement; l’in-
fluence de l’air pur due au choix judicieux des emplacements ,
l’usage de l’hydrothérapie, ainsi que l’emploi des eaux miné-
rales, quand il en existait dans le voisinage (2).
(1) Docteur Gauthier, Recherches historiques sur V exercice de la médecine
dans les temples chez les peuples de l'antiquité, 1844. — Daremberg et
Saglio, Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines. Verbis :
Asklepeion. Medicus.
(2) Albert, les Médecins grecs à Rome, 1894, p. 263 : « D’une part, la
crédulité des malades, de l’autre, les travaux des médecins laïques, les
découvertes qu’ils font, les livres qu’ils écrivent, les recettes qu’ils pu-
blient, les instruments qu'ils inventent, tous matériaux précieux, soi-
gneusement recueillis dans les bibliothèques sacrées, permettent aux
ministres du dieu de connaître la médecine, de la pratiquer secrètement,
de se servir d’elle pour produire des phénomènes en apparence surna-
turels, en un mot de la réintégrer dans les temples d’où, jadis, ils l’avaient
laissé sortir. A l’origine, la religion était la base de la médecine; elle en
est aujourd’hui la contrefaçon et l’appoint. »
240
LA GAULE THERMALE
A leur départ, les fidèles laissaient à la divinité protectrice
des offrandes proportionnées aux grâces qu’ils en avaient
obtenues et à l’importance de leurs ressources. A l’offrande
venait souvent se joindre le don d’un ex-voto en pierre ou en
métal, représentant la partie du corps qui était le siège de l'af-
fection dont on était venu chercher la guérison, manifestation
particulière d’un état d’esprit et d’une dévotion qui ont tra-
versé les siècles et subsistent encore aujourd’hui.
Parmi ces temples, il en était qui comprenaient seulement
l’édifice consacré à la divinité et les dépendances nécessaires
aux logements des desservants et aux besoins du culte. Les
malades ne faisaient qu’y passer; ils y venaient, pour ainsi
dire, en consultation et s’en retournaient après avoir accompli
les rites obligés, bu l’eau de la source sacrée et quelquefois
passé la nuit dans le sanctuaire, pour pratiquer la cérémonie
de l’incubation, au cours de laquelle le dieu se manifestait
directement au fidèle. On peut citer comme édifices probables
de ce genre le temple du Mont-Martre près d’ A vallon, celui du
Mont-de-Sène, près de Santenay (Côte-d’Or), et celui de la foret
d’Halatte, aux environs de Senlis. Les deux premiers avaient
dans leur voisinage des sources abondantes ; celles de Santenay
ont même des vertus minérales très caractérisées et les décou-
vertes de monnaies faites dans leurs environs (1) attestent
bien leur utilisation à l’époque romaine et permettent de
supposer que l’emploi de ces eaux n’était pas sans rapport
avec l’édifice sacré qui s’élevait dans leur voisinage.
Le temple du Mont-Martre (2), découvert en 1822, s’élevait
sur une colline voisine d5 A vallon. Il formait un carré régulier,
comprenant un cloître ou galerie couverte entourant les
quatre côtés d’une cour intérieure, à ciel ouvert, séparée de la
galerie par une colonnade. L’entrée était précédée d’un esca-
lier de quelques marches. Au devant s’étendait une espla-
(1) Girault, Archéologie de la Côte-d'Or, 1823. — De Longny, Notice
archéologique sur Santenay. Mémoires de la Société éduenne, nouvelle
série, t. XII.
(2) Le Temple, du Mont-Martre, à Avallon. Bulletin de la Société des
sciences historiques et naturelles de l’Yonne, 58e vol., 1904, p. 318 et suiv.
241
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
nade, séparée par un aqueduc d’une grande construction qui
devait servir de logement aux desservants du temple (fig. 17).
Le temple était dédié à Mercure, comme l’indique une
plaque dédicatoire en marbre blanc, portant cette inscription :
DEO MERC
EX STIPIBV
CVRÀIV
Deux statues à peu près intactes et de nombreux fragments
de sculpture provenant des ruines sont conservés au musée
d’Avallon.
Outre de nombreuses monnaies éparses, on a retrouvé cent
quarante pièces réunies dans une sorte
de cachette, devant la porte d’entrée.
La série allant de Trajan à Valenti-
nien Ier, on a pu dater approxima-
tivement à l’année 375 la destruction
de ce sanctuaire, qui a dû disparaître
dans un violent incendie.
Sur le flanc de la montagne qui
porte le temple, prennent naissance
deux sources, la Fontaine de Belle et
la Fontaine des Fées, près desquelles
des fouilles pratiquées en 1778 ont
remis au jour des tuiles, des car-
reaux, des pavés, des débris de cor-
niches en marbre, provenant de
bains qui devaient être d’une cer-
taine richesse.
Le temple du Mont-de-Sène présente la disposition assez
singulière de deux oratoires juxtaposes, semblables dans leurs
dispositions et séparés par une sorte de couloir. Bulliot (1)
pense que l’un des deux compartiments devait être consacré
(1) Le Temple du Mont-de-Sène, à Santenay. Mémoires de la Société
eduenne, nouvelle série, t. III.
u ; ■ is- •
Fig. 17
- TEMPLE DU
MONT- MARTRE.
Croquis d’après le plan figurant
au Bulletin de la Société des
sciences.... de l’Yonne.
16
242
LA GAULE THERMALE
à Mercure, dont le nom se trouve sur une inscription (1) décou-
verte en 1872, et l’autre au génie de la fontaine sacrée qui
coule au pied des rochers. Tout près du temple on a retrouvé
l’habitation du prêtre, dont le plan et les dispositions étaient
encore très visibles et faciles à saisir. « Ces appartements ainsi
que le temple lui-même, dit Bulliot, étaient peu luxueux: le
marbre, les calcaires polis y faisaient défaut; les carrelages
d’une simplicité extrême ne différaient guère, si rien n’a été
enlevé, de ceux des plus modestes maisons; mais ils nous
donnent le spécimen complet de l’habitation du desservant
d’un temple de campagne vers
la fin de l’Empire, et à ce titre le
plan mérite l’attention ( fig. 1 8). »
Une case rectangulaire isolée,
du coté opposé au logement,
renfermait un nombre considé-
rable de débris de statuettes
votives. Peut-être était-ce là une
sorte de débarras, où l’on reje-
tait, lorsque le temple commen-
çait à en être encombré, le trop
plein des ex-voto, brisés au préa-
lable, afin qu’ils ne puissent être
recueillis par des mains cupides
et, après avoir appartenu au
dieu, être remis dans la circulation commerciale.
Le Temple, signalé en 1867 et fouillé en 1873, dans la forêt
d’Halatte, aux environs de Senlis, était incontestablement un
temple médical (2). On n’a trouvé, il est vrai, aucune trace de
(1) («) vg sacr
MERCVRIO
(ce) NSORINVS
(p) AVLLINI FILIVS
EX VOTO
(2) De Caix de Saint-Aymour, le Temple de la forêt d'Halatte et ses ex-
voto (avec figures). — Fautrat, les Temples d’Halatte et d Essarrois (avec
plan). Congrès archéologique de France, LXXII6 session, tenu à Beauvais
en 1905.
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Fig. 18.
TEMPLE DU MONT-DE-SÈNE.
Croquis d’après le plan joint au mé-
moire de Bulliot.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
243
fontaine sacrée dans le temple ni dans ses environs immédiats.
En existait-il une dans l’antiquité? On l’ignore. Mais le carac-
tère des ex-voto découverts dans l’enceinte consacrée, et dont
nous parlerons plus loin lorsque nous nous occuperons des
offrandes, ne permet aucun doute à cet égard (1).
L'édifice religieux se composait essentiellement de trois par-
tie? : le sanctuaire ou sacellum proprement dit; un mur d’en-
ceinte extérieur ; un petit bâtiment appuyé à ce mur extérieur
et formant avant-corps dans l’intérieur de la cour. La cella
était précédée d’un portique à colonnes, dont on a retrouvé
des fragments considérables.
Derrière le mur du fond de la cella s’étendaient deux autres
murs parallèles, séparés par une distance de 0 m. 40, dont la
destination est assez problématique. M. de Caix de Saint-
Avmour pense que ces doubles murs constituaient une
chambre secrète destinée
à rendre les oracles aux
malades. On ne voit guère,
en effet, d’autre explica-
tion plausible à cette dis-
position.
Aux deux angles N.-E.
etS.-E. du mur d’enceinte,
des amas de tuiles et des
fondations en maçonnerie
indiquent qu’il a existé
sur ce point deux petits
bâtiments couverts, an-
nexes du sanctuaire.
La petite construction
accolée au mur d’enceinte devait être une maison d’habitation,
logement du prêtre ou du gardien du temple (fig. 19).
Croquis d après le plan joint au mémoire de
M. Fautrat.
(1) La divinité protectrice d’Halatte n’était pas seulement invoquée
pour les êtres humains, mais aussi pour les animaux domestiques. Parmi
les ex-voto figurent un certain nombre de représentations animales,
bœufs, chevaux, porcs, qui ont été spécialement étudiées dans une bro-
chure technique par M. Cagny, vétérinaire à Senlis.
244
LA GAULE THERMALE
Aucune inscription n’est venue révéler le nom de la divinité
protectrice de ce sanctuaire. M. de Caix de Saint-Aymour
incline à penser, d’après certains indices, qu’il avait pour
patron quelque Mercure topique.
D’autres temples de même nature semblent avoir comporté
des aménagements bien plus vastes et des dépendances desti-
nées à d’autres usages. On y trouve quelquefois de véritables
thermes juxtaposés au sanctuaire ; des substructions révélant
l’existence d’annexes beaucoup plus considérables que ne
l’aurait comporté le seul service du temple ; des dispositions
intérieures difficilement explicables dans l’hypothèse d’un
édifice purement religieux. On peut admettre que, dans les
édifices de ce genre, certains malades ne se bornaient pas à
venir, en passant, implorer le dieu ou consulter son prêtre ;
qu'ils y faisaient, au contraire, un séjour plus ou moins pro-
longé, soit pour suivre un traitement, soit pour obtenir un
accueil favorable du dieu, qui ne se révélait pas toujours du
premier coup aux suppliants.
C’étaient, en somme, de véritables maisons de santé, ayant
quelque analogie avec nos modernes sanatoria, où les malades,
les infirmes, les convalescents et les surmenés de l’époque
gallo-romaine venaient chercher le repos, l’air pur et les eaux
salubres, avec, pour les esprits dévots et croyants, l’espèce de
suggestion produite par le caractère sacré du lieu et la com-
munication intime avec les divinités secourables, dispensa-
trices de la santé et maîtresses des guérisons. Le développe-
ment des bâtiments et les dispositions particulières auxquelles
nous venons de faire allusion étaient ainsi commandées par
l’exercice de certaines pratiques imposées aux malades, et par
la nécessité de loger ces derniers, ainsi que le personnel assez
nombreux que nécessitait une semblable installation.
Deux de nos temples, situés dans la Côte-d’Or, à Essarrois
et aux sources de la Seine, riches tous deux en ex-voto médi-
caux, peuvent être cités comme exemples, du moins très
probables, d’édifices de ce genre.
Le temple dont on a retrouvé les vestiges près du village
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
245
d’Essarrois, en un lien dont nous ignorons le nom antique,
était situé au fond d’une sorte de petit cirque, près de la
source importante de la Gave. L’eau y jouait certainement un
grand rôle. D’après les indications résultant des fouilles, le
^ *
sanctuaire et sa cella étaient contigus à un bâtiment dont les
dispositions semblent accuser nettement diverses parties cons-
titutives de thermes (fig. 20). Dans les parties des fondations
les plus rapprochées du ruisseau, on a retrouvé des nais-
sances de voûtes annonçant que l’eau était conduite dans
l’édifice sacré, après avoir été captée dans des aqueducs en
pierre qui se dirigeaient vers l’édifice et dont on a retrouvé
des restes sur le mon-
ticule de la cascade, et
dansle sable du ruisseau,
près de la source (1). De
là l’eau passait dans le
c o m p a r t i m e n t voisin ,
probablement consacré
à la balnéation et à des
pratiques hydrothérapi-
ques. Des cendres, du
charbon, des briques et des fragments de tuyaux de chaleur
trouvés dans cette partie des ruines permettent de conclure
à l’existence d’un hvpocauste.
A dix-sept mètres environ de cette partie de l’édifice, des
fondations ont été mises à jour, annonçant la présence autour
des bâtiments principaux de constructions annexes assez
considérables, dont le déblaiement complet ne semble pas
avoir été opéré.
D’après les inscriptions retrouvées dans les ruines, dont
l’une notamment est tracée sur un genou votif, le lieu était
sous la protection d’un dieu nommé Vindonnus (2), iden-
(1) Mignard, Historique d’un temple dédié à Apollon, près d’Essarrois.
Mémoires de la Commission d' Antiquités de la Côte-d’Or, t. III, 1853.
(2) Thédenat, Mémoires de la Société des Antiquaires, t. XLIX, 1888,
p. 211 et suiv.
Croquis d’après le plan joint au mémoire de
Mignard.
246
LA GAULE THERMALE
tifié sur un des monuments épigraphiques à Apollon :
DEO APOLLINI VINDON 110 URBICI
VS FLAGCVS V S l 111
C. I. L„ XIII, 5644.
et associé dans une autre aux sources bienfaisantes où les ma-
lades venaient chercher la santé :
Deo Apollini Vinci onno et fontibvs
P RISCI- V- S* L- M
Cl I. L., XIII, 5645.
Aux sources de la Seine, les fouilles commencées en 1836
et continuées jusqu’en 1844 ont
mis à découvert les restes d’un
édifice considérable, en forme de
quadrilatère, ayant 57 mètres de
longueur, avec façades orientées
aux quatre points cardinaux. L’in-
térieur était divisé en comparti-
ments rectangulaires, de dimen-
sions variables. Dans l’une de ces
salles, où l’on a retrouvé en place
quatre hases de colonnes, l’eau sacrée
sortant de la source s’écoulait dans
une rigole de pierre recouverte de
dalles (1). Des tronçons de colonnes,
chapiteaux, débris de marbres, frag-
ments de mosaïques et d’enduits
couverts de peintures à fresque in-
diquent que l’édifice devait être considérable et décoré avec un
(1) Cette relation étroite- de la source avec le temple, dans l’enceinte
même duquel elle prenait naissance, se retrouve encore dans certains
édifices religieux du moyen âge, héritiers directs des anciennes tradi-
tions à cet égard. Nous donnons ici (ftg. 21) le plan des ruines de la cha-
pelle de Notre-Dame-de-la-Fontaine, à Gallardon (Eure-et-Loir), où la
source sortait de terre sous l’autel et venait se déverser au dehors, dans
un bassin carré situé au pied de l’un des murs de la- nef, surmonté d’une
arcade en tiers point en forme de niche. Cette chapelle, située dans un
Fig. 21. — PLAN DES RUI-
NES DE LA CHAPELLE
DE N.-D. DE LA FON-
TAINE, A GALLARDON.
D’après un plan de Sauvageot,
reproduit par l'abbé Métais :
Églises et chapelles du diocèse
de Chartres, t. II.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 247
certain luxe(l). Il renfermait certainement un temple consacré
à Sequana, divinité protectrice de la source, dont le nom se
retrouve sur plusieurs objets exhumés des ruines, et notam-
ment sur un autel votif où la déesse est invoquée comme
dispensatrice delà sant é,pro sainte, dans l'inscription suivante :
AVG SAC
DEAE SEQ
FL FLAVIA
P RO- SAL
//// V NA
NEP- SVI
EX VOTO
V S- L- M
Un simple coup d’œil jeté sur le plan (fig. 22), permet de
reconnaître combien il s’écarte des données habituelles en
ru
c
)
I —
1
• •
• •
Fig. 22. — TEMPLE DES SOURCES DE LA SEINE.
Croquis d’après le plan joint au mémoire de Baudot.
matière d’édifices religieux. Bien que, comme nous le savons,
les temples élevés dans les Gaules soient loin d’être toujours
conformes aux données classiques de l’architecture et qu’on y
trouve des dispositions s’en écartant même de fort loin, le plan
du temple des sources de la Seine semble révéler une construc-
tion répondant à des besoins particuliers. C’est ce qu’a Tort
faubourg qui fut le berceau de la petit ville de Gallardon, a dû certaine-
ment succéder à un édifice plus ancien et perpétuer un culte et des rites
remontant à une haute antiquité.
(1) Baudot, Rapport sur les découvertes archéologiques faites aux sources
de la Seine. Mémoires de la Commission d’antiquités de la Côte-d’Or
t. II, 1844.
248
LA GAULE THERMALE
bien fait ressortir Flouest(d), en rapprochant de l’usage des
eaux et des pratiques médicales dans les édifices religieux les
particularités qui nous occupent. « Envisagé sous ce jour nou-
veau, dit-il, le plan du temple de la Seine, si anormal et si
étrange au point de vue des traditions romaines, devient aisé-
ment explicable, et il n’est plus aussi embarrassant de trouver
une destination plausible aux dix ou douze locaux différents
qu’on avait juxtaposés au sanctuaire de la déesse... Si je ne
m’abuse, notre temple ne justifiait guère cette appellation, s’il
faut la prendre dans son sens spécifique et traditionnel. Dans ma
pensée, il devait offrir quelques traits de la physionomie de
nos modernes maisons de santé, où se rencontrent tant de
salles et d’appartements divers, et où la chapelle, si elle joue
un rôle considérable sous le rapport moral, n’intervient plus
que pour une part assez restreinte dans l’ensemble des cons-
tructions. »
(1) Le Temple des sources de la Seine, 1870.
CHAPITRE IV
1. Ex-voto et offrandes. — II. Autels. Stèles. Tablettes votives. — 111. Mon-
naies. — IV. Statues et bustes en pierre et en marbre. — V. Statuettes
en terre cuite. — VI. Poteries et débris céramiques. — VII. Statuettes
en bois. — VIII. Statuettes en métal. — IX. Objets divers. — X. Ex-
voto à caractère médical.
I
Que les eaux auprès desquelles s’élevaient, les temples
eussent des vertus médicinales, ou qu’elles fussent seulement
l’objet d’un culte purement religieux, la vénération dont on
les entourait se traduisait toujours par des offrandes, dont
la naïve piété des dévots, ou la reconnaissance des malades
soulagés de leurs maux remplissaient les bassins des sources
ou tapissaient les parois des sanctuaires. Dans une lettre à son
ami Romanus, Pline le Jeune donne d’un de ces temples bâtis
à l’origine des cours d’eau une description charmante, qui,
dans ses traits généraux, s’applique également à certains
sanctuaires hydro-médicaux, qui font plus spécialement l’objet
de nos études :
« N’avez-vous jamais vu la source du Clitumne ?... Du pied
d’une colline, chargée d’un bois de cyprès fort touffu, est une
fontaine dont les eaux, répandues par plusieurs veines iné-
gales, forment un grand bassin pur et si clair que l’on y peut
compter les pièces d’argent que l’on y jette et les cailloux que
l’on y voit reluire...
« Près de là est un temple aussi respecté qu’ancien. Le dieu
du fleuve lui-même y paraît vêtu d’une robe. C’est un dieu fort
250
LA G A U LL THERMALE
secourable, et qui prédit l’avenir, ainsi que le témoigne tout
l’appareil qu’on y voit, et qui est propre à rendre des oracles.
Autour de ce temple sont répandues des chapelles en grand
nombre : chacune a son dieu, chacune est célèbre, chacune
est distinguée par quelque dévotion particulière. Quelques-unes
môme ont leurs fontaines ; car, outre la principale, et qui est
comme la mère de toutes les autres il s’en trouve encore plu-
sieurs dont la source est différente, mais qui se perdent dans
le fleuve.
« ... Vous pouvez même y étudier ; vous y lirez une infinité
d’inscriptions gravées sur toutes les colonnes, par toutes sortes
de personnes, à l’honneur de la fontaine et de la divinité. Vous
louerez les unes, vous vous moquerez des autres; ou plutôt,
selon cpie je connais votre bonté naturelle, vous ne vous mo-
querez d’aucune (1). »
Lettrées ou naïves les inscriptions ont suivi les murailles et
les colonnes dans leur chute ; disparues aussi les tablettes de
bois fixées aux parois, et sur lesquelles étaient inscrits des
noms, des formules votives ou reconnaissantes, ou quelquefois
meme, dans les sanctuaires des divinité médicales, des indica-
tions de maladies ou des récits de guérisons, accompagnés
de l’indication du traitement suivi (2). Mais d’autres ex-voto
de divers genres ont traversé les âges et sont parvenus jusqu'à
nous : autels et stèles votifs; inscriptions sur pierre et sur
marbre ; monnaies et objets en métal, dissimulés dans des
cachettes ou demeurés au fond des bassins et des sources ;
statuettes en terre cuite, à qui leur peu de valeur a permis
d’échapper aux pillages et aux dévastations, etc. Nous allons
examiner de plus près ces diverses classes d’offrandes, en
étudiant d’abord celles qui dérivent surtout d’un sentiment
(1) Pline, Épist., lib. VIII, ép. vin.
(2) Strabon, Géographie, liv. VIII, chap. vi, 15. Traduction Tar-
dieu, t. II, p. 171 : « Épidaure est aussi l’une des principales villes du
pays; elle le doit surtout au prestige du nom d’Esculape et à la croyance
généralement établie que ce dieu peut guérir toutes les maladies, ce qui
fait qu’ici, comme à Cos et à Tricca, son temple est toujours plein de
malades et de tableaux votifs indiquant le traitement suivi. »
251
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
purement religieux, et, ensuite, celles qui se présentent à
nous avec un caractère médical nettement accentué (1).
II
Y
La première classe d’offrandes : autels, stèles, tablettes
votives, nous a donné le plus grand nombre des inscriptions
trouvées dans les débris des établissements élevés autour des
sources. C’étaient là des objets représentant déjà une certaine
valeur et qui devaient être consacrés par des dévots de
marque, ou en reconnaissance de précieuses guérisons.
Ils se présentent sous la forme de tablettes de pierre ou de
marbre, qu’on fixait aux parois par des scellements ou des
crampons de métal, de stèles plus ou moins ornées, ou de
petits autels en forme de blocs à peu près cubiques, qu’on
disposait dans la cella du temple du dieu guérisseur, sous
le portique -élevé autour du sanctuaire ou près de la source
elle-même. Sur la pierre ou le marbre étaient gravées les dédi-
caces contenant le nom de la divinité à qui l’offrande était
faite, celui du consécrateur et une formule votive, composée
soit de sigles comme v- s- l- m- ( votum solvit libens merito), soit
d’une mention plus précise du but recherché, comme les ins-
criptions pro salvte, invoquant la divinité pour le rétablisse-
ment de la santé du donateur ou de celle d’un être qui lui
était cher (fig. 23).
(1) Ces modes d’offrandes sont restés traditionnels dans notre pays, et
nous n’indiquerons comme témoignage de cette survivance qu’un pas-
sage du poème latin du P. Aubery, sur Bavbotan-en-Armagnac, dans
lequel le poète s’exprime ainsi, après avoir parlé des bains de boue et
des sources auxquelles on va ensuite se laver : « Los uns boivent les
eaux; d’autres croient suffisant de s’y plonger. Les sources ont presque
la même vertu que les lacs boueux. Des ex-voto suspendus dans le
temple sacré qui s’élève au milieu delà vallée, sur une hauteur modique
toute voisine des eaux, témoignent de la santé recouvrée dans les
sources elles-mêmes. « Traduction L. Couture. Revue de Gascoyne,
t.XXXXI, 1900.
252
LA GAULE THERMALE
Outre l’inscription dédicatoire, les autels et les stèles étaient
quelquefois ornés de figures ou d’ornements, empruntés le
plus souvent aux accessoires des sacrifices, sculptés en bas-
reliefs sur leur face antérieure ou leurs faces latérales.
Des monuments de ce genre ont été retrouvés sur presque
Fig. 23. — STÈLE DE B A GNÈ R ES-D E-B IG O RRE.
tous les points présentant des vestiges de l’utilisation gallo-
romaine des sources; nous ne pouvons en donner l’énumération
qui nous obligerait à répéter à peu près tout ce que nous
avons dit, lorsque nous nous sommes occupés des divinités
protectrices des sources thermales. Nous nous bornerons à
rappeler deux stations où les monuments de ce genre, décou-
verts en nombre considérable, permettent d’affirmer que ce
genre d’offrandes était d’un usage extrêmement répandu.
C’est, tout d’abord, Bagnères-de-Luchon, où l’on a pu recueillir
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 253
toute une série de petits autels et de stèles votifs, remarqua-
bles souvent par leurs proportions et leur élégance, dont les
uns sont conservés à l’établissement thermal et d’autres dans
les musées de Toulouse et d’Auch, ou des collections particu-
lières. C’est, ensuite, la station des Fumades, où dans un
puits, gisaient vingt-quatre petits monuùients du môme genre,
en forme d’autels carrés, de dimensions inégales, variant
entre 17 et 63 centimètres de hauteur, et dont plusieurs
étaient ornés de bas-reliefs.
Luxeuil a fourni une série de stèles à personnages sculptés
en bas-relief, qui avaient été employées comme fondations lors
de la construction des remparts de la ville, en 1229. Ce sont
là, indiscutablement, des monuments funéraires qui, à ce
titre, semblent étrangers au cadre de nos études, mais nous
devons cependant en dire quelques mots, car un certain
nombre d’entre eux représentent des personnages porteurs d’at-
tributs qui « paraissent avoir un rapport direct avec le carac-
tère, religieux peut-être, mais assurément curatif des eaux...
Nous voyons, en effet, figurer sur un certain nombre de tom-
beaux romains des personnages des deux sexes, mais surtout
des femmes, tenant un cyathus, le plus souvent de la forme d’un
de nos verres à boire, de la main droite, et, fréquemment, delà
main gauche, un vase plus grand qui semble destiné à rem-
plir le verre, et affectant la forme d’amphores, de flacons, de
seaux, de carafes même semblables aux nôtres. D’autres per-
sonnages n’ont pas de verre de la main droite, et semblent
fermer avec cette main l'orifice du flacon, comme s’ils se pro-
posaient de transporter l’eau en la préservant du contact de
l’air extérieur » (1).
Il est cependant difficile d’affirmer que ces représentations
soient inspirées par l’emploi ou le culte des eaux de Luxeuil,
car il s’en est rencontré un grand nombre d’analogues sur
d’autres points de l’ancienne Gaule, absolument dépourvus
(1) E. Desjardins, les Monuments des thermes romains de Luxeuil.
Bulletin monumental, 1879-1880, avec la représentation d’un certain
nombre des monuments décrits.
254
LA GAULE THERMALE
d’eaux médicinales. Montfaucori, dans son Antiquité expliquée ,
pensait que ces vases étaient placés dans les mains des Gau-
lois de certaines régions pour apprendre aux générations
futures que leur pays était fertile en excellents vins.
« D’après le respect des Gaulois pour l’eau, disait X. Gi-
rault (1), l’un des plus grands principes de leur système reli-
gieux, principe de bonté et de protection, ce n’est présumer
rien de trop que de regarder ces gobelets dans les mains des
défunts comme la divinité bienfaisante elle-même, représentée
par l’eau supposée contenue dans ce gobelet. »
Pour M. Graillot (2), le vase et le flacon sont bien des sym-
boles. Les stèles gallo-romaines représentent, dans l’icono-
graphie funéraire des anciens, la suprême dégénérescence des
scènes figurées de banquets funèbres.
En résumé, l’interprétation de ces figures reste encore
quelque peu dans le domaine de l’hypothèse. Leur présence
sur des monuments consacrés à des défunts ne permet guère
d’y voir un témoignage de reconnaissance pour les vertus
curatives des eaux du pays. Il semble bien qu’elles n’aient été
que le symbole d’une idée purement religieuse. « On pourrait
croire, dit M. Desjardins (op. cit.), que la superstition des
habitants, et sans doute aussi celle des visiteurs, les amenait
à se munir de cette eau salutaire, et à l’emporter avec eux
dans des vases fermés. Peut-être pensaient-ils que, si elle
n’avait pas eu la vertu de les guérir de leurs maux physiques,
elle possédait du moins le mérite d’adoucir le passage suprême
et de leur servir, en quelque sorte, de viatique aux approches
de la mort; en un mot, la dévotion aux sources sacrées de
Luxeuil aurait été surtout un acte religieux. »
(1) Opinion sur les gobelets mis dans les mains des personnages repré-
sentés sur les monuments funèbres. Mémoires de la Société des Antiquaires,
t. II, 1820, p. 358 et suiv.
(2) Poculum et lagena. Un type de stèles funéraires du pays èduen.
Revue ëduenne, 1902, p. 251 et suiv., avec figures et catalogue des stèles
avec figures tenant le gobelet et le flacon conservées à Autun.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
255
III
Le mode d’offrande le plus répandu, celui qui, à défaut de
débris monumentaux, a permis de constater l’emploi antique
du nombre de sources et dont les traces n’ont pas encore
disparu de la superstition populaire, consistait à jeter dans
les piscines ou dans le bassin même d’émergence des
sources, des pièces de monnaie, qui constituaient une sorte
de tribut payé à la divinité protectrice dont on venait im-
plorer le secours (1). Ces pièces conservées dans les boues et
les vases des sources sont d’un précieux secours pour per-
mettre de dater, tout au moins approximativement, les
périodes d’exploitation des eaux thermales ou minérales. Le
bronze abonde dans la composition de ces trésors moné-
taires; l’argent y est infiniment plus rare et l’or ne s’y ren-
contre que tout à fait exceptionnellement.
La plus importante trouvaille de ce genre a été faite à
Bourbonne, dans le puits antique, dit le « Puisard romain »,
dont les boues ont fourni plus de 4,000 médailles, dont 4 en or,
265 en argent et le reste en bronze. Au-dessous du niveau où
%
ces pièces se trouvaient en abondance, une couche de conglo-
mérat en renfermait encore d’autres, dont certaines avaient
disparu, en laissant leurs empreintes, pour donner naissance
à diverses substances minérales.
(1) Le Bulletin de la Société nationale des antiquaires, 1904, p. 184 et
187, contient l’analyse d’une discussion sur le point de savoir si l’usage
de jeter des pièces de monnaie dans les lacs ou cours d’eau est ou
non celtique. M. Blanchet a fait remarquer que les monnaies recueillies
dans les sources et gués de la Gaule sont, en majorité, des monnaies
romaines, et que les monnaies gauloises qui sont mêlées aux autres
dans ces découvertes sont généralement d’époque très basse. On ne
peut donc affirmer que la coutume est celtique.
Pour M. Toutain, ce rite existait sans aucun doute possible en Italie,
niais il était aussi populaire chez les populations celtiques et germa-
niques.
256
LA GAULE THERMALE
A Saint-Honoré, découverte de nombreuses médailles, dans
les sources, notamment au fond du puits Marquise.
Aux Fumades, les fouilles de 4865 avaient amené la
découverte de trois pièces dans la piscine antique; en 1876,
dans le puits où gisaient les petits monuments votifs, on en
recueillit un millier environ, dont une douzaine en or et les
autres en bronze. Quant aux pièces d’argent, dont il devait
exister une certaine quantité, elles ont été complètement
anéanties par suite de leur séjour prolongé dans l’eau sulfu-
reuse.
A Menthon, trouvaille dans le bassin d’un certain nombre
de pièces, placées pour la plupart dans des vases.
A Saint- Alban, toutes les opérations de curage des puits
amenèrent la découverte de médailles antiques : 35, en 1834;
250, en 1850; 11, en 189@, lors de la mise à découvert du
fond des quatre puits.
A Coren (Cantal), 149 monnaies de cuivre ont pu être
réunies et conservées, parmi celles, certainement plus nom-
breuses, qui avaient été recueillies dans ou sous une cuve
en bois placée sur les griffons de la source, et qui servait à
son captage.
A Bully-sur-l’Arbresle (Rhône), trouvaille, dans les restes
de piscines antiques, de 28 médailles, dont 6 en or et 22 en
bronze.
*
A Saint-Amand, la tradition signale la découverte de mé-
dailles impériales dans les boues et dans le bassin de la
source, et, aux environs de Bagnols-sur-Cèze (Gard), l'in-
térieur d’un bassin présentant l’aspect d’une œuvre romaine
avait fourni, lors de son déblaiement, un plein boisseau de
pièces anciennes.
A Desaignes, une assez grande quantité de médailles
romaines fut découverte dans la fissure même du rocher par
laquelle jaillit l’eau minérale.
Dans une note manuscrite rapportée par M. l’abbé Clément,
Esmonnot signalait l’existence d’une citerne antique, servant
au captage d’une source minérale d’eau froide, à deux kilo-
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
257
mètres de Bourbon-1’ Archambault, clans laquelle on avait
trouvé des médailles romaines très frustes de différentes
époques.
Au Mont-Dore, une quarantaine de monnaies ont été
extraites de la grande piscine.
La région de l'Est a également fourni son contingent de
trouvailles du meme genre :
A Plombières, lors d'une fouille pratiquée en 1818, clés
monnaies ont été recueillies dans un puits d’eau chaude,
auquel on a donné le nom de Puisard des médailles.
A Bains, en 1752, on découvrit environ 600 médailles « les
unes bien conservées, les autres collées par la rouille », sous
la colonne cylindrique cpii donnait issue à l’eau minérale.
A Niederbronn, le curage des bassins antiques, en 1592,,
procura plus de 300 monnaies de bronze.
Enfin, sur les bords du Rhin, à Nierstein, on a retrouvé
dans le bassin une suite cle monnaies qui avaient été dépo-
sées clans la source thermale et qui se présentaient entourées
cle globules cle gypse.
Comme on le voit par cette longue nomenclature, nos
sources thermales et minérales contenaient cle véritables
trésors monétaires, mais il est cependant permis cle supposer
que toutes les offrandes monnayées ne prenaient pas le meme
chemin. On devait certainement en déposer entre les mains
des ministres du culte ou clans ces récipients analogues aux
troncs cle nos églises, dont nous avons déjà signalé un
exemple à Vichy, à la hase d’un buste de jeune dieu, et dont
un autre spécimen existe encore à Bourbonne (1). Ce dernier.
(1) Il existe plusieurs autres exemples de récipients monétaires du
même genre. Le docteur Petit (Recherches sur la découverte à Roy ai des
substructions d’un établissement thermal gallo-romain) dit avoir vu une
tirelire en terre micacée entre les mains des terrassiers. — A Vertault
(arrondissement de Châtillon-sur-Seine), l’antique Vertillum, on a trouvé
un groupe en pierre calcaire, représentant deux personnages assis sur
un banc, entre lesquels est pratiquée une fonte communiquant avec une
cavité creusée dans l’intérieur du bloc. — On peut voir au Cabinet des
Antiques de la Bibliothèque nationale (n° 689) une statuette en bronze
d’Épona, trouvée à Loisia, dans le Jura, reposant sur une base carrée
17
258
LA G A U L 10 THERMAL K
taillé clans du grès, comportait une partie inférieure en forme
de petite cuve rectangulaire, et un sommet, en forme de pyra-
mide tronquée, avec une ouverture de O m. 06 de long sur
O m. 15 de large. La rusticité du travail de ce tronc a suggéré
à M. l’ingénieur Rigaud l’idée que c’était une œuvre posté-
rieure à la belle époque de l’empire romain, et qu’elle avait
pris place dans le temple lorsqu’avait disparu l’usage de jeter
des pièces de monnaie dans les sources.
Ces offrandes formaient, à la longue, de véritables trésors,
qui ont été, pour la plupart, la proie des diverses hordes
dévastatrices qui se sont acharnées sur les sanctuaires du
paganisme. Il en est un, cependant, cpii est parvenu jusqu’à
nous dans l’état où il avait été laissé par les prêtres, désireux
de le soustraire à la rapacité de quelque bande d’envahisseurs.
En 1842, le 23 août, on découvrit dans les fouilles du
Temple des sources de la Seine, dans la Côte-d’Or, une
amphore de terre cuite, de 54 centimètres de hauteur, qui
renfermait un nombre considérable de petites tablettes votives
en bronze que nous étudierons par la suite, et un autre vase
plus petit contenant environ 800 médailles de bronze. La
partie supérieure de l’amphore était fermée par une lame de
plomb, rabattue sur les bords de façon à former couvercle,
et, sur le col du vase, on lisait, grossièrement tracée à la
pointe, l’inscription suivante :
DEAE SEQVANA RVFVS DON A VIT
C’était là, à n’en pas douter, le modeste trésor de ce temple
campagnard, mis à l’abri au moment d’une alerte qui fut
suivie probablement de la destruction totale de l’édifice et du
massacre ou de la disparition de ses serviteurs (T).
dans laquelle a été pratiquée une entaille permettant d’y introduire des
pièces de monnaie. Enlin, de Longpérier (Recherches sur les récipients
monétaires. Revue archéologique , 1868-1869), signale un autre tronc en
pierre, découvert en 1775 dans les fouilles du Châtelet, près de Saint-
Dizier.
(1) Laiuube, Notice historique sur le monument érigé par la ville de
Paris aux sources de la Seine, en 1867-1868. Copie du procès-verbal des
fouilles, ouvert le 10 août 1842, clos le 30 juillet 1844.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
259
TV
Parmi les nombreux débris sculptés dans la pierre ou le
marbre, trouvés dans les ruines de nos édifices thermaux, ou
dans leur voisinage, il en est certainement qui ont appartenu
à des statues ou à des bustes ayant un caractère votif, et
dédiés au dieu secourable par la piété ou la reconnaissance
de malades dont ils offraient l’image. Ce caractère est assez
difficile à déterminer quand il s’agit d’effigies ne présentant
rien de particulier dans les gestes ou l’attitude. Il se précise
plus nettement dans un certain nombre de monuments,
trouvés principalement auprès des sources voisines de temples
médicaux, où les personnages sont figurés portant dans leurs
bras ou ayant à leurs pieds des fruits, des corbeilles, des
lapins ou autres petits animaux, représentations symboliques
des dons offerts aux divinités bienfaisantes.
On a trouvé à Rennes-les-Bains (Aude), un avant-bras com-
plet avec une main tenant un œuf, une main tenant un ser-
pent dans une patère et une autre main tenant uyi linge, tous
trois en marbre blanc. Cette dernière est intéressante à rap-
procher d’une main aux doigts ornés de bagues, tenant
également un morceau d’étoffe, trouvée, avec plusieurs autres
mains portant divers objets, dans les ruines du Temple des
sources de la Seine (1).
Les mains de Rennes, comme celles du Temple, sont consi-
dérées comme ayant appartenu à des statues brisées. Il est
possible également qu’elles aient toujours existé à l’état
isolé, car on connaît un certain nombre d’exemples de mains
tenant et offrant des objets, qui ne sont certainement pas des
membres détachés de statues, mais des œuvres complètes
par elles-mêmes.
(1) Mémoires de la Commission des antiquités du département de la Côte-
d'Or. Rapport sur les découvertes faites aux sources de la Seine, pl. IX. 12.
2G0
LA GAULE THERMALE
V
La fabrication des statuettes en terre cuite eut une grande
importance dans la Gaule romanisée. Bien que certains
auteurs, entre autres Tuclot (1), qui a fait de ces figurines une
étude toute spéciale, leur attribuent une origine purement
gauloise, il semble certain que la fabrication n’en commença
en Gaule que postérieurement à la conquête, probablement
sous les premiers empereurs (2).
Les principaux centres de fabrication se rencontrent dans
l’ouest de la France, dans la vallée du Rhin et surtout dans
la vallée de l’Ailier, où des ateliers importants ont été re-
connus notamment à Toulon-sur-Allier, Saint-Remy, Lezoux
et Vichy, et dont les produits, d’une argile blanchâtre, se
reconnaissent du premier coup d’œil.
Ces statuettes, fabriquées en quantités considérables dans
des moules en terre bien cuite et devenus d’une grande dureté,
représentent des sujets extrêmement variés : divinités, bustes
d’enfants, cl’hommes et de femmes, femmes drapées, figures
caricaturales, traités le plus souvent d’après des types emprun-
tés à l’Italie, à la Grèce ou même à l’Orient, plus rarement
d’après une inspiration personnelle ou un génie local.
La véritable destination de ces figurines de terre cuite dans
l’antiquité a été et est encore l’objet de vives discussions dans
lesquelles nous ne pourrions entrer sans nous écarter singu-
(1) Collection des figurines en argile, œuvres premières de l’art gaulois.
(2) D’après les conclusions d’un article de M. Décheletto sur l’officine
de Saint-Remy (Revue archéologique, janvicr-jui’n 1901), la fabrication des
figurines d’argile aurait débuté en même temps que celle des premiers
vases moulés, entre la fin du principat d’Auguste et le milieu du pre-
mier siècle.
M. Pottier pense également qu’il est peu probable qu’il y ait eu des
fabriques d’ex-voto religieux ou funéraires1 avant la conquête de César.
(Les Statuettes de terre cuite dans l’antiquité, 1890.)
%
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 261
lièrement de notre sujet. Bornons-nous à dire que nous adop-
tons entièrement sur ce point les conclusions de M. Bot-
tier (1), qui n’admet pas que les statuettes aient eu une
seule destination, aient répondu à un besoin unique, mais
■ qui considère, au contraire, qu’elles n’avaient aucune desti-
nation spéciale dans l’esprit de celui qui les façonnait : « C’est
l’acheteur, dit-il, qui leur donnera une signification précise,
en les plaçant dans une
maison, dans un temple,
dans un tombeau. Ces
images seront un cadeau
d’amitié, une idole pro-
tectrice du foyer, un ex-
voto pieux, une offrande
funéraire, suivant l'inten-
tion du donateur. »
En nous inspirant de
ces idées, nous pouvons
tenir pour certain que,
parmi ces statuettes dé-
couvertes dans les stations
thermales, il en est qui y
furent apportées et dé-
posées à titre d’ex-voto. Il
est bien évident qu il ne près d une source.
faut pas attribuer ce ca- D’après une peinture de vase antique.
x' ' x~ x^^ Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines.
ractere a toutes les figu- Hachette, édiJeur*
rines recontrées dans les
centres de population qui s’étaient formés autour des sources,
surtout lorsque, comme à Vichy, par exemple, il y existait des
ateliers de fabrication céramique. Mais je crois que ce caractère
apparaît nettement lorsqu’il s’agit de découvertes faites dans
les ruines des bâtiments environnant les sources, autour de
-celles-ci ou dans leurs bassins memes. Nous savons, d’ail-
Fig. 24. — STATUETTES VOTIVES
(1) Les Statuettes de terre cuite dans l'antiquité.
202
LA GAULE THERMALE
leurs, par des monuments figurés que ce rite de la consécra-
tion par le dépôt près des sources était usité dans l’antiquité.
Il existe notamment des peintures de vases qui nous mon-
trent, placées auprès des fontaines à l’eau jaillissante, des
statuettes dont une idée votive peut seule expliquer la situa-
tion en semblable place (ficj. 24).
Trois types principaux, fournis fréquemment par les sta-
tions thermales, et quel-
quefois par les sources ou
les piscines elles-mêmes,
semblent avoir eu un rap-
port direct avec les eaux
médicinales, les vertus
qu’on leur attribuait et les
hommages qu’on avait
coutume de leur rendre.
Ces trois types sont les
Vénus, les Déesses-Mères
et des représentations
assez énigmatiques d’en-
fants à la figure souriante.
Fig. 25. — STATUETTE DE VÉNUS.
Dessin de Piébourg, d’après une photographie.
Vénus. — La déesse est
représentée nue, debout
sur un petit socle, les bras
pendants le long du corps,
ou l’un d’eux replié sur la
poitrine et tenant une fleur
ou une pomme: certaines
ont la pose de la Vénus pudique, voilant de sa main ou d’un
léger voile certaines parties de son corps, ou celle de la
Vénus Anadyomène, tordant ses cheveux au moment où elle
vient de sortir de l’onde.
Dans un certain nombre de sujets, la déesse ést placée dans
une sorte de niche peu profonde, disposée au centre d un
petit édicule orné d’un fronton et de pilastres, disposition
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
263
très particulière, et qui ne se retrouve qu’ exceptionnellement
pour les autres divinités (fig. 25).
A Saint-Honoré, on a découvert, en 1891, en même temps
que deux statuettes de Vénus Anadyomène, un groupe en
terre cuite : la toilette de Vénus, dans lequel la déesse est repré-
sentée debout, entourée de trois Éros et d’un quatrième per-
sonnage féminin, qui la regarde en lui tendant de la main
droite un miroir muni d’un manche (1).
D'autres découvertes de statuettes de Vénus ont été faites à
Vichy, qui possédait, nous le savons, des fabriques de terres
cuites et où il en a été trouvé un nombre considérable ; à
Néris (2), où elles abondaient également ; à Montbouy, dans
les ruines de l’établissement balnéaire qui fut probablement
celui d’Aquæ Segestæ ; près du temple médical qui existait
aux sources de la Seine; à Bourbonne-les-Bains, Bourbon-
Lancy, Ydes, etc.
Cette abondance des représentations de Vénus auprès des
sources thermales peut s’expliquer par quelques-unes de ses
nombreuses attributions : protectrice de la jeunesse, dispen-
satrice de la fécondité (3), ainsi que de la beauté et des grâces
(1) Blaxchet, Statuette en terre cuite et bronze trouvée à Saint-
Honoré - les - Bains . Revue archéologique, 3° série, t. XXI, janvier-
juin 1893.
(2) Le musée Guimet et les musées de Saint-Germain et de Moulins,
notamment, possèdent de nombreuses statuettes en terre cuite prove-
nant de ces deux stations.
(3) Certains édicules entourant les statuettes de Vénus sont couronnés
d’un fronton portant pour décoration une série d’S affrontés, séparés par
des bâtonnets. Cet ornement a été considéré par certains archéologues
comme ayant un sens symbolique ou hiératique, en relation avec l’idée
de fécondité et de vitalité. Flouest, dans un mémoire intitulé : Deux
stèles de laraire ( Revue archéologique , 1886, t. I), a cru reconnaître dans
cette double volute « l’image de la vrille ou gemmule, qui est la mani-
festation première de la vie expansive de la graine. » Ce sont là, à propos
d’un détail ornemental, de bien subtiles théories, qui ne reposent que
sur de fragiles conjectures, et dont M. Déchelette nous semble avoir fait
justice en remarquant que si le signe en S est commun dans l’art
gaulois, c’est simplement que cet art avait une prédilection marquée
pour tous les motifs curvilignes, et qu’il préférait aux lignes droites les
tracés onduleux, les enroulements, les méandres serpentins et les
volutes. ( Congrès archéologique de France, LXXh session, Le Puy, 1904,
p. 237.)
264
LA GAULE THERMALE
de la femme, etc. Peut-être aussi certains types, comme celui
de l’Anadyomène, étaient fréquemment choisis à cause de leur
rapport direct avec les sources, dont ils personnifiaient la
divinité tutélaire. Les anciens représentaient fréquemment les
divinités des eaux sous les traits de femmes tordant leurs che-
veux pour en exprimer l’eau ; je n’en citerai comme exemple
que la figure sculptée sur un autel cà deux faces trouvé en
pays éduen, sur le plateau du Mesvrin, figure qui présente le
même type que nos statuettes de terre blanche et dans laquelle
Bulliot (1) reconnaissait « la fée » de l’un des bras du ruis-
seau.
C’était, en quelque sorte, un symbole thermal, comme l’in-
dique très bien M. Mazard (2) : « Une figure, connue par tra-
dition et peut-être acceptée simplement en raison de sa com-
position pour celle d’une femme sortant de l’eau, Anadyomène,
ne pouvait être mieux choisie comme divinité d’un établisse-
ment thermal, dont elle personnifiait et protégeait les sources
■et symbolisait les effets bienfaisants. Sans avoir rien de com-
mun avec la Vénus classique, que d’être des reproductions
d’une de ses images, ces statuettes, consacrées comme ex-voto
sur le lieu même, emportées comme souvenir de guérison
pour figurer dans les laraires, devaient être très recherchées,
se répandre au loin et devenir sans doute l’objet d’imitations,
puisqu’on les retrouve en bien des localités. .»
En résumé, ces statuettes, considérées comme ex-voto, pou-
vaient répondre, suivant l’intention des donateurs, à deux
ordres de pensées très différentes, idée abstraite de jeunesse,
de fécondité, de beauté, etc., ou bien représentation matéria-
lisée, sous une forme convenue, de la divinité dont l’appui
secourable donnait à l’eau de la source ses vertus bienfai-
santes et salutaires.
Déesses-Mères. — Après les Vénus, les figurines qui se ren-
(1) Le Culte des eaux sur les plateaux éduens.
(2) La Céramique. Musée des antiquités nationales de Saint-Gcrmain-cn-
Laije, 1873.
265
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
contrent le plus fréquemment près des sources sont celles qui
représentent une femme assise dans une sorte de fauteuil, et
allaitant un ou quelquefois deux enfants. On en a trouvé,
notamment, à Vichy, à Royat, à Bourbon-Lancy, à Montbouy,
à Néris, etc. (fig. 26).
Quelques archéologues ont voulu y reconnaître Lucine ;
d’autres Latone nourrissant
Apollon et Diane; d'autres en-
core l’Isis des Gaules allaitant
Horus et Typhon. Mowat (1) se
demande s’il ne convient pas
d’attribuer ces images à la
déesse de la nativité, Fortuna
, primigenici ou Natio. Je pense
qu’il faut plutôt y voir des
représentations individuelles de
i ces Déesses-Mères, Matres ou
Mairœ, si vénérées en Gaule, où
i on les rencontre généralement
: groupées, quelquefois par deux,
plus souvent par trois, et por-
: tant dans leurs mains des frtiits
i ou des cornes d’abondance. Ce
i culte, peut-être d’origine celti-
que, semble avoir eu pour ber-
. ceau la Gaule, d’où il se serait
t répandu dans la Germanie oc-
cidentale (2).
Ces divinités, ancêtres de Fig. 26.— déesse mère.
nos Fées et de nos Dames du
moyen âge, étaient regardées comme des génies tutélaires
(1) Bulletin de la Société des Antiquaires, 1884, p. 245.
(2) Allmer, les Dieux delà Gaule celtique , art. Matres : « M. Ch. Fried-
rich, qui vient de publier à Bonn une monographie intitulée : Matro-
nurum monumenta, constate que les Matres se rencontrent à peu près
partout dans les provinces du Nord, mais font complètement défaut dans
la Haute-Italie. On trouve là à leur place, dans la Cisalpine oricn-
260
LA GAULE THERMALE
des familles, des bourgs et des villes; comme des esprits
protecteurs dont l’empire s’étendait sur la campagne et sui-
tes bois. Leur caractère bienfaisant et secourable explique
facilement qu’elles aient joué le rôle de deœ medicœ, auxquelles
on adressait des .vœux pour la guérison des malades, et qu’on
remerciait de leur intervention. « Les médecins, dit Florian Val-
lentin (1), les vénéraient aussi comme de saintes patronnes (2).
Divers monuments, recueillis auprès des fontaines qui avaient
des propriétés médicinales, indiquent que ces déesses, consi-
dérées comme génies aquatiques, devenaient les amies bien-
faisantes de l’homme, calmaient ses douleurs, lavaient ses q
blessures et guérissaient ses maladies. »
Auprès des sources, leur rôle semble avoir eu, dans la]
Gaule, une profonde analogie avec celui que jouaient les j
Nymphes dans la religion romaine. Cette similitude apparaît '
frappante aux Fumades, où, sur les autels sculptés dont nous ]
avons déjà parlé, on a rencontré, figurant par triades, des 1
Nymphes demi-nues, tenant devant elles des vasques en forme I
de coquilles ainsi que des divinités dont le costume, l’attitude J
et les attributs sont en tout point semblables aux représenta- ]
tions connues que nous possédons des Mères Augustes.
Indépendamment de la conception abstraite d’une divinité ]
d’essence particulière, il est très possible que cette effigie |
'S
d’une mère qui allaite son enfant, perdant tout caractère sym- i
bolique, ait semblé l’ex-voto le plus convenable pour les’]
nourrices, les femmes stériles qui venaient demander aux
taie, des Junones, et dans la Cisalpine occidentale ainsi que dans les 4
Germanies, des M'atronœ. A la Gaule lyonnaise appartiennent presque 4j
exclusivement les autels où les noms des mères apparaissent au datif
sous la forme Matris. Cette orthographe est fréquente aussi dans la
Narbonnaisc. Le nominatif n’est pas connu; c’est par induction qu’on
a suppose Matrœ. »
(1) Le Culte des Matrœ dans la cité des Voconces, d’après les monuments
épigraphiques, 1880.
(2) Voir notamment une inscription de Lyon, figurant au-dessous d'un
bas-relief représentant trois Matros assises, avec des fruits sur leurs
genoux : Mat[ris] Aug[ustis ] Phlegon med[ieut}. Allmer, Revue épigra-
phique, t. IV, p. 44. Le bas-relief et l’inscription sont figurés dans les
Documents pour servir à l’histotre de la médecine à Lyon, du docteur
PONCET.
,
SOURCES THERMALES ET MEDICINALES
267
eaux l’espoir d’une maternité prochaine ou les mères cher-
chant la guérison ou le soulagement de maladies consécutives
à l’accouchement.
s
Bustes d’enfants. — Le troisième ordre de représentations
auquel nous avons fait allusion comprend des bustes de jeunes
enfants à la figure souriante, les uns la tète nue, complète-
ment chauve ou couverte de cheveux, d’autres coiffés d’une
sorte de capuchon. Néris, Saint-Honoré, Bourbon-Lancy,
Fig. 27. — buste d’enfant.
Terre cuile provenant de Néris.
Vichy, le Temple des sources de la Seine, etc., en ont fourni
un certain nombre de modèles [flg. 27;.
Nombre d attributions ont été proposées pour cette énigma-
tique figure. Tudot (1) y voyait « une figure symbolique, une
(1) Collection de figurines en argile, œuvres premières de l’art gaulois.
2ü8
LA GAULE THERMALE
allégorie provoquant l’hilarité et répondant très bien à l’es-
prit lin et railleur des Gaulois... Gomme nous tenons à dési-
gner par un nom ce personnage, nous le nommerons le dieu
Risus. » M. Blanchet (4), tout en reconnaissant que l’hypo-
thèse de Tudot ne repose sur aucune base bien certaine,
admet provisoirement sa dénomination, qui est commode.
M. S. Reinach la repousse absolument; pour lui, l’origine de
cette statuette serait un motif alexandrin, devenu une trans-
formation gauloise du type d’IIorus (2), dans laquelle on pour-
rait reconnaître quelquefois un dieu-enfant de la santé, qui,
en Gaule, aurait répondu à une conception analogue à celle
du petit dieu gréco-romain de la convalescence, l'enfant
Télesphore (3).
Pour M. Pérot (4), ces bustes sont de simples représenta-
tions d’enfants gaulois de l’Arvernie. Quelques archéologues
en font des jouets d’enfants, qu’on plaçait quelquefois dans
leurs tombeaux, et M. Mazard (3) y voyait « la personnifica-
tion de renfance, consacrée comme, objet votif, ou invoquée
comme génie tutélaire des premières années » .
Là encore, tout au moins dans le domaine particulier qui
nous intéresse, l’intention seule du donateur fixa peut-être la
véritable signification de l’objet offert. Jouets consacrés par des
enfants malades ; images d’enfants guéris par les eaux, lais-
sées en souvenir par leurs parents ; symboles de convales-
cence, toutes ces idées sont admissibles et toutes peuvent, à
des points de vue divers, expliquer la présence auprès des
sources des figurines qui nous occupent.
(1) Étude sur les figurines en terre cuite de la Gaule romaine.
(2) Catalogue des bronzes du musée de Saint-Germain, p. 14.
(3) Bégin ( Lettres sur l’histoire médicale du sud-est de la France. Mé-
moires de l'Académie royale de Metz, 1840), cite Télesphore au nombre des
divinités médicales, comme dieu de la convalescence. « On adorait
Télesphore sous le toit domestique plutôt que dans les temples; il figu-
rait au nombre des Lares; c’était un espèce d’ange gardien que les
dames romaines portaient avec elles, surtout lorsque des motifs de santé
leur faisaient entreprendre un voyage aux eaux thermales. »
(4) Notice sur un ex-voto gallo-romain. Centre médical, mars 1898.
(5) La Céramique (op. cit.).
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
269
Divers autres types de statuettes éparses dans des centres
thermaux, Hercule, Mercure, etc., ont pu, sans qu’on puisse
l’affirmer avec certitude, y être également déposés à titres
d’offrandes.
Certains bustes, n’offrant pas le caractère de représenta-
tions religieuses, y figuraient peut-être comme des sortes de
portraits de malades consacrant aux sources bienfaisantes
leur effigie particulière en témoignage de reconnaissance. Les
ruines des thermes d’Évaux ont fourni un petit buste d’argile
blanche d’une femme vêtue d’une tunique fermée sur la poi-
trine et coiffée d’une abondante chevelure partagée sur le
milieu du front, encadrant les joues et relevée au-dessus delà
tête par un gros nœud. Les figurines de ce genre, représen-
tant des dames gallo-romaines, étaient fabriquées en nombre
par les mêmes procédés que les autres et ne constituaient cer-
tainement 2^as de véritables portraits des donateurs ; mais
leur impersonnalité même permettait de leur donner ce carac-
tère par la consécration qu’on en faisait à la divinité.
Les ruines de Bourbon-Lancy ont fourni plusieurs statuettes
en terre représentant des bébés emmaillotés, serrés dans leurs
langes par des bandelettes. Le rapport de ces figures, avec le
traitement de maladies infantiles ne semble pas faire de doute,
ou peut-être faut-il y voir des images évoquant des idées
analogues à celles inspirées par les Déesses-Mères, souvent
représentées portant entre leurs bras, des nourrissons du
même genre.
Du Mège (1), a signalé la découverte à Capvern d’offrandes
céramiques d’une nature particulière. C’étaient des ex-voto en
terre cuite, ayant la forme d’une main tenant tantôt un ser-
pent, tantôt une patère. On y voyait sur un élégant cartouche
et en caractères romains, le mot nymphis, imprimé • dans l’ar-
gile avant sa cuisson. Au-dessous était le nom de la per-
sonne qui avait fait le vœu, et celui-ci paraît avoir été tracé
(1) Archéologie pyrénéenne , t. I, p. 491.
270
LA GAULE THERMALE
avec un instrument très pointu; une bélière servait à sus-
pendre cette sorte d’ex-voto.
Enfin c’est également en terre cuite qu’étaient modelés des
fruits, des noix et des œufs, ainsi que des animaux : coqs,
paons, pigeons, cygnes, chiens, chevaux, singes, moutons, etc.,
trouvés sur nombre de points du territoire des Gaules, et
parfois en assez grande quantité dans le voisinage des sources
thermales. Itoyat, Néris, Vichy, Coren, Bourbon-Lancy, etc.,
en ont notamment fourni d’intéressants spécimens. Certains
de ces petits objets pouvaient être des jouets d’enfants, ana-
logues à ceux dont nous avons eu déjà à constater l’existence.
D’autres, et principalement ceux qui représentaient des ani-
maux chers à une des divinités honorées près des sources,
étaient déposés comme des simulacres d’offrandes que la pau-
t
vreté des fidèles ou des impossibilités matérielles ne permet-
taient pas d’apporter en nature. Le sacrifice de l’animal était
remplacé par le don d’une image d’argile, et si la divinité ou
ses terrestres représentants n’y trouvaient pas leur compte,
le dévot convalescent quittait les eaux, satisfait d’avoir accom-
pli à peu de frais le rite traditionnel, et honoré, comme il con-
venait, la divinité protectrice.
VI
Ainsi qu’il arrive pour tous les points où des centres de
population ont existé à l’époque gallo-romaine, les abords des
sources thermales ou minérales abondent en débris de poteries
de toute espèce, en terre blanche, grise, rouge, noire, jaune,
avec ou sans couvertes, lisses ou ornées de sujets moulés, etc.
La nomenclature des lieux où ont été faites des trouvailles de
ce genre comprendrait à peu près toutes les stations anciennes
relevées dans notre pays, et n’offrirait aucune espèce d'intérêt,
car, sauf à Vichy où l’on peut constater l’existence de coupes
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 271
assez spéciales (1), destinées à l’usage des buveurs d’eau,
rien, dans ces débris qui font en quelque sorte partie du
substratum de tout établissement antique, ne peut être consi-
déré comme ayant un rapport direct et particulier avec des
emplois thermaux.
Nous voulons seulement retenir ici, de la présence souvent
constatée de débris de poteries dans les bassins ou les sources
: mêmes, l'idée d’un rite traditionnel qui consistait à jeter dans
la source, comme une sorte d’offrande à la divinité qui y
manifestait sa puissance, le vase ou les fragments du vase
dont on s’était servi. A Montbouy, à Vichy, à Saint-Honoré,
dans nombre d'autres stations encore, les sources nous ont
révélé l'existence de ces témoignages particuliers de dévotion
ou de reconnaissance. A Coren, dans le Cantal, où existent
des eaux qui furent très vraisemblablement employées pour
des maladies du jeune âge, les débris recueillis semblent tous
appartenir à des vases de proportions minuscules comme de
la vaisselle d'enfant. Dans la Savoie, à Menthon, cette idée
d’offrande est prouvée de la façon la plus nette, car plusieurs
des récipients rencontrés dans la vase qui remplissait le fond
du bassin antique contenaient encore des pièces de monnaie.
Ce rite n’a, d’ailleurs, pas disparu avec la civilisation gallo-
romaine, et nous avons déjà vu qu’on pouvait en suivre la
■ survivance auprès de ces sources entourées de la vénération
, populaire, qui ont apporté jusqu’à nous, à travers les siècles,
les souvenirs du culte rendu à la Dwy celtique et à la Nymphe
romaine. Je ne puis m’étendre davantage sur ce sujet, très
étudié par les nombreux auteurs qui se sont occupés de nos
sources sacrées, et je me bornerai à citer de ce maintien de
l’ancien usage un seul exemple, emprunté à M. DuMège, parlant
d’une fontaine, dite de Sainte-Marie, située près des murs de
Toulouse, dont les eaux étaient considérées comme un remède
contre les fièvres intermittentes : « Afin d’obtenir une gué-
rison, chaque malade observe les pratiques suivantes : il doit
(1) Voir p. 32.
LA GAULE THERMALE
970
M i êmi
faire neuf fois le tour de la fontaine en répétant des prières; à
chaque tour, il boit de l’eau de la source dans un vase neuf;
il laisse ensuite tomber dans le bassin, en signe d’offrande,
quelques pièces d’argent; il brise le vase dans lequel il a bu
et en jette les fragments dans les eaux (1). »
Les rites, on le voit, sont tout à fait semblables, et le Tou-
lousain de la fontaine Sainte-Marie accomplissait, en 1814,
absolument le meme geste que le dévot d’Aquæ Calidæ ou
d’Aquæ Segetæ au deuxième siècle de notre ère.
r
VII
Autant les statuettes en terre cuite, votives ou autres, abon-
dent sur nombre de points où la civilisation gallo-romaine /
marqua son empreinte, autant, au contraire, sont rares les
objets en bois appartenant à la même époque (2). Peut-être
cette industrie ne fut-elle pas aussi florissante dans la Gaule
romaine que la statuaire qui participait à cet art de la terre,
si répandu et si prospère, et dont les produits étaient arrivés
à une réelle perfection; peut-être aussi la rareté excessive des
objets sculptés en bois provient-elle uniquement des nom-
breuses causes de destruction, incendies, séjour dans les
(1) Archéologie pyrénéenne, t. II, en note, p. 326.
(2) En dehors des objets dont nous allons parler, on peut citer, parmi
les très rares échantillons de la sculpture sur bois gallo-romaine : Une
statuette en bois de chêne, de 0m,51 de hauteur, représentant une déesse-
mère assise sur un escabeau, découverte dans un puits funéraire au
Bernard (Vendée), en 1871. L'enfant que la déesse tenait dans les bras'
fut brisé par mégarde au moment de la trouvaille, (Baudry et Ballereau,
Puits funéraires gallo-romains du Bernard, p. 180.) Une tête de femme
en bois dur, découverte à Vienne (Isère), dont le bois noirci a pris l'as-
pect de l’ébène. (De Laurière, Une sculpture en bois de l’époque gallo-
romaine. Bulletin monumental, 44e vol., 1878, p. 677.) Une statuette
d’Épona à cheval, appartenant au musée de Saintes, trouvée dans un
puits voisin des thermes, et étudiée parM. Dangibeaud. ( Revue des études
anciennes, t. VII, n° 3, juillet-septembre 1905.)
273
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
terrains humides, etc., qui peuvent atteindre cette matière et
amener sa disparition.
C'est à Luxeuil qu'a été faite, en 1865, au cours des travaux
de captage de la source dite du Pré-Martin, la moisson la plus
abondante d'objets de cette nature (1). On trouva là un-amas
considérable de figurines en
bois de chêne, représentant
des têtes de personnages, la
plupart coiffés d'un capu-
chon. quelques-uns tête nue
et portant pour collier le
grand anneau ouvert à bouts
renflés, caractéristique du
torque gaulois (fig. 28). « Cer-
taines de ces statuettes, au
dire d’un auteur (2) qui écri-
vait au lendemain de leur dé-
couverte, étaient tellement
noircies et endommagées par
le ravage des, siècles, qu’elles
tombaient en les touchant et
s’écrasaient sous les doigts. »
Faut-il voir dans ces sta-
tuettes des ex-voto d’un âge
antérieur à la conquête ro-
maine, déposés là par la dé-
votion des anciens habitants
du pays?
Elles présentent certaine-
ment des caractères : capuchons, torques, allongement exces-
sif de la tête, qui leur donnent un aspect nettement gaulois.
Le sol dans lequel elles ont été découvertes est à un niveau
inférieur aux fondations d’importantes constructions romaines.
Fig. 28.
BUSTE EN BOIS PROVENANT DE LUXEUIL.
Conservé au musée de Besançon.
(1) La plupart de ces objets sont conservés à l’établissement thermal
de Luxeuil. II en existe egalement au musée de Besançon.
(2) Ch. Duhaut, Luxeuil ancien et moderne, 1863.
18
274
LA GA U LL TII K RM ALE
D’antre part, le terrain dans lequel elles reposaient renfer-
mait une médaille d’Auguste et quelques poteries romaines.
11 est assez difficile de se prononcer sur la question, et
peut-être ne faut-il pas rejeter l’idée de Delacroix (\), qui
pensait qu’il s’agissait là d’un dépôt d’ex-voto d’un âge an-
cien qui avait été conservé et recouvert d’une couche de sable
protectrice lorsqu’on avait établi au-dessus des constructions,
à une époque postérieure.
Dans la Côte-d’Or, à Essarrois, auprès d’une source qui, si
elle n’était pas minérale, n’en avait pas moins un caractère
médical nettement indiqué par la nature des objets qui ont
été découverts dans ses environs, on a trouvé deux figures en
chêne (2) de 1 m. 50 et 1 m. 16 de hauteur, grossièrement taillées,
sans bras et absolument frustes. Mignard (3) les décrivait
ainsi : « (La plus grande) est un long spécimen de statue sans
bras; et, pour marquer les jambes, on a scié, coupé ou
tailladé le bois en l’arrondissant, mais, sans lui donner la
moindre forme finie. Une boule oblongue et certaines saillies
pour les joues indiquent la tète. Un grand compas, dont les
branches seraient un peu ouvertes, serait seul capable de
donner une idée de ce singulier monument. Entre ce soliveau
dégrossi et une autre statue plus petite, il y a déjà progrès,
et sans les ravages de la carbonisation et de l’action de l’air,
qui effrite, pour ainsi dire, le bois de chêne dont cette statue
est faite, on distinguerait les linéaments de la figure; les
jambes se terminent avec un certain art, et l’on peut remar-
quer le long de la jambe droite comme la frange d’un vête-
ment. Une saillie plate indique le bras droit, qui s’arrondit
en s’infléchissant contre la poitrine, contre laquelle il tient le
poc iilum. »
Mignard voit dans cette statue et ce poculum la première
(1) Luxeuil. Ville ; Abbaye ; Thermes. Mémoires de la Société d’Emu-
lation du Doubs, 4e séi’ic, vol. III, 1867.
(2) Actuellement au musée de la Commission des Antiquités de la Côte-
d'Or, à Dijon.
(3) Historique d’un temple dédié à Apollon, près d'Essarrois. Mémoires
de la Commission des antiquités de la Côte-d’Or, t. III, 1853.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
275
formule du culte des eaux au vieux temps de l’époque gan-
toise. Nous ne pouvons, sur cette question, que renvoyer à ce
que nous avons dit plus haut (1) à propos des stèles de
Luxeuil, où figurent des personnages portant de meme un
vase ou une bouteille à la main.
Quelques figures* grossièrement sculptées, dont les unes re-
présentent des jambes et des bras, d’autres des tètes, séparées
ou sculptées à l’extrémité d’une sorte de planche rappelant
vaguement un corps sans bras, proviennent des ruines de
rétablissement balnéaire de Montbouy (2), où nous croyons
devoir placer la station d’Àquæ Segestæ de la Table de Peu-
tinger (3).
Le docteur Collin (4) a mentionné très brièvement la trou-
vaille à Saint-Honoré, dans la vase d’un bassin déblayé vers
1864, d’une tète de bois grossièrement sculptée qu’il avait
cru d’origine gauloise et qui, d’après M. Bulliot, appartien-
drait à l’époque gallo-romaine, ainsi que quelques fragments
de poterie qui l’accompagnaient.
Parmi les objets trouvés dans le bassin de la source miné-
rale de Coren figuraient deux statuettes de bois de hêtre,
de 0 m. 22 de haut, dont une seule a pu être conservée. « Elle
représente, dit M. Marcellin Boudet (5), un être humain à
face imberbe et bouffie, entièrement enveloppé dans une
sorte de robe, de chemise ou de lange sans manches, tombant
iusqu’aux pieds qu’elle recouvre, et montant jusqu’au double
menton sous lequel le vêtement fait des plis; à peine distingue-
t-on à un pli la place du bras gauche; l’épaule manque du
côté droit. La coiffure ressemble à une barrette de moine, à
(1) Voir p. 253.
(2) Les ex-voto gallo-romains en chêne trouvés par M. Dupuis. Bulletin
monumental, 1861, ligures p. 350.
(3) Les objets sont actuellement conserves au Musée arcliéologiciuc
d’Orléans.
(4) Eludes médicales sur les eaux sulfureuses de Saint-Honoré. Congrès
scientifique d’Autun, 1876.
(5) La Source minérale gallo-romaine de Coren et son trésor. Figure en
lare de la p. 18. Extrait du Bulletin de l'Académie des sciences, belles-
lettres et arts de Clermont-Ferrand, 1889.
276
LA GAULE THERMALE
une capuche clc vieille femme ou à un bourrelet d’enfant.
Tout compte fait, la ligure me paraît représenter un poupard
entouré de ses langes plutôt qu’autre chose (fig. 29). »
Cette hypothèse est tout à
fait vraisemblable, puisque
tout semble prouver que la
source de Coren était surtout
employée pour les maladies
de l’enfance. La dévotion des
mères consacrait à la divinité
des eaux des images ayant la
forme rudimentaire d’un bébé
au maillot, on jetait peut-être
dans l’oncle salutaire un jouet,
le poupard grossier, sem-
blable à celui dont s’amuse
encore aujourd’hui la sim-
plicité ingénue de nos en-
fants.
VIII
Fig. 29.
STATUETTE EN BOIS, DE COREN.
Plusieurs de nos stations
gallo-romaines ont fourni en
plus ou moins grande quan-
tité des statuettes en métal,
mais ni leur nombre, ni les
sujets représentés, ni les con-
ditions particulières de leurs
découvertes ne permettent
en général de leur attribuer
l'igurc jointe au mémoire de M. Marcellin
Boudet.
d’une façon bien certaine le caractère d’ex-voto et de les associer
intimement au culte des sources voisines. La nomenclature
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
277
de ces trouvailles serait sans intérêt dans l'ordre d’idées qui
nous occupe, et nous nous bornerons à signaler quelques-uns
de ces objets dont l'attribution thermale peut sembler moins
hypothétique.
A Uriage, trois statuettes de bronze ont été découvertes en
1836. Une première représente un personnage légèrement
drapé, tenant de la main droite un objet globuleux qui peut
être une éponge; une seconde, un personnage complètement
nu, tenant de la main droite un strigile, attributs qui peuvent
convenir à des divinités protectrices d’une station thermale.
La troisième représente un enfant. Ses formes sont altérées
par des aspérités arrondies et volumineuses qui recouvrent
presque tout le corps avec une sorte de régularité, et ont fait
penser à certains observateurs que c’était la représentation
d'un personnage atteint d’une maladie de peau. Il n’en est
rien, et un examen plus minutieux a démontré qu’il n’y
avait là aucun fait intentionnel, ces taches ayant été simple-
ment produites par une altération chimique de la surface du
métal (1).
M. Dulac (2) a signalé la découverte à Moind de trois peti tes
figurines en bronze représentant l’une un soldat, les deux
autres des divinités. 11 les regarde comme des ex-voto, mais
sans appuyer d’aucun motif cette hypothèse, d’ailleurs, par-
faitement vraisemblable.
Nous pouvons, avec plus de certitude, donner le caractère
d'offrande à divers objets en bronze, parmi lesquels deux
têtes de serpents et deux petites statuettes représentant des
danseuses, provenant de Bourbonne, car elles étaient enfouies
dans la vase du puisard romain, au fond duquel on a
trouvé le trésor de monnaies dont nous avons parlé plus
haut.
C’est également dans le bassin d’une fontaine qu’avait été
découvert à Saint-Amand, en 1698, un Mercure en bronze
(1) \ ulfranc Gerdy, Etude sur les eaux minérales d’ Uriage, 1849.
^2) Les Ruines de Sainte-Eugénie, à Moingl. A nnales de la Société
d'agriculture... du département de la Loire, t. XX, 1876
278 LA GAULE THERMALE
conservé dans le cabinet d’un amateur de curiosités de
Douai (1).
Eniin, en 1902, il a été découvert à Saint-Honoré, dans des
fouilles opérées sur l’emplacement d’un ancien temple, une
statuette d’argent représentant une femme drapée debout, la
main droite, ouverte, levée à la hauteur de l’épaule, la main
gauche supportant un attribut qui a disparu avec elle. La
statue est composée d’une feuille d’argent battue dans un
moule, rapprochée par derrière et soudée. Le bras qui reste
est en bronze plein, originairement argenté. Pour M. H. de
\ illefosse (2), cette statuette est celle d’une divinité, et, quoi-
qu’elle ne porte aucune inscription, son caractère votif n’est
pas douteux. Il est assez naturel, ajoute-t-il, de supposer que
la statuette de Saint-Honoré-les-Bains provient d’un temple où
elle avait été consacrée par un dévot du pays ou par un ma-
lade venu aux eaux d’Alisincum.
IX
Certains objets destinés à la parure, les bagues et anneaux
notamment, étaient offerts aux divinités comme témoignages
de vénération ou de reconnaissance. Quelques découvertes de
ce genre ont été faites auprès de nos sources, mais les objets
recueillis ne portaient aucune mention dédicatoire, ou étaient
en trop petit nombre pour qu’on puisse affirmer qu’on se
trouve là en présence d’objets qui n’ont pas été égarés, aban-
donnés ou perdus, mais bien déposés avec une intention
rituelle. Bornons-nous à citer à cet égard les trouvailles : au
(1) Bottin, Notice historique sur l’établissement des eaux et boues ther-
males cl minérales de Saint-Amand. Mémoires de la Société royale des
Antiquaires, t. I, 1817.
(2) La statuette d’argent de Sainl-Honoré-1 es- Bains, 1904. Extrait ilu
Recueil des mémoires publiés par la Société des Antiquaires de France, à
l’occasion de son centenaire (avec photogravure).
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
279
.Mont-Dore, d’an anneau et de chaînettes d’or et d'une intaille
représentant un faune; à Ludion, de bagues et d’anneaux; à
Moind, d’une magnifique agathe; à Bains, cl’un grenat gravé
en creux, représentant la tête de Caracalla; à Vie, près Ydes,
de bagues et d’anneaux; à Bôurbon-Lancy, d’une intaille
montée en bague et figurant deux aigles dont les serres
reposent sur le globe, etc.
Cependant, il a été extrait du puits minéral de Coren des
petits objets dont la valeur est nulle, mais que leur nombre
indique bien avoir été déposés là intentionnellement et en
vertu d'un usage consacré. Ce sont huit bracelets ronds de
fillettes- en fil de laiton de cuivre extrêmement ténu, les uns
fermés, les autres ouverts et amincis aux deux extrémités très
rapprochées l’une de l'autre, bout à bout, à la façon gauloise (1).
Beaucoup d’autres ont pu être emportés par le courant ou
gisent encore au fond du ruisseau dans le lit duquel émergent
les sources minérales de Coren ; mais ce qui a pu être
recueilli de ces ornements suffit à démontrer l’existence cl’un
rite particulier d’offrandes, motivé, sans cloute, par l’emploi
de ces eaux pour la guérison des maladies des enfants.
Les autres objets que nous allons successivement passer en
revue portent des inscriptions dédicatoires ou ont été re-
trouvés en abondance telle que leur caractère d’ex-voto
témoignant cl’un culte particulier ne peut faire l’objet d’aucun
doute.
r
Patères d’Evaux. — En 1856, il fut extrait, lors du curage
d'un des anciens puits thermaux de cette station, trois patères
en cuivre tourné, semblables comme forme, matière, dimen-
sion et main-d’œuvre. « A leurs rebords s’adaptaient des
manches plats, munis à leur base d’oreillettes contournées en
volutes et percées à leur extrémité cl’un tréfeuille. Ce dernier
accessoire faisait défaut, par suite de brisures, à deux des
(1) Marcellin IIoudet, op, cit.
280
LA GAULE T'il E R M A L E
coupes, dont l’une cependant conservait encore un morceau
du manche, sur le plat duquel était un commencement d’ins-
cription (1). »
La patère restée entière se rapproche beaucoup comme
forme de celles qu’on voit suspendues à la ceinture des
légionnaires dans les bas-reliefs de la colonne Trajane. Elle
portait sur son manche l’inscription en pointillé, dédicatoire
au dieu Ivao (fig. 30), que nous avons rapportée précédem-
ment, ainsi que l’estampille du fabricant, STEPAPROD, gravée
dans un cartouche, en sens inverse de la première inscrip-
tion, et appliquée sur le bronze au moyen d’un poinçon
métallique gravé en creux et à rebours. C’est évidemment le
nom et la marque de l’ouvrier tourneur en cuivre qui a
fabriqué la patère.
M. Mowat (2) pense que le T a été lu fautivement pour un I
et propose la lecture : S1EPAPROD, Ansii Epaproditi. 11 fait
remarquer qu’on ne connaît pas moins de cinq patères de
bronze, provenant de Pompéi, et portant l’estampille : Arm
Ëpapkrodi. . . Les Ansii paraissent avoir eu leur centre de
fabrication à Pompéi et à Herculanum, d’où leurs produits
(1) A. Fillioux, les Thermes d’Èvaux. Société des sciences naturelles et
archéologiques delà Creuse, t. IV, 2“ Bulletin. Guéret, 18 1 3.
(2) Marques de bronziers sur objets antiques trouvés ou apportes en
France. Bulletin épigraphique de la Gaule, t. III, p. 261.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
281
pénétraient jusqu’en Gaule, et il ne serait pas invraisemblable
que l'estampille d’Évaux ne fût qu’une variante de celles de
Pompéi.
Cette pièce, du plus haut intérêt, puisqu’elle a été trouvée
dans l’endroit même où coulait la source dont elle nous a
révélé le protecteur, est conservée actuellement au musée de,
Guéret (1).
Vase de Néris. — Le vase de Néris, portant sur la panse, à
la naissance du col, l’inscription Deo Iboso, fut trouvé dans un
ancien puits, en 1876. Il est en bronze, couvert d’une belle
patine verte, avec col étroit et allongé, termine par un goulot
trilobé. L’anse qui l’ornait primitivement a disparu. Ce vase,
qui était, selon toute apparence, destiné à des ablutions reli-
gieuses, est conservé à l’établissement thermal de Néris.
Vase de Chassenay. — C’est également dans un puits que
fut découvert le vase de bronze de Chassenay, consacré au
dieu Albius et à Damona. La présence de cette deuxième divi-
nité semble bien indiquer un culte rendu à une fontaine douée
de vertus curatives, peut-être celle même qui alimentait le
puits dont le vase a été extrait, d’autant mieux, dit Allmer (2),
que, parmi les autres objets extraits du puits où gisait le vase,
on a trouvé des débris d’une statue de marbre dont un des
bras était entouré d’un serpent, vraisemblablement statue
d’Esculape ou d’Hygie placée dans un temple consacré à
Albius et à Damona.
(1) On peut rapprocher de cet ex-voto : 1° Une patère en bronze pro-
venant de Luxeuil, dont parle Greppo (op. cit., p. 129), à qui elle avait
été signalée par le colonel de Fabert, et qui portait, gravée sur son manche,
une inscription ainsi rapportée : m-nv / mepilla. inoc / v. s- l. m;
2° Deux patères-casseroles en bronze, découvertes dans le voisinage
d’Alisc-Sainte-Reine, portant sur la partie plate de leurs manches des dé-
dicaces au dieu Alisanos, vraisemblablement le protecteur du Mont-
Auxois et de la région environnante. — Héron de Yillefosse, Antiquités
romaines trouvées à Alise-Sainte-Reine. Mémoires de la Société nationale
des Antiquaires de France, t. LXV, 1906.
(2) Les Dieux de la Gaule celtique. Revue épiyraphique , t. III.
282
LA G AIJ LL THERMALE
Anneaux de Vichy. — Les deux anneaux de Vichy, dont l’un
a été découvert en 1883, alors que l’autre, trouvé depuis une
douzaine d’années environ, figurait au musée de Lyon, sont
en bronze, en forme de tore, d’un diamètre intérieur de
ü m. 113 et d’un poids légèrement supérieur à deux kilo-
grammes (1).
M. Mowat, se fondant sur l’absence d’une formule explici-
tement votive dans l’inscription qui figure sur celui des
anneaux le plus anciennement découvert, offert à la déesse
Diane par ses adorateurs, les Dianenses (2), y avait vu « moins
un ex-voto proprement dit qu’un instrument servant dans
quelque cérémonie du culte... un foculus mobile qu’on plaçait
sur la table de l’autel pour retenir les charbons incandescents
destinés à la combustion de l’encens au moment de la célé-
bration du sacrifice » .
M. Héron de Villefosse considère, au contraire, cet anneau
connue un véritable ex-voto (3). Aucun doute, d’ailleurs, ne
peut exister pour le second, qui porte une dédicace nettement
votive au dieu Mars Vorociusv, avec les lettres V- S- L- M- (4).
Cet anneau devait être suspendu le long du fut d’une colonne,
surmontée d’un chapiteau corinthien très fruste, qui a été
retrouvée dans la même fouille. Une large trace d’oxydation
qui a fait disparaître plusieurs lettres de l’inscription, marque
la trace de la bandelette de fer fixant l’anneau au chapiteau
sur lequel se dressait, paraît-il, une statue de bronze de
0 m. 80 de hauteur, qui semble avoir disparu sans avoir pu
être utilement examinée (5). On aurait donc retrouvé là, si
l’on peut considérer comme certaine cette dernière partie de
la trouvaille, l’ensemble à peu près complet du monument
consacré à ce Mars Vorocius, dont le nom figure sur l’anneau
votif.
• t '
(1) Moulages au musée de Saint-Germain.
(2) Voir p. 176.
(3) Bulletin de la Société des Antiquaires, 1883, p. 261 et. suiv.
. (4) Voir p. 172.
(5) Bertrand, Anneau votif et statue en bronze découverts à T ichy dons
un puits antique. Société <T Émulation de l’Ailier, t. X\ II, p. 30/ et suiv.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
283
Feuilles d'argent de Vichy. — A une trentaine de mètres de
l’endroit où furent découverts les anneaux, on avait mis a
jour, pendant l'hiver 1864-(>5, une autre trouvaille précieuse:
une série de feuilles d’argent, dont l’une porte l'inscription
votive à Jupiter Sabasius (4). On en avait d’abord rencontré
quatre-vingts, à 0 m. 80 de profondeur, réunies et entourées
d'une série de moellons; sept autres furent trouvées quelque
temps après. La majeure partie de, ces pièces se trouve au
musée des Antiquités nationales, à Saint-Germain ; quelques-
Fig. 31. — FEUILLES D’ARGENT DE VICHY.
Photographie d'après les originaux, au musée de Saint-Gerinain-en-Laye.
unes sont restées à Moulins. Ces lamelles se composent de
très minces plaquettes d’argent, découpées en formes gros-
sières d’arbres ou de feuilles et légèrement estampées de
quelques traits géométriques. Quelques-unes de ces feuilles
sont ornées de sujets. L’une d’elles présente un buste de
Ptiœbé; une autre celui de Vénus et de Junon. Sur les autres
sont des figures de Jupiter, debout sur le seuil cl’un édicule
arrondi ou triangulaire. Une seule des lamelles porte une
inscription : celle du dévot Carassonus à Jupiter Sabasius (fig.31).
(1) Voir p. 171.
284
LA GAULE THERMALE
MM. Rossignol et Bertrand, qui ont fait une étude particulière
de ces feuilles votives (1), voient dans cette forme un sou-
venir du culte immémorial des Gaulois pour les arbres, que
la conquête n'avait pu supprimer (2).
De nombreux débris retrouvés dans les mêmes fouilles
appartenaient sans doute à l’édicule décoré des lamelles
votives, qui furent détachées et enfouies avec soin au moment
où Vichy était menacé de quelque invasion qui ne devait
laisser derrière elle que des ruines.
Plaque votive de Plombières. — On conserve au Cabinet des
Médailles de la Bibliothèque nationale une plaque votive en
bronze, ayant la forme d’un cartel accosté à droite et à
gauche de queues d’aronde, percées de trous de suspension,
et portant une dédicace à Neptune (3). L’apothicaire Rouvray,
chargé par le duc de Lorraine Léopold de faire remettre en
état les étuves et bassins de Plombières, avait signalé la
découverte de cette plaque, trouvée, d’après lui, avec plusieurs
autres dans le lit du ruisseau de l’Eau-Gronne.
Oreille de patère de Bondoxneau. — Le musée du Louvre
possède, dans la salle des bijoux antiques, une oreille de
patère en argent, d’un travail très artistique, trouvée en 18-41,
à Bondonneau, près de Montélimar, et » représentant Vénus
(1) Notice sur les découvertes faites à Vichy, et en particulier sur
les braciéoles votives d’argent. Bulletin de la Société d’Emulation de
V Allier, t. XVIII.
(2) M. Pérot (même Bulletin) signale une série de bractéolcs en or, ayant
la plus grande affinité avec celles de Vichy, placées au musée d’Orléans
et provenant de l’ile de Chypre. — En 1743, on en a trouvé un grand
nombre en Angleterre, près de Barkwav et de S tonv-S tratford. — Le
Bulletin de la Société des Antiquaires, 1890, p. 289, signale une plaque
d’argent en forme de feuille, avec lettres et brettelurcs au repoussé,
portant l'inscription suivante : deo-in / ivicto / gekman / sol, trouvée
dans des fouilles à Dcncuvre, près Baccarat. M. Héron de Villcfossc fait
remarquer que cet objet rentre dans la classe des offrandes religieuses
symboliques. — On a trouvé une feuille analogue en métal estampé à
Feuehères (Marne). Plusieurs autres figurent au musée du Louvre et pro-
viennent du trésor d’argenterie de Notre-Dame d’Alençon, près Brissac
(Maine-et-Loire).
(3) Voir p. 175.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
285
relevant sa chevelure, assise dans une coquille soutenue au-
dessus des Ilots par des centaures, escortée de deux Eros ailés
debout sur des dauphins ». Bien que Vénus soit, nous le
savons, une des divinités dont le nom et les effigies se retrou-
vent auprès des sources thermales, il serait téméraire d’affir-
mer que cette pièce a fait partie d'un objet offert à la déesse à
titre d’ex-voto; mais cependant le fait de la découverte simul-
tanée de cet objet et de restes de bassins et de piscines,
permet d'admettre, sans trop entrer dans le domaine de l'hy-
pothèse, une certaine corrélation entre cette représentation
de la déesse et les eaux minérales du lieu.
Lames de plomb d’Amélie-les-Bains. — En 1845, au cours de
travaux entrepris pour augmenter le débit d’une des sources
thermales d'Amélie-les-Bains, un escarpement pratiqué dans
la roche livra passage à une 'masse d’eau, qui expulsa avec
elle un certain nombre d’objets antiques, parmi lesquels des
monnaies de bronze, deux objets indéterminés, en plomb,
ayant l’aspect de boutons de vêtements, de petits disques de
métal, convertis pour la plupart en sulfate, et une certaine
quantité de lames de plomb, très minces, roulées et aplaties
en quatre ou cinq doubles. Ces objets avaient dû être intro-
duits par une ouverture assez grande, naturelle ou artificielle,
au-dessus de l'orifice de la source, et à laquelle on n’avait
porté aucune attention quand on avait procédé à l’escarpe-
ment de la roche (1). Ces feuilles ayant été déroulées, on
put voir qu’elles avaient été lissées grossièrement pour pré-
senter une épaisseur uniforme, ou simplement amincies par
un battage au marteau. Elles étaient couvertes de caractères
cursifs, malheureusement très altérés par l’oxydation et la
pression faite en roulant et pliant les feuilles. « Quant aux
caractères, il semble qu'une main délicate, une main de
femme, vient de les tracer avec la pointe d’une épingle. Les
(1) Henry, Revue archéologique , 4e année, lre partie (1847), p. 409 et
suiv. (avec planche reproduisant les lames de plomb et leurs inscrip-
tions).
286 LA GAULI-: THERMALE
de plomb (pii, évidemment, n’a subi aucune prépara-
tion (1). »
L interprétation des inscriptions tracées sur les plombs
d'Amélie, qui, malheureusement, ont été perdus, a exercé la
sagacité de plusieurs chercheurs, mais, ainsi que dit M. Méri-
mée (2), elles attendent encore leur OEdipe.
M l’abbé Greppo (3) y avait reconnu un singulier mélange
de lettres grecques et romaines et pensait avoir lu les mots :
Nvmene Maximie et Ma..imina; Rogat. Rosam et Ramos, qui se
seraient rattachés à l'idée d'offrandes de rameaux et de roses,
et Kanta et Nimfa, qui pourraient se rapporter à la divinité
invoquée.
Le Comité historique des Arts et Monuments, prié d’exa-
miner ces écritures, dont les fac-similés lui avaient été envoyés,
se borna cà l’avis suivant, inséré dans le Bulletin de 1846 :
« M. Letronne avait cru voir des lettres grecques dans ces
inscriptions. M. Mérimée croit qu’il n’y a que des lettres et
des mots latins. Ces lames de plomb paraissent avoir été
jetées dans la source comme des ex-voto, ou pour se rendre
favorable la divinité de cette fontaine. »
M. de Bonnefoy (4), après avoir étudié les plombs et donné
les lectures qui lui semblent certaines, conclut ainsi : « En
attendant une explication qu’on nous donnera peut-être un
jour, nous considérerons les plombs d’Amélie comme des
ex-voto, des invocations à la divinité tutélaire de la source
thermale. A travers nos lectures pleines d’hésitation, nous
remarquerons Niskat, Nikasa, Niskat , nom du génie de ces
eaux, ainsi qu’on l’a conjecturé; rogamos, rogamus, rogmos,
partie d’une formule d’imploration et quelques noms propres.
(1) Procès-verbal authentique de la découverte des plombs, dans une lettre
écrite le 24 juin 1845, à M. Pierre Puiggari, par son neveu, oiïicier du
génie, chargé de la direction des travaux de l’hôpital militaire.
(2) De antiquis religionibus in Gallià meridionali ac prœsertim i)> Pyre-
nœis montibus.
(3) Op. cit., p. 293.
(4) Ëpigraphie roussillonnaise. Société agricole, scientifique et littéraire des
Pyrénées-Orientales, 14e vol.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
287
11 peut s’y trouver des mots grecs, mais l’écriture est romaine.
Quant au gaulois ou aux termes barbares, les experts en
cette matière aviseront. »
Ces derniers s’étaient, d’ailleurs, déjà occupé de la ques-
tion. Morin, dans ses Monuments des anciens idiomes gaulois
(1861), avait cru reconnaître sur l’un des plombs une prière
gauloise en vers rimés sur l’assonnance I. 11 concluait à la
nullité à peu près complète du résultat de ses recherches, et
ajoutait que la seule confidence qu’il put encore faire était
que Niskas et Rosamos étaient peut-être le dieu et la déesse
d’Améïie-les-Bains.
De Belloguet (1) pense qu’outre les caractères grecs et
romains, il devait y en avoir quelques-uns d’hispaniques.
Pour lui, « quelques mots de ces graffiti sont certainement
romains. Il est peu probable que ceux qui n’appartiennent
pas à cette langue soient gaulois; nous sommes à Amélie-les-
Bains, dans un pays cpii était presque entièrement ibérique,
et nous avons à peine rencontré dans les fragments deux ou
trois mots qui paraissent celtiques, comme ema et rosamos. »
M. Mérimée (op. cit .) tire également quelques conclusions
de ses lectures : « In tribus incipientibus diversorum foliorum
« fragmentis, eadem verba eodem fere ordine inscrib-untur :
« in frag. 1 : Kantas. niskas / rogamos et de... / recamus vos ?... /
« in frag. 2 : niskas aquis../ rogamus... / in frag. 7 : Dom... /
« niskas rog.. mus et de / camus /.... Ilæc adeo incerta aliis
« intêrpretenda permittemus ; tamen si quid in universum
« dicere fas est, carmen nescio quod solenne latere vicletur,
« verbis ad impetrandum aliquid accomodatis. »
M. Nicholson (2) a vu dans les tablettes des invocations
sous une forme métrique, en un langage mélangé de gaélique
et de latin. Le mot Niska, rencontré à plusieurs reprises, lui
semble appartenir à un génie des eaux, water-spirit , et Niskas
Acquises, déchiffré sur une des tablettes, lui paraît donner le
(1) Ethno génie gauloise, t. I, p. 330 et suiv.
(2) Keltic Besearches. Sludies in the history and distribution of the ann-
exent Goidelic language and peoples, 1904.
288
LA GAULE THERMALE
« nom original » d’Amélie, qui aurait été Aquisa. Sous la
domination romaine, ce nom serait devenu Æmilia, du
triumvir M. Æmilius Lepidus, qui, en 44, gouvernait la
Narbonnaise.
En résumé, l’interprétation littérale semble devoir nous
échapper toujours, mais il est évident que ces lames avaient
un caractère votif, et nous font apercevoir une ancienne pra-
tique religieuse du plus haut intérêt : l’inscription du vœu
sur une tablette qui était déposée au point où la divinité tuté- I
laire exerçait son empire (1). Peut-être aussi y avait-il un
rapport étroit entre ces lamelles et les pièces de monnaie ,
retrouvées à leurs côtés; il est permis de supposer que les |
fidèles, en même temps qu’ils consignaient leurs souhaits sur
les lames de plomb, et cela vraisemblablement d’après des }
formules rituelles qui expliqueraient les répétitions de mots -
constatées par les divers lecteurs, jetaient dans la source une
offrande qui était en quelque sorte la rémunération anticipée i
de l’intervention divine.
Marteaux et ornements en plomb d’Uriage. — Le château I
cl'Uriage renferme un certain nombre de petits objets en
plomb, trouvés dans les ruines des anciens thermes, qui
avaient incontestablement, étant donné leur nombre, un carac- \
1ère votif, mais dont le sens symbolique est encore entouré,
d’obscurité. Ces objets, de sept à huit pouces de longueur,
présentent la forme de marteaux ou de haches; le relief est t
placé sur la face, le derrière est plat, comme si la pièce était
destinée à être appliquée contre un mur. Quelques-uns de ces ’
marteaux sont percés pour donner passage au clou d'attache, ô
Greppo ( op . cit., p. 262), les considérait comme représen-
tant un des attributs de Vulcain, le dieu forgeron, le dieu du
(1) « C’était l’usage dans l’antiquité gréco-romaine, de confier non
seulement à des tombes, mais à la mer, aux fleuves et mômes aux sources
des puits les tablettes adressées aux divinités infernales et sur lesquelles
les dévots avaient tracé leurs souhaits et leurs exécrations. Sans doute
la source amenait les vœux à leur destination souterraine. » Jullian,
Inscription gallo-romaine de Boni. Revue celtique, 1898, p. 169.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 289
feu, le dieu des mines, qui pouvait très naturellement aussi
être le dieu des sources minérales et thermales.
On peut rattacher surtout ces objets au culte du dieu gallo-
romain barbu, à la tête olympienne et si fréquemment repré-
senté tenant dans la main un maillet à long manche. Ce dieu
occupait un rang important dans les traditions religieuses de
la Gaule. On y voit généralement une incarnation de Taranis,
le dieu de la foudre, une des divinités mentionnées dans un
passage souvent cité du poète Lucain (1). « Cette assimilation
(avec le dieu de la foudre), dit M. Gaidoz, n’est pas sans
raison d’être pour les eaux sulfureuses. N’est-ce pas une
remarque de tous les jours que la traînée de la foudre
laisse derrière elle une odeur de soufre (2) ? »
Pour M. Allmer (3), l’image de la foudre, aux mains du
dieu celtique, était non un maillet, mais une roue. Selon
lui, il résulterait manifestement d’un ensemble de mo-
numents, que le maillet à court ou à long manche était un
attribut de Silvain. La présence de ce dieu auprès de sources
thermales n’aurait rien qui pût nous surprendre, car nous
avons pu la constater déjà au Mont-Dore, et signaler en
même temps les affinités de Silvain avec des divinités essen-
tiellement médicales.
Peut-être faut-il même, pour interpréter les singuliers ex-
voto d’Uriage, remonter plus haut dans le passé, et les consi-
dérer comme une survivance des pratiques traditionnelles
dont les haches ou marteaux en silex étaient l’objet aux temps -
préhistoriques. Ces instruments furent certainement entourés
d’un culte fétichiste, dont le symbolisme possible nous
échappe, mais dont les preuves apparaissent jusqu’à l’évi-
dence dans les sculptures des dalles mégalithiques du Mor-
bihan et des grottes sépulcrales de la Champagne.
(J) Pharsale , I, 446.
(2) Taranis, A propos des marteaux d’Uriage. Revue celtique, t. Vlr
1883-1885, p. 457. — Flouest, le Dieu gaulois au maillet sur les autels à
quatre faces. Revue archéologique, 3° série, t. XV, janvier-juin 1890. —
Gxinoz, le Dieu gaulois au maillet. Les autels de Stuttgart. Môme volume.
(3) Les Dieux de la Gaule celtique. Revue épigraphique.
19
290
LA GAULE THERMALE
Ces différentes hypothèses ont toutes leur part de vraisem-
blance et, seules, des découvertes épigraphiques pourraient
permettre une solution indiscutable, en révélant le nom de la
divinité qui présidait aux eaux d’Uriage (1).
Les haches-marteaux se retrouvent également dans la com-
position d’un ornement en plomb, retrouvé à Uriage dans les
fouilles de la source thermale, et conservé au musée du châ-
teau. Il est décrit ainsi par Àllmer (. Inscriptions de Vienne, t. IV),
cité par le docteur Doyon dans son ouvrage sur Uriage et ses
eaux minérales (1884) : « Petite plaque oblongue en plomb, fai-
sant partie d’une armature de même métal, qui probablement
enveloppait un cippe. L’inscription est imprimée en relief et
entourée d’un filet cordelé : m- rvf- marciax- vf-
M. Ru fus Marcianus a , de son vivant, fait ce tombeau.
« La plaque de plomb sur laquelle se lit cette inscription
appartient à un ensemble de débris qui méritent d’être dé-
crits. Ils représentent la façade, découpée à jour, d’une sorte
de petit temple, dont la plaque en question sert de soubasse-
ment et sert d’appui à deux colonnes supportant une autre
plaque pareille qui constitue l’entablement de l’édifice, ter-
miné au faîte par une hachette à deux tranchants. Une ha-
chette semblable est placée sur le soubassement, et une autre
encore est emmanchée dans chacune des deux colonnes à
laquelle elle fait une espèce de chapiteau bizarre, grossière-
ment disproportionné. D’autres débris du même genre indi-
quent, quoique moins complets, la répétition du même sujet,
(1) Nous ne citons que pour mémoire ^interprétation suivante, figurant
clans une note de M. Pilot, Bulletin de la Société de statistique du départe-
ment de l’Isère, séance du 3 mai 1841 : « L’inscription d’Uriage :
l: scr. martinvs. ac- f, nous apprend le nom du fondateur des
bains d’Uriage. Il est à croire que ce Scribonius était de la célèbre
famille Scribonia. Ce qui semblerait le prouver, et qui expliquerait en
même temps la cause d’une cinquantaine de plaques de plomb, repré-
sentant chacune un marteau, et trouvées dans les anciens bains d’Uriage,
ce seraient à la fois le surnom de Martinus et ces mêmes marteaux dont
on n’a point encore trouvé ni l’usage, ni le motif. Le marteau était un
emblème des Scribonius, que l’on voit sur la plupart de leurs médailles,
et qu’ils adoptèrent à cause d’un Scribonius qui, étant préteur, avait fait
clore le Forum d’une charpente. »
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
291
et font présumer une armature appliquée sur les quatre faces
d'un petit cippe, qui n’était autre qu'un tombeau.
« Un vase gardé par deux griffons affrontés, sur la plaque
supérieure, met hors de doute la destination funéraire du mo-
nument, et donne lieu de reconnaître des figures de Yascicc
dans les hachettes dont il vient d’être parlé. »
Ghampollion-Figeac (1) avait déjà signalé cette plaque
comme paraissant avoir fait partie d’un petit bas-relief en
plomb, représentant un trépied avec un griffon de chaque
côté, sujet ordinaire de consécration à Apollon.
Greppo (op. cit ., p. 263), dit ne pouvoir trouver d’autre
interprétation aux deux lettres qui terminent l’inscription que
Votum Fecit, et voit dans l’ensemble de ses débris les restes
d’un monument qui devait être certainement votif.
Tel est aussi l’avis de M. Gaidoz, rapporté par le docteur
Doyon dans son ouvrage que nous venons de citer.
X
Les offrandes que nous allons maintenant passer en revue
sont nettement en rapport avec l’intervention salutaire qu’on
sollicitait de la divinité de la source, en représentant les par-
ties du corps sièges des maladies dont on venait demander la
guérison, ou l’image même, plus ou moins grossièrement
figurée, des manifestations extérieures de ces maladies. La
plupart des ex-voto de ce genre que nous décrirons provien-
nent de temples médicaux, voisins, le plus souvent, de sources
sacrées. C’est ainsi que les temples des sources de la Seine,
d’Essarrois, de Sainte-Sabine et d’Halatte (2) nous ont fourni
(1) Cité dans un Rapport sur les antiquités et les bains d'Uriacje, près
Grenoble, par Berriat-Saint-Prix. Mémoires de la Société des Antiquaires,
t. VIII (1829), p. 291 et suiv.
(2) La majeure partie des objets trouvés aux temples de la Seine et
292
LA GAULE THERMALE
des documents nombreux et importants au titre médical. C’est
à ce point de vue que nous les avons retenus, quoiqu’ils ne
se rattachent pas absolument aux sources thermales, mais le
caractère en est si proche que nous avons cru pouvoir le con-
server dans le meme esprit. Il en a, d’ailleurs, été découvert
également un certain nombre dans les anciennes stations
thermales. Greppo signale, entre autres, des bras votifs en
terre cuite, provenant de Vichy, et des ex-voto de même ma-
tière : têtes, pieds, mains, oreilles, trouvés à Aix-en-Provence
et conservés au musée de cette ville.
Certains de ces ex-voto sont d’un intérêt tout particulier à
raison de leur mode de fabrication : ce sont de minces lames
de bronze, quelquefois doré ou argenté, représentant, dé-
coupées au ciseau ou repoussées au marteau, différentes par-
ties du corps humain. Cent vingt-deux feuilles de ce genre
ont été recueillies aux sources de la Seine, dans le grand vase
aux médailles dédié à la déesse Sequana; il en a aussi été dé-
couvert un certain nombre à Essarrois.
Un auteur signale également la trouvaille, aux bains de
Bondonneau de « métaux figurant diverses parties du corps,
offrandes des baigneurs débarrassés des maladies qui affec-
taient ces parties »; mais je n’ai pu avoir aucun renseignement
plus précis sur ces objets (1). Enfin, nous avons vu au musée
archéologique de Senlis deux petits seins en bronze d’un
travail délicat provenant du temple d’Halatte.
Il semble que ce mode d’offrande ait été de tradition an-
cienne dans notre pays. Au dire de Grégoire de Tours, les
habitants de la Gaule représentaient en bois ou en bronze les
membres dont ils souffraient et dont ils sollicitaient la gué-
rison, et les plaçaient dans les temples. Ce même usage n’a
pas, d’ailleurs, complètement disparu; il subsiste encore dans
d’Essarrois figure au musée archéologique de Dijon. Quelques-uns sont
au musée archéologique de Soniur. Les objets provenant du temple
d’IIalattc sont conservés au musée archéologique de Senlis.
(1) Rappelons également les jambes d’airain et d’étain trouvées près de
la fontaine sacrée de Léomont. (Voir p. 162.)
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
293
certains pays, notamment en Espagne, où Fon nous a signale,
auprès de certains sanctuaires vénérés, l’existence d’ex-voto
composés de minces lames d’argent estampé ou gravé, façon-
nées en forme de membres humains.
Beaucoup de statues et de bustes en pierre découverts dans
les ruines de ces temples, où ils avaient certainement été
déposés à titre d’of-
frandes, ne présentent
aucun caractère spé-
cial; ils sont, selon
toute apparence, le tri-
but de la reconnais-
sance de gens atteints
de maladies internes.
Les affections purement
médicales n’ont pas de
caractère d’extériori-
sation, si ce n’est, chose
rare, l’expression de
souffrance ou les mo-
difications d’attitude
que l’artiste apu donner
à son sujet. Ces mani-
festations constituent
alors de précieux docu-
ments; en l’absence de
données écrites, elles
nous fournissent une
indication précise sur
les affections traitées
dans la station.
Un des plus beaux exemples de ce genre est la statuette en
bronze, trouvée à Vichy dans un puits funéraire, et acquise
en 1895 par le musée du Louvre, où elle figure dans la salle
des Bronzes antiques (fig. 32). Nous ne pouvons mieux faire
Fig. 32.
BUVEUR EN BRONZE PROVENANT DE VICHY.
Dessin de Piébourg, d’après nature.
294
LA GAULE THERMALE
que d’accompagner notre dessin de la description suivante,
empruntée au docteur Poucet (1) :
« Ce bronze est de l’époque de la bonne sculpture romaine,
il est très habilement travaillé et modelé. Haut de 10 à 12 cen-
timètres, large de 6 h 7, il représente un baigneur accroupi,
vêtu d’une robe et la tête protégée par une coiffure qui redes-
cend en col sur les épaules et devait être imperméable, ce qui
fait songer à la douche. Notre baigneur a les deux mains pla-
cées sur chaque genou ; les avant-bras sont d’une maigreur
extrême, les mains, au contraire, énormes, noueuses, les
doigts tuméfiés; la main droite tient un verre.
« Les jambes cachées dans les plis de la robe montrent un
pied nu ; l’autre, malade, est garni d’une pantoufle. La figure
est un chef-d’œuvre d’expression; la tête est celle d’un homme
de cinquante ans, le nez droit et effilé; mais la physionomie
est si parfaite de douleur, les joues sont si pendantes de mai-
greur après leur embonpoint perdu, le cou est si ridé, le
buveur a Pair si à plaindre, si misérable, qu’il en est risible.
« Sans aucune contestation ce petit bronze, unique jusqu’ici,
établit mieux que tous les textes possibles la présence des
buveurs podagres à Vichy du temps des Romains. L’artiste a
coulé dans le métal ce que nos peintres modernes ont confié
au crayon; mais la ressemblance du type est frappante à
1,800 ans de distance. »
Cette statuette peut être rapprochée d’une autre, trouvée
dans l’Aisne et décrite par M. A. de Longpérier (2). Haute de
11 centimètres, elle a les jambes recouvertes d’une draperie,
un pied est chaussé, l’autre nu, les bras et le torse nus sont
d’une maigreur extrême, la tête a une remarquable expres-
sion de douceur et de souffrance. Très certainement cette pièce
était un ex-voto destiné à un temple.
Dans la grande et belle salle des Pas Perdus de rétablisse-
ment du Mont-Dore où M. Camut, l’architecte distingué et très
(1) Annales de médecine thermale, 5 octobre 1889.
(2) Revue archéologique, 1844, t. I, p. 457.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
295
regretté de ce monument, a disposé comme motifs décoratifs
les antiques débris de rétablissement romain, se trouve un
buste en lave grise du pays, s’arrêtant au bassin, haut d’en-
viron Om. 90. Il représente un personnage aux cheveux courts,
taillés en calotte et vêtu d’une toge artistement drapée (fig. 33).
Voici comment le décrit le professeur Landouzy, dans la remar-
quable leçon qu’il a faite au Mont-Dore, en 1904, aux nombreux
médecins qui firent à cette époque le voyage d’études médi-
cales aux eaux minérales, si heureusement organisé par le
docteur Carron de la Carrière. « A ce point de vue (de l’an-
tique spécialisation du Mont-
Dore) il n’est pas sans intérêt
d’arrêter nos regards sur le
buste du Vieux romain dont la
tournure est bien faite pour
retenir notre attention. Avec
ses épaules soulevées, son ster-
num bombé, sa poitrine vous-
surée, ses yeux saillants, est-ce
que le personnage ne se pré-
sente pas avec l’habitus de
l’asthmatique e m p h y s é m a -
teux, au cou court par remon-
tement du thorax? N’est-ce
pas cette impression que donne
la vieille statue en pierre ba-
saltique décorant aujourd’hui la grande salle de l’établisse-
ment moderne, comme elle ornait, voilà bien des siècles, les
luxueux thermes gallo-romains? S’il est permis de discuter, au
point de vue archéologique, sur la signification de l’arme
sphérique placée en sa dextre, et considérée aujourd’hui comme
un attribut d’origine arienne, symbolisant la force récupérée,
le fait à noter, au point de vue médical, c’est que parmi les
nombreuses statues retrouvées dans les hydropoles anciennes
de la France et de l’étranger, celle du Mont-Dore est la seule
à laquelle le sculpteur, chargé de la décoration des thermes,
Fig. 33. — BUSTE DU MONT-DORE
DIT « LE VIEUX ROMAIN ».
296
LA GAULE THERMALE
a donné les traits caractéristiques du bronchitique emphysé-
mateux. »
Une statuette en bronze, prove-
nant d’Uriage, à surface érodée, a été
signalée comme un spécimen d’affec-
tion cutanée. Un examen attentif a
montré que les taches provenaient de
l’altération du bronze et n’étaient
pas voulues.
Une autre statuette d’un très haut
intérêt, à caractère médical ou chi-
rurgical très marqué, est celle qui a
été trouvée à Vichy et dont la des-
cription suivante a été donnée par
son propriétaire, M. Francis Pérot (1):
« Parmi les figurines trouvées à Vi-
chy, nous possédons une charmante
statuette représentant un homme bar-
bu, la tète nue; il repose sur un
piédouche sphéroïdal; il est vêtu
d’un sagum court et plissé par de-
vant, serré à la taille par une double
corde, et descendant jusqu’aux ge-
noux; il porte la braye, le bras gauche
est coudé et porté en écharpe par le
vêtement qui se croise en biais sur
la poitrine, ne laissant voir que l’ex-
trémité des doigts, tandis que le bras
droit est nu, replié et portant la
main sur le sein (fig. 34). » Le bras
immobilisé et tenu en écharpe fait
aussi bien penser à un blessé qu’à un
Fig. 34. — STATUETTE EN
TE’RRE CUITE, PROVE-
NANT DE VICHY.
Collection de M. Pérot. Dessin de
Champion, d’après une photo-
graphie de l’ouvrage de MM.
Mallat et Cornillon : Histoire
des Eaux minérales de Vichy.
malade atteint d’une affection gout-
teuse ou rhumatismale chronique.
Si les œuvres à caractère médical sont rares, plus abon-
ni) Centre Médical, 1897-1898, p. 178.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 297
dantes sont celles qui présentent un côté chirurgical. Les
mains, les pieds, les jambes sculptés clans la pierre ont été
recueillis en grand nombre à Ilalatte, à Essarrois, aux sources
Fig. 35.
EX-VOTO PROVENANT DU TEMPLE DES SOURCES DE LA SEINE.
Dessin de Champion, d’après les planches jointes au mémoire de Baudot.
de la Seine. Nous ne parlons pas ici, bien entendu, de mem-
bres détachés ayant appartenu cà des statues mutilées, mais
des morceaux faits spécialement dans un but dédicatoire, que
298
LA GAULE THERMALE
leurs formes ou le mode particulier de leur présentation per-
mettent de reconnaître assez facilement.
Nous nous bornerons à en citer quelques-uns, parmi les
plus caractéristiques provenant du temple des sources de lu
Seine : une main votive placée sur un fond formé d’une petite
dalle de pierre (fig. 35, 1), un bas-relief représentant trois
paires de jambes, ex-voto familial probablement unique en
son genre ; une jambe reposant sur un fond, dont l’angle
supérieur a été brisé, emportant la première partie d’une
inscription dont il ne reste dans le bas que la formule sacra-
mentelle : v- s L M.
Une autre jambe, reposant également sur un fond, porte
à la partie inférieure de la cuisse et dans la région du genou
une dédicace à la déesse Sequana (1) (fig. 35, 2).
Au nombre des ex-voto en feuilles de métal se trouve un
membre inférieur comprenant le bas de la cuisse, le genou et
la partie supérieure de la jambe ; à la région du genou se trouve
marquée une tumeur arrondie (fig. 35, 3).
Au musée de Senlis, parmi les objets provenant du temple
d’Halatte, on voit une main embrassant par la partie supé-
rieure un genou tuméfié, présentant les apparences d’une
arthrite chronique (fig. 36, 1). Au musée de Dijon se trouve
aussi un genou séparé.
Un des objets les plus curieux provenant du même temple
d’Halatte est certainement un cœur en pierre (fig. 36, 2). C’est
là aussi, croyons-nous, un spécimen unique.
On a reconnu un certain nombre de statues d’enfants, les
uns ayant au cou la huila, d’autres tenant dans leurs mains
des oiseaux, des chiens, etc. A Essarrois, on a trouvé une
main portant un enfant qu’elle semble présenter à la divinité.
Plus nombreuses encore sont les représentations, en pierre
ou en terre cuite, d’enfants au maillot; on en a rencontré à
(l)
AVG- SAC. DOA
PRO. SECVAN
SOURCES THERMALES ET MEDICINALES 29£
Essarrois, à Saint-Seine, à Halatte, à Sainte-Sabine, à Vichy,
à Bonrbon-Lancy, etc. Ces enfants ont la tête couverte et sont
hermétiquement enveloppés du maillot, maintenu par une
bande circulaire ou par des tresses se croisant méthodique-
ment (fig. 36, 3).
M. P. Guillemot (1) pense que les statuettes de ce genre,.
! Fig. 36.
■ découvertes dans le temple de Sainte-Sabine, au nombre de
vingt environ, représentaient des malades enveloppés de vête-
i ments ou de draperies serrées par des cordons ou des ban-
delettes. Il voit dans cette représentation la preuve que les
: prêtres médecins du Dieu Bélénus, auquel était probablement
consacré le temple (2), provoquaient, pour la guérison des
: malades, d’abondantes transpirations.
(1) Antiquités de Sainte-Sabine, 1861.
(2) Un fragment d’inscription sur une colonnette destinée à supporter
des statuettes votives donne les mots bereno cicetivs. Il est très
probable que c’est là une orthographe vicieuse du mot Belenus, dieu
- guérisseur, dont le nom se rencontre tantôt seul, tantôt associé à
celui d’Apollon.
300 LA GAULE THERMALE
Nous n’avons pas vu les statuettes de Sainte-Sabine, mais
la description qu’en donne M. Paul Guillemot nous fait penser
qu’il s’agit là aussi d’enfants au maillot. En tout cas il ne peut
y avoir de doute pour ceux qui proviennent des autres sta-
tions. Ce sont bien des enfants emmaillotés. La forme du
maillot n’a pas changé dans beaucoup de nos provinces,
notamment en Auvergne, où le maillot actuel est la reproduc-
tion exacte du procédé d’enveloppage des enfants en bas-âge
usité chez les Gallo-Romains.
Les maladies paraissant dominantes, si nous nous en rap-
portons au nombre relatif des ex-voto masculins ou féminins,
sont celles des organes génitaux.
Aux sources de la Seine un certain nombre de torses sont,
à ce point de vue, caractéristiques. Sur une des deux figures
dont nous donnons la reproduction, on remarque un dévelop-
pement anormal des organes et un double bourrelet inguinal ; |
sur l’autre un bourrelet identique est très marqué à gauche ]
(fig. 35, 4 et 5). J
Quelle est la signification de ce bourrelet, qu'on retrouve ,
également sur d’autres torses?
A première vue on pense à un bandage herniaire, mais l’ab-
sence de pelote et le manque de continuité du bourrelet en
arrière ne permet pas de s’arrêter à cette idée. On a voulu y
voir des liens soutenant une sorte de suspensoir dont on ne
voit pas de trace. Il paraît probable qu’on a cherché à repré-
senter, soit dés pointes de hernies, soit, plus vraisemblable-
ment, des adénites inguinales.
Une autre pièce montre des organes de dimensions exagé-
rées reposant sur un fond, qui constitue une sorte de schéma
de bassin et de hauts de cuisses (fig. 35, 6).
Beaucoup de nos ex-voto en feuilles de métal représentent
des organes génitaux masculins; l’un porte de chaque côté des :
grosseurs buboniques (fig. 35, 7) un autre nous montre un
homme portant les même tumeurs et ayant un développement
des seins qui tout d’abord fait penser à une poitrine de femme
(fig. 35, 8). Est-ce, comme on l’a cru, un cas d’hermaphrodisme? J
301
SOURCES THERMALES ET
MÉDICINALES
Au musée de Senlis on est frappé du nombre de torses pré-
sentant des parties génitales d'aspect pathologique. Beaucoup
nous montrent un développement des bourses dû à des hydro-
cèles, des sarcocèles ou simplement à des hernies. Un certain
nombre sont caractéristiques par le mouvement du patient
qui relève son vêtement, pour présenter à la divinité les par-
ties malades dont il implore la guérison (fig. 36, 4).
Au même ordre d'idées se rapportent peut-être les phallus
isolés trouvés dans les stations thermales, à Bourbon-Lancy,
à Aix-les-Bains, à Aix-en-Provence. ASermaise, des phallus sur
plaques ont été recueillis dans la source même.
Quelques-uns ont des trous pour laisser passer des chaî-
nettes, ou reposent sur des plaques percées de trous. On peut
donc penser que ce sont là des bijoux ou amulettes du genre
de ceux qu’on a trouvés dans nombre de ruines romaines.
Mais la présence de ces objets dans la source, ainsi que les
phallus d’Aix-en-Provence sculptés sur pierre et celui d’Aix-
les-Bains, en marbre blanc incrusté dans du marbre rouge,
trouvé dans les ruines d’une des chambres souterraines des
thermes, sont la preuve du culte spécial que leurs vertus par-
ticulières avaient fait naître auprès de quelques sources.
Certaines eaux minérales avaient une réputation d’excitant
génésique, et, en dehors de quelques affections dont nous
avons vu plus haut les manifestations, il est probable qu’un
certain nombre de malades allaient demander aux eaux le réta-
blissement de leur vigueur ou la guérison de leur impuissance.
Ainsi on a trouvé des phallus à Sinuessa dont les eaux jouis-
saient autrefois d’une grande réputation contre la stérilité.
Et c’est sans doute aussi pour invoquer la guérison de la
stérilité ou de maladies internes qu’étaient déposés dans les
temples les torses féminins qu’on voit à côté des torses
d’hommes dont nous avons parlé. Les uns n’offrent à la vue
rien de spécial : les autres montrent des parties génitales mani-
festement malades ; c’est le cas d’un ex-voto en pierre prove-
nant des sources de la Seine, où le gonflement du bas ventre
est tel que, n’était la ligne vulvaire, on pourrait croire à la
302
LA GAULE THERMALE
présence d’une sorte de ceinture hypogastrique (fig. 35, 9).
Les seins fournissent une ample moisson de spécimens, seins
en pierre (fig. 36, 5), séparés ou par paires; seins en bronze,
{on en voit un bel exemplaire traité avec beaucoup d’art dans
une vitrine du musée de Senlis) ; seins sur des feuilles métal-
liques. Deux de ces feuilles, au musée de Dijon, représentent,
l’une un torse de femme avec tête, l’autre un torse seul mon-
trant chacune deux seins porteurs d’élevures mamelonnées
qui font penser à une série de petites tumeurs ou à une tumeur
mamelonnée (fig. 35, 10; (1). Une autre expose deux seins dont
l’un est normal tandis que l’autre porte des traces d’indura-
tions (fig. 35. 11).
Un torse tronqué, de la même provenance, a été regardé
Fig. 37. — FEUILLES DE MÉTAL REPRÉSENTANT DES YEUX
PROVENANT DU TEMPLE DES SOURCES DE LA SEINE.
comme celui d’une femme tenant un objet rond, contre son
sein droit. En l’examinant de près, nous avons acquis la
conviction qu’elle soutenait ou montrait de sa main droite
son sein, siège d’une vaste ulcération.
Enfin, les ex-voto sur feuilles de métal recueillis à Essarrois
et aux sources de la Seine, dont les temples devaient avoir une
réputation spéciale pour les organes de la vue, offrent de nom-
breuses représentations d’yeux, où sont figurées sur la plu-
(1) M. Mignard (Historique d'un temple dédié à Apollon, près d’ Essar-
rois) signale, mais sans être très affirmatif à cet égard, deux fragments
de verre qui sembleraient offrir des saillies comme des seins.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 303
part des indications de pupilles et de cils. Peu de choses à
relever ici pour le médecin.
Sur l’une de ces images, le tracé des yeux est fait par des
lignes marquées de place en place par des points en élevures,
qui peuvent vouloir représenter des chalazions ( fig . 37).
Sur une autre est gravé le nom de MATTA; on y remarque
que la cornée ne porte pas l’indication de l’ouverture de la
pupille. Cette omission est-elle volontaire pour indiquer la
cécité? Cette indication semble apparaître plus nette encore
dans une autre figure, dont les yeux sans vie donnent bien
l'impression de la cécité absolue.
QUATRIÈME PARTIE
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
ET STATIONS GALLO-ROMAINES
Après ces premiers chapitres, dans lesquels nous avons
examiné à divers points de vue la Gaule thermale prise dans
son ensemble, nous allons consacrer notre dernière partie à
l’étude particulière de chaque source ou station, étude limitée,
bien entendu, à ce qui peut être relatif à son antique passé
médical ou balnéaire. Les sept premiers chapitres seront
relatifs à la France et à F Alsace-Lorraine. Dans le huitième,
nous donnerons sur les principales sources ou villes d’eaux
anciennes de la Suisse, de la région du Rhin et de la Belgique
quelques notions nécessairement beaucoup plus sommaires,
figurant ici bien plus à titre d’indications que d’études appro-
fondies. Nous franchirons quelquefois les anciennes limites de
la Gaule pour pénétrer dans la Germanie; mais nous avons
voulu donner un aperçu complet de l’intensité de la vie ther-
male d’autrefois dans nos régions, plutôt que nous enfermer
dans la rigueur d’un cadre géographique inflexible.
CHAPITRE PREMIER
Région des Alpes et Provence.
Menthon. — Sur la rive orientale du lac d’Annecy près du
village de Menthon, où est encore exploitée une source sul-
fureuse froide, des fouilles successives ont mis à jour un
véritable établissement balnéaire, voisin d’un groupe d'habi-
tations, dominé par le roc de Chère, sur lequel, en 1786, on
avait reconnu des vestiges d’un camp ou d’une redoute
antique. Une tradition constante dans le pays rapportait que
Menthon avait eu jadis des thermes fapneux, et le nom de
Bains romains avait toujours été conservé à d’anciennes
constructions, enfouies en grande partie.
Vers 1840, on avait déjà pu suivre des quadrilatères de
maçonneries, reliés les uns aux autres, et pour la plupart,
entourés de canaux, et ramené au jour des tuiles à rebords,
des plaques de marbre blanc et des tuyaux de briques noj'és
dans du ciment. La disposition générale des lieux ne permet-
tait pas de mettre en doute leur destination; aussi, dans une
lettre adressée à l’abbé Greppo et reproduite par lui dans son
ouvrage (p. 309), Monseigneur l’évèque d’Annecy s’expri-
mait ainsi : « Les murs, les assises, le ciment, tout est romain.
Les piscines parfaitement dessinées, au nombre de quatre, les
aqueducs pour l’arrivage et le départ des eaux, tout indique
de la manière la plus évidente que c’était un établissement de
%
bains. »
A cette époque encore la source minérale qui devait ali-
menter ces bains était restée introuvable, et ce n’est qu en
1865 qu’elle fut découverte par un chercheur de sources,
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 307
Borda-Bassana, ancien guide au Grand Saint-Bernard fl). Deux
bassins anciens furent alors reconnus. « L'un, en petit appa-
reil régulier, forme un puits carré, séparé de l’autre par un
massif plein d’environ un mètre d’épaisseur. L’autre, situé
au nord-est, dessinant un polygone irrégulier, ne montra
d’abord que de gros blocs calcaires, largement appareillés,
sur une hauteur approximative de 1 m. 50. Ensuite on
découvrit une étroite corniche, et enfin un large bassin pro-
fond de plus de 4 mètres, se pliant comme l’orifice en paral-
lélogramme irrégulier, se terminant en cône à angles très
obtus et revêtu de belles plaques de marbre de couleur
foncée, sauf pour quelques parties où l’on avait mis à profit la
roche elle-même. Trois ouvertures y ont été constatées : la
première était bouchée par un morceau de sapin ; la seconde
au-dessous de la corniche, contenait encore un conduit en
plomb, et la troisième, au-dessus de cette même corniche,
n’oflrait pas de caractères particuliers (2). »
C’est dans la terre d’alluvion qui avait comblé le grand
bassin que furent trouvés les vases votifs dont nous avons déjà
parlé, ainsi qu’un certain nombre de monnaies appartenant,
sauf une, aux deux premiers siècles, et quelques instruments
en fer, dont un strigile.
De nouvelles fouilles opérées vers 1893 aboutirent à la
découverte d’un canal en ciment qui recueillait les eaux pour
les déverser dans le lac, de nouveaux murs et de débris
divers.
Nous donnons un croquis des substructions de l’établisse-
(1) Cette trouvaille avait été relatée dans l’inscription suivante, gravée
sur une plaque de marbre qui doit être replacée à l’entrée des bains
nouveaux :
BAINS ROMAINS
PERDUS EN L’AN 64 DE l’æIRE CHRETIENNE
RETROUVÉS ET 1865
PAR LE MONTAGNARD BORDA BASSANA
EX GUIDE DU GRAND S1 2' BERNARD
AVEC LE CONCOURS DE
Mn l’avocat DESPINES.
(2) Alphonse Despine, Notice historique sur Menthon-les-Bciins et ses
’ thermes. Annecy, 1865.
308
LA GAULE THERMALE
ment balnéaire, établi d’après le plan joint à un mémoire de
MM. Marteaux et Le Roux (1), à qui j’emprunte également les
indications suivantes, nécessaires pour l’intelligence de ce tra-
yail (fi!)' 38) : « 11 existait deux corps de bâtiments séparés par
un intervalle ou une allée M et divisés en un certain nombre de
) il)*" 8 il
U * .1. ê .. —■ 8 . J
Fig. 38. — PLAN DES THERMES DE MENTHON.
D’après le plan joint au mémoire de MM. Marteaux et Le Roux.
pièces. Dans la partie est-sud, et suivant un alignement
nord-sud, on a découvert des fondations en hémicycle qui
devaient faire partie des piscines circulaires (probablement
des frigidaria). Le corps de bâtiment sud était divisé en
pièces, dont trois H, R, N communiquaient entre elles par des
portes dont le seuil était formé de grosses pierres de taille
(1) Voie romaine de Boutœ à Camaria. Revue savoisienne. 1903, p. 175
et suiv.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 309
élevées de 0 m. «30 environ au-dessus du sol. Un réseau de
distribution pour les eaux c', suivant parfois le contour des
murailles, était constitué par des canaux d’où l’on a sorti les
conduits en terre «à section rectangulaire du vaporariuin.
« Une partie très importante, découverte dernièrement
comme nous l’avons dit, est un frigidarium. Cette pièce
détruite en partie est coupée à angle obtus par le retour d’un
mur construit à une époque bien postérieure après la des-
truction des thermes.
« Les chambres P et K' ont montré des conduits de chaleur
ou de fumée pratiqués dans l’épaisseur des murs et en relation
avec les fourneaux de l’hypocauste, un pont en carrelage J
sur un souterrain recouvrant probablement le prœfurnium
communiquant avec le fourneau. Enfin, les pièces X, Q, R
avaient l’une de leur parois disposée en demi-cercle surbaissé :
c’étaient très probablement des caldaria, ou des laconica
chauffés par les conduits de chaleur creusés dans l’épaisseur
des murs près des chambres P et K'. »
Tout cet ensemble ne paraît pas avoir entièrement disparu
aujourd’hui, car le Guide Joanne de la Savoie signale encore,
dans un verger au-dessous du village, des restes des bains
romains, ainsi què leur bassin de captage, entouré d’un mur
cimenté.
Thonon. — A deux kilomètres de Thonon, surgissent les
eaux minérales de la Arersoie, dont l’exploitation a été reprise
à la suite de travaux exécutés en 1882.
Au cours des fouilles pratiquées à cette occasion, on décou-
vrit, à un mètre au-dessous du sol, un captage fait au moyen
de briques romaines, et d’où partait une canalisation en bri-
ques de forme spéciale, que mutilèrent et brisèrent malheu-
reusement les outils des terrassiers. Cette canalisation se com-
posait d’une tuile plate à rebords faisant fond et d’une tuile
de forme légèrement ogivale, cimentée à ses deux points
d’appui contre les rebords de la tuile de fond, dont le vide
était de 0 m. 20 environ.
310
LA G A IJ L E THERMALE
Aux abords du captage et de la canalisation furent trouvés
plusieurs fragments de poteries gallo-romaines, ainsi qu’un
certain nombre de monnaies de bronze des Antonins, Marc-
Aurèle, Claude, Valère et Postume.
Les objets provenant de ces fouilles ont été placés au
musée de Thonon, où fut déposé également un plan, malheu-
reusement disparu aujourd’hui, paraît-il, qui donnait une
idée très nette de la disposition du captage et de la canalisa-
tion gallo-romaine des eaux de la Versoie.
Bromines. — Une source sulfurée sodique qui y est em-
ployée en boisson, douches, bains d’eau et de vapeur, était
déjà connue et exploitée à l’époque romaine. En août 1851,
on a découvert près de la source des débris d’anciennes ma-
çonneries, des médailles et des poteries, dont trois petits
vases, de provenance gallo-romaine, qui sont conservés au
musée d’Annecy.
.... , ; ,
Le Petit-Bornand. — M. Y. Barbier, dans son ouvrage :
la Savoie thermale et minérale, publié en 1878, signale des restes
de bains gallo-romains qu’on remarquait encore, quelques
années auparavant, auprès des sources sulfureuses et alca-
lines du Petit-Bornand. Je n’ai pu avoir sur cet ancien établis-
sement et ses vestiges de renseignements plus complets.
La Caille. — Les eaux sulfureuses de la Caille avaient égale-
ment fixé l’attention des Romains. Les travaux de déblaiement
qui furent exécutés en 1847 y firent découvrir des restes de
thermes qui ne peuvent laisser aucun doute à cet égard.
La position spéciale de ces eaux, enfouies au fond d’une
gorge pittoresque où la rivière des Usses coule à une grande
profondeur, leur a peut-être permis d’échapper à la dévasta-
tion qui signala d’une manière générale les invasions barbares
en Occident, car on a rencontré à la Caille, dit M. Y. Barbier
(op. cit.) des constructions qui semblent prouver que les bains
survécurent à la domination romaine.
ETUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
311
Aix-les-Bains. — Les nombreuses découvertes de débris et
de substructions antiques qu’ont rendus à la lumière les tra-
vaux exécutés dans le sol de cette station thermale attestent
l’existence d’une cité gallo-romaine, dont quelques édifices
subsistent encore au-dessus du sol, mais dont il faut chercher
sous terre les vestiges au point de vue spécial des installations
thermales.
C’est en 1772 que les restes des bains romains, dont le sou-
venir s’était à peu près perdu, et sur lesquels s’élevaient
(Les murs en blanc indiquent des constructions modernes.)
certains quartiers de la ville du moyen âge, furent retrouvés
au hasard d'une fouille, par un ouvrier creusant les fondations
d’une muraille. D’autres découvertes eurent lieu par la suite,
en 1803 et en 1832, notamment, et permirent d’étudier un
certain ensemble de chambres souterraines, décrites par
Albanis Beaumont (1), le général comte de Loche (2), Cons-
tant Despine (3) et M. le comte de Loche (4), à qui nous avons
emprunté la majeure partie des détails qui vont suivre.
En se reportant au croquis exécuté d’après le plan joint au
mémoire duPgénéral de Loche (f îg. 39), on voit en A et en B
des pièces souterraines, dans lesquelles l’eau thermale circulait
(1) Description des Alpes Grecques et Cottiennes, an XI.
(2) Mémoire sur les souterrains des anciens bains d’Aix-en-Savoie.
Mémoires de la Société royale académique de Savoie, t. V, 1831.
(3) Manuel de l’étranger aux eaux d’Aix-en-Savoie, 1834.
(4) Histoire de la ville d’Aix. Mémoires de T Académie des sciences,
belles-lettres et arts de Savoie, 4° série, t. VII, 1899.
LA GAULE THERMALE
312
entre des piliers de briques assemblées avec du ciment, qui
supportaient le plancher de chambres supérieures, où se
rendaient les vapeurs d’eau, au moyen de tubes quadrangu-
laircs de briques d’une seule pièce, percés vers le milieu de
leur longueur d’une et quelquefois deux ouvertures rectan-
gulaires. En E, était un bain d’immersion n’ayant pas de
cheminées, et qui devait recevoir de l’eau ayant déjà circulé
et considérablement attiédie. En F, diverses pièces en ruines
présentaient également des bases de cheminées en briques et
des restes de piliers quadrangulaires.
La pièce située en I offrait un intérêt tout particulier à
raison de sa structure et de sa conservation. Elle renfermait
un bain d’immersion, formé d’une lourde maçonnerie d’en-
viron deux pieds d’épaisseur dans laquelle était établi un bain
de forme octogonale, et qui reposait sur un nombre considé-
rable de piliers en briques plates, circulaires, de 0 m. 50 de
hauteur. Le sol du bain était composé de briques plates, puis
de ciment romain et d’un revêtement de marbre. D’après
Despine, certaines parties des revêtements de marbre sont
recouvertes d’un espèce de mastic mélangé de fragments de
briques, qui devait avoir pour but d’empêcher la filtration des
eaux sur des points où les marbres étaient détériorés. Un
banc également revêtu de marbre, régnait autour du bain, où
l’on descendait par deux escaliers. Une sorte de socle, vrai-
semblablement destiné à recevoir une statue, s’élevait à un
point du bassin vers lequel le plancher présente une certaine
inclinaison; une ouverture pratiquée au pied de ce socle
devait servir à l’écoulement de l’eau contenue dans le
bassin (1).
Cet ensemble, auquel on donnait le nom de Vaporarium et de
Bain de César, ainsi que plusieurs autres bains trouvés, d’après
Despine, sous les maisons voisines, étaient alimentés par l’une
des deux sources d’Aix, dite fontaine d’Alun. L’eau se rendait
ensuite dans une grande piscine, connue successivement sous
(1) Un dessin de ce bain est donné dans l’Histoire de la ville d’Aix, op.
cil., en face la page 366.
ÉTUDIC PARTICULIÈRE DES SOURCES 313
les noms de Bain royal , Bain des chevaux et Bains des pauvres ou
de r/iospice (1). Au milieu de ce bassin s’élevait un piédestal,
qui portait sans doute la statue de quelque divinité. Un
conduit en plomb apportait directement de l’eau chaude à la
piscine et permettait de réchauffer ainsi celle qu’avait trop
refroidie son passage dans le vaporarium et le bain de César. De
cette piscine, l’eau était conduite hors de la ville par des
conduits souterrains.
En 1854, Despine (2) signala la découverte récente de trois
chambres souterraines, faisant suite au vaporarium. Ces pièces
carrées, communiquant ensemble, avaient leurs parois inté-
rieures revêtues d’un enduit épais de briques concassées et de
chaux vive, et, sur le plancher inférieur en briques, étaient
établis des piliers carrés de 2 mètres de haut, dont quelques-
uns existaient encore intacts au moment de la découverte. A
l’est de ces trois pièces, on reconnut une galerie voûtée de
7 mètres de long, sur 2 m. 50 de haut et 1 m. 50 de large,
coupée à angle droit par une autre galerie aboutissant à un
réservoir où se rendait un fdet d’eau thermale à 35 degrés.
Enfin, en 1879, lors des fouilles faites pour asseoir un bâti-
ment annexe de l’établissement thermal, on trouva les restes
d’une piscine romaine, de 12 mètres de diamètre, dont le sous-
pied était en mosaïque, des débris de bains, fûts de colonnes,
chapiteaux, etc. ,
Cet important ensemble de constructions, ainsi que tout un
dédale de voûtes et canaux reconnus, mais inexplorés, à
moitié enfouis, et dans lesquels circule encore un peu d’eau
chaude, sont les indices certains de l’existence d’un
vaste établisement antique, où l’on utilisait les deux sources
d’Aix, eaux de soufre et eaux d’alun, et qui s’étendait sur un
périmètre bien plus étendu que celui de l’établissement actuel.
Une notable partie des édifices thermaux doit encore être
(1) Un dessin de cette piscine, qui a disparu à une époque relative-
, ment assez récente, est donné dans Y Histoire de la ville d’Aix, op. cit.,
en face la page 404.
(2) Mémoires de l’Académie royale de Savoie, t. II, 1834.
314
LA GAULE THERMALE
enlouie sous lu sol; d’autre part, les fouilles opérées ne sëm-
blent [tas avoir été conduites avec assez de soin et de méthode
pour qu'on puisse en dégager un plan d’ensemble des bains à
l’époque romaine.
Albanis Beaumont (4) en avait cependant donné un, tout en
avouant lui-même que ce travail pouvait être considéré comme
idéal : « cependant, ajoute-t-il, j’ose avancer que l’écart ne
peut être que très léger, ou qu’il existe encore plusieurs par-
ties de ces thermes analogues au dessin. » Les découvertes
successives faites à Aix démontrent, au contraire, que le plan
de Beaumont doit être considéré comme une œuvre de pure
imagination, qui prêtait à l’édifice ancien une correction et
une symétrie qu’il n’a jamais eues. « Les Romains, dit M. le
comte de Loche (2), firent probablement ce qu’on fit depuis
plus de cent ans, c’est-à-dire additionnèrent leurs thermes à
mesure des besoins, mais ne construisirent pas d’établissement
aussi grandiose et aussi régulier que semble le croire de
Beaumont; du moins, rien ne le fait supposer. »
Plus favorisées que la plupart des établissements similaires,
les chambres souterraines des anciens thermes d’Aix n’ont
pas été détruites ou remblayées, et elles subsistent encore
dans le sous-sol d’une maison voisine de l’établissement
moderne.
Les catastrophes qui ont fait disparaître totalement la
superstructure des thermes d’Aix ont laissé debout deux
monuments, d’ordres tout à fait différents, appartenant éga-
lement à l’époque gallo-romaine. C’est, d’abord, l’édifice
connu sous le nom de Temple de Diane, dont nous avons
parlé dans une autre partie de ce travail, et, ensuite, l’Arc dit
de Camp an us, qui s’élève sur la place des Bains, en face de
l’établissement thermal.
Son architecture appartient aux ordres dorique et toscan.
L’arc est surmonté d’un attique élevé sur un socle, et deux
pilastres décorent la façade ouest. Sur la frise sont creusées
(1) Op. cil., pi, XYII et p. 240, t. I.
(2) Histoire de la ville d’Aix.
ETUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
315
huit niches, dont quatre de forme carrée et quatre autres ar-
rondies dans leur partie supérieure, (huître inscriptions sont
gravées au-dessous des niches, et l’inscription suivante, gravée
sous l’architrave, nous donne le nom du fondateur du
monument :
L- POMPEIVS- CAMPANVS- VIVVS- FECIT
Je considère comme inadmissible l’opinion qui voit dans
cet édifice l’entrée monumentale des thermes, en meme temps
qu’un témoignage de reconnaissance élevé par L. P. Cam-
panus aux membres de sa famille qui avaient contribué à leur
construction ou à leur restauration.
A mon avis, la destination funéraire de ce monument n’est
pas douteuse. « Ce qui fait son intérêt, dit M. Desjardins (1 ),
c’est qu’il n’a pas un caractère public, et qu’il nous montre
une famille obscure, mais opulente, au premier siècle de notre
ère, élevant sur une place centrale, en face de l’établissement
des thermes, une sépulture dont cet arc était évidemment le
somptueux portail. Il était détaché et formait l’accès d’un
columbarium , dont la partie supérieure devait avoir, comme
les columbaria de Rome, sur la voie Appienne, un édicule
richement décoré, par lequel on descendait dans le caveau où
étaient disposées les urnes cinéraires dans des niches. Il devait
y en avoir quatorze, comme l’indiquent les inscriptions gra-
vées sur le portail. »
En dehors des thermes proprement dits, et de ces deux
grands édifices, les recherches pratiquées sur divers points de
la ville ont permis de constater l’existence de nombreux
vestiges de la cité antique. Des fouilles faites en 1869, notam-
ment, dans la région qui s’étend au levant de l’hôtel de ville,
amenèrent la découverte d’un grand nombre de murailles
rapprochées les unes des autres, et qui semblent avoir été les
fondations d’un groupe d’habitations romaines. On trouva
aussi des canaux de mortier ou de briques plates, dans la
(1) Sur quelques monuments épigraphiques d' Aix-les-Bains. Bulletin
épigraphique de la Gaule, novembre-décembre 1882.
LA GAULK THERMALE
31 «
direction du levant au couchant, prenant leur origine du côté
du vaporarium , et aboutissant à ce groupe d’habitations.
(Comte de Loche, op. cit.) Il semble résulter de cette constatation
qu’il devait exister dans cette région un annexe de rétablisse-
ment thermal, ou des bains particuliers alimentés ainsi direc-
tement par l’une des sources thermales.
Des blocs de pierre taillés avec soin, des débris de chapi-
teaux, de colonnes, d’entablements, des fragments de mosaïque,
des morceaux de marbres étrangers ou du pays débités en
lames plus ou moins épaisses, sont autant de témoignages de
l’ancienne magnificence et de la splendeur des thermes et des
habitations privées de la cité d’Aquæ, qui devait être dans
l’antiquité ce qu’elle est encore de nos jours, une ville deluxe
et de plaisir.
Il est impossible d’énumérer les objets de toute nature
découverts dans le sol d’Aix : fragments de statues, statuettes
en métal, outils divers, poids en plomb, vases et débris de
vases en terre et en verre, etc., objets étudiés et décrits par
le comte de Loche aux pages 306-318 de son Histoire cle la
Ville d’Aix. Nous nous bornerons à citer cependant une hor-
loge solaire, qui servit peut-être à indiquer les heures aux
baigneurs gallo-romains, car elle fut trouvée en 1804, aux
thermes romains. Elle se composait « d’un bloc de pierre de
forme cubique, dont la surface supérieure, recoupée par un
angle rentrant, présente une cavité conique dans laquelle
on voit les traits formant trois lignes parallèles traversées par
d’autres lignes convergentes entre elles. Au-dessus, on aper-
çoit un creux dans lequel avait été plantée une verge de fer
fixée avec du plomb, ce qui indique assez un cadran solaire
antique » (1).
La Bauche. — L’existence de travaux anciens auprès de
cette source, située entre le lac d’Aiguebelette et les Échelles,
(1) Ce cadran a fait l'objet d’une étude spéciale de M. de Rey-Pail-
liade, dans le Bulletin de la Société archéologique du midi de la France,
séance du 29 janvier 1895.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 317
est établie par les indications suivantes données par M. Cal-
loud dans un mémoire inséré dans la Revue Savoisienne (1).
Dans le courant de l'été dernier (1862), dit Fauteur, des
recherches furent faites près d’un filet d’eau ferrugineuse,
coulant dans un pré, non loin du château de la Bauche. « Les
fouilles pour trouver un captage fixe amenèrent, dès la pro-
fondeur de 1 m. 20 à 2 m. 60 au-dessous du niveau du sol, la
découverte de quelques briques rouges à rebords, à argile
siliceuse, à pâte fine, d’une cuisson parfaite, telles que
savait si bien les faire l’art céramique des anciens; d’un
pavé dallé, d’une auge, de pieux et autres pièces en bois que
leur tannin et l’eau ferrée avaient teintes en noir violet et
conservées en partie, et enfin d’un mur de soutènement à
ailes, parfaitement conservé, de 1 m. 15 d’épaisseur sur
4 mètres de long, dans l’enceinte duquel jaillissaient deux
sources, dont l’une, plus abondante, y était amenée par un
canal.
« Il résulte de ces constatations :
« 1° Que là existe et existait jadis une fontaine d’eaux miné-
rales ferrugineuses, froides, alcalines, terreuses, bi-carbona-
tées et crénatées et un peu ammoniacales ;
« 2° Que ces eaux avaient attiré l’attention de quelques dévots
à la Nymphe des eaux minérales, peut-être de quelques vété-
rans des légions romaines, usés par la fatigue des combats, et
qui savaient apprécier, pour cause, l’utilité des eaux miné-
rales ferrugineuses pour la cicatrisation des plaies, l’étanche-
ment des blessures, et à l’intérieur, pour la réparation d’un
sang appauvri et d’un tempérament débilité. »
Le site de la Bauche a été proposé comme ayant pu être la
station de Labisco, située sur la voie de Milan à Vienne,
mais il est plus probable que c’est avec les Échelles qu’il con-
vient d’identifier cette dernière station.
Les sources savoisiennes que nous venons de passer en
(1) Antiquités et source minérale de la Bauche. Revue savoisienne ,
15 décembre 1862.
318
LA GAULE THERMALE
revue ont certainement été l’objet d’une utilisation plus ou
moins complète à l’époque gallo-romaine. La question est
beaucoup plus douteuse pour trois autres stations, que nous
nous bornons à étudier brièvement.
Dans le voisinage de Saint-Jean-de-Maurienne, à I’Échaillon,
existait un établissement de bains dès le quatorzième siècle.
Une charte de 1344 nous l’apprend, et des fouilles faites au
commencement du dix-neuvième siècle ont amené la décou-
verte, à dix pieds de profondeur, d’un ancien bassin de pierre
ayant 7 à 8 pieds de longueur sur 4 de profondeur.
La présence d’une voie romaine, taillée dans la montagne,
qui passait à très courte distance de la source, permet de
supposer que celle-ci n’était pas restée inconnue des Romains
et que sa première utilisation pourrait être contemporaine de
de la construction de la route.
La découverte fréquente de débris de voies pavées et de
constructions antiques dans la plaine de Salins démontre
d’une façon certaine l’existence sur ce point d’une ville
ancienne, située sur une voie qui partait de Vienne en Dau-
phiné pour aboutir au Petit Saint-Bernard. Ses eaux salées
étaient certainement utilisées au point de vue de la récolte du
sel depuis une haute antiquité, et les nombreux débris de
vases romains, ainsi que les médailles retrouvées près des
sources sont la preuve que cette exploitation était en pleine
activité à l’époque qui nous occupe. Mais si l’utilisation indus-
trielle des sources ne fait pas de doute, leur emploi au point
de vue médical est tout à fait hypothétique. L’abbé Garin (4)
rapporte une tradition d’après laquelle des bains auraient
existé anciennement à Vile Verte, à environ 500 mètres au
midi du village actuel de Salins et n’auraient été entièrement
détruits qu’en 4653, par la même inondation qui faisait dis-
paraître ceux de Brides.
Pour le docteur Laissus, à qui on doit de remarquables
travaux sur Brides et Salins, « on ne sait rien de certain sur
(1) Notices historiqices sur Salins et ses eaux salino-thermales. Mémoires
de l’Académie du Val d’Isère, t. I, séances de 1886 et 1887.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
319
l'utilisation thérapeutique de ces eaux dans les temps anciens,
et on peut s’étonner à bon droit que l’on n’ait, pas encore
trouvé à Salins quelques vestiges des monuments balnéaires
que les Romains aimaient à construire dans toutes les stations
minérales importantes; ce qu’il faut attribuer, croyons-nous,
aux cataclysmes et aux éboulements nombreux et considé-
rables qui ont dévaté Salins anciennement, exhaussé le lit du
Doron et enseveli les sources thermales à 8 mètres au-des-
sous du sol actuel (1). »
A Brides, pas plus qu’à Salins, aucun débris de contruc-
tions romaines n’a permis d’établir avec quelque certitude
une antique existence thermale. Je me borne à emprunter à
l’abbé Pont, l'historiographe de la Tarentaise . (2), les quel-
ques indications qui suivent, faibles indices d’une occupation
possible à l’époque qui nous intéresse :
L’origine des eaux de Brides, connues anciennement sous
le nom d’Eaux du Bain, remonte à une époque reculée. Une
vieille tradition qui s’est perpétuée d’âge en âge dans le pays,
la dénomination de Hameau des Bains, que porte de temps immé-
morial le village actuel de Brides, ainsi que la découverte
faite en 1817, près des sources thermales, d’une médaille sur
laquelle on voyait, d’un côté, l’effigie d’une impératrice avec le
mot Faustine et, de l’autre côté, le dieu Esculape assis et appuyé
sur une urne d’où s’écoulait une source, sont des indices non
douteux de l’existence d’anciens thermes que des inondations
et des accident de terrain ont dû faire disparaître.
Une copie d’un manuscrit fort ancien contient les lignes
suivantes : « L’année suivante (Lan 211 de l’ère chrétienne),
nous eûmes à pleurer la mort de trois de nos amis. D’abord
celle du vieux Agatha, peu après celle de la veuve de Vitel-
lius, enfin celle de l’intéressante Julia. Transportée dans une
maison près d’une source chaude qui se trouve dans une
petite plaine traversée par le Doron, à deux mille au-dessous
(1) Les Eaux thermales de Brides-le s-Bains et de Salins- Moûiier s, 1881.
(2) La ■ T ar entais e historique, monumentale, orographique et pitto-
resque, 1876.
LA GAULE T UE KM A LE
3 JO
de la colonie (Bozel), l’usage de cette eau parut d’abord,
calmer ses douleurs; cependant elle y mourut, laissant Sem-
pronius dans la plus profonde -désolation. »
Uriage. — Uriage, dont nous ignorons le nom à l’époque
gallo-romaine, possédait certainement un vaste établissement,
dont les ruines, recouvertes d’une couche assez mince de terre
végétale et d’alluvions, s’étendaient d’après le Dr Bernard (1 ),
sur la pente de la montagne et au fond du ravin, couvrant un
espace de près de quatre cents mètres. Des fouilles succes-
sives entreprises pour la coftstruCtion de l’établissement
thermal actuel et la recherche plus profonde des eaux miné-
rales ont remis au jour une série de bâtiments nombreux et
dispersés, témoins de cette antique exploitation dont le sou-
venir ne s’était peut-être pas effacé complètement, car Gué-
tard, dans sa Minéralogie du Dauphiné , rapportait, en 1779,
qu’il existait à Uriage une source minérale, anciennement
renfermée dans un bâtiment qu’on prétendait dans le pays
avoir été édifié par les Romains.
Les premières fouilles, commencées vers 1821, mirent à
découvert un aqueduc voûté, enduit à l’intérieur d’une espèce
de stuc très résistant, sept piscines en béton de chaux, bri-
quespilées et petits cailloux, revêtues d’un cimentrougeàtre qui
conservait encore tout son poli, et dont l’une avait son plancher
en béton soutenu par deux rangs de petites colonnes, une
quantité de murs dont il était diflicile de connaître l'usage,
des tronçons de colonnes, des tuyaux en terre cuite à section
rectangulaire portant le nom de clarianvs, des médailles et les
divers objets en plomb que nous avons précédemment étu-
diés (2). Ces restes avaient disparu dès 1829, « à l’exception,
dit M. Berriat-Saint-Prix, d’une chambre de bains qui se
trouve encore aujourd’hui au niveau du sol. Cette chambre a
environ trois mètres de longueur sur un mètre et demi de
(1) Mémoire sur les Eaux d’ Uriage. Bulletin de la Société de statis -
tique du département de l’Isère, t. II, séance du 12 avril 1842.
(2) Voir p. 288.
ÉTUI) E PARTICULIÈRE DES SOURCES
321
largeur ; on y descend par trois marches placées à l’une de
ses extrémités. Le mur du pourtour est revêtu d’une couche
d’environ un pouce d’épaisseur d’un ciment extrêmement dur
et poli à sa surface. Cette chambre pouvait contenir une dou-
zaine de personnes (1). »
En 1837, on découvrit une galerie d’aqueduc, dont l’entrée
correspondait à la source minérale. Des ouvertures cintrées
pratiquées dans ses parois donnaient accès dans des cabinets
ou des galeries adjacentes. Sur la partie latérale de cette
galerie se trouvait un fourneau de deux pieds de large sur un
peu plus d’un pied de profondeur dont la voûte était soutenue
par de petites colonnes en briques. Des cendres et des débris
de bois en partie consumé restaient encore sur le foyer, qui
avait dû vraisemblablement servir à chauffer l’eau minérale.
Depuis cette époque, on exhuma encore les murailles, en
partie conservées, de plusieurs cabinets, dans l’un desquels
était un bain de deux mètres de long sur un de large,
revêtu, à l’intérieur, de belle pierre polie.
D’autres constructions, parmi lesquelles un bain et plusieurs
piscines, furent ensuite reconnues dans le voisinage des deux
premières galeries ; l'intérieur du bain, carré de deux mètres
en tous sens, était revêtu de marbre blanc. Une des piscines,
de forme carrée, avait environ huit mètres de côté et l’une
des parois était encore visible, avec son revêtement de ciment
romain, à peu de distance de l’entrée de la seconde galerie
dont elle formait une des parois.
Enfin, au point où jaillissait la source pure, on retrouva
encore des travaux romains consistant en une espèce de bar-
rage composé de pièces de sapin et un massif de béton con-
sidérable et très dur (2).
Au cours de fouilles pratiquées en 1844, on se trouva en
présence d’une construction d’un intérêt tout particulier : un
(1) Rapport sur les antiquités et les bains d’Uriage. Mémoires de la
Société des Antiquaires, t. "V III, 1829.
(2) Vulfranc Gerdy, Etudes sur les eaux minérales d’Uriage, 1849.
Docteur Doyon, Uriage et ses eaux minérales, 1884.
21
322 LA GAULE THERMALE
chauffoir destiné à élever la température de l’eau minérale,
dans lequel deux planchers à des hauteurs différentes étaient
chauffés par un seul foyer et par la circulation de la flamme
et des gaz chauds (fig. AO).
« Ce chautfoir se composait essentiellement d’une grande
pièce d’environ dix mètres de longueur sur huit de largeur,
dans le milieu de
laquelle était un
hassin circulaire
de 4 m. 70 de dia-
mètre, où l’on des-
cendait par deux
gradins ayant
0 m. 35 de haut sur
autant de large.
Ce bassin circu-
laire avait pour
fond un plancher
en ciment de Om. 25
d’épaisseur; au-
dessous était un
vide haut de
0 m. 75, et ayant 1
une aire pavée.
Le plancher était
soutenu, au- des- ,
sus de ce vide, par
des piliers en
briques de 0 m. 22 de côté. Le vide situé au-dessous de ce
plancher recevait l’action de la flamme, ainsi que le prouve
avec évidence le noircissement des portions encore conservées
et les cinq cheminées indiquées sur le plan.
a La pièce, au centre de laquelle se trouvait le bassin cir-
culaire, avait aussi un plancher en ciment, moins épais que
le précédent, et soutenu comme lui au-dessus d’un vide par
des piliers en briques. L'inspection du plan montre comment
Fig. 40. — CHAUFFOIR n’üRIAGE.
A. A. Murs de l’enceinte en briques.
P. P. Piles en briques supportant le plancher infé-
rieur.
Q. Q. Piliers en briques supportant le plancher supé-
rieur.
H. H. Cheminées conduisant la flamme et l’air chaud
sous le plancher supérieur.
K. Briques par lesquelles on suppose que s’échappait
la fumée.
L. L. Autres briques creuses noyées dans la maçon-
nerie.
Z. Emplacement présumé du foyer.
O. Canal en maçonnerie.
T. Tuyau en plomb faisant communiquer le fond du
bassin avec le canal.
R. Piscine romaine voisine du chauffoir.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
323
la flamme et la fumée, après avoir frappé le plancher du
bassin circulaire, passaient par les conduits horizontaux des
cheminées pour venir chauffer le dessous du second plancher,
et s’échapper ensuite par une ouverture ménagée à l’un des
angles de la pièce (1). » L’eau chaude s’écoulait par un tuyau
de plomb de huit centimètres de diamètre, placé vers le fond
du bassin, et se rendait dans un canal en maçonnerie qui la
distribuait dans la série des petites piscines.
Enfin, d’après une note d’un correspondant, une nouvelle
piscine aurait été mise à découvert il y a une quinzaine d’an-
nées, mais aucune précaution n’ayant été prise pour en
assurer la conservation, les intempéries l’ont complètement
détruite.
Ainsi qu’on peut, en juger par ce rapide exposé, les thermes
gallo-romains d’Uriage présentaient un développement impor-
tant, dont il est cependant difficile, faute d’un plan d’ensemble
que j’ai vainement cherché, de reconstituer les, grandes
lignes.
Là, comme partout où les établissements romains ont eu
quelque importance, il a été fait de nombreuses découvertes
d’objets et de débris d’objets de tous genres, dont un certain
nombre figurent dans les collections du château. Nous nous
abstiendrons de les énumérer, ayant dit quelques mots, dans
un chapitre précédent, de ceux d’entre eux (statuettes, mar-
teaux et ornements en plomb), qui peuvent avoir quelque
intérêt au point de vue de nos études spéciales.
La Motte-les-Bains. — Les sources thermales de La Motte
jaillisent au bord du Drac, et sont utilisées de nos jours dans
un établissement situé à 300 mètres plus haut, sur la pente de
la montagne.
Les Romains avaient certainement effectué près de ces
sources, sur la rive droite de la rivière, des travaux dont les
(1) Communication de M. de Saint-Ferrôol à la Société de Statistique
du département de Liséré. Bulletin de la Société, t. III. — Général
Morin, Note sur les appareils de chauffage et de ventilation employés par
les Romains dans les thermes à air chaud. Mémoires présentés à l’Aca-
émie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. VIII, p. 347.
• .• 1 ' '
324
LA GAULE THERMALE
restes portaient encore le nom de Bains Bomains et consistaient
en fragments de tuiles et quelques débris de murailles sans
caractère. « Mais ces restes, dit M. Gariel cité parGreppo fl),
suffisent à constater l’exploitation des eaux de La Motte par
les Romains ; car il est impossible de supposer qu'ils aient
construit dans le lieu où coulent les sources pour une autre
destination. L’aspect de cette gorge sauvage est là pour qu’il
ne soit pas besoin d’autres preuves. »
Des recherches faites en face des sources, sur l’autre rive
du Drac, ont mis à découvert, à trente mètres au-dessus du
lit de la rivière, les traces d’un établissement qui devait être
d’une certaine importance, consistant en deux aqueducs de
construction différente, de deux restes de murailles placées
en face l’une de l’autre sur chacun des flancs du ravin dans
une zone inférieure aux aqueducs et de nombreux débris de
tuiles et de briques romaines. L’un des aqueducs, fort simple,
était construit à l’aide de deux rangées de tuiles creuses,
disposées l’une sur l’autre en forme de tuyau. L’autre est une
sorte de construction épaisse et solide, faite entièrement avec
un béton de chaux, de gravier et de brique rouge concassée,
sans aucune pierre d’appareil. La couverture était formée de
grandes pierres de schiste noir.
« Il est donc constant, dit M. Chevrier, à qui nous emprun-
tons ces détails, que les constructions gallo-romaines étaient
établies sur les deux rives du Drac, dans le voisinage des
sources, et que, sur la rive gauche particulièrement, les cons-
tructions étaient étagées à différentes hauteurs (2). »
Allevard. — Il semble hors de doute, tout au moins dans
l’état actuel des découvertes, que les eaux d’Allevard sont
demeurées inconnues des conquérants de la Gaule. Une notice
de M. Guerre, citée par Dupasquier (3), pourrait cependant
(1) Op. cit., p. 253.
(2) Notice sur les restes d’antiquités gallo-romaines trouvés à la Motte-
les-Bains. Bulletin de la Société de statistique du département de l’Isère,
2e série, t. I, 4 851.
(3) Histoire chimique, médicale et topographique de l’eau d’Allevard.
1841.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 345
laisser supposer le contraire, mais les conclusions de cet
auteur, dénuées de tout fondement sérieux, ne reposent que
sur de pures hypothèses : « L'origine du bourg d’Allevard,
dit-il, remonte à une haute antiquité; c’est du moins ce que
semble prouver*la découverte toute récente qu’on a faite de
plusieurs médailles ou monnaies de l’empereur Trajan tout
près du bourg... Et lors même que cette preuve n’existerait
pas, ne devrait-on pas le présumer en considérant que son
charmant vallon, si riche en minerai de fer, et si voisin de
la communication de l’Italie avec la France par la Maurienne,
n’a pu échapper à l’attention des Romains, maîtres des
Gaules. »
A ces suppositions, M. O. Billaz (1), qui a tout particuliè-
rement étudié l’histoire d’Allevard et de sa région, répond
par une négative formelle : « Quant aux Romains, s’ils avaient,
comme on le répète sans preuve, exploité les richesses miné-
rales d’Allevard, ils auraient laissé des monuments sur notre
sol... Ainsi, pendant plusieurs siècles, la civilisation romaine
a fleuri dans les vallées voisines du val d’Allevard, dans la yallée
de la Rochette, dans celle de l’Oisans, dans celle du Graisivaudan.
Cependant, on n’a trouvé à Allevard aucun vestige d’une occupa-
tion romaine de quelque importance : pas un débris de voie ou
de pont, pas une inscription, pas une pierre. Je crois que tout
homme sérieux en conclura, sans hésiter, que les Romains
ne sont pas venus à Allevard, et qu’à l’époque de leur domi-
nation, c’est-à-dire jusqu’à la fin du cinquième siècle après
Jésus-Christ, ou bien notre val était désert, fréquenté seule-
ment par des bûcherons et des chasseurs, ou bien il ne ren-
fermait que de misérables hameaux de paysans barbares, non
assimilés à la civilisation romaine. »
I
Bondonneau. — Les sources froides de Bondonneau, qui
jaillissent à quatre kilomètres de Montélimar et sont encore
exploitées aujourd’hui, furent utilisées par les Gallo-Romains,
(1) En Allevard. Essai descriptif et historique sur un canton des Alpes
françaises, 1907, p. 81 et 83.
32 (j
LA GA U LL THERMALE
qui y élevèrent un établissement d’une assez grande impor-
tance. '
Les premières découvertes semblent remonter à 1825,
époque à laquelle, en mettant des terres en culture, on ren-
contra huit à dix grandes piscines rangées*sur une même
ligne, une grande quantité de tuyaux de plomb et une série
de murs et de décombres en deçà et au delà des bassins. De
nouvelles fouilles, en 1833, lirent apparaître d’autres piscines
sur le même alignement que les premières, des fondations de
murs, des mosaïques et plus de dix quintaux de tuyaux de
plomb. En 1841, on trouva un puits romain, un reste de
bassin dont le ciment reposait sur des briques et sur un massif
de maçonnerie et d’autres piscines. « D’après M. Espanet (1 ),
le plan des thermes consiste en une rangée de piscines et de
bassins, au nombre de plus de quinze. Ces piscines ont six
mètres de long sur trois mètres de large, et il n’en reste que
le fond en ciment impérissable. Chacune d’elle était isolée et
alimentée par des tuyaux de plomb. D’autres piscines de
deux mètres de long sur trois mètres de large formaient der-
rière les premières une seconde rangée. En résumé, les
thermes romains de Bondonneau s’étendaient sur un espace
d’un hectare environ, et les débris de murs et de mosaïques,
tout comme les décombres retrouvés en deçà et au delà des
bassins, accusent certainement des vestiaires, salles de bains,
salons, séchoirs et autres appendices des établissements du
même genre (2). »
Indépendamment de débris de construction tels que des
chapiteaux de colonnes et des fragments de bas-reliefs en
marbre, les fouilles de Bondonneau ont fourni une quantité
de médailles des deuxième, troisième et quatrième siècles
(lors des fouilles de 1833, un seul coup de pelle avait ramené
vingt-cinq pièces d’or), des débris de poterie, et une foule
d’objets de toute nature, parmi lesquels une casserole d’ar-
gent portant les traces du feu, une oreille de vase en argent
v
(1) Le Touriste aux eaux minérales de Bondonneau .
(2) Lacroix, V Arrondissement de Montélimar, 1868, t. I, p. 83 il 91.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 327
représentant la naissance de Vénus, et des objets en métal,
signalés par M. Espanet (1), « figurant les diverses parties du
corps, offrandes des baigneurs débarrassés des maladies qui
affectaient ces parties, espèces d’ex-voto païens, retrouvés
dans les ruines de plusieurs autres thermes. »
Cette même région, comprise aujourd’hui dans le départe-
ment de la Drôme, présente encore quelques traces, moins
certaines, mais très probantes encore, de l’emploi antique de
quelques autres sources minérales.
Un autel portant une dédicace Bormano et Bormana (2) a
été découvert à Aix-en-Diois, à peu de distance de Die, presque
sur le bord de l’importante voie romaine de Valence à Gap.
F. Vallentin (3) pense que ce lieu, appelé Aquis, Acques, au
moyen âge, devait porter autrefois le nom d ’Aquœ Bormani. Il
n’y a pas actuellement d’eaux thermales à Aix-en-Diois, mais,
d’après Allmer (4), il existe au lieu dit « les Fontanelles » des
sources d’eau salée qui auront été divinisées dans l’antiquité
sous les noms que nous connaissons.
Aux environs de Montbrun, où sont exploitées deux sources
sulfatées calciques, on a trouvé de nombreux débris de tous
genres, monnaies, statuettes, colonnes, urnes funéraires,
sceaux de médecins et formules médicales, témoignant d’une
vie intense à l’époque romaine. Là encore ont été découverts
le petit monument portant l’inscription Deo Volcano et le frag-
ment d’inscription où l’on n’a pu lire que le mot Matribus, divi-
nités dont la présence n’a pas lieu de nous surprendre auprès
de sources médicinales (5).
(1) Légende des Saintes-Fontaines.
(2) Voir p. 190.
(3) Essai sur les divinités indigènes du Voconlium d’après les documents
épigraphiques, 1877.
(4) Revue épigraphique, t. III, p. 382.
(5) Le Bulletin de la Société nationale des Antiquaires (1903, p. 262
et suiv.), signale d’importantes découvertes d’objets provenant d’une
nécropole, au quartier Vénejean, près Montbrun. A noter, entre autres,
une série de minuscules ustensiles de ménage en étain, ayant dû faire
partie d’un ménage de poupée et provenir d’une tombe d’enfant.
328
LA GAULL T 11 15 RM A L K
Enfin, dit F. Vallentin (op. cil.) d’autres stations thermales
ou minérales existaient probablement dans le Vocontium. Deux
inscriptions votives dédiées aux Nymphes indiquent, d’après
leur provenance respective, les sources de Vercoiran et du
Rasteau, dont les vertus médicinales avaient rétabli la santé
de Lucius Carinius et de Mater nus (d). Vercoiran est situé dans
le canton de Buis, non loin de l’Ouvèze et le Rasteau dans
le canton de Vaison.
Le Monêtier-les-Bàins. — Le Monêtier, situé à quatorze kilo-
mètres de Briançon, possède deux sources thermales : la
Font-Chaude et la source de la Rotonde. De temps immémo-
rial on se baigne à la Font-Chaude ; la tradition prétend même
que les Romains l’avaient utilisée dans des thermes, mais
aucun vestige de construction n'a permis de constater
l’existence d’un édifice de ce genre (2).
Je signale cependant ce point, car il est à peu près certain
qu’il fût occupé par les Romains et qu'il figure sur la carte de
Peutinger, sous le nom de Stabatio , entre Briançon et le Villard
d’Arène, sur la voie qui menait de Brigantio à Vienne, par
le col du Lautaret, la vallée de la Romanche, Yizille et Gre-
noble. « Le tracé et la direction de cette voie dans l’Oisans,
dit F. Vallentin (3), a été, de ma part, l'objet d’explorations
minutieuses, et j’ai pu, dans tout ce parcours, retrouver l’as-
V
siette de la chaussée. »
Bien que l’absence de toute découverte de débris antiques
ne permette aucune affirmation, il n’est peut-être pas témé-
raire de penser que ces eaux chaudes, situées sur le parcours
d’une voie importante qui dut être souvent parcourue par les
troupes romaines, ne restèrent pas inconnues et furent vrai-
semblablement l’objet d’une utilisation quelconque.
Digne. — Les témoignages de divers auteurs et l’inscription
(1) Voir page 186.
(2) Gras, Note statistique sur les eaux minérales des Hautes-Alpes.
Bulletin de la Société de statistique de l’Isère, t. II.
(3) Les Alpes Cottiennes et Graies, 1883.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
329
que nous avons citée plus haut (4) nous ont fait connaître
l’existence et le nom anciens de Digne, mais c’est à peu près
tout ce que nous savons sur la ville antique. Son emplace-
ment exact n’est même pas déterminé d’une manière certaine.
Les sources minérales chaudes (42° à 45°), riches en sels de
magnésie et en gaz acide sulfhydrique, employées contre les
blessures d’armes a feu, les maladies de la peau elles rhuma-
tismes, qui jaillissent dans un vallon proche de la ville,
furent-elles utilisées par les colons de Dinia? Les données
qu’on rencontre à cet égard dans les auteurs sont extrême-
ment. vagues. Papon dit dans son Histoire de Provence (4777) :
« (Les Romains ) profitaient avec soin de toutes les eaux ther-
males qu’ils trouvaient dans les provinces conquises : celles
d’Aix, de Gréouls et de Digne étaient précieuses pour
eux. •>)
Et Achard dans sa Géographie : « Il y a apparence que l’usage
de ces eaux était connu du temps des Romains... Peut-être les
eaux chaudes d’Aix firent-elles diminuer l’affluence des
malades à Digne. »
Un auteur plus récent, Garcin (2), s’exprime ainsi : « Les
Romains connurent cette fontaine. On ignore s’ils firent cons-
truire les premiers bains, ou si ç'a été longtemps après eux. »
Tout cela est bien peu précis, et les indications positives dues
aux découvertes font complètement défaut. Je trouve cepen-
dant dans un travail de M. Arnoux (3) la brève indication sui-
vante qui pourrait jeter quelque lumière sur la question :
* Si l’on a pu dire qu’en eaux minérales il faut toujours
remonter aux Romains, il est probable que ceux-ci, qui
avaient à Riez une colonie importante, ont fait usage de ces
eaux sulfureuses. A côté de la grande douche, il y a une
voûte d’un caractère nettement romain, comme l’a remarqué
M. Léon Palustre. »
(1) Voir p. 97.
(2) Dictionnaire historique et toi)0(jrcq)hique de la Provence ancienne et
moderne, 1833.
(3) Elude historique sur les bains thermaux de Digne, 1886.
LA GAULE TM LH MA LE
330
( i réoulx. — L’inscription Nymphis Griselicis que nous
avons étudiée plus haut, nous a appris que la station de Gri-
selum, située sur la voie Sixtienne, qui reliait les colonies
d Aix et de Riez (Beis Apollinaris) (1), devait être réputée aux
temps gallo-romains et recevait la visite de malades de
marque, attirés par les vertus bienfaisantes de ses eaux. Le
voisinage de Riez, qui fut certainement un centre considé-
rable, même avant la domination romaine, ayait dû faire des
eaux de Gréoulx Lune des stations les plus anciennement fré-
quentées. En dehors de ce texte épigraphique, quelques restes
de constructions conservent seuls le souvenir de cet obscur
passé. « Un éboulement de terre qui a eu lieu près duVerdon,
dit M. Henry (2), à quelques pas de la maison des bajns, a
mis à découvert des débris de maçonnerie antique qui appar-
tenaient sans doute à l’ancien établissement thermal. « Puis,
après avoir cité le fragment suivant d’une autre inscription
trouvé dans les ruines de la maison des bains :
BALNEA- VI
CORPORA- SA
le même auteur ajoute : C’est la première partie d’une ins-
cription que les Romains avaient l’habitude de placer dans
tous les établissements thermaux :
Balnea, vina. Venus corrompunt corpora nostra.
Cor para sana dabunt balnea , vina, Venus.
Ainsi que le faisait déjà observer Greppo (3), l’assertion de
M. Henry semble assez gratuite, et il lui aurait probablement
été difficile de citer un seul exemple à l’appui. Sans chercher à
tenter un essai de restitution, il nous suffira d’avoir cité ce
fragment, dont le premier mot prouve bien que l’inscription
était en rapport avec l’exploitation thermale.
(1) J.-J.-M. Ferrand, Histoire, géographie et statistique du département
des Basses-Alpes, 1861.
(2) Recherches sur la géographie ancienne et les antiquités du départe-
ment des Basses-Alpes, 1842.
(3) Op. cit., p. 120.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 331
Deux autres auteurs font allusion aux travaux anciens exé-
cutés à Gréoulx. « Les Romains, dit Garcin (1), en firent la
recherche (des eaux minérales) en creusant un puits très
profondément, et la source très abondante sortit du fond en
bouillonnant... Nombre de Romains opulents recouvrèrent la
santé en faisant usage des eaux de Gréoulx. Aussi enrichirent-
ils celui ou ceux qui en étaient propriétaires, au point qu'on
y lit construire un bel hôpital dont on croit reconnaître encore
les vestiges, et un temple dont on a retrouvé les débris qui
annonçaient un monument de bon goût. »
Et un ancien Traité des eaux minérales de Gréoux , en Provence,
sans date ni nom d’auteur, signale de vieilles- masures sur
lesquelles on bâtit la maison des bains, des inscriptions latines
en vieux caractères romains trouvées dans les ruines de ces
masures et celles d'un vieux temple qui était tout auprès.
Je crois qu'il n’existe plus rien de ces restes antiques, et
que les constructions les plus anciennes encore visibles à
Gréoulx remontent aux treizième et quatorzième siècles, à
l’époque où les Templiers tirèrent les eaux de l’oubli et fon-
dèrent près de la source un établissement important.
Aix-en-Provence. — Les anciens établissements thermaux
qui existaient dans cette cité thermale célèbre entre toutes aux
temps antiques semblent avoir été disséminés, et s’être fondés
aux différents points où surgissaient des sources chaudes.
Les vieux auteurs qui s’en sont occupés n’hésitaient pas à
attribuer des fondateurs à ces différents bains. D’après Ro-
bert (2), il était à peu près certain que Sextius avait fait cons-
truire les premiers bains d’eau chaude près le Palais, et qu’il
les alimentait avec la source dite des Bagniers, qui coulait sur
le Cours. Il citait des vestiges d’anciens bains romains dans
tous les environs de la Poissonnerie, ainsi que sous les fonde-
ments des maisons voisines et dans tout le quartier du Palais.
La découverte de la grande source, appelée ensuite de l’Obser-
(1) Dictionnaire historique et topographique, etc.
(2) Essai historique et médical sur les eaux thermales d’Aiæ, connues sous
le nom d’eaux de Sextius, 1812.
LA G A U LL THERMAL 10
332
vance, était attribuée à Marins, qui aurait fait construire (Je
magnifiques bains dont on voyait encore, en 1704, quelques
ruines consistant en frises, chapiteaux, tronçons de colonnes
et pavés à la mosaïque.
Robert avait pu étudier par lui-même d’autres bâtiments
thermaux encore intacts, reconnus en 1803, rue des Étuves,
dans le voisinage de l’Observance, et dont il donne la descrip-
tion dans son Essai historique, pages 100 et 101. Après avoir
indiqué les particularités de construction qui décèlent l’ori-
gine romaine de ces constructions souterraines, il ajoute :
« Le premier bain, qui forme un quarré long, a une ban-
quette tout autour, et peut permettre à quarante personnes de
s’y baigner toutes à la fois. La chaleur qu’on y éprouve est
très forte, quoique ce bain soit à sec; on le prendrait pour
une étuve, tant sa construction a été ingénieuse et bien
entendue. En sortant de ce bain, on descend, par la droite,
dans un second qui porte la même physionomie antique. Il
est beaucoup plus petit que le premier; mais la particularité
qui le distingue, c’est qu’on découvre, à sa partie moyenne et
orientale, du côté de l’Observance, un aqueduc de deux pieds
en quarré, de construction romaine; et, du côté opposé, vers
le midi, un conduit tortueux, destiné sans doute à diriger les
vapeurs humides et la chaleur dans une salle supérieure, et à
y former ce que les anciens appelaient le tepidarium... Ces
deux bains avaient plusieurs soupiraux à la partie supérieure
de leur voûte. »
Le même auteur signale ensuite, dans une maison voisine,
une salle voûtée, reposant « sur un réservoir voûté rempli
d’eau chaude. On ignore si ce réservoir est un ancien bain et
quelle en est l’étendue souterraine; aurait-il été destiné à
échauffer la salle supérieure, comme un autre tepidarium » ?
Toute la rue qui porte le nom caractéristique de rue des
Etuves, recélait dans son sous-sol de nombreuses sources
thermales. Au dire de Roux-Alphéran (1), plusieurs caves des
(1) Les Rues d’Aix, ou Recherches historiques sur l’ancienne capitale de la
Provence. MDCCCXLVL
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
333
très vieilles maisons qui la bordaient étaient des bains anti-
ques, dont la construction romaine ne saurait être révoquée
en doute (4).
Un autre édifice thermal intéressant semblait, d’après un
ancien historien' d’Aix, Pitton (2), avoir existé sur l’emplace-
ment de la place aux Herbes, sous une fontaine « qui n'avait
été construite sur une petite élévation que pour conserver une
salle de bains antiques » (3), Garcin (4), après Pitton, décri-
vait ainsi cette dernière : « Cette salle est une rotonde dans
le pourtour de laquelle sont pratiquées seize niches conte-
nant chacune un siège de marbre et deux tuyaux, dont l’un
devait servir pour l’eau chaude et l’autre pour l’eau froide;
mais depuis plusieurs années on en a fait murer l'entrée. »
Des travaux entrepris vers 1840 pour abaisser cette place au
niveau des rues voisines en mirent à découvert le sous-sol. On
ne trouva pas de bassin, de niches, ni de sièges en marbre,
mais on reconnut l’existence incontestable de restes ayant
appartenu à d’antiques édifices thermaux : une salle voûtée,
vers laquelle semblaient se concentrer les eaux de trois anciens
aqueducs, et, tout auprès, les débris d’un pavé antique dé
marbre gris et blanc, ayant appartenu sans doute à une salle
dépendante des bains romains (5), dont l’existence sur ce
point était reconnue par la tradition.
Dans un de ses rapports à la Commission d’archéologie
d’Aix, sur les fouilles exécutées dans cette ville en 4841,
Rouard signalait la mise au jour d’un établissement qui
(1) « Non loin (les bâtiments des bains d’eau thermale, dit de Saint-
Vincens, mais au-dedans des murs de la ville, on voit les restes de plu-
sieurs bains bâtis par les Romains. La bâtisse des murs et des voûtes en
est considérable, et peut faire juger de la manière dont les bâtiments
étaient construits dans les premier, deuxième et troisième siècles déféré
chrétienne. » (Description des antiquités, monuments et curiosités delà ville
d’Aix, 1818.)
(2) Histoire de la ville d’Aix, p. 24.
(3) Aix ancien et moderne, 1823 (sans nom d’auteur).
(4) Dictionnaire historique et topographique de la Provence ancienne et
moderne.
(5) Rouahd. Commission d’archéologie d’Aix. Rapport sur les fouilles
faites en 1853 et 1844.
334
LA GAULE T IFERMA LE
devait avoir été destiné à des thermes publics, si on en jugeait
par le nombre des bassins ou réservoirs, des bains et parti-
culièrement des hypocautes qui y avaient été reconnus. Des
dallages en mosaïques blanches à bordures noires, de
nombreux débris de poteries et de vases en verre et quelques
aiguilles en ivoire pour les ■cheveux furent trouvés dans
les décombres, au milieu des cendres et terres calcinées qui
témoignaient de l’incendie dans lequel avait dû sombrer
l’édifice.
Il semble qu’il reste actuellement peu de chose de toutes
ces anciennes constructions balnéaires, si l’on s’en réfère à la
réponse donnée à une question posée en 1866 au Congrès
scientifique tenu à Aix (1). Au point de vue thermes, y fut-il
dit, il ne reste en fait de constructions romaines qu’un bain
antique ayant appartenu aux thermes romains, et qui est situe
entre les récentes constructions de l’établissement thermal
actuel et la piscine nouvellement installée. Ce bain voûté est
bâti en moellons de petit appareil, et offre de chaque côté un
banc en pierre qui était destiné aux baigneurs. Il forme un
réservoir au fond duquel naît une des sources des eaux
sextiennes.
Pioule . — Les eaux minérales de Pioule (Var), dont la mise
en exploitation est assez récente, ont été «très probable-
ment l’objet de certains travaux de captage, à l’époque où la
voie Aurélienne, toute voisine, était la grande artère, toujours
sillonnée de voyageurs et de troupes en marche, dans le midi
de la Gaule. Des fouilles pratiquées en 1882 ont mis à jour
des restes de constructions dans lesquels on retrouve plu-
sieurs traits caractéristiques des thermes antiques : massif
bétonné ressemblant au fond d’un bassin ou d’une piscine,
pièce dans laquelle se trouvait un bassin carré ou cuve, au
milieu de débris de murs couverts d’enduits, de fragments de
mosaïques et de sections de colonnes en terre cuite.
(1) Congrès scientifique tenu à Aix-en-Provence , 33e session, 1866,
2e volume.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
335
Les sources minérales surgissent sur l’emplacement meme
des ruines. Les bains étaient alimentés par leurs eaux, captées
dans un puits voisin qui porte le nom de Puits des Romains,
et qui n’était qu’un des puits d’émergence de la nappe souter-
raine mise au jour par des travaux plus récents (1).
Ces substruetions ont-elles appartenu à un établissement
thermal ; ou, comme on l’a pensé, n’y faut-il voir autre chose
qu’une villa, dont le propriétaire aurait employé pour son
usage personnel les eaux qu’il rencontrait dans son terrain
même (2) ? Lu, question restera probablement toujours dou-
teuse, mais l’hypothèse d’un établissement public n’aurait
cependant rien de surprenant, étant donné que les sources de
Pioide étaient situées dans le voisinage de la grande voie, et
tout près d’un centre important de population, dont on a
retrouvé de nombreuses traces au Luc, localité moderne où il
faut très probablement placer la station antique de Forum
Voconii.
San Salvadour. — Dans cette même région, on trouve au
bord de la mer, au fond de la baie de Carqueiranne, au pied
du massif de Costebelle, les restes importants d’une ville, qui
fut vraisemblablement la station de relâche des galères indi-
quées dans l’Itinéraire Maritime sous le nom de Pomponiana(3).
Les ruines comprennent une citadelle, un nombre considé-
rable de substruetions diverses, des puits, des citernes, des
magasins voûtés, des cales pour les navires, les débris d’une
jetée, etc. Cette ville maritime et militaire avait aussi ses
thermes, avec une salle dans laquelle on descendait par deux
escaliers de trois marches placés dans des angles, une bai-
gnoire séparée, un hyppeauste avec ses piliers de briques et
(1) Docteur Japhet, les Eaux minérales de Pioule, 1885.
(2) Les Fouilles de Pioule (Var). Bulletin monumental, 1883, p. 374. —
Bulletin de la Société des Antiquaires , 1885, p. 112 et suiv.
(3) Cette station est placée dans Y Itinéraire entre Telo Mar tins (Toulon)
et Alconis, dont il faut chercher le site au fond de la vaste rade de
Bonnes.
336
LA GAULE THERMALE
trois dégorgeoirs qui laissaient écouler dans la mer l’eau dont
on s’était servi (1).
L’emplacement de ces bains au milieu de la cité, à peu de
distance de la mer, semble bien indiquer que c’étaient là des
bains publics. Ils étaient alimentés, au moins en partie, par
une source minérale, appelée aujourd’hui source de San-Salva-
dour, dont les propriétés sont, paraît-il, analogues à celles de
l’eau de Contrexéville, et qu’on commence à utiliser en bois-
son. La source, située à une certaine distance et à un niveau
plus élevé que les thermes, y était conduite par un aqueduc
en pierres, où l’eau coulait dans un canal de Om. 20 de sec-
tion, dont la direction a pu être nettement déterminée lors
de travaux exécutés en 4903-1904, qui l’ont mis à jour sur
plusieurs points de son parcours.
(1) Denis, Promenades pittoresques à Hyêres, 1853.
CHAPITRE II
Région du Sud-Ouest et Pyrénées.
Périgueux. — Certains vestiges mis à jour, à Périgueux, aux
environs d’une source, la Font-Chaude, aujourd’hui disparue
et comblée, semblent indiquer qu’elle eut autrefois une utili-
sation qui n’est peut-être pas .complètement étrangère à
l’objet de nos recherches. Sur un ancien plan de Périgueux
indiquant l’emplacement des édifices gallo-romains, reproduit
dans Y Abécédaire d’archéologie de de Caumont, Ère gallo-romaine y
p. 344, cette fontaine figure près de la rivière d’Isle, non loin
des restes de deux voies antiques. La légende du plan porte :
Font-Chaude. Bains de César. Puits antique.
L’abbé Audierne (1) rapporte que les eaux de cette source,,
dont le nom seul indique un certain degré de thermalité,
étaient minérales, et que certains vieux pharmaciens les com-
paraient à celles de Barèges. Le nom de Bains de César qu’elle
a porté pouvait déjà faire supposer l’existence d’un établisse-
ment antique où ses eaux étaient utilisées, supposition rendue
plus probable par la découverte dans ses environs de pierres
de taille avec des fragments de marbres, de ciments, de
briques, de baignoires et d’autres débris antiques.
Dax. — L’ancienne capitale des Tarbelliens, la ville honorée
de la visite d’Auguste, où, d’après les anciennes traditions*
Julie, la fdle de l’empereur, serait venue rétablir une santé
compromise par les désordres de sa vie, avait conservé,
jusqu’à une date très récente, des restes importants de son
(1) Le Périgord illustré, 1851.
22
338
LA GAULE THERMALE
passé antique. En 1856, Dax était encore entouré de son
enceinte complète de murailles gallo-romaines, construites en
petit appareil, avec chaînages de briques, reposant sur des
fondations où s’entassaient au hasard les débris de colonnes et
de chapiteaux, les autels votifs et les fragments de frises, comme
dans tant d’autres ouvrages du même genre élevés en hâte,
sous la menace des invasions du quatrième siècle (1). D’après
quelques auteurs, cette enceinte en aurait remplacé une autre,
moins développée, dont les substructions ont été retrouvées à
différentes reprises, et dans laquelle auraient été renfermés
les anciens établissements thermaux, dont les hasards des
fouilles ont remis au jour de nombreux restes. M. C. Jullian
croit à l’existence d’un vaste établissement thermal et est
d’avis que cette muraille continue, signalée autour de la
source, était l’enclos de pierre renfermant les thermes et leurs
dépendances (2).
Si aucune découverte n’est venue appuyer la tradition qui
veut que, longtemps avant la venue des Romains, les popula-
tions indigènes aient eu déjà recours aux eaux salutaires de
la Fontaine-Chaude, les témoignages ne manquent pas pour
l’époque qui nous intéresse. En 1568, André de Serres cons-
tatait déjà l’existence de toute une série de bains où l’on
utilisait l’eau bouillante des sources : « Le bastiment et autres
commoditez desdits bains sont merveilleusement belles, estant
divisez en trois bains, à savoir :1e grand bain en sa source fort
grande et abondante... Geste source et grand bain est fort bien
basty, de haute muraille, bien large, en quarré. A l’un cousté
de ladite source par des canaulx ladite eau bouillante passe
et se rend fort tempérée dans un beau grand lieu et long basty
exprès de pierre de taille, où les hommes se baignent et
nagent facilement comme dans une rivière. De l’austre côté
(1) De Caumont, Lettre sur les monuments de la ville de Da.r. Bul-
letin monumental, t. XXII, 1856. — Pottier, les Remparts gallo-romains
de Dax. Bulletin monumental, 1879. — Blanchet, les Enceintes romaines
de la Gaule, 1906.
(2) Note sur la topographie de Dax gallo-romain. Berne des études
anciennes, 1901, p. 211 et suiv.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 339
par semblables canaulx passe ladite eau de ladite source dans
quatre plus petits bains, bastis en quarré de pierres de taille,
qui sont fort beaux et bien recommandez. »
Au seizième siècle également un commentateur d’Àusone,
Élie Vinet, signalait des piscines destinées aux baigneurs, avec
les sièges en gradins sur lesquels on s’asseyait, le tout en
marbre : Vetusta solia marmorea , preuve, dit-il, que : fontem
Aquensem olim fuisse celeberrimum.
Les thermes romains étaient situés dans le voisinage immé-
diat de la Fontaine-Chaude. Le sol avait été recouvert d’une
couche épaisse de béton, supportant les fondations des cons-
tructions disposées autour de la source et dont il a été
retrouvé de nombreux débris : baignoires, fûts de colonnes,
»
corniches et entablements en marbre blanc, carreaux en
marbre gris et blanc, débris de marbres de toutes les couleurs,
mosaïques, etc. D’après MM. Dufourcet, Taillebois et Ca-
miade(l), tout ce quartier voisin de la source abonderait en restes
antiques, et chaque fouille y amènerait des découvertes, parmi
lesquelles je me bornerai à signaler les suivantes, qui peuvent
avoir été en rapport direct avec des établissements thermaux :
rue des Pénitents, restes importants de thermes, colonnes de
briques, conduites en briques et fragments de colonnes en
marbre blanc; rue du Bain, voûte bâtie sur pilotis et enceinte
circulaire pavée de mosaïque ; place de la Fontaine-Chaude,
dallage en tuiles à rebords, et, à côté, dallage en mosaïque;
rue de la Fontaine-Chaude, débris de murs et de voûtes,
conduite d’eau, nombreux fragments de marbres.
En résumé, l’ensemble de ces découvertes établit de la façon
la plus certaine l’existence, autour de la source de la Nèhe,
d’établissements considérables, qui semblent avoir été décorés
avec un véritable luxe, et vient corroborer les données que
nous possédions déjà sur l’antique splendeur des Aquœ Tar-
bellicœ.
(1) V Aquitaine historique et monumentale. — Les remparts de Da.v. —
Anciens plans de Dax. Bulletin de la Société de Borda, 15° aimée, 1900.
340 LA GAULE THERMALE
Tercis. — .le dois à l’obligeance de M. le docteur Massie,
propriétaire et directeur de l’établissement thermal de Tercis,
près de Dax, quelques renseignements qui semblent bien
établir que ces eaux chaudes, certainement fréquentées au
moyen âge, ne furent pas oubliées à l’époque romaine.
A l’étymologie du nom meme de Tercis ( Tertiis Leucis (?) à
trois lieues de Dax), qui révélerait une origine romaine, et
qui peut être fort douteuse, viennent s’ajouter des indices plus
probants : l’existence jusqu’à une époque récente d’une borne
romaine sur la route de Tercis à Dax; le caractère très ancien
du captage d’une des sources, non utilisée aujourd’hui; enfin,
la présence de substructions importantes d’antiques établisse-
ments rencontrées un peu partout au cours des travaux
exécutés par le propriétaire actuel autour des thermes qui
datent du dix-huitième siècle.
11 semble bien probable, en présence de ces constatations
que ces eaux chaudes, si peu distantes de Dax, durent aussi
avoir leur part de vogue à l’époque où les eaux Tarbelliennes
attiraient de toutes parts les visiteurs et les malades.
On peut rattacher au groupe du sud-ouest les sources de
Castéra-Verduzan. autrefois Castéra- Vivent, et de Barbotan,
situées dans le département du Gers, sur le territoire des
Auscii. Peut-être faudrait-il voir dans ces eaux celles dont
parle Strabon, lorsque, après avoir parlé des thermes Onésiens
et de leurs sources, il ajoute qu’il en existe aussi de belles
chez les Auscii. Je ne fais que hasarder cette proposition, car
certains commentateurs n’appliquent pas aux thermes et aux
sources le dernier membre de phrase de Strabon, et le rap-
portent au sol de l’Aquitaine, dont il est question au commen-
cement de la même phrase (1).
(1) Telle est l’interprétation de M. Tardieu, Géographie de Strabon,
t. I, p. 314. Voici la traduction complète qu’il donne de cette partie du
texte du géographe grec : « Dans les plaines de l’intérieur, ainsi que
dans la partie montagneuse, le sol de l’Aquitaine est de meilleure qua-
lité; il est notamment fertile dans le voisinage du montPyréné, chez les
Convènes, ou, comme nous dirions en grec, chez les Synélydes, peuple
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
341
Le hameau de Barbotàn, où s’exploitent encore aujourd’hui
des eaux et des boues, était déjà signalé par M. Jacquot (1)
comme une localité très ancienne, où l’on avait trouvé, en
fouillant le sol, des médailles et des constructions qui prou-
vaient qu’à l’époque de l’occupation romaine les sources
étaient déjà exploitées.
A la fin de l’année 1902, des découvertes assez importantes
furent faites à peu de distance de Barbotan, au cours des tra-
vaux de construction de la ligne de Nérac à Mont-de-Marsan.
Ces découvertes consistèrent en un certain nombre de chapi-
teaux corinthiens et de socles de colonnes, que Ton a cru
reconnaître comme ayant appartenu à un temple ou à un éta-
blissement. thermal, et en pièces de bois en décomposition,
placées dans une position horizontale, assemblées et semblant
former un grillage, au milieu duquel étaient épars des moel-
lons bruts et un fragment de béton de brique et de mor-
tier (2).
Castera-Yerduzan n’a pas fourni de traces aussi nettement
probantes de son existence antique, mais on y a rencontré un
fragment d’une inscription dédicatoire : Aux Nymphes augustes,
que nous avons eu l’occasion de citer au nombre des textes
épigraphiques dédiés à ces divinités, et cpii ne doit pas être
sans rapport avec les eaux minérales qui sont encore utili-
sées aujourd’hui dans ce lieu.
Dans la région du Béarn, à l’entrée de la belle vallée d’Àspe,
qui fut de tout temps une des grandes voies de communi-
cation entre les deux versants des Pyrénées, la petite sta-
tion de Saixt-Christau n’avait pas été négligée par les Ro-
mains. Les traces monumentales de cette fréquentation ont
disparu au cours des invasions qui ont si souvent emprunté
dont la capitale se nomme Lugdunum, et qui possède les thermes Oné-
siens, sources magnifiques donnant une eau excellente à boire. Le terri-
toire des Auscii est egalement d’une grande fertilité. »
(1) Description géologique, minéralogique et agronomique du département
du Gers, 1870, lru partie, Description géologique, p. 132.
(2) Revue de Gascogne, t. XXXIV, 1893, p. 269.
342
LA GAULE THERMALE
ce chemin, mais de nombreux débris : monnaies, médailles,
libules, agrafes et autres menus objets ont été trouvés dans
les sources lorsqu’on en refit le captage en 1897.
En ce qui concerne les Eaux-Chaudks et les Eàux-Bonxes,
aucune découverte n’est venue, jusqu’à présent du moins,
confirmer la réputation d’antiquité qu’avaient voulu leur
conférer quelques érudits. « On n’a rencontré jusqu’à ce jour,
ditM. Soulice(l), aucune trace des travaux que les Romains, si
soucieux de tout ce qui concernait les thermes, n’auraient pas
manqué de faire pour capter les sources, et si les bâtiments
avaient disparu dans quelque cataclysme, comme à Aulus
par exemple, il serait au moins resté certains vestiges des
routes qui y conduisaient. »
I3agxères-de-Bigorre. — Nous savons, d’après nos études pré-
cédentes, que Bagnères-de-Bigorre était connu à l’époque gallo-
romaine sous le nom de Vicus Aquensis, et que les tributs de
reconnaissance laissés par des malades sous forme d’inscrip-
tions votives aux Nymphes attestaient l’ancienne renommée
de ses eaux, auxquelles présidait vraisemblablement, à côté
des divinités officielles de l’Italie, un dieu topique indigène
nommé Agho. Des découvertes, sur lesquelles je n’ai pu
trouver que des indications assez sommaires, ont mis à jour
d’importants fragments des anciens thermes, fragments qui
ne semblent pas avoir été conservés (2).
Ce fut, tout d’abord, « une immense piscine à gradins de
marbre rose, qui fut exhumée lorsqu’on construisait, en 1823,
l’établissement actuel, et qui se développait sous une portion
(1) Notice historique sur les Eaux-Chaudes et les Eaux-Bonnes. Bulletin
de la Société des sciences, lettres et arts de Pau, 2e série, t. VI, 1876-1877.
(2) Bordeu, dans un ouv rage assez rare intitulé : Lettres contenant des
essais sur l’histoire des eaux minérales du Béarn et de quelques-unes des
provinces voisines,... adressées à Mma de Sorberio, à Pau en Béarn. Amster-
dam. m.dcc.xlvi, faisait allusion en ces termes à l’antiquité d’une des
sources de Bagnères : « Dumoret le vieux est fort ancien, il date du
temps des Romains. On y voit avec plaisir des tuyaux remplis de con-
crétions pierreuses de plus de deux mètres d’épaisseur, et en couches
de différentes couleurs : on sait par tradition que ces tuyaux furent les
premiers que l’on mit à la source. »
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 343
du pavillon nord des Thermes, sur toute la largeur de la
place et une partie de la maison Jalon. La conservation était
parfaite, et malgré les réclamations de bien des gens, les
prières de bien d’autres, l’architecte ne voulut rien entendre
et posa son moellon neuf sur le marbre antique (1). »
En 1868, M. Vaussenat (2) releva deux piscines romaines,
dans le voisinage d’une source dont il venait d’opérer le cap-
tage et qui émergeait à une distance intermédiaire entre
les deux. Ces piscines devaient être établies avec un certain
luxe, car on y a recueilli un assez grand nombre de tranches
sciées de marbre blanc.
Dans le mémoire cité plus haut, M. Dumont a signalé éga-
lement l’existence de pompes en briques à l’aide desquelles
les eaux étaient captées, ainsi que d’aqueducs nombreux dont
des fouilles anciennes ou récentes avaient révélé l’existence.
L’espace très considérable (près de 300 mètres) sur lequel
ont été trouvés des restes d’ouvrages anciens le portait à
croire qu’il avait existé à Bagnères plusieurs établissements
distincts : « Il ne nous paraît pas possible de supposer, avec
les restes découverts, un bâtiment de trois cents mètres de
longueur. Une construction de cette importance aurait laissé
plus de traces. »
Cauterets. — L’existence de cette station à l’époque gallo-
romaine semble encore très problématique et les indications
recueillies dans les écrits des auteurs qui se sont occupés de
son histoire ne permettent guère de remonter avec certitude
au delà des premiers temps du moyen âge.
D’après MM. Lequeutre et Wallon (3) : « Sans parler de la
visite légendaire de Jules César, ni même de l’hypothèse de
la venue de l’empereur Auguste à Cauterets, il est certain que
les Romains avaient établi des bains à Cauterets ; ils faisaient
usage des sources de César et de Pause. Tous les historiens
(1) Dumont, Bagnères (levant le Congrès d'hydrologie. Notes historiques.
Bulletin de la Société Ramond, 1887.
(2) Bulletin de la Société Ramond, séance du 6 avril 1868.
(3) Guide de Cauterets, 1895.
344
LA GAULE THERMALE
de la célèbre station sont d’accord pour affirmer que le nom
de César, que portait déjà, au début môme de l’époque mo-
derne, l'une des sources les plus anciennes et les plus en
renom; une inscription placée sur la porte de la piscine
antique dans laquelle les malades devaient primitivement se
plonger; l’ordre meme des constructions archéologiques mises
à jour par les fouilles et les aménagements contemporains ne
peuvent laisser aucun doute. »
Le docteur Miquel-Dalton (1) parle également de cette ins-
cription, qui aurait été relevée en 1821, par Ch. Labbat dans
des Notes manuscrites sur Cauterets; mais il m’a été impossible,
malgré toutes mes recherches, d’en connaître, même approxi-
mativement, la teneur.
Le même auteur signale aussi la découverte d’un tuyau de
plomb, trouvé à une grande profondeur (26 pieds), lors de
fouilles entreprises à la source de Bruzaud, et il tire argu-
ment d’une charte du comte Raymond, de 945, où il est ques-
tion de la conservation des maisons destinées aux bains, pour
déclarer : qu’il est difficile de croire que, du cinquième au
neuvième siècle, dans les temps troublés où partout les Bar-
bares bouchaient les sources thermales avec de grosses
pierres, dans l’espoir de les refouler dans le sol, ait commencé
la fortune de la station... et qu’il est donc amené à conclure
que les bains donnés en 945 dataient au moins de l’ère relati-
vement paisible de l’occupation romaine.
Mais, d’autre part, M. Reveil (2) est d’avis que, bien qu’une
des sources les plus importantes de Cauterets porte le nom de
César, aucune inscription, aucune trace n’indiquent que les
eaux aient été exploitées à l’époque gallo-romaine. L’ancien
bain de César se rapporterait, par son ordonnance et par sa
construction, à la fin du quatorzième siècle, époque à laquelle
un grand nombre de maladreries furent fondées près des
sources minérales.
(1) Cauterets dans le passé, 1890.
(2) Analyse chimique des eaux de Cauterets. Annales de la Société d’ hydro-
logie de Paris, t. VI, 1859-1860.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
345
Telle paraît être également l’opinion du docteur Lahil-
lonne (1), pour qui un voile épais couvre l’histoire primitive
de Cauterets jusqu’à l’époque de Charlemagne.
Un texte semble, cependant, consacrer l’existence antique
de Cauterets et lui attribuer des thermes construits ou visités
par un des maîtres de l’Empire. Brugeles (2) parle des ravages
d’une invasion des Normands et des Danois, de 840 à 844, et
cite dans les Preuves de la première partie , p. 9 et 10, le pas-
sage suivant, tiré du Cartulaire de Bigorre, par Nicolas Ber-
trandi : « Post hæc maximâ furiâ invecti ad nobilissimum
oppidum Aquis, quod nunc dicitur Cautères, tune latum et
pingue, nunc satis debile, afflati, illorum malas mentes exagi-
taturi, rabiem cum magno impetu exercent... Dani vero Bar-
bari, cum se victores esse conspexissent, ad dictum oppidum
demoliendum cum festinatione properant : cujns speciosis-
sima sedificia detrahentes ad ima, thermas impériales Balneo-
rum habentes usum, et venas salutiferas quæ ibi antiquitùs
constructæ fuerant demoliuntur. »
Les thermes dont il s’agit dans ce texte sont-ils bien, en
réalité, ceux de Cauterets? Bertrandi le pensait et exprimait
par sa phrase incidente quod nunc dicitur Cautères cette opi-
nion, suivie par d’autres savants, notamment par M. De-
gert (3).
Je préfère cependant l’attribution du texte de la Chronique
à Dax, ce qui semble avoir été admis par Brugeles lui-mème
qui, dans le texte auquel se réfère la note figurant aux Preuves,
donne le nom d’A^s, et non de Cauterets, à la cité détruite
par les Barbares du Nord. Aqs, ancien nom de Dax, correspond
bien d’ailleurs au mot latin Aquis. En outre, l’itinéraire des
envahisseurs indiqué par les textes est le suivant : Bordeaux,
Bazas, Sos, Lectoure, Aquis, Bayonne, Oloron, Lescar et
Tarbes. Une pointe sur Cauterets, entre Lectoure et Bayonne,
(1) Histoire des fontaines de Cauterets, 1877.
(2) Chroniques ecclésiastiques du diocèse d'Auch, MDCGXLVI.
(3) Saint Vincent, évêque de\Dax. Revue de Gascogne, 1899. (En note).
« Dans cette excursion des Normands, il s’agit des Cauterets, non de
Dax. »
3 46
LA GAULE THERMALE
semble bien singulière et improbable, tandis qu’au contraire
Dax se trouvait sur le chemin des Danois allant de la p/e-
mière à la seconde de ces deux villes.
En résume, devant toutes ces contradictions il semble pru-
dent de n’admettre Cauterets au nombre des stations gallo-
romaines que sous de très expresses réserves.
Bagnères-de-Luchon. — La station thermale qui s’intitule
« la Reine des Pyrénées » eut certainement aux temps
antiques une grande réputation, dont témoignent les nom-
breux gages de reconnaissance dédiés aux divinités protec-
trices et retrouvés autour des sources. Les inscriptions nous
ont montré qu’on y venait de loin, du pays des Rutènes
comme de celui des Ségusiaves, par cette belle route, jalonnée
de bornes milliaires, où les ingénieurs modernes se sont
bornés à suivre la voie tracée par leurs collègues de l’an-
cienne Rome.
Au pied de la montagne de Superbagnères jaillissaient les
sources sulfureuses qui accomplissaient ces merveilleuses gué-
risons. Recueillies aujourd’hui dans un savant réseau de
galeries qui s’enfoncent au cœur de la montagne, elles sor-
taient alors des atterrissements et venaient au jour après avoir
imprégné des terrains meubles, dépôts glaciaires et éboulis,
déjà imbibés par les eaux superficielles (1).
C’est dans ces conditions qu’elles étaient exploitées par les
Romains, dans un établissement dont les premières traces
semblent avoir été révélées lors des fouilles entreprises en
1714 par d’Orbessan, gouverneur du duc du Maine. D'autres
découvertes, signalées en 4736 par un curé, M. Bordage,
furent faites sur ce meme point, et d’importants restes d'anti-
quités romaines furent rendus au jour au cours des travaux
commencés en 1763 par l’Intendant de la généralité de Gas-
cogne, Mégret d’Étigny, qui avait résolu « de tirer ces eaux,
déjà célèbres sous les Romains qui y avaient des thermes
(1) Docteur Gahrigou, les Sources et les galeries de captage de Bagnères-
de-Luchon. Études sur Ludion, 1887.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 347
somptueux, de l’obscurité dans laquelle elles étaient demeurées
depuis tant de siècles » . Mais ce fut lors des travaux entre-
pris de 1803 à 4807, pour la fondation d’un premier établisse-
ment, et de 1848 à 1833, pour la construction des thermes
actuels, que furent découverts à peu près dans leur intégra-
lité les vestiges des thermes antiques, qui avaient presque les
dimensions du monument actuel, et dont j’emprunte à Lam-
bron (1), la description, reproduite daus V Histoire ancienne de
Ludion, de Sacaze (2),
Premières fouilles. « On découvrit deux bassins peu éloignés
et placés sur la même ligne, au pied de la montagne. Le pre-
mier, mis à découvert en 1803, n’avait quelm. 75 en largeur,
longueur et profondeur. Le second, trouvé deux ans plus
tard, en 1807, était carré, et avait, avec la meme profondeur,
6 m. 50 sur chacun de ses côtés. Il régnait dans le pourtour de
l’un et de l’autre un gradin qui, sans doute, servait de siège.
Toutes leurs faces étaient revêtues de dalles en marbre blanc
usées par les eaux, mais si artistiquement maçonnées que les
jointures en étaient presque imperceptibles et qu’on ne pût
les détacher qu’en les brisant. Le plus petit de ces bassins
paraissait avoir été alimenté par une source minérale qui fut
enfouie sous l’aile droite de l’établissement, ne pouvant être
utilisée dans cette construction à cause de la profondeur à
laquelle elle se trouvait. »
Deuxièmes fouilles (dont il existe un plan dressé à mesure de
la mise à découvert des substructions romaines) ($7. 41). « On
a trouvé trois piscines P P P superposées l’une à l’autre et plu-
sieurs réservoirs R R R, qui servaient sans doute à refroidir
l’eau nécessaire à alimenter ces bassins. Le bassin inférieur
était une véritable piscine de natation. Sa forme était celle
d’un quadrilatère ayant 7 mètres de large sur 10 mètres de
long. Toutes ses parois, même le fond, étaient revêtues de
marbre blanc. On a trouvé dans les débris qui le remplissaient
(1) Les Pgrénèes et les eaux thermales sulfurées de Dagnères-de-Luchoii,
t. I, 1863.
(2) Revue de Comminges, t. III, année 1887.
348
LA GAULE THERMALE
de.s fragments de poterie d’une couleur brune, recouverte de
l'émail le plus brillant et le plus solide, puisqu’il n’avait été
altéré ni par le temps, ni par un long enfouissement, ni par
1 action corrosive des eaux sulfureuses... Le bassin qui domi-
nait presque immédiatement la piscine de natation était plus
petit; il n’avait que 4 mètres
sur 5 mètres, et il était revêtu
simplement de dalles ordi-
naires du pays. Le troisième,
le plus petit des trois, puisqu’il
n’avait que 2 m.50 sur 3 mètres,
était le plus élégant. Ses murs
étaient enduits d’une forte
couche de ciment sur lequel le
marbre blanc se trouvait ap-
pliqué. Il pouvait aisément
contenir huit ou dix personnes
à la fois.
« Les réservoirs, où les eaux
venaient se refroidir, étaient
construits partie en ciment,
partie en briques d’une très
forte épaisseur et d’une admi-
rable conservation. Le nombre
et la disposition de ces réser-
voirs semblent démontrer que
les Romains ne faisaient point
usage de l’eau froide. M. Cham-
bert, en effet, n’a trouvé au-
cune disposition propre à intro-
duire la source froide dans les bassins. Ils étaient alimentés
par quatre sources, presque toutes captées avec du béton et
des cloisons de bois. Ces sources étaient amenées soit par des
tuyaux de plomb, par des conduits en bois, soit plus simple-
ment par des caniveaux, faits avec des tuiles plates et à
rebords, cimentées avec du béton. Le réservoir supérieur
10
10
Fig. 41. — PLAN DES THERMES
DE BAGNÈRES-DE-LUCHON.
D’après le plan joint à l’ouvrage
de Lambron.
B. Source romaine captée par du béton et
par une cloison en bois.
C. C. Conduits en plomb des eaux chaudes.
D. Captage d'une source avec tuyaux en
bois.
E. E. Conduits des eaux au moyen de
canaux en tuiles.
P. P. Bassin des bains ou piscine.
R. R. Réservoirs.
V. Étuve (hypocauste).
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
349
recevait sans doute les sources les plus chaudes, car il four-
nissait à la salle des vapeurs obtenues par une disposition des
plus simples et des plus remarquables, par le passage des
eaux sous une voûte percée de trous nombreux et soutenue
par de petites colonnes en terre cuite.
« Les bassins non seulement étaient alimentés par ces
réservoirs, mais leur disposition superposée permettait aux
deux petits de déverser leur trop plein dans la piscine de
natation. Le plus petit parait avoir été desservi par une source
spéciale qui y arrivait au moyen de trois siphons en brique,
dont l’un a été retrouvé parfaitement intact...
« L'importance de ces thermes ressort donc du grandiose
meme de leurs dispositions balnéaires. Mais les fouilles ont
encore démontré que les habitations pour loger les baigneurs
y étaient annexées. On a trouvé, en effet, du côté du nord,
des vestiges de murailles, des détritus de bois, du charbon,
des débris de plusieurs ustensiles de ménage. »
Comme on peut s’en rendre compte par cette longue cita-
tion, les thermes de Bagnères-de-Luchon étaient très complets
et devaient présenter un intérêt de premier ordre à raison de
leurs dispositions au point de vue balnéaire. Là comme par-
tout, malheureusement, aucun effort de conservation n’a été
tenté, et les fondations des nouveaux thermes sont venues
recouvrir les ouvrages anciens dont toutes traces ont disparu.
La Barthe-de-Rivière. — A peu de distance de Saint-Gau-
dens, la Barthe-de-Rivière, qui possède encore un petit éta-
i blissement de bains, fut certainement une station thermale à
l’époque romaine. MM. Morel et Gautier (1) y signalent l’exis-
; tence d’une ancienne chaussée, d’une pile itinéraire et d’une
' voûte de construction romaine recouvrant une source savon-
neuse, et, d’après M. A. Couget (2), on conserve aux bains
(1) Voie romaine ab Aquis Tarbellicis et routes qui venaient s’il souder,
! 1874.
(2) Excursion en Comminges. Revue de Comminges, t. VIII, 1893,
p. 202.
350
LA GAULE THERMALE
une piscine romaine et des substructions antiques. En outre,
le musée de Toulouse posséderait un certain nombre de cippes
funéraires et d’autels votifs découverts aux alentours.
Encausse. — Je signale les eaux d’Encausse surtout parce
qu’elles naissent dans une région fertile en vestiges de l’occu-
pation gallo-romaine, mais sans avoir de preuves bien con-
vaincantes de leur existence reconnue à cette époque. Du
Mège, cité par Greppo (op. ait., p.246j, était porté à croire que
ces eaux avaient été connues des Romains, par suite de la
découverte d’inscriptions et d’urnes en marbre dans les lieux
qui l’environnaient. D’autre part, une statue d’Isis aurait été
trouvée près des sources thermales (1).
Sacaze (2) est loin d’être affirmatif à cet égard : « Les eaux
d’Encausse, dit-il, furent-elles utilisées par les Romains?
Aucun texte, aucune découverte archéologique ne nous per-
met de l’affirmer; cependant quelques débris romains ont déjà
été trouvés dans le voisinage. »
Les indications qui m’ont été fournies sur cette station
n’ont fait que confirmer cette pénurie de renseignements et .
cette incertitude.
Certaines autres stations des Pyrénées, sans présenter de
vestiges certains d’édifices ayant un rapport direct avec les
thermes, ont cependant fourni des inscriptions desquelles il
est permis d’inférer qu’elles n’étaient pas restées ignorées
lors de l’occupation romaine. A Lez, à l’entrée du val d’Aran,
dans une région qui relève aujourd’hui de l’Espagne mais
qui faisait alors partie du territoire des Convènes et apparte-
nait à la Gaule romaine au même titre que toutes les vallées
situées sur le versant septentrional de la chaîne, on a décou-
vert des inscriptions consacrées aux Nymphes et au dieu Lex
ou Lexi. D’après M. Barry (3), et bien que cet auteur dise
(1) Docteur Grasset, Reçue médicale, 19 août 1903.
(2) Revue de Comminges, t. IV, 2e trimestre, p. 298 et suiv.
(3) Les Eaux thermales de Lez à l'époque romaine. Revue archéolo-
gique, 13° année, lrc partie, 1856.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
351
n’avoir pu obtenir que des renseignements très vagues sur
les fouilles opérées en 1834-1835, des débris de divers genres:
tuiles, poteries, amphores, etc., auraient été découverts au
milieu de substructions antiques lors de la reconstruction de
l’établissement thermal.
A Cadeac- les- Bains, village de la vallée d’Aure, le séjour des
Romains est bien établi par toute une série de petits autels
votifs en marbre, que l’on avait sciés, écornés ou taillés
pour en composer l’arceau d’un porche latéral de l’église (1).
Dans la vallée du Louron, au plateau de Sarrat de Peyra,
voisin d’abondantes sources thermales sulfureuses, on a
trouvé deux cippes dédiés au dieu Arixon, et un autre cippe,
consacré aux Nymphes, a été découvert, avec quelques mon-
naies romaines, dans le Val d’Aran, aux thermes d’ARTiAs, où
plusieurs sources sulfureuses chaudes sont encore exploitées
aujourd’hui (2). Deux autres fragments d’autels votifs ou de
cippes funéraires trouvés, l’un près d’Artias, l’autre au village
tout proche de Gesa, établissent d’une façon certaine l’exis-
tence d’établissements romains dans ces parages (3).
Les ex-voto en terre cuite, dédiés aux Nymphes, trouvés à
Capvern par Du Mège, ainsi que des médailles romaines, sont
des indices certains de l’antique exploitation des eaux ther-
males ou froides, sulfatées calciques et ferrugineuses de cette
station. Nous savons meme que certains auteurs ont voulu y
voir les Aquæ Convenarum rie l’Itinéraire d’Antonin. On a
prétendu que, lorsqu’on fouilla, dans les premières années du
dix-neuvième siècle, le sol d’une maison voisine de l’établis-
sement actuel, on découvrit des fondations en forte maçonne-
rie, de caractère antique; mais ces rapports, dit M. Curie-
Seimbres (4), faits de souvenir, sont vagues et contestables.
(1) Mémoires de l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de
Toulouse, 6e série, t. VI, 1868.
(2) Bulletin de la Société des Antiquaires, 1883, p. 224.
(3) De Laurière, Promenade archéologique dans le Val-d’Aran, 1887.
(4) Capbern historique, ses antiquités, son état actuel, ses eaux thermales,
1871.
352
LA GAULE THERMALE
Amélie-les-Bains. — La petite ville thermale d’Amélie, autre-
fois connu sous le nom d’Arles-les-Bains ou d’Arles-sur-Tech,
possède des restes fort considérables de thermes romains, qui
occupaient toute la partie inférieure du bassin des sources et
n’ont jamais été reconnus dans leur entier. Bans ses Notes
d’un voyage dans le midi de la France , Mérimée leur avait con-
sacré ces quelques lignes : « Le village d’Arles-les-Bains a
conservé quelques souvenirs du séjour des Romains qui
avaient reconnu les propriétés de ses sources thermales. La
salle où l’on prend les bains est un ouvrage antique, qui
d’ailleurs n’est remarquable que par sa grandeur, l’épaisseur
et la solidité de sa voûte. »
La salle dont parlait Mérimée, voûtée en plein cintre, à
murs très épais ornés de niches demi-circulaires, était creusée
à son centre d’une piscine profonde de près de deux mètres,
dont le fond était composé de petites briques posées de
champ, et où l’on descendait par cinq marches qui régnaient
le long des quatres faces et pouvaient servir en même temps
de sièges aux baigneurs.
A côté de cette salle, et en communication avec elle, il en
existait une autre que des travaux de déblaiement postérieurs
ont permis de reconnaître dans tous ses détails. Au sud-
est de cette salle on voyait deux puits hexagonaux, de deux
mètres de hauteur environ, construits en béton aggloméré,
alimentés par des courants d’eau chaude. Ce devaient être là
des sortes de bains de vapeur, justifiant le nom d ’estufs qu’un
ancien acte donnait à cette salle ( fig . 42).
« A la suite de ces appareils, dit M. Rolin (1), existaient
plusieurs baignoires en marbre blanc, de très grandes dimen-
sions, trois mètres de long sur deux mètres de largeur; elles
présentaient à la partie sud deux échancrures demi-cylin-
driques où le malade pouvait venir se reposer. On descendait
(1) Notice sur les anciens et les nouveaux thermes d'Amélie. Perpignan,
1867. — Sur Amélie-les-Bains, voir aussi : Greppo, op. cit., p. 290 et suiv.
— Henry, Extraits d'une histoire inédite du Roussillon. Mémoires de la
Société des Antiquaires, t. X, 1834, p. 208 et suiv. — Congrès archéolo-
gique, 35e session, 1868.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
353
dans cette baignoire par deux marches pratiquées dans la
pierre entre ces échancrures. Cette baignoire était précédée
d’un bassin rectangulaire placé entre les deux parties cylin •
driques dont j'ai parlé plus haut. Il fallait donc entrer dans
cette baignoire rectangulaire avant d’entrer dans la seconde.
La température de ces deux bains devait être différente;
c’était probablement une médication hydrothérapique... On
n’a trouvé qu’une baignoire comme celle que j’indique; peut-
Fig. 42. — THERMES d’aMÉLIE-LES-B AINS.
A. Grande piscine. — B. Petite piscine. — C. Cabinet avec
baignoire. — D. Cabinet avec baignoire. — E. Cabinet
avec petite piscine. — F. F. Puits en maçonnerie formant
réservoirs d’eau thermale. — G. G. Cabinets dont on n'a
retrouvé que la base des piliers. — H. H. Cabinets retrou-
vés avec leurs voûtes. — K. K. Canaux de vidange des eaux.
*
être en a-t-il existé d’autres, comme la disposition des thermes
semble le faire supposer. »
De chaque côté de cette salle existaient des enfoncements,
qui devaient constituer des cabinets séparés, et, au milieu,
s’étendait une piscine de dix mètres sur quatre, pavée en
petites briques liées par un ciment très fin.
Un luxe assez grand régnait dans ces thermes, car on y a
constaté l’usage général des placages en marbre blanc. Les
voûtes étaient établies avec des briques de grandes dimen-
sions, alternant avec des pierres calcaires faciles à tailler et
les eaux étaient conduites au moyen de grandes tuiles creuses
23
354
LA GAULE THERMALE
formant tuyaux par leur superposition en sens inverse.
En dehors de ces deux édifices principaux, d’autres cons-
tructions étaient en rapport certain avec les thermes. Des
murs de soutènement renversés et quelques fondations recon-
nues près de la source du Gros-Escaldadou prouvent que les
Romains l’avaient utilisée dès son point d’émergence en l’en-
tourant de constructions. Greppo cite, d’après M. .Jaubert de
Passa, un grand aqueduc à arcades, en briques, qui recevait les
eaux de la source principale et les versait dans les deux piscines.
Des échancrures pratiquées dans les rochers de la rive du
torrent du Mondoni, et dont l’une est encore utilisée aujour-
d’hui comme piscine naturelle, semblent devoir être attribuées
également aux Romains, ainsi que le mur de barrage, connu
dans le pays sous le nom de Mur cl’Annibal, qui forme digue
au point où le Mondoni sort d’une gorge rocheuse aux parois
à pic de plus de 100 mètres de hauteur (fi g. 43). Les eaux
froides de la rivière étaient amenées aux thermes par un
canal creusé en partie dans la roche vive et dont, au dire de
M. Henry (op. cit.), on voyait encore de grands vestiges.
Las Escaldas. — Ces eaux, thermales ou froides, sont
situées dans un hameau de la commune de Villeneuve, à peu
de distance de la frontière espagnole, dans les Pyrénées-
Orientales. Cette région reculée et d’abord peu facile fut le
centre d’une sérieuse occupation romaine; la petite ville espa-
gnole de Llivia, peu distante des Escaldas, portait le nom de
Julia Livia, et était la capitale de la province Ceretania Juliana.
Les eaux voisines des Escaldas, dont le nom rappelle singu-
lièrement la dénomination d’Aquæ Calidæ, n’avaient pu rester
ignorées des Romains (1), qui y avaient élevé des thermes,
(1) Toute cette région présente des traces nombreuses de son passé
antique. A quelques minutes des Escaldas, à Angoustrine, on a trouvé
souvent des médailles romaines, et, dans le cimetière, en 1838. un
cippe en pierre portant l’inscription suivante :
i. o. M
c. r. poli
BIVS
V. s. L. M
N
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
357
dont il restait encore an dix-septième siècle des vestiges
importants. (Marc a, Histoire du Béarn). Le docteur Carrera,
auteur d'un Voyage en Roussillon , publie en 1787, y avait
encore vu un lavacrum de 8 ni. 76 de long sur 4 m. 50 de
large et 0 m. 76 de profondeur, pavé en larges pierres de
taille, par-dessus une charpente qu’on avait découverte en
soulevant une de ces dalles. On descendait .dans ce lavacrum
par trois marches de marbre blanc qui en faisaient le tour. A
la meme époque, on voyait encore lés restes du sudato-
riurn (1).
Tout cela a disparu aujourd’hui dans la reconstruction de
l’établissement thermal.
Aulus. — L’une des sources thermales d’Aulus, la source
Darmagnac, fut certainement utilisée par les Romains dans
un petit établissement qui, d’après sa forme présumée, ne
devait être qu’une sorte de buvette.
En 1845, en travaillant au premier captage de la source, on
découvrit, à deux ou trois mètres de profondeur, « un plan-
cher de forme carrée qu’on avait établi avec d’épais madriers
de chêne, joints par de fortes chevilles en fer. Au centre se
trouvait une ouverture circulaire percée dans Taxe du griffon.
C’est par cette ouverture qu’on puisait l’eau. Une balustrade
également en bois de chêne entourait le plancher. Il est pro-
bable que cette construction était abritée par un toit de
chaume ou* d’ardoises soutenu par des colonnes fixées aux
quatre angles du carré... Quand les diverses pièces eurent été
enlevées, on recueillit, au-dessous de l’ouverture circulaire
qui occupait le centre du plancher, plusieurs débris de verre
et de poteries (2). »
De nouveaux débris du même genre furent découverts
en 1872, lors de nouveaux travaux de captage, ainsi qu’un
morceau de bois de chêne travaillé paraissant avoir appar-
«
(1) J. Henry, Extraits d’une histoire du Roussillon. Mémoires de la Société
des Antiquaires, t. X, 1834.
(2) A. j/Assier, Aidus-les-Bains et ses environs, 1884.
358
LA GAULE THERMALE
tenu à une rampe ou à une balustrade et trois médailles du
premier siècle de notre ère, qui peuvent nous servir à dater
ce modeste édifice, probablement élevé par quelque colonie
militaire chargée de la garde d’un des passages des Pyrénées.
Rennes-les-Bains. — Les bains de Rennes, où sont exploi-
tées cinq sources minérales, dont trois thermales et deux
froides, étaient jadis connus sous le nom de Bains de Mont-
ferrand. Là s’élevait probablement autrefois la cité de Redcla
ou Redæ, qui a donné son nom à la région environnante, le
Reddesium ou Rasés (1). Si le nom ancien peut faire doute, il
n’en est pas de meme de l’existence sur ce point, à l’époque
qui nous occupe, d’un groupement qui dut meme avoir une
certaine importance. Les menus objets, indices certains d’une
occupation gallo-romaine : monnaies, fragments de tuiles et
d’amphores, débris de poteries diverses, etc., y ont été
recueillis en grand nombre, ainsi que divers objets en métal,
des statuettes et deux roues de char, en bronze, à cinq rais,
conservées actuellement au musée de Toulouse.
Outre les débris d’une maison romaine, écrasée par l’ébou-
lement d’une masse rocheuse détachée de la montagne, et qui
furent découverts en 1841, on a reconnu, sur plusieurs points
du village actuel, des substructions et des débris de mo-
saïques, appartenant à des édifices divers, ayant dû faire
partie d’une ville assez étendue. L’inscription suivante, gravée
sur un autel en marbre :
C- POMPEIVS
QVARTVS
I- A- M
svo
(1) « Je crois qu’il faut placer cette ville au village de Rennes, à quatre
lieues dé Limoux, qui est célèbre par ses bains. La situation convient,
car le village de Rennes est dans le Razez ; le nom est le même, car
Rennes vient de Redenœ, diminutif de Redæ. Enfin, on a trouvé et on
trouve tous les jours près de ce village beaucoup de médailles, qui prou-
vent qu’il y a eu autrefois en cet endroit quelque ville considérable. »
(Astruc, Mémoires pour l’histoire naturelle de la province du Languedoc,
p. 190, 1737.)
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
359
n’était peut-être pas sans rapport avec les thermes, car « elle
avait été autrefois tirée des anciens bastiments qui étaient
autour de la fontaine des bains de Régnés ».
L’édifice thermal a disparu complètement, à la suite de
travaux divers de canalisation, d’adduction et de nivellement,
mais des textes anciens permettent d’en avoir une certaine
idée (l)-. 11 s’élevait sur l’emplacement de Rétablissement
actuel appelé le Bain de la Reine, et l’on en découvre encore
quelques rares vestiges dans les substructions des bâtiments,
lorsqu'il est nécessaire de creuser un peu profondément. Le
curé Delmas, dans un mémoire manuscrit écrit en 1709 (2),
disait avoir vu à cet endroit les vestiges d’un édifice ressem-
blant aux thermes dont on retrouve les vestiges à Rome. Un
autre mémoire de M. Sage, lu en 1746 à l’Académie des
Sciences de Toulouse, donnait quelques détails plus précis :
« On distingue encore à la source de la Reine les marques des
petites chambres qui formaient sans doute des appartements.
On y a trouvé des restes de canaux de plomb. On y découvre
encore, de temps en temps, des petites pièces de marbre ran-
gées à la mosaïque et incrustées sur des pierres avec un fort
ciment. On y trouve quelquefois de grosses pièces de marbre
blanc et noir, qu’on y a infailliblement transportées, car il n’y
en a point dans le pays... On y découvre d’autres espèces de
pierres rondes de huit pouces de circonférence, qui se par-
tagent aisément en quatre portions égales, et que l’on croirait
destinées à faire des compartiments. On y remarque des
coquillages de plusieurs espèces, incrustés sur des murs, à
(1) La majeure partie des débris provenant de Rennes-les-Bains a été
déposée aux musées de Carcassonne et de Narbonne. Divers fragments de
constructions anciennes : vasques, chapiteaux, fûts de colonnes, etc., ont
été groupés auprès d’une fontaine voisine de Rennes, dite la Source du
Cercle.
(2) Mémoires de la Société royale des Antiquaires de France, t. II, 1820.
Rapport de M. Bottin sur les travaux de la Société (p. 33) : « Vous avez été
mis en possession d’un ancien manuscrit, dans lequel un curé de cam-
pagne, nommé Delmas, consignait, en 1709, ses recherches sur les bains
de Montferrand, fréquentés par la colonie de Narbonne, et sur les nom-
breuses antiquités qu’on y a trouvées. »
360
LA GAULE THERMALE
peu près comme nous faisons dans nos jardins pour la cons-
truction des grottes. »
En 1799, on découvrit, sous une voûte en pierre écroulée,
un bassin pavé de marbre blanc et revêtu sur son pourtour
de lames de schiste noir dur et poli. Un autre bassin, bâti en
ciment et fondé sur le roc, existait encore à la même époque,
et, tout auprès, on apercevait les restes d’un conduit qui
servait à élevér les eaux et à les porter dans le bassin.
Enfin, M. le docteur Gourdon (1) a signalé l’existence, dans
le lit de la rivière, près de la source du Pont, d’une série de
trous creusés dans le roc et régulièrement alignés sur deux
rangs distants d’environ deux mètres. Ces trous ont-ils servi
à fixer les pilotis d’un double barrage, pouvant être d'une
utilité quelconque au point de vue d’un approvisionnement
en eau douce? On ne le sait, car on n’a, paraît-il, aucun indice
sur l’âge et l’origine de ce travail.
Ax-les-Thermes. — Nous avons vu, lorsque nous nous
sommes occupés de la connaissance des sources thermales
antérieurement à l’occupation romaine, qu’il avait été décou-
vert auprès d’une des sources d’Ax des traces certaines de
travaux de captage devant remonter à une haute antiquité.
Nous sommes moins bien partagés en ce qui concerne la
période romaine, et aucune inscription, aucune ruine, ne sont
venues révéler l’existence d’établissements de quelque impor-
tance fondés par les Romains (2).
Cependant le nom même de cette station, dont l'ancienne
orthographe était Aqcs, semble témoigner de son origine
latine, Aquœ, et, d’autre part, la découverte sur divers points
du territoire d’Ax de monnaies de l’époque impériale per-
mettent de penser qu’une agglomération avait dû se former
sur ce point à l’époque gallo-romaine, et que les Romains, si
grands appréciateurs des eaux chaudes, ne laissèrent pas de
(1) Stations thermales de l’Aude. Rennes-les-Bains, Campagne, Alet.,i.8ti.
(2) Bulletin périodique de la Société ariégeoise des sciences, lettres et
arts, 2e vol., 1887, p. 205.
ETUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 361
côté ces sources thermales, si abondantes à Ax qu’une partie
seulement d’entre elles est employée à des usages médi-
caux (1).
Alet. — L’inscription à la Mère des Dieux, que nous avons
eu antérieurement occasion de citer, met hors de doute l’occu-
pation par les Romains du site actuel cl’Alet, où ils auraient
élevé une ville nommée Electa. 11 est fort probable que les
eaux thermales du lieu ne passèrent pas inaperçues de ce
peuple habile en l’art d’utiliser les moindres filets d’eau, mais
je n'ai pu rencontrer aucune donnée précise sur les vestiges
retrouvés des travaux antiques. M. Gourdon (2) nous apprend
que la portion de l’établissement actuel qui avoisine le plus
l’Aude repose précisément sur les ruines de l’ancien établis-
sement romain. M. Fédié (3) parle des vestiges de thermes
ayant une origine romaine, qui auraient été trouvés à Alet.
Enfin, Sacaze (4) fait allusion à Alet, où l’on a retrouvé, dit-
il, les traces de thermes romains alimentés par une source
très abondante, la Fontaine-Chaude. Ce sont là les seuls rensei-
gnements que j’ai pu recueillir sur l’état ancien de cette sta-
tion, renseignements bornés à de simples affirmations, sans
aucune description des travaux ou des restes auxquels il est
fait ainsi allusion.
L’abside de l’ancienne cathédrale, ruinée en 1377 par les
protestants, a longtemps été considérée comme un fragment
de construction antique, que quelques auteurs croyaient avoir
été un temple consacré à Diane. Cette abside pourrait en effet,
passer pour gallo-romaine, si l’exécution générale et quelques
détails ne trahissaient le moyen âge. Ces caractères avaient
déjà frappé Mérimée, qui s’exprimait ainsi dans ses Notes de
voyage dans le midi de la France : « Tous les détails, examinés
(1) Docteur Garrigou, Etude chimique et médicale des eaux sulfureuses
d’Ax, 1862.
(2) Stations thermales de l’Aude. 1874.
(3) Etude historique sur le Haut-Razès. Mémoires de la Société des arts
et des sciences de Carcassonne, t. IV, 1879.
(4) Revue de Comminges, 1886, p. 339 et suiv.
362
LA GAULE THERMALE
à part, ont une physionomie antique ; mais l’ensemble date
certainement d’une époque postérieure au dixième siècle. »
Toutefois, l’inscription que nous avons citée plus haut
(V. p. 174) peut nous faire tenir pour certain le fait qu’il
exista à Alet un temple dédié à la Mère des Dieux, le texte
épigraphique mentionnant, d’une part, le nom de la divinité
et, d’autre part, la fonction : curator templi, de l’auteur de la
dédicace.
Quelques vagues indications semblent attribuer une origine
antique aux petites stations de Campagne, de Ginoles et
d 'Escouloubre, situées dans la même région; mais ce ne sont là
que des données sans précision et sans preuves à l'appui,
qui ne permettent pas, tout au moins dans l’état actuel des
choses, d’en faire état dans nos études.
Balaruc. — Outre l’inscription dédiée à Neptune par un
tribun de la IIe légion et signalée plus haut (Y. p. 176), les
nombreux restes d’édifices antiques, colonnes, chapiteaux,
salles pavées de mosaïques, etc., et les débris céramiques
de toutes sortes dont parle Greppo ( op . cit., p. 248 et suiv.),
fournissent la preuve que ce lieu était habité à l’époque
romaine. Il n’est pas moins certain que les sources étaient déjà
utilisées dans un établissement thermal d’une certaine impor-
tance.
Gensanne (1) signalait un aqueduc qui avait servi aux
Romains à conduire les eaux de la source jusqu’aux bains.
Ce canal, d’après lui, subsistait encore dans la plus grande
partie de sa longueur, et il eut pu être réparé à peu de
frais. *
A.struc (2), cite également quelques vestiges d’antiquité
trouvés à Balaruc, et donne, à la page 316 de son ouvrage,
un plan des thermes extrait d’un ouvrage de Nicolas
(1) Histoire naturelle de la province du Languedoc, 1778, 1er vol., p. 2oo.
(2) Mémoires pour l'histoire naturelle de la province du Languedoc, 1737,
p. 312.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
363
Dort Oman : De causis et ejjfectibus Thermarum Belducanarum
(1579), clans lequel on voit figurer, à peu de distance de
l'établissement qui existait alors, trois piscines carrées, des-
servies par un canal de décharge, auxquelles la légende du
plan donne le nom de Vieux Bains et Égout des Vieux Bains.
Parmi les constructions qui semblent avoir appartenu aux
anciens thermes, Greppo (loc. cit.) parle d'un double canal
formé de trois fortes murailles parallèles, communiquant par
deux ouvertures basses avec un aqueduc jadis couvert par
une voûte; un bassin de forme elliptique, avec sièges à hau-
teur d’appui faisant partie des gradins destinés aux baigneurs
et de nombreux tuyaux en terre cuite analogues à ceux qu’on
trouve dans les bains d’origine romaine.
Dans un ouvrage plus récent, l’abbé Bousquet (1) fait con-
naître différentes découvertes nouvelles (2), dont deux ont
un rapport certain avec l’usage des eaux thermales. C’est,
d’abord, la trouvaille, en 1857, à 7 ou 800 mètres de l’unique
source thermale alors connue, de deux longs fragments de
grands tuyaux en plomb, parfaitement adaptés et- emboîtés
de quelques centimètres l’un dans l’autre, et portant l’ins-
cription : COL- A VG • NEM- TIBERINVS- L- FF- SF (3).
C’est, ensuite, la mise au jour, en 1863, d’une piscine
romaine, dans un champ voisin de l’établissement thermal.
Le premier objet qui se rencontra sous la pioche, à trois
(1) Notice et précis historique sur Balaruc-les-Bams et ses sources ther-
males. •
(2) Parmi d’autres substructions découvertes, il en est une qui, sans
se rattacher absolument aux thermes, n’en a pas moins un intérêt con-
sidérable. Ce sont les restes d’une ancienne prise d’eau, près d’une
source située à 3 kilomètres de Cette. A l’origine de l’aqueduc, sous la
vanne de prise d’eau, trois médailles de bronze de Claude, régulière-
ment disposées, semblaient avoir ôté placées là comme témoins de la
date de la construction. De grands tuyaux formaient la suite de
l’aqueduc, et des tuyaux de divers calibres formaient des prises d’eau
partielles, suivant les besoins des habitants.
(3) Cette inscription est ainsi interprétée au Corpus I. L., XIII, 5701, 58 :
Coloniœ Auguslœ Nemausensium Tiberius L. F. F. servus fecit.
Une autre interprétation des trois dernières lettres est donnée dans les
Mémoires de l'Académie du Gard, année 1872, p. 145 : Formis suis faciebat.
Forma, nom technique du moule employé par les fondeurs.
364
LA GAULL THERMALE
mètres environ de profondeur, fut une large plaque de
marbre blanc. C’était la première marche d’un magnifique
escalier, entièrement revêtu de marbre, conduisant dans la
piscine. Sept marches de ce grand escalier purent être mises
à découvert au moyen de deux puissantes machines à puiser
l’eau, qui recouvrait entièrement ce monument; mais à la
naissance de la septième marche, Peau arrivait en telle abon-
dance que les pompes devinrent impuissantes et ne permirent
pas de fouiller plus bas. On put cependant constater la forme
ovale de cette piscine, et reconnaître, outre le grand escalier
qui en occupait le centre, deux autres escaliers moins larges,
également en marbre, construits aux extrémités.
L’eau arrivait dans cette piscine par des orifices dont la
plupart donnaient de l’eau très chaude et quelques-uns de
l’eau froide. L’un de ces orifices, voisin de la septième
marche du grand escalier, était garni d’un grand tuyau de
plomb .
Cette piscine ovale était-elle la même que la piscine ellip-
tique à gradins dont parle Greppo, et qui, après avoir revu
le jour une première fois, aurait été comblée à nouveau. Je
ne sais, mais la piscine signalée par l’abbé Bousquet a, elle
aussi, disparu sous des remblais, sans que les recherches
aient été poussées plus loin.
Les Fumades. — La station d’eaux sulfureuses froides des
Fumades est située à un kilomètre environ du village de ce
nom, dans la commune d’Allègre, arrondissement d’Alais. Il
y existe plusieurs sources, dont la plus anciennement connue
portait le nom caractéristique de Font-Pudento, fontaine puante.
En 1865, on découvrit, à une quinzaine de mètres de cette
source, une piscine que des fouilles ultérieures permirent de
reconnaître presque en entier.
Cette piscine, de forme circulaire, avec un gradin sur son
pourtour, était établie dans un massif de maçonnerie de
moellons ordinaires, carré, avec échancrures aux angles. Le
fond de la piscine était formé d’un blocage en pierres brutes
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
365
reposant sur la terre végétale, surmonté d’une couche de
béton de Om. 25 d’épaisseur et d’une couche deO m. 22, formant
le radier de la cuvette, composée de chaux vive et de frag-
ments de briques concassées. Une coupure de 0 m. 70 environ,
pratiquée dans la partie nord de la piscine, permettait l’arri-
vée de l’eau, amenée par un canal que des fouilles posté-
rieures ont fait reconnaître dans la direction de la Font-
Pudento.
« De la forme et des dimensions de la piscine antique, dit
M. Chauvet (1), il est aisé de déduire comment elle était
utilisée. Le plus grand diamètre de la cuvette est de 4 m. 14,
c’est-à-dire un peu plus du double de la taille humaine la
plus élevée. Les baigneurs, réunis en groupe et simultané-
ment plongés dans l’eau sulfureuse qui remplissait aux trois
quarts la profondeur du bassin, pouvaient, selon les cas,
s’asseoir sur le gradin, ou bien s’étendre sur le fond de
la cuvette, en réunissant leurs pieds vers le centre, et
se déployer en éventail, rayonnant tout autour, le coude
appuyé sur le giron du gradin qui leur procurait un exhaus-
sement suffisant pour tenir la tète constamment élevée au-
dessus de la surface de l’eau. »
Les aménagements de la source même furent retrouvés
lors de travaux entrepris en 1876 pour la restauration de
l’ancien puits abandonné de la Font-Pudento et continués
en 1877. A deux mètres environ au-dessous du sol actuel, on
découvrit le mur de revêtement du puits antique, épais d’un
mètre au couronnement, et offrant intérieurement deux
étranglements successifs de 0 m. 16 (fifj. 44). Ces maçonne-
ries étaient soutenues à leur base par un système de pieux
ien bois, disposés verticalement et noyés dans les masses
argileuses qui composent le sous-sol environnant. A 2 m. 80
en contre-bas du couronnement de maçonnerie, le puits se
rétrécit subitement et se termine par un tubage de 1 m. 90 de
long, composé d’un tronc de chêne blanc évidé à l’intérieur,
.
(1) Les Fumades et leurs environs. Rapport lu à la Société scientifique
et littéraire d’Alais dans sa séance du 20 janvier 1872.
366
LA GAULE THERMALE
qui avait évidemment pour but de préserver l’eau minérale jail-
lissante de l’invasion des eaux d’infiltration. De la partie supé-
rieure de ce tube principal partait un tube latéral de moindre
dimension A 11 creusé aussi dans une seule pièce de chêne
blanc. Un second tuyau E F, muni à son extrémité d’une
armature en plomb bouchée au moyen d’un tampon de chêne
vert, débouchait dans le puits, un peu au-dessous des maçon-
neries antiques (1).
C’est dans ce puits que furent découverts, gisant pêle-mêle,
les vingt-quatre petits monuments en forme d’autels carrés,
Pfan foupe suivant CD
Fig. 44. — PUITS DE LA SOURCE DES FUMADES.
D'après le plan joint au rapport de M. Charvet.
dont plusieurs étaient ornés de bas-reliefs ou d’inscriptions,
que nous avons étudiés précédemment (2). On y trouva éga-
lement un seau en bois, avec cercles et poignée de fer (3),
des fragments de tuyaux en bois et de nombreuses médailles,
dont quelques-unes en or et la majeure partie en bronze.
Des recherches de moindre importance, exécutées en 1878
au couchant de la piscine antique, ont fait reconnaître les
fondations de divers bâtiments, ornés de mosaïques gros-
(1) Chauvet, les Fumades, 2e rapport lu le 18 octobre 1879. Mémoires
et comptes rendus de la Société scientifique et littéraire d’Alais.
(2) Voir p. 219.
(3) Un seau du même genre, composé de onze douves de bois de
sapin maintenues par trois cercles en fer, a cto trouvé en 1906, dans un
puits du plateau d’Alise-Sainte-Rcine, l’ancienne Alesia.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
367
sières, qui formaient peut-être les dépendances de l’ancien
établissement thermal. En outre, les environs sont parsemés
de fragments de poteries et de menus objets antiques, per-
mettant de supposer que le voisinage des eaux avait créé là,
ou tout au moins développé, un centre assez important de
population (1).
Dans la région voisine des Fumades, les sources minérales
d'EuzET semblent avoir été fréquentées depuis une haute
antiquité, et notamment à l’époque romaine. Le territoire de
cette commune était traversé par une voie allant d’Uzès à
A lais. L’occupation romaine a laissé de nombreuses traces
dans le pays et des fragments de poteries anciennes ont été
découverts dans le voisinage même des sources. Il est donc
permis d’espérer, dit M. Chauvet (2), que si jamais des
fouilles ultérieures étaient pratiquées sur remplacement de la
source antique d’Euzet, on pourrait, comme aux Fumades,
y mettre au jour des vestiges importants de l’époque
romaine.
Il en a peut-être été de même à Bagnols-sur-Cèze, dont
Gensanne, dans son Histoire naturelle de la Province de Lan-
guedoc (t. I, p. 155), parlait en ces termes : « On trouve
auprès de Bagnols plusieurs sources bitumineuses dont les
anciens fesoient beaucoup d’usage, surtout pour les maladies
cutanées. On y remarque encore des restes d’anciennes cuves
taillées dans le roc ; ces cuves n’avoient guère que trois pieds
de diamètre et paroissent avoir été destinées à prendre des
bains froids (3). 11 est très vraisemblable que ces bains,
connus sous le nom de Balneola, ont donné leur nom à la
petite ville de Bagnols, qui en est tout auprès. »
(1) Germer-Duband, De l’antiquité des eaux des Fumades. Mémoires de
l’Académie du Gard, 1865-1866.
(2) Les Sources minérales d’Euzet. Mémoires et comptes rendus de la
Société scientifique et littéraire d’Alais, t. XIV.
(3) D’après Allègre (Bagnols en 1787), c’est dans les terrains sablon-
neux de la montagne d’Ancyrc, voisine de Bagnols, que se trouvaient
jadis les bains et eaux chaudes, dont il ne reste plus de traces aujour-
d’hui.
D’après les renseignements que j’ai demandés sur place, il
ne paraît cependant pas qu’il ait été fait à Bagnols aucune
découverte permettant de dater de l’époque gallo-romaine
le plus ancien usage de ces eaux tombées dans l’oubli.
CHAPITRE III
Forez. — Lyonnais. — Yivarais. — Gévaudan..
Saint-Galmier. — La petite ville de Saint-Galmier possède
des sources froides, dont la réputation comme eaux de table
est universelle. Nous ne -reviendrons pas sur la controverse
relative à son identification avec Aquæ Segetœ, discussion qui
n’est pas encore close et dont nous avons indiqué les grandes
lignes dans un chapitre précédent, nous bornant ici à signaler
les vestiges de constructions qui peuvent nous permettre d’af-
firmer que Peau fameuse de la Fonfort servit autrefois à
alimenter les piscines des Ségusiaves.
C’est en 1844 que les anciens thermes de Saint-Galmier,
situés sur la rive droite de la Coise, reparurent au jour pour
la première fois. Le propriétaire du terrain où avaient eu lieu
les fouilles les fit combler à nouveau, mais des renseignements
fournis à Greppo et consignés par lui dans son ouvrage (p. 83
et 84), ainsi que quelques lignes contenues dans un mémoire
de M. Bernard (1) permettaient, à défaut de plan exact, d’en
déterminer d’une façon assez précise les dispositions géné-
rales.
Ces ruines furent déblayées à nouveau au cours de fouilles,
malheureusement incomplètes, pratiquées en 1883. Les résul-
tats de ces recherches ont été exposés avec les plus grands
détails, dans un compte rendu présenté par M. de Boissieu (2)
'
/ »
(1) Mémoires sur les origines du Lyonnais. Mémoires de la Société des
antiquaires, t. XVIII, 1846.
(2) Excursion archéologique de la Société la Diana à Saint-Galmier... le
21 juillet 1898. Compte rendu par M. de Boissieu. Bulletin de la
Diana, t. XII, n° 4, supplément, 1902.
24
370
LA GAULE THERMALE
à la Société la Diana, et publié clans le Bulletin de cette Société,
avec des photogravures (fi g. 45; et un plan d’après lequel a été
dressé le croquis ci-contre (fig. 46). C’est à cette savante étude
que nous empruntons, en les résumant, les renseignements
qui vont suivre.
Bien que les constructions dont on a retrouvé les restes
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
37
aient été renversées presque au ras du sol, on peut cependant
en reconnaître les principales dispositions :
La pièce A du plan devait être le laconicum ou sudatorium ,
étuve sous laquelle régnait un hypocauste dont le foyer se
cune trace d’autre pavement. On a trouvé l’intérieur du foyer
rempli de pierres éboulées et portant les traces du feu. Le
sudatorium devait être chauffé par un tuyau traversant le mur
qui le séparait du foyer, au-dessus duquel, dans l’hémicycle,
se trouvait vraisemblablement le labrum.
La pièce B, caldarium , surélevée, contenait au centre et au
niveau du sol un bassin curviligne en briques, alveus, de
2 m. 65 de long, 1 m. 50 de large et 0 m. 30 de profondeur,
revêtu d’un parement de ciment ou stuc. Un tuyau de plomb
encore en place emmenait l’eau au nord. L’hypocauste régnait
aussi sous cette pièce, qui, comme la première, avait sur ses
parois des tuyaux plats en terre mince, pour la circulation de
l’air chaud et l’évacuation de la fumée.
Fig. 46. — PLAN DES THERMES DE SAINT-GALMIER.
1. 2. 3. 4. Tuyaux en plomb.
5. Tuyau en poterie.
372
LA GAULE THERMALE
La pièce G (peut-être le tepidarium) a .‘1 mètres sur 2 m. 90.
Entièrement revêtue de ciment, elle contenait deux escaliers
de trois marches dans les angles ouest et sud. Une banquette
régnait tout autour et un tuyau de plomb encore en place
assurait l’écoulement de l’eau.
La pièce D semble avoir été le frigidarium. Elle mesure
A m. 10 sur 3 m. 40. Un escalier de trois marches occupe
l’angle sud-est, et une banquette règne sur deux des faces.
Les murailles sont en pierre ; l’escalier et la banquette en bri-
ques: le tout revêtu de ciment à l’intérieur. Un tuyau de plomb
existait également dans cette salle.
Une petite pièce de 3 m. 03 sur 1 m. 58, à côté de la salle D,
servait peut-être d imctorium. Elle était également cimentée et
pourvue d’un tuyau de décharge.
A la suite, toujours au sud-ouest, une grande salle carrée
qui fut peut-être la salle d’attente, Yapodyterium. Un tuyau en
terre cuite traversait le mur extérieur.
L’eau des piscines, emmenée au dehors, tombait dans un
canal de 0 m. 40 de largeur sur 0 m. 35, que l’on a retrouvé
au nord. Un autre canal, dont la fonction n’a pu être précisée,
venait du nord perpendiculairement au mur des bains et y
pénétrait par une ouverture de 0 m. 12 de large sur 0 m. 20
de haut, recouverte d’une dalle de 0 m. 63 de long.
La situation de ces bains, à un point où l’eau minérale
jaillit à la surface du sol, ne permet pas de mettre en doute
son utilisation par les Romains dans leurs thermes. D'autre
part, l’examen des ruines montre que les eaux qui y étaient
amenées étaient chauffées artificiellement, et le chauffage dé-
nature complètement l’eau de Saint-Galmier en lui faisant
perdre son acide carbonique. M. de Boissieu émet à ce propos
l’idée que les Gallo-Romains n’employaient cette eau que pour
les douches, les piscines froides et la boisson, et ne chauffaient
que de l’eau ordinaire puisée à la Goiseou amenée du dehors.
Les thermes de Saint-Galmier étaient d’une construction des
plus simples et l’on n’y rencontre pas trace des décorations
luxueuses si fréquentes dans les autres établissements du
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 373
même genre. On n’a trouvé dans les fouilles ni marbres, ni
objets précieux, et l’on ne peut ici attribuer leur disparition à
un pillage ou une dévastation systématique, car il est très
vraisemblable que la destruction de ces thermes ne fut pas
l’œuvre des Barbares, mais qu’elle est due à une inondation
de la petite rivière de la Coise. Une couche de sable peu pro-
fonde, rencontrée dans les premières fouilles et répandue
presque à fleur de terre au-dessus de toutes les salles, laisse
peu de doute à cet égard.
Moind. — Le bourg de Moind(l), situé, comme nous l’avons
dit, à un kilomètre au sud de Montbrison, possède des eaux
minérales de peu de réputation, et il est probable, comme
nous le verrons tout à l’heure, cpie d’autres sources existaient
encore à l’époque gallo-romaine.
Greppo (op. cit., p. 4 96 et ss.) signale ce point (où il croit
reconnaître la station de Mediolanum figurée sur la carte de
Peutinger, entre Roidumna et Forum Segustavarum, sur la
voie de Clermont à Lyon), comme possédant des ruines ro-
maines considérables, et il ajoute : « Quoique parmi les monu-
ments conservés à Moingt, rien ne paraisse indiquer positive-
ment, comme à Saint-Galmier, les traces d’un établissement
thermal, l’antique existence de Mediolanum, l’importance dont
il parait avoir joui, les restes de l’époque romaine qu’on y
retrouve, et surtout son théâtre, nous autorisent assez à pré-
sumer que les conquérants des Gaules, amateurs si prononcés
de toutes les eaux médicinales, connurent celles-ci et surent
en faire usage. » Les découvertes faites à Moind depuis
l’époque où ces lignes ont été écrites ont changé cette pré-
somption en certitude, et l’utilisation par les Gallo-Romains
des sources de Moind semble établie d’une manière indiscutable.
(1) On trouve quelquefois le nom de ce bourg orthographié Moingt.
Nous empruntons à ce sujet la note suivante au Bulletin de la Diana,
t. II, p. 298 : « Quelques observations sont échangées sur l’orthographe
du nom de Moingt. La forme Moind est la seule rationnelle, la seule
justifiée par l’immense majorité des anciens textes et la forme latine
Modonium. »
374
LA GAULE THERMALE
Les fouilles pratiquées auprès de la chapelle Sainte-Eugénie,
élevée sur des substructions gallo-romaines, ont permis de
reconnaître dans ces ruines les restes d’un établissement
y
thermal. A côté des bases de maçonneries diverses, on reconnut
une aire antique cimentée, qui ne posait pas sur le sol, mais
portait sur des murs, comme un plancher, laissant au-
dessous un vide de 0 m. 35. Ce pavement était le fond d’un
réservoir. Tout l’atteste : les parois des murs, un bourrelet de
ciment les contournant pour boucheries joints du fond et sur-
tout un tuyau de plomb qu’on a trouvé noyé dans la maçon-
nerie.
A 0 m. 50 au-dessous du béton, à un mètre du mur, on a
reconnu, suivant une direction parallèle, un canal plein d’eau,
dont les parois étaient bien cimentées, et que recouvraient des
pierres posées à sec.
Une seconde pièce, à côté, é tait chauffée par un hypocauste.
Des évidements ménagés dans les murs servaient au passage
de tuyaux en terre cuite, incrustés dans les murs, et destinés
à répandre la chaleur dans les pièces et à évacuer la fumée.
A la fin du mémoire auquel nous venons d’emprunter les dé-
tails qui précèdent (1), M. Dulac rappelle qu’un ancien proprié-
taire de Sainte-Eugénie, a trouvé sur le meme emplacement
une pièce d’eau dans laquelle s’ouvrait un canal, une grande
piscine oblongue terminée à une de ses extrémités en arc de
cercle et une fontaine d’eau minérale qui avait été comblée
depuis longtemps. Connue autrefois des habitants sous le nom
de la Grande fontaine romaine , son bassin se composait de cinq
pierres de taille formant caisse.
Cette source était vraisemblablement celle dont, en 1778,
Richard de la Prade parlait en ces termes : « On trouve trois
sources minérales : la première que j’appellerai la Romaine,
parce que les Romains l’avaient entourée d’une petite enceinte
soutenue par plusieurs colonnes qui sont aujourd’hui détruites
par vétusté ; cette enceinte, dont on voit encore quelques ves-
(1) Dulac, Les ruines de Sainte - Eugénie, à Moingt. Annales de la
Société d’ agriculture. .. du département de la Loire, t. XX, 1376.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
375
tiges, est voisine du temple
village de Moind(l). »
dédié à Gérés, situé près
du
Enfin, dans une communication figurant au Bulletin de la
Société la Diana (2), le lieutenant Jannesson signale l’exis-
tence d’un puits dont l’eau est analogue à celle du nouvel éta-
blissement : « Plusieurs témoins dignes de foi affirment qu’au
fond de ce puits ils avaient vu une sorte de siège en marbre.
D’après la description qu’ils en ont faite, il nous a paru cpie
ce serait quelque chose comme la sella balnearis des Romains. »
Les découvertes faites à Moincl ont permis d’établir égale-
ment l’existence, à côté des thermes, cl’une ville considérable,
dont les constructions devaient être luxueuses, si l’on en
juge par les débris de colonnes et les fragments de marbres
du plus beau choix trouvés au cours des fouilles. « Toutes
proportions gardées, dit A. Bernard, Moincl était pour les
Ségusiaves ce qu’était Baïes pour Rome : une ville de plaisir.
C’était le Vichy du temps. »
D'après M. Thiollier (3), des fouilles récentes ont mis au
jour, dans la partie nord-ouest du village, des substructions
considérables, faisant partie d’un même plan d’ensemble, et
appartenant à des édifices publics somptueux. Ces monuments,
précédés pour la plupart de colonnades corinthiennes ou com-
posites, étaient bâtis en petit appareil, avec revêtements en
stuc peint.
Rappelons également cpie Moincl possédait un théâtre dont
nous avons déjà parlé, et dont les agencements intérieurs, en
partie mobiles, étaient disposés de manière à pouvoir être
enlevés à l’époque cle l’année où les thermes cessaient d’être
fréquentés, et qu’on a reconnu les substructions de vastes
bâtiments ayant très probablement servi d’hôtelleries.
Outre cle nombreux fragments d’architecture, enduits peints,
marbres, tuiles, tuyaux cle plomb, etc., et des débris d’ins-
criptions : une portant le mot aqvi, une autre donnant le nom
(1) Analyse des eaux minérales du Forez.
(2) Tonie V, J 889-1890, p. 38 et suiv.
(3) Le Forez pittoresque et monumental, 1889, p. 282.
376
LA GAULE THERMALE
du ilamine Priscus (1), les fouilles de Moind ont fourni une
ample moisson d’objets de toutes sortes : fragments de pote-
ries, débris de statuettes en terre cuite, petites figurines de
bronze, quelques bijoux, et une quantité de monnaies de
bronze, dont la série commençant avec Auguste finit avec le
règne de Gallien.
La ville qui nous occupe fut vraisemblablement l’objet d'une
destruction violente, comme semblent le démontrer de nom-
breuses traces d’incendie, l’enfouissement du trésor monétaire
dont nous avons parlé, contenu dans un vase enfoncé dans un
égout, et la présence, dans les ruines d’un des édifices, d’os-
sements humains qui semblent témoigner d’une mort violente
causée par la destruction de l’édifice lui-même (2j.
D’après le lieutenant Jannesson (3), Moind aurait été détruit
vers l’année 265, lors de l’invasion de Chrocus, qui, après
avoir ravagé les Gaules, s’étendit jusqu’en Espagne. Il est assez
vraisemblable que, dans leur marche vers les Pyrénées, les
bandes barbares suivirent la direction générale de la voie
romaine de Langres, où leur présence fut signalée, en Espa-
gne, par Lugclunum, Aquæ Segetæ, Icidmagus et Tolosa.
Saint- Alban. — A peu de distance de Roanne nous rencon-
trons les eaux froides de Saint- Alban, dont le nom seul est
cité par Greppo (< op . cit., p. 265), à qui l’on avait assuré que
ce lieu était dépourvu des moindres vestiges d’antiquités ro-
maines. Tout au contraire ces sources vont nous offrir, avec la
certitude de leur utilisation parles Gallo-Romains, un ensemble
de travaux de captage et d’aménagement du plus haut in-
térêt (4).
(1) l. prjsco
INI. A VG
S. SEGVSI
(2) Bulletin de la Diana, t. III, 1885-1886.
(3) Bulletin de la Diana, t. V, 1889-1890, p. 228.
(4) Tous les renseignements relatifs à Saint-Alban, ainsi qu'une biblio-
graphie très complète, sont réunis dans une intéressante brochure de
M. Collet, Notice sur les sources minérales de Saint-Alban, 1907.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 377
Le docteur Goin(l), qui écrivait en 1834, constatait que
chaque curage des fontaines amenait des trouvailles de mon-
naies romaines. Il signalait aussi la découverte, lors de la
création d’un nouvel établissement de bains, d’une piscine
recouverte d’un ciment rouge plein de briques pilées (2), dont
la base était bien conservée. Le style des moulures et la dis-
position des angles n’étaient point altérés.
Mais c’est dans un travail du docteur Gay (3), publié en 1859,
que nous trouvons consignés les résultats, d’une réelle impor-
tance, de fouilles faites peu de temps auparavant autour
des fontaines. Je résume ici les parties essentielles de cette
intéressante notice : « A peine à 2 mètres de profondeur s’of-
frit aux regards surpris des ouvriers l’orifice d’un puits carré,
placé à quelques pas des autres sources, et dont pas un des
plus anciens habitants du pays ne soupçonnait l’existence.
« L’ouverture de ce puits étant placée plus bas que celle des
autres, on y arrivait par quatre escaliers en granit. Le puits
était établi tout entier en massif de béton d’une dureté exces-
sive et couronné par des madriers de chêne parfaitement
conservés par les sels de fer que contient l’eau minérale.
« En poursuivant les fouilles, on est arrivé sur une couche
de béton, d’un mètre au moins d’épaisseur, béton formé
d’une pâte de débris de tuiles et de briques noyées dans un
mortier que l’acier a peine à entamer et cpii reliait tous les
puits entre eux. Cette couche a été enlevée, en ménageant
l’entourage du puits, et on s’est trouvé sur une masse d’argile
grise, excessivement plastique, évidemment apportée de loin
et déposée dans l’excavation pour s’opposer aux fuites de gaz
et de l’eau minérale.
« Dans cette argile, on a découvert trois tuyaux de plomb
traversant le béton qui entoure les puits à peu près à leur
tiers inférieur, appuyés dans leur trajet sur d’immenses
(1) Mémoire sur les eaux minérales de Saint-Alban, près Roanne, 1834.
(2) Peladan fils, Guide pittoresque, historique et médical de Saint-Alban
et de ses environs, 4868.
(3) Saint-Alban, 1859.
raie dans une très grande cuvette en plomb, üe celle-ci part
un énorme tube de même métal, conduisant évidemment les
eaux dans la piscine découverte autrefois près de rétablisse-
ment de bains, à cinquante mètres des fontaines.
« Un couloir en maçonnerie, ménagé de telle sorte qu’un
homme pouvait y passer en rampant, et partant des fontaines
jusqu’à la piscine, donnait le moyen de surveiller les conduits
d’eau qui s’y rendaient. »
Quant au mode de construction des puits, on put s’en
rendre compte en 1896, époque à laquelle fut mis à découvert
le fond des quatre puits de Saint-Alban : puits de Faustine,
César, Julia et Àntonin.
Le premier est constitué par un boisage en forts madriers
de bois dur, en forme de carré, dont le côté va en décrois-
sant de 0 m. 78 à 0 m. 45 au fond.
Le puits de César est également boisé en carré, avec côté
décroissant de un mètre à 0 m. 57.
Celui de Julia est tout cimenté en forme de cylindre dont le
rayon va en décroissant de un mètre à 0 m. 55.
Enfin le puits cl’ Antonin est boisé en carré de 0 m. 88 de
côté jusqu’au fond.
Les margelles supérieures sont toutes en ciment, de forme
cylindrique, et ont certainement été faites après coup, dans
l’état où elles sont (1).
Sail-les-Bains. — Nous n’avons pas sur les sources alcalines
et sulfureuses de Sail-les-Bains des données aussi précises,
mais leur utilisation ancienne n’en est pas moins certaine.
Outre la découverte de médailles de Vespasien, Commode et
Caracalla, Greppo signalait déjà, sans donner d’ailleurs de
plus amples détails (op. cit., p. 266), l’existence « d’un antique
établissement thermal dont on avait découvert des vestiges
bien marqués. »
(1) Mémorial de la Loire, 29 mars 1897.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 379
En 1879, des constructions romaines furent découvertes
lors des fouilles et des grands travaux entrepris pour capter
la source nommée depuis source des Romains. D'après l’auteur
auquel nous empruntons ces renseignements (T), les fonda-
dations et des murs en béton, d’une solidité étonnante, allaient
chercher l’origine des sources à vingt-cinq pieds en contre-bas
du sol et sur le roc même; d’énormes blocs de granit, admi-
rablement travaillés, encadraient l’orifice extérieur des
sources.
Sail semble avoir été aux temps anciens une ville d’une
certaine importance, car, à diverses époques, on a découvert
des restes considérables de murs, des pierres taillées, des
fûts de colonnes grossièrement travaillés et des fragments
d’entablements.
Salt-ex-Doxzy. — Sait possède une fontaine minérale, d’une
température de 23 à 24 degrés, connue dans le pays sous le
nom de Gour chaud , qui a été captée dans un puits, sorte de
cuve en bois ayant environ trois mètres de profondeur.
il semble bien que cette source fut utilisée par les Romains.
D’après La Mure, on y voyait au dix-huitième siècle des restes
de thermes romains pour lesquels on avait utilisé une source
chaude.
Un correspondant de Greppo, M. Roux, avait constaté
l'existence, non loin de la source, de ruines d’une enceinte
romaine construite en très petit appareil.
D’énormes tronçons de colonnes de granit ont été trouvés
dans un jardin du village. Tous les doutes seraient levés si
l’on pouvait tenir pour sincère la restitution proposée par
M. d’Assier de Valanches, et rapportée dans un travail de
M. le docteur Rimbaud (2), d’un fragment d’inscription trouvé
à Sait vers 1840, restitution qui donnerait le texte suivant :
« A la divinité d’Auguste (ici le nom du dignitaire romain),
(1) Guide pour Sail-les-Bains, par le chevalier X..., 1880.
(2) Salt-en-Donzy, ses eaux thermales et ses ruines. Annales de la
Société d’agriculture... du département de la Loire, t. XVIII, 1874.
380
LA GAULE THERMALE
très haut censeur général et conservateur, par ses appariteurs,
de la fontaine de Sait, pour le salut des malades. »
Je dois à l'obligeance de M. J. Déchelette la copie de ce
fragment d’inscription, conservé au musée de la Diana, à
Montbrison, où sont lisibles les seules lettres suivantes.:
i
IIS CE
mmvm.i
IABANT.INI
Si c’est bien là le monument interprété par d’Assier de Va-
lanches, il a fallu à ce dernier une singulière dose d’imagina-.
tion pour faire sortir de ce texte mutilé la lecture et l’interpré-
tation cpie nous donnions tout à l’heure. C’est là de la fantaisie
pure et nous sommes loin d’être aussi bien renseignés sur le
personnel administratif qui gravitait, aux temps antiques,
autour de la source minérale de Sait.
Des indices moins précis semblent indiquer que certaines
autres sources de la même région n’étaient pas restées ina-
perçues aux temps gallo-romains. Je me borne, en ce qui les
concerne, à signaler les renseignements très succincts que
j’ai pu trouver relativement à leur état ancien.
A Sail-sous-Couzan, « le docteur de la Roue, un des savants
de l’époque (dix-septième siècle), dont les manuscrits ont
servi à de La Mure, pensait que les eaux avaient été connues
des Romains, mais perdues sous les Goths ou sous les Sarra-
sins, qui avaient fait de grands ravages de ces côtés. Le doc-
teur se fondait sur les nombreuses découvertes de médailles
qu’il avait faites dans les environs. » (A. Bernard.)
A Bully-sur-l’Arbresle, dans le département du Rhône, on
a découvert, à une époque récente, cinquante-trois sources
minérales possédant des propriétés très variées et dont plu-
sieurs ont été livrées à l’exploitation.
« Peut-être faut-il attribuer au bouillonnement de ces
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
381
sources, dont plusieurs sont intermittentes, l’origine du nom
latin de Bully, Bidliacus, qui est donné à cette localité dans
toutes les chartes du moyen âge.
« Mais ce qui ajoute encore à l’intérêt que présente cette
découverte, c’est que les recherches auxquelles s’est livré
M. Guiraux, propriétaire de ces sources, nous ont appris
qu'elles étaient connues déjà à l’époque de la domination ro-
maine. Des restes de deux piscines antiques, un certain
nombre de médailles romaines, retrouvées dans les anciens
bassins, comblés depuis des siècles, ne laissent subsister aucun
doute à cet égard (1).- »
Enfin, à propos d’un autre Bully, situé dans le département
de la Loire, l’abbé Prajoux écrit (2) : « Le nom de Bully, dont
l’antiquité se perd dans la nuit des temps, parait venir de
bulliens, qui signifie eau agitée, qui sort de terre en bouillon-
nant. Cette étymologie paraît assez probable si l’on considère
qu'à Bully-sur-Loire, comme dans presque toutes les localités
qui portent ce nom, on trouve des eaux gazeuses déjà connues
et exploitées du temps des Romains. »
La contrée volcanique du Vivarais, singulièrement riche en
sources minérales, n’est pas restée ignorée des Romains, qui
ont laissé sur plusieurs points des traces de l’emploi qu’ils
avaient fait des eaux froides et chaudes de cette région.
Desaignes. — Cette petite ville possède plusieurs sources
froides, très riches en acide carbonique, et dont une au moins,
à laquelle on donne le nom de Faustine, était utilisée an-
ciennement. Ces sources, situées à côté de la rivière du Doux,
avaient été recouvertes et étaient restées ignorées pendant
plusieurs siècles. Ce fut une inondation du Doux qui, en
1827, mit une source à découvert en enlevant une épaisse
couche de terre végétale plantée d’énormes noyers, dont un
se trouvait à peu près sur la source même. Deux ans après, à
(1) A. Vachez, Bully-sur-V Arbresle (Rhône) et ses environs, 1884.
(2) Notes et documents sur Bully, 1896.
382
LA GAULE THERMALE
la suite de certaines observations qui tendaient à indiquer que
Peau qui s’était ainsi fait jour avait des caractères différents
de Peau ordinaire, « on creusa et on trouva un bassin carré
de trois mètres de diamètre et d’un mètre et demi de profon-
deur, dont le fond et la partie inférieure des côtés du midi, de
l’ouest et du nord sont formés par un rocher de granit et de
larges tuiles sarrasines. La partie inférieure de la paroi du
midi est formée par un rocher de granit, lequel est traversé
par une fissure oblique de laquelle jaillit Peau minérale (1). »
Lors de la découverte de la source, dit M. Mazon (2), en
voulant dégager cette fissure avec des lames de couteau, on en
fit sortir un assez grand nombre de médailles romaines dont
la plus ancienne remonte au règne de Constantin. Une pierre
blanche de nature calcaire, scellée dans la chaux vive à une
des parois du bassin, fait saillie et paraissait évidemment
placée pour recevoir les coupes des buveurs. D’après d’autres
témoignages, on trouva près des sources des ex-voto de tout
genre et des médailles et monnaies de tous les empereurs
romains , depuis Auguste jusqu’aux successeurs de Cons-
tantin .
Desaignes était situé sur l’ancienne voie de Tournon au
Puy, par la vallée du Doux, Saint-Agrève et le Pont-de-Mars .
Rappelons qu’en dehors des découvertes dont nous venons de
signaler l’existence, les restes d’un temple dont nous avons
déjà parlé établissent d’une façon incontestable l’importance
de cette localité à l’époque romaine.
Saint-Laurent. — Le bourg de Saint-Laurent-les-Bains, situé
au fond d’un ravin qui aboutit à la rivière de Borne, affluent
du Clmssezac, possède des eaux thermales dont la température
est de 52 à 53 degrés, employées avec succès dans les cas de
rhumatismes et d’ulcères ou d'engorgements provenant d an-
ciennes plaies. Situées sur le passage d’une ancienne voie
(1) Extrait du rapport d’une commission chargée , en 1831, de procéder
à l’examen des eaux.
(2) Notice historique sur Desaignes, 1903.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
383
romaine qui suivait à peu près la direction de la route actuelle
des Vans à Saint-Etienne-de-Lugdarès, ces eaux furent certai-
nement utilisées à l'époque gallo-romaine.
De nombreuses médailles romaines y ont été découvertes,
ainsi que des fragments de tuyaux de plomb, une piscine qui
se trouve à l’établissement Bardin et une maçonnerie en
briques et ciment, d’origine gallo-romaine, qu’on peut voir
encore au point d’émergence de la source dite de la Saigne,
destinée plus particulièrement autrefois à l’usage des pauvres,
d’où le nom de Bain des Pauvres qu’on lui donne encore (1).
Neyrac. — A Neyrac-les-Bains, près de Thueyts, où sont
exploitées six sources minérales, des fouilles, entreprises en
1852, ont fait reconnaître, au-dessous d’une maçonnerie du
moyen âge en gros cailloux dégrossis et séparée par des ves-
tiges d’incendie, une piscine gallo-romaine, construite en
opus reticulatum, dont les murs avaient sept mètres de lon-
gueur. Un dépôt de travertin formé par les eaux minérales en
indiquait clairement la destination. Ces mêmes fouilles ont
mis à jour des fragments de poteries avec figures et des mé-
dailles d’Antonin le Pieux, Adrien et Gordien III.
Ces eaux furent l’objet d’une survivance remarquable au
moyen âge. Elles passaient pour guérir la lèpre, et on y voit
encore les restes d’une piscine dite des Lépreux ou des Croisés,
construite en gros blocs de granit, où les personnes atteintes
de l’horrible mal venaient se baigner en commun, assises sur
des bancs de châtaignier faisant corps avec la maçonnerie et
parfaitement conservés. Non loin de là se trouvait une lépro-
serie fortifiée dont une tour, un passage couvert et une enceinte
fortifiée garnie de meurtrières existaient encore en 1868.
Une étymologie, peut-être hasardée, fait dériver le nom de
Neyrac du mot cic, eau, àqua , et de l’adjectif Nereia, dérivé du
nom du dieu des eaux Nérée. En laissant de côté cette fan-
taisie linguistique, les vestiges que nous venons de signaler
(1) Silvius (A. Mazon), Notice historique sur Saint-Laurcnt-les-Bains,
1902.
38 4
LA GAULE THERMALE
ne permettent pas de douter que les sources en question ne
doivent rentrer parmi celles dont l’ utilisation par les Gallo-
Romains se présente avec le plus de certitude (1 ).
M. de Saint- Andéol (2) signale un établissement probable,
qui aurait existé au lieu dit Mercoiras, sur le ruisseau de
Rimercuer (Rimes Mercurii?), affluent de l’Ibio, rivière qui se
jette elle-même dans l’Ardèche, au-dessous de Vallon.
« A un kilomètre environ (de Saint-Maurice d’Ibie) existait
un établissement sanitaire sur les bords d’une source miné-
rale ferrugineuse qui, perdue en partie, colore encore la berge
droite du ruisseau qui traverse ces lieux sous le nom de
Rimercuer. Ce lieu s’appelle Mercoiras. Non loin de là se
trouve le hameau des Ilermessènes, dont le nom indique aussi
que ces lieux et ces eaux étaient dédiés au dieu de la Santé<
à Mercure Hermès...
« La source de Mercoiras, enfoncée sous les alluvions, ne se
laisse plus soupçonner que par les dépôts ferrugineux dont elle
colore les bords du ruisseau de Rimercuer ; mais les ruines,
monnaies, marbres, béton, meules, etc., et le voisinage du
hameau des Ilermessènes, rappellent assez et son usage et son
antiquité. »
D’après l’auteur de cette communication, Mercoiras aurait
été situé sur une voie allant directement d ’Alba Augusta
Helviorum (Aps) à Nîmes.
Bàgnols. — Dans l’ancien pays des Gabales, devenu ensuite
la province du Gévaudan, les eaux sulfureuses de Bagnols
ont conservé de nombreuses traces du séjour des Romains,
qui en apprécièrent certainement les hautes qualités ther-
(1) Docteur Fuancus, Voyage aux pays volcaniques du Vivarais, 1878.
Ancienne station thermale et historique de Neyrac-les-Bains, 1883. —
Docteur Monix, Notice historique et thérapeutique sur les eaux minérales
et thermales de Neyrac, 1868.
(2) Aperçu géographique sur le Pays des Helviens, depuis la conquête
romaine jusqu’au huitième siècle. Lecture faite à l'Académie delphinale
dans la séance du 2o mai 1860, par M. de Saint-Andéol. Bulletin de
l’Académie delphinale, 2° série, t. I, p. 642.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
385
males. Jean Banc signalait déjà « en Guiaudan, non guieres
loing de Mandes, des bains naturels de structure assez vieille
et bien commode », et le docteur Baldit, qui écrivait en
1651 (1), remarquait l’analogie des dispositions de ces bains
avec celle des thermes romains : « Au bas du village de
Bagnols sont situés ces bains regardant le soleil levant, les-
quels semblent presque me représenter une idée et proportion
des quatre parties des bains des anciens Romains, si nous en
exceptons la partie frigidaire. »
En 1764, Bonnel de Labrageresse, au cours de recherches
entreprises dans le but de rendre plus pratique l’exploitation
des eaux, parvint à leur point d’émergence. Dans un Mémoire
sur les eaux de Bagnols, publié à Mende en 1774, son fils ra-
conte ainsi cette découverte : « Un éboulement considérable
de terrain avait écrasé les arceaux et les voûtes pratiqués an-
ciennement à la première source des eaux; on y trouva une
source abondante, de plus de trois pouces de diamètre, qui
sortait au milieu cl’un grand carré de quatre toises, dont trois
faces étaient creusées dans le roc; .c’était sous une coupole
octogone bâtie de pierres énormes, et placée au milieu de ce
carré, que se trouve la source dont l’ouverture était garnie
d’un tuyau de plomb où l'on voyait encore les restes d’une
soupape de meme métal. Le pavé, soit de la coupole, soit du
reste du carré, était d’un mastic qui avait deux pieds d’épais-
seur, et qui était si ferme que les marteaux les plus durs
ne pouvaient y avoir aucune prise. Ce grand carré, creusé à
trois faces dans le roc, avait la quatrième bâtie en maçon-
nerie; celle-ci séparait ce premier carré d’une voûte longue,
au milieu de laquelle était placé un aqueduc en pierre qui
conduit l’eau minérale dans une auge située derrière la mu-
raille qui sépare cette voûte des étuves. »
Pour notre auteur, ces constructions, ainsi que « différentes
voûtes où coulaient les eaux pour être disposées relativement
aux usages où on les destinait, étaient indubitablement des
ouvrages des Romains. »
(1) Hydrolhermopolie des Nymphes (le Bagnols , en Gévaudan. Lyon, 1651.
25
386
LA GAULE THERMALE
En 1826, d’après Borelli de Serres (1), l’établissement pri-
mitif, ou du moins ce qui restait de celui des Romains connu
à cette époque, se composait de six salles, dont deux destinées
aux bains de piscine, deux aux étuves sèches et deux aux
douches. Les salles étaient construites en sous-sol, privées
d’air et de jour extérieur sous leurs voûtes surbaissées, et
les entrées étaient si basses qu’il fallait se plier en deux
pour passer de l’une dans l’autre.
D’autres découvertes sont venues confirmer l’attribution de
ces travaux aux occupants romains, et étendre singulièrement,
semble-t-il, l’importance des ouvrages antiques, dont je n’ai
pu trouver cependant de plan d’ensemble. C’est ainsi que,
d’après L. Chevalier (2) et Borelli de Serres (op. cit.), on
trouva, lors de la confection de la route et au cours de tra-
vaux souterrains dans le voisinage de la source romaine, une
quantité de briques romaines, des chapiteaux corinthiens, des
vases, des médailles, un béton romain de la plus grande
beauté et d’une conservation parfaite, ainsi que des vestiges
d’anciennes piscines qui s’étendaient bien au delà du périmètre
des bains actuels.
Peut-être aussi peut-on rattacher dans une certaine mesure
aux cités thermales l’ancienne ville principale du pays des
Gabales, dont les ruines considérables jonchent le sol autour
du village de Javols, et où quelques érudits (3) ont placé
Y Anderitum de la Table de Peutinger.
L’existence d’une cité considérable sur ce point a été dé-
montrée par la découverte d’importants vestiges de construc-
tions, d’une colonne dédiée à Postumus par la cité des
Gabales et d’une quantité considérable de débris et d’objets
mobiliers de toute sorte, mis au jour au cours de fouilles
exécutées à plusieurs reprises dans le courant du siècle der-
(1) Nouveau guide des malades et des touristes aux bains de Bagnols,
1866.
(2) Recherches sur les eaux thermales de Bagnols, 1840.
(3) Ignon, Notice sur les monuments antiques et du moyen âge du dépar-
tement de la Lozère. — André, Des voies romaines dans le Gévaudan.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
387
nier. Parmi les édifices exhumés, il en est un qui était très
*
vraisemblablement destiné à des bains, et dont la disposition
particulière semblerait plutôt convenir à un établissement
médical qu'à des thermes ordinaires. Les fouilles, ont permis
de reconnaître une série de quatorze chambres rectangulaires,
au-dessous desquelles régnait un aqueduc de décharge et dans
lesquelles on a recueilli « de magnifiques tuyaux de plomb
qui devaient, à un niveau supérieur, amener dans les appar-
tements et dans les baignoires une eau que P aqueduc
souterrain devait porter à la rivière, après qu’on en avait fait
usage (1). »
J'ai cru devoir signaler ces restes parce que l’ancien Manuel
des eaux minérales , de Pâtissier parle de Javols comme possé-
dant des eaux minérales, peu connues d’ailleurs, et que
Greppo (op. cit., p. 271) donne également quelques indications
sur cette ville. D’après le Guide Joanne, ce village exploite-
rait encore des sources d’eau thermale; mais je n’ai pu avoir
aucun renseignement sur les conditions actuelles de cette ex-
ploitation.
(1) De More, Rapport sur les antiquités gallo-romaines de l’ancienne
province de Gévaudan. Congrès archéologique de France, XXIVe ses-
sion, 1837.
CHAPITRE IV
Auvergne.
Royat. — Les Romains établirent près de Royat un des
établissements thermaux les plus vastes et les plus somptueux
qui aient été élevés dans les Gaules, et dont la majeure partie a
revu le jour à la suite de fouilles successives opérées au cours du
dix-neuvième siècle. La prospérité de l’Arvernie fut grande à
l’époque gallo-romaine, et ces thermes, dont nous ignorons le
nom ancien, voisins de la cité florissante d ’Augusto Nemetum ,
à portée des nombreuses voies qui rayonnaient autour de cette,
ville, durent recevoir, à côté des légionnaires qui venaient, s’y
reposer de leurs fatigues, les riches colons dont les villas
parsemaient la vallée de l’Ailier et la plaine de Limagnc.
Rien que ruinés de fond en comble par une succession de
catastrophes, les thermes de Royat offraient encore quelques
vestiges apparents au dix-septième siècle, puisque Jean Banc
en pouvait dire : « Après les bains de Bourbon-Lancy, je ne
trouve point de marques si entières de la vieille architecture
des anciens que ceux de Saint-Marc, près Chamalières. Et
combien que les ruynes obscurcissent quelque chose de cette
vérité, si est-ce que qui voudra de bien près envisager cette
œuvre, jugera bien qu’il appartenoit qu’aux Romains d'im-
mortaliser leur mémoire par l’architecture tant forte et bien
cimentée. »
Les travaux successifs opérés dans la vallée, au fur et à
mesure de l’extension prise par la nouvelle exploitation des
eaux thermales, et les découvertes qui en furent la suite,
ont été relatés dans plusieurs ouvrages et mémoires (1), dont
(1) Docteur Fredet, Note sur les thermes romains de Roi/at, 1 S83 . —
A,
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
389
je vais résumer aussi brièvement que possible les données
essentielles.
En 18:22, découverte dans les caves d'un moulin d’un puits
carré d'origine romaine, dans lequel bouillonnait la source
froide à laquelle on donna le nom de César. En 1843, les
travaux de recherches des sources chaudes font découvrir une
piscine carrée de quatre mètres de côté, divisée en deux com-
partiments, et une autre enceinte carrée de 4 ni. 50 de côté, dans
le milieu de laquelle était inscrit un bassin hexagone de pierre
degrés formant banc et gradin. Cette dernière piscine commu-
niquait par un aqueduc avec une chambre voûtée encombrée
de terre et de travertins, et, plus loin, on décombra des bétons
romains de trente centimètres d’épaisseur, dans lesquels
étaient enclavés des tuyaux de conduite d’eau minérale, un
mur en pierres de grand appareil et de nombreux fragments
de sculptures.
En 1852 et 1853, lors de la construction de l’établissement
moderne et du captage de la source Eugénie, on reconnut de
nombreux débris, des traces de substructions et une quantité
de bétons romains.
En 1870, « en déblayant la source Saint-Mart qui coulait
improductive dans le ruisseau, on rencontra un curieux puits
carré, formé de madriers de sapin de 1 m. 20 de longueur. De
‘Chaque côté, les madriers superposés s’enchevêtraient au
moyen de baguettes et de rainures alternées ; les bouts munis
successivement de tenons et de mortaises assuraient l’immo-
bilité de la charpente et prévenaient toute fuite et tout mélange
d’eau étrangère. Au-dessous de cet ensemble et à six mètres
de profondeur totale, on découvrit un épais tuyau de plomb
de 0 m. 15 de diamètre, dimension prodigieuse pour une
conduite thermale (1). »
A la môme époque, et non loin de là, on découvrit une
■Docteur Petit, Recherches sur la découverte à Royat des substructions
d’un établissement thermal gallo-romain, 1884. — A. Tardieu, Histoire
• illustrée du bourg de Royat en Auvergne, 1932.
(1) Docteur Petit, op. cil., p. 5.
390
LA GAULE THERMALE
pièce rectangulaire en sous-sol, large de dix mètres et longue
de quinze, recouverte par une voûte plate de plus d’un mètre
et dans laquelle surgissait le griffon de la source Saint-Victor.
En 1878, les fouilles nécessitées par la fondation des piles
d'un viaduc firent rencontrer des ouvrages maçonnés et de
grandes quantités de marbres et de fragments de tuiles.
En 1879, on mit à découvert un aqueduc romain, rempli de
travertins calcaires déposés par l’eau minérale, et qui était
constitué en haut par une brique en forme de voûte appuyée
latéralement sur des murettes en ciment très fin, le tout
englobé dans un mortier formé de ciment, de chaux et de
petits morceaux de briques.
Jusque-là, le hasard des fouilles n’avait amené la découverte
que de fragments de constructions isolées, sans lien certain
entre elles; mais, en 1882, des travaux exécutés pour l’amé-
nagement des nouveaux jardins, au-dessus de la source
Saint- Victor, firent reconnaître les substructions grandioses
d’un vaste établissement thermal, dont le déblaiement, aussitôt
entrepris, ne fut peut-être pas très heureusement conduit.
L’ensemble des édifices décombrés présente trois piscines
rectangulaires et de même niveau, qui se suivent, et, parallè-
lement à elles, un certain nombre de pièces, dont quelques-
unes sont chauffées par des hypocaustes (fig. 47).
La première de ces piscines (A) a 10 mètres de long sur
7 m. 55 de large. Elle est munie tout autour de deux gradins,
et présente sur son côté occidental une retraite en hémicycle.
Le sol, les gradins et les cabinets qui l’environnent sont en
marbre blanc, encore intact en certaines parties. L'absence de
tout dépôt minéral sur les parois indique qu'elle ne devait
recevoir que de l’eau froide. La seconde piscine (B) a 6 m. 50
de large sur 10 m. 50 de long ; elle n’est pas entourée de gradins,
et présente seulement trois degrés au couchant pour permettre
d'y descendre (fig. 48). La troisième piscine a 16 mètres de
long sur 8 mètres de large. Elle a deux gradins sur tout son
pourtour, et deux retraites en hémicycle, surmontées d un
couronnement de marbre, par où l'eau minérale venait se
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 393
déverser en petite cascade. Ces deux dernières piscines étaient,
en elTet, alimentées par l’eau thermale, dont les dépôts sont
encore visibles sur les parois et sur le sol composé d’un
ciment épais, présentant les trois couches distinctes recom-
mandées par Vitruve pour la construction des citernes ou
réservoirs, dont l’étanchéité devait être absolue. Des portes
de 1 m. 50 de large, à montants de marbre blanc, facilitaient
394
LA GAULE THERMALE
la communication entre ces diverses pièces, autour desquelles
on voit encore des divisions qui devaient former autrefois
des cabinets de bains séparés ou des cases permettant aux
baigneurs de déposer leurs vêtements. Des canaux servant à
amener l’eau minérale couraient le long des piscines et traver-
saient les murs sous des petites arcades très bien conservées;
au sortir des piscines, l’eau se déversait dans des cloaques,
et de là directement dans le ruisseau.
Parallèlement aux piscines, dont elles sont séparées par un
mur épais, se trouvent plusieurs chambres, de dimensions
différentes, communiquant entre elles par des portes de 1 m. 25
de large ; quatre d’entre elles (D, E, F, G) sont chauffées par
des hypocaustes, dont on a pu reconnaître la disposition
tout à fait conforme aux règles habituelles : sur un béton
compact est disposée une première assise de très épaisses
et larges briques, sur lesquelles s’élèvent, à 0 m. 50 les unes
des autres et à un mètre environ de hauteur, des colonnettes,
formées de briques carrées. Au-dessus des colonnettes, d’autres
briques semblables à celles de la première assise forment une
plateforme sur laquelle a été coulé un épais ciment qui forme
le sol. Les tuyaux de circulation sont en briques creuses, avec
ouvertures latérales. Les ouvertures des fourneaux étaient
disposées dans la petite cour IL
Tous ces bâtiments thermaux semblent avoir été décorés
avec le plus grand luxe. Des échantillons des marbres blancs
et de couleurs qui tapissaient les murs ont été retrouvés en
quantité considérable dans les décombres. Les voûtes en maçon-
nerie qui recouvraient les diverses pièces, et dont on a ren-
contré des blocs énormes en déblayant les piscines, étaient
ornées de mosaïques formées de petits parallélogrammes en
lave d’un grain compact, très noir et très fin et de carrés de
verre de différentes couleurs, d’un centimètre cube, dont il a
été enlevé de pleins tombereaux, lors des travaux de déblaie-
ment.
Enfin, en dehors des débris de matériaux, de nombreux
objets ont été découverts dans les ruines des thermes et aux
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 395
alentours : vases et fragments de vases en terre rouge et
grise, verrerie, objets divers en bronze, fragments de statues
et de bas-reliefs, qui ont trouvé placé au musée de Clermont,
à rétablissement thermal de Royat et dans des collections
particulières. Parmi les objets qui figurent au musée de Cler-
mont, une mention particulière est due à un pied de bronze
doré, de 38 centimètres de long (ce qui représente une statue
de trois mètres de hauteur), qui fut trouvé en 1877, sur
l’emplacement du Grand-Hôtel. Un trou perpendiculaire dans
le talon fait supposer que l’effigie était assujettie debout sur
son socle. M. Héron de Villefosse (1) a émis la pensée que
ce débris appartenait à une des principales statues qui ornaient
le temple du Mercure Arverne, au sommet du Puy-de-Dôme, et
qu’il avait été pieusement conservé par quelque dévot, qui
serait parvenu à le sauver lors de la dévastation du temple par
les sauvages soldats de Chrocus.
Comme on le voit par ce rapide exposé, dans le charmant
vallon de la Tiretaine, où s’élèvent les somptueuses construc-
tions du Royat moderne, les Gallo-Romains avaient édifié un
établissement, qui dut compter parmi les plus importants des
Gaules. Les différents captages et fragments d’édifices reconnus
avant les découvertes de 1882 devaient évidemment se ratta-
cher à un vaste ensemble, dont certaines parties, demeurées
en dehors des fouilles de cette époque, ont été reconnues
depuis lors. C’est ainsi que le docteur Fredet signale ( op . cit.,
p. 3, en note) la mise au jour d’une nouvelle piscine à gra-
dins dans la partie sud-ouest des thermes. Le docteur Petit
(op. cit., p. 13), après avoir mentionné la découverte, dans
cette même partie, de plusieurs salles, de petites cours, d’un
escalier, de latrines et d’un cloaque très bien conservé, ajoutait
(p. 15) : « Un examen, meme superficiel, démontre que toutes
les substructions découvertes à Royat faisaient partie d’un
édifice extrêmement vaste qui embrassait dans son ensemble
une grande étendue du parc et de l’établissement actuel ; tout
(I) Bulletin de la Société des antiquaires, 1879, p. 287.
396
LA GAULE THERMALE
indique môme que les thermes s’étendaient très au loin dans
la. propriété, lourand, où il serait à désirer que les recherches
lussent continuées ou tout au moins enregistrées avec le plus
grand soin. Ainsi, nous avons vu déblayer l'an dernier, de
l’autre côté du viaduc du chemin de fer, la suite des substruc-
tions romaines, mais, malheureusement, les fouilles n’ont
pas été suivies, ni les plans relevés. »
1 ne partie des substructions retrouvées en 1882 a été
conservée et a meme été l’objet de restaurations qui ne sem-
blent pas sans mérite; mais il est profondément regrettable
.qu’on n’ait pu continuer d’une façon méthodique et scientifique
l’exploration et l’exhumation de toutes les constructions
annexes dont l’existence parait certaine, ce qui nous aurait
donné le rare spectacle de l’ensemble complet d’un imposant
établissement thermal au deuxième siècle de notre ère.
Saint-Nectaire. — « Gomme toute station auvergnate qui se
respecte, dit le docteur Roux (1), Saint-Nectaire se réclame
d'une origine romaine; des fouilles faites au commencement
du siècle ont fait découvrir des vestiges de construction et
des débris de piscines qui permettraient peut-être d'affirmer
cette prétention. »
Ces découvertes, dont l’auteur fut l’architecte Ledru, con-
sistèrent dans la mise au jour, près d’une ancienne voie
romaine, de restes d’une ancienne construction, de laquelle
on a retiré des tuiles d’origine romaine et des fragments de
vases antiques, et dans la trouvaille des vestiges d'un établis-
sement romain, au-dessous de l’établissement Mandon.
En 1824 ou 1825, on trouva dans des grottes taillées dans
la roche du Mont-Cornador des sortes d'auges en béton, dont
MM. Lavort, Lecoq et Bertrand ont donné, en 1828, la descrip-
tion suivante (2) : « Les fouilles ont mis à nu une quarantaine
d’auges en maçonnerie bâties sur un plan incliné, les unes
(1) Saint-Nectaire. Notes historiques.
(2) Docteur Nivet, Dictionnaire des eaux minérales du Puy-de-Dôme.
Annales scientifiques , littéraires et industrielles de l’Auvergne, t. XVIII,
1845.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
39T
circulaires, les autres rectangulaires. Les premières, plus
nombreuses, ont la forme d'un chaudron. Leur profondeur est
d’un mètre, leur largeur de 12 décimètres. Les secondes sont
moins profondes, leur longueur est de 9 à 13 décimètres? et
leur largeur de 3 à 8. Elles ressemblent à des baignoires.
« Ces auges sont rangées six par six, et présentent des
compartiments symétriques entre lesquels on peut circuler.
Chaque compartiment résulte de l’assemblage de quatre auges
rondes et de deux auges rectangulaires. Toutes sont revêtues
à l’intérieur d’une couche épaisse de ciment rougeâtre. » Il
ne reste actuellement de tout cet ensemble que deux anges
circulaires, dont les revêtements intérieur et extérieur ont
disparu sous les couches de sédiment déposées par les eaux
Ces cuves furent-elles employées dans l’antiquité comme
baignoires? Eurent-elles, au contraire, une autre origine et
une autre destination, et ne doit-on voir dans les grottes du
Mont-Cornador, comme on l’à prétendu, qu’un établissement
de teinture? La réponse à cette question est encore douteuse
et je crois qu’il n’a été fait dans les grottes aucune découverte
permettant de fonder à cet égard une hypothèse quelconque
sur des données précises. Cependant la présence dans les
grottes mêmes de sources minérales permet de supposer que
ces cuves étaient destinées à certains usages de balnéation
thermale.
Moxt-Dore. — Nous ne reviendrons pas sur les diverses
identifications qui ont été proposées de cette station avec des
lieux portant des dénominations anciennes, et, comme nous
l’avons déjà dit, nous n’y chercherons ni les Aquæ Calidæ de
la Table, ni les Calentes Baïæ de Sidoine Apollinaire. Son loin-
tain passé n’a, d’ailleurs, pas besoin d’être prouvé par une
dénomination antique, et les ruines considérables, exhumées
à diverses reprises, suffisent à nous démontrer la présence sur
ce point de constructions thermales d’une vaste envergure,
indiquant même une utilisation des sources bien antérieure à
l’époque romaine.
398
LA GAULE THERMALE
Depuis longtemps ces vestiges avaient attiré l’attention de
certains esprits curieux. Dès le commencement du dix-septième
siècle, un antiquaire de Riom, Louis Chaduc, venu au Mont-
Dore en 1610, en avait rapporté une série de dessins repré-
sentant la grotte dite de César, des fragments de marbre
sculptés et des tronçons de colonnes épars sur plusieurs points
du village.
Un petit ouvrage publié à Tulle, en 1616 (1), décrit « ce
vallon auquel se découvrent plusieurs sources d’eau qui ont
été adjancées pour se baigner, comme je crois, bien qu’à pré-
sent défrichées, depuis le temps que les Romains, sous l’em-
pire des Césars, subjuguèrent les Gaulois, ainsi que les mé-
dailles qu’on a rencontrées en plusieurs endroits et les pierres
tout entières cà et là éparses du vieux panthéon en témoignent
assez. »
Jean Ranc s’étonnait de trouver la trace des conquérants de
la Gaule « en si rude, desplaisant' et fâcheux païs » ; et il ajou-
tait : « C’est merveille de la curiosité de l’antiquité romaine
en la recherche des sources chaudes naturelles pour se bai-
gner.... Les pierres tout entières de leur panthéon sont
esparses çà et là; le vieil lavoir de leurs anciens bains y pa-
roist encores, les médailles de leur antiquité s’y rencontrent en
plusieurs lieux. » Ces découvertes de médailles devaient être
fréquentes, si l’on en croit le docteur Chomel, qui rapporte
que, lors de travaux exécutés à l’établissement en 1707, on en
trouva en si grande quantité que « les particuliers en remplis-
saient plein leur chapeau ».
En 1748, Dufraisse de Vernines avait publié une brochure
intitulée : Dissertation sur les anciens monuments qui se trouvent à
Bains , village du Mont d’Or, en Auvergne, et, à la lin du dix-
huitième siècle, Pasumot les signalait également dans sa Des-
cription de quelques monuments antiques qui existaient aux Bains
du Mont d'Or. Mais ce fut surtout au cours des fouilles exécu-
(1) L’Entelechie des eaux chaudes du bourg de Bain , près du Mont-d'Or...,
par J. Mante, docteur en médecine. Publié dans le t. XXIX des Mémoires
de l’Académie des sciences, belles-lellres et arts de Clermont-Ferrand, 1887.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 399
tées à plusieurs reprises pendant le dix-neuvième siècle, et
dont les premières furent étudiées avec le plus grand soin par
le médecin inspecteur des eaux, Michel Bertrand, qu’on mit
au jour la plus grande partie de l’établissement romain et
qu’on put en reconnaître les dispositions.
On connaissait déjà la source du Bain de César, renfermée
dans un petit bâtiment de forme antique, encore à peu près
intact avec son frontispice et sa vasque circulaire, et qui était
situé en dehors de l’établissement principal des Gallo-
Fig. 49. — LA SOURCE DE CÉSAR, AU MONT-DORE.
Bomains (fig. 49). Vers 1817, en creusant les fondations de
l’établissement thermal, on reconnut successivement : une
piscine de 3 m. 50 de longueur sur 3 m. 38 de large etOm. 60 de
profondeur ; des murs formant une enceinte carrée, fermée de
trois côtés; une grande salle, dallée de pierres de taille, à
pavé incliné vers le centre, bordée de deux rangs de pierre
en gradins, avec trois escaliers pour y descendre; une galerie
avec deux pièces, jointes par un aqueduc, dont l’une était
chauffée par un hypocauste. Des amorces de canaux s’enfon-
çant sous des maisons voisines furent aussi reconnus, ainsi
400
LA GAULE THERMALE
que tout un réseau de conduits de plomb qui serpentaient à
travers les ruines (1).
En 1823, en enlevant une masse rocheuse provenant d’un
dépôt formé par les eaux, on exhuma la piscine en madriers
de sapin dont nous avons déjà parlé, et qui, par la place
meme qu’elle occupait sous ce dépôt de lente formation, im-
plique la certitude d’une utilisation des sources bien anté-
rieure à l’occupation romaine.
En 1824, les restes du Panthéon : soubassement du por-
tique, escalier de cinq marches, tronçons de colonnes, hases
des murs de la cella, fragments de l’entablement, etc., furent
découverts sous des maisons particulières que l’on venait de
démolir (2). Lorsque Michel Bertrand écrivait sa brochure,
en 1844, on avait déjà reconnu un réservoir ayant contenu
des eaux froides, certaines parties des bains de vapeur, cinq
grandes piscines à degrés étagés, des fragments de mosaïques,
et, un peu partout, des restes de constructions diverses por-
tant la marque certaine de la main-d’œuvre romaine.
En 1805, M. Agis Ledru, chargé de rechercher certaines
sources minérales, reprit des fouilles qui avaient été arrêtées
sur une ligne qui coupait obliquement une grande piscine
décorée de niches et de pilastres. Les nouveaux travaux entre-
pris alors dégagèrent le reste de la piscine, ainsi que les
escaliers qui y descendaient et une galerie transversale qui
la limitait du côté sud. Ils permirent également de reconnaître,
dans une partie absolument ignorée, des substructions diverses
et deux salles dont M. Ledru donne une description complète.
La première, de 3 m. 80 de long, sur 3 m. 43 de large, avait
pour sol deux rangs de briques assises sur du béton. « L’extré-
mité ouest était occupée par une grande baignoire de 2 m. 73
de longueur, lm.38 de largeur et 1 m. 55 de profondeur. Elle
pénétrait dans le sol de 0m. 62. Les parois verticales de cette
(1) Michel Bertrand, Mémoires sur l’établissement thermal du Mont-Dore
et les antiquités que l’on vient d’n découvrir, 1819.
(2) Michel Bertrand, Notes sur des antiquités découvertes au Mont-
d’Or, 1844.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
404
baignoire étaient en briques; elles avaient été • revêtues de
stuc vert, dont quelques parties seulement ont été retrouvées
au moment de la découverte. Le fond était composé de dalles
de marbre blanc (1). »
Le plancher de briques delà seconde salle, de 6 m. 40 de long'
Fig. 50. — PLAN DES THERMES GALLO-ROMAINS
DU MONT-DORE.
Ar Temple dit Panthéon.
B. Etablissement thermal.
sur 3 m. 65 de largeur, reposait sur des piliers d’hypocauste et
les parties des murs encore debout présentaient des ouver-
tures communiquant avec des cheminées verticales en briques.
Enfin, une nouvelle piscine bien conservée, avec deux esca-
liers pour y descendre, fut découverte en 1876 ou 1877, lors
(1) Agis Ledru, Note sur la mise an jour d’une grande partie de l’éta-
blissement thermal romain du Mont-Dore. Mémoires de l'Académie des
sciences, etc., de Clermont-Ferrand; nouvelle série, t. X, 1868.
402
LA GAULE THERMALE
de travaux ex-écutés sous la direction de M. Ledru, au point
où est aujourd’hui la galerie Pasteur.
En somme, ces découvertes successives ont permis de
reconnaître que cinq au moins des puits de captage des
sources sont d’origine romaine (1); que des eaux froides étaient
amenées par des aqueducs dans les thermes gallo-romains,
qui couvraient à peu près l’emplacement du rez-de-chaussée
actuel, et dont l’ensemble peut s’analyser ainsi (fiy. 50; :
« Trois grandes piscines en mosaïque verte, alimentées par
les sources inférieures et adossées à la roche, communiquaient
de chaque côté par des portiques avec les diverses pièces ser-
vant de tepidarium, de caldarium, de frigidarium, de salles de
massage et de vestiaires et séparées par un atrium central;
au nord elles se rattachaient avec d’autres piscines occupant,
sur la roche, un édifice supérieur et alimentées par les sources
du pavillon. Au sud, les thermes devaient être reliés par une
cour, décorée de portiques et plus étendue que la place
actuelle, avec un temple voué au dieu Pan ou, peut-être, à
tous les dieux, suivant une tradition locale qui a conservé la
désignation de panthéon. Quant à la grotte de la source César,
isolée un peu plus au nord, elle nous est parvenue intacte,
avec son frontispice et sa vasque circulaire, où les Romains
pratiquaient à la fois le demi-bain hyperthermal et l'inhala-
tion des vapeurs médicamenteuses issues spontanément dés
griffons, et elle n’est englobée dans le bâtiment principal que
depuis une dizaine d’années (2). »
La Bourboule. — Il est probable que les eaux de la Bour-
boule, si voisines du Mont-Dore, où s’élevait un établissement
thermal grandiose, ne furent pas ignorées des Romains. Elles
étaient, d’ailleurs, situées sur le passage d’une voie romaine
qui conduisait du Mont-Dore dans le Cantal, dont on a
retrouvé des traces dans une gorge en face de la Bourboule.
(1) Sources de la Madeleine, Pigeon, Rigny, Ramond et César.
(2) Le Mont-Dore. Notice médicale et ‘pittoresque.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
403
Le seul témoignage matériel cle cette utilisation ancienne
serait une fosse, d'origine romaine, qui aurait été découverte
en 1820, lorsqu’on creusa les fondations du premier établisse-
ment thermal (1).
Peut-être n’est-il pas téméraire de voir dans le vieux nom
de la Bourboule : Borbolci, qu’on trouve mentionné dans un
titre de 1463, un souvenir lointain du nom d’un des dieux
tutélaires des sources médicinales de la Gaule et d’en inférer
une antique connaissance des eaux, qui semble cependant,
tout au moins d’après ce que les fouilles nous ont fait con-
naître jusqu’à présent, n’avoir pas dépassé les limites d’une
petite exploitation locale.
Poxt-des-Eaux. — A Pont-des-Eaux, hameau de la commune
de Nébouzat, situé sur la Sioule, à peu de distance du point
où la voie de Clermont se dirigeant vers le Limousin fran-
chissait cette rivière, des fouilles, opérées en 1834, ont fait
découvrir un vaste établissement de bains, dont les restes
étaient enfouis sous un amas considérable de débris de cons-
tructions : marbres, tuiles, fragments de mosaïques, etc.
D’après les indications d’un plan dressé lors de la décou-
verte, et dont nous donnons un croquis (fig. 51), et la légende
publiée par Bouillet dans sa Statistique monumentale du Puy-de-
Dôme fl 846g on reconnaît facilement en A et B des pièces
chauffées par deshypocaustes, probablement à usage d’étuves;
en C, une petite pièce avec sol de béton, ayant dû servir de
salle de bain. Il avait été réservé dans le sol, le long de l’un
des murs, un petit canal de 0 m. 20 de profondeur et de 0 m. 14
de largeur. Ce canal traversait le mur et allait aboutir dans un
petit mur de refend, au sein duquel il formait deux retours
d’équerre, pour s’élever ensuite verticalement dans le milieu
du mur. Il paraît avoir été destiné à former une petite che-
minée de vapeur.
En D, était une autre pièce contenant deux baignoires, dont
(1) Docteur Clérault, La Bourboule. Ses eaux minérales, 1877.
40 i
LA GAULE THERMALE
le service devait se faire par la pièce E. Le sol de ces bai-
gnoires était fait d’un béton solide qui fut enlevé d’une seule
pièce. En F était un cabinet de bains revêtu de marbre; la
partie du plan désignée par un G devait correspondre à un
corridor de distribution. H et I sont deux pièces carrées, dont
la destination n’a pu être déterminée.
Ces thermes spacieux, construits à proximité d’une voie
fréquentée, et qui semblent avoir
été décorés avec un certain luxe,
ont dû certainement avoir un rap-
port avec des sources d’eau mi-
nérale acidulée froide qui prennent
naissance dans leur voisinage im-
médiat.
Beuregard-Yendon. — A 8 kilo-
mètres environ de Riom, non
loin d’une voie ancienne qui
tendait vers Menât, on a trouvé,
en 1839, près de Beauregard- Yen-
don, des restes d’ouvrages ro-
mains où était vraisemblable-
ment utilisée une source d’eau
minérale, dont les fouilles entre-
prises avaient justement pour but
de rechercher le point d’émer-
o-ence
Fig. 51. — PLAN DES THERMES °
de pont-des-eaux. « Au centre d un béton était
une piscine de 4 mètres de lon-
gueur sur 3 de largeur, et de 5 mètres de profondeur.
Cette piscine, que l’on a trouvée comblée de débris de cons-
truction, de tuiles, de briques, de fragments de marbre et de
poterie, était formée avec des madriers de chêne de 10 centi-
mètres d’épaisseur, assemblés à rainures et à languettes et
chevillés à l’extrémité avec de gros clous en bronze (l). »
(1) Bouillet, Description archéologique des monuments celtiques, romains
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
405
Les fouilles ne semblent pas avoir été poussées plus loin et
il peut y avoir lieu de le regretter, car le caractère de certains
débris exhumés, notamment des fragments de statues muti-
lées (i), autorise à penser qu’il existait là un édifice décoré
avec une véritable recherche d’élégance.
Châteauneuf. — Les eaux de Châteauneuf jaillissent en plu-
sieurs sources, thermales ou froides, dans un des sites les
plus charmants de la vallée de la Sioule. Les Romains on
certainement utilisé celles des sources qui se trouvent sur la
rive gauche de la rivière, vers le lieu où sont situés actuelle-
ment les Grands-Bains, mais les indications relatives à leurs
travaux sont assez sommaires. Voici ce qu’en disait le docteur
Salneuve (2), dans un passage cité par Greppo (op. cit., p. 286) :
« Il existe peu de documents sur ces thermes, qui sont, à n’en
pas douter, d’origine romaine. Aucune tradition ne fait savoir
qu’ils aient été connus jadis, et pourtant, en creusant une des
piscines, on a trouvé des médailles ou des pièces de monnaie
de fabrication romaine provenant des colonies d’Aix et de
Marseille. La découverte faite récemment de baignoires de
briques parfaitement cimentées prouve qu’ils ont été aban-
donnés après avoir été fréquentés pendant un temps plus ou
moins long. Ils ont subi, pendant la barbarie du moyen âge,
le sort d’un grand nombre d’autres établissements utiles. Peut-
être cet abandon est-il dû aux nombreuses difficultés qu’éprou-
vaient les malades pour y arriver. »
Alibert avait déjà signalé d’anciennes constructions du
même genre : « Au milieu de la presqu’île de Saint-Cir, près
d’une ancienne église, existent les Bains de Méritis. Lors du
décombrement de ces thermes, lequel remonte à un grand
nombre d’années, on trouva les anciennes cuves avec le
ciment des Romains »
du moyen âge du département du Puy-de-Dôme. Mémoires de V Académie
de Clermont-, 1874.
(1) Mathieu, Des colonies et des voies romaines en A uvergne p 253-254
1857.
(2) Essai sur les eaux minérales de Châteauneuf, 1834.
406
LA GAULE THERMALE
Enfin, le Bulletin de la Société d’ Anthropologie (1883, p. 732; fait
men tion de la présentation cl’un vase romain, renfermant un osse-
nïent et deux fragments de bois travaillés, découverts dans la
vase en creusant une vieille piscine abandonnée à Châteauneuf.
Coren. — Les eaux minérales de Goren (canton nord de
Saint-Flour), appelées dans le pays la Font de vie, se composent
d’un certain nombre de veines qui jaillissent dans le lit même
du ruisseau de Golsac. Au mois de juillet 1886, au cours de
travaux destinés à nettoyer et à isoler la source la plus forte,
on reconnut que deux de ses naissants avaient été l’objet d’un
captage ancien, assez rudimentaire, mais dont les traces étaient
restées très nettement apparentes.
Les travaux consistaient en une cuve carrée en bois, de
1 m. 32 de côté, sur 1 m. 30 de profondeur, formée de quatre
^ ^ pieux de chêne reliés par
des madriers de sapin
réunis entre eux par des
enchevêtrements, avec un
fond de madriers de chêne
percé de deux trous irré-
guliers , correspondant
exactement aux points
d’émergence des fdets
d’eau minérale à capter.
Le fond de la caisse ne
reposait pas directement
sur les griffons, afin d’en
laisser le jaillissement plus libre. Les quatre pieds, dépassant
par le bas le plancher de 0 m. 60 environ, s’appuyaient sur
les parois latérales du roc, préalablement évidé en un entonnoir
au fond duquel sourdaient les deux naissants. Cette première
caisse devait être surmontée, à l’origine, d’un second carré de
mêmes dimensions, de façon à former un puits boisé de trois
mètres de profondeur (fig. 52) (1).
(1) Marcellin Boudet, La Source minérale gallo-romaine de Corca el son
S “‘Ss ( au
de Cotjec
Fig. 52. — CAPTAGE DE LA SOURCE
DE COREN .
A. B. G. D. Caisse en bois ou cuve du puits
minéral.
E. F. G. H. Quadrilatère de madriers destiné à
préserver le puits.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
407
« Le puits thermal était enfin protégé tout autour contre les
attaques clu torrent par un quadrilatère de 4 m. 50 de côté com-
posé de madriers de Om.lO d’épaisseur, au centre duquel il se
trouvait. On en a retrouvé une partie sur place dans le gra-
vier. Le grand nombre de briques, de tuiles à rebord et autres
débris gisant à cet endroit dans le lit du ruisseau laisse suppo-
ser que l'intérieur de ce quadrilatère, entre le puits et le blin-
dage extérieur, était primitivement garni de maçonneries. Ces
maçonneries ont été peu à peu démantelées et emportées par
les crues; la vase et l’ensablement ont seuls permis au cadre
inférieur du boisage du puits d’échapper à la destruction. »
Tous ces travaux de boisage ont disparu, pour être rem-
placés par un petit pavillon en maçonnerie qui isole les eaux
minérales recueillies dans l’entonnoir même creusé dans le roc
par le pic des ouvriers gallo-romains.
A l’exception des monnaies, la plupart des objets recueillis
dans la source : figurines en bois, bracelets, débris de pote-
ries, etc., dont nous avons déjà parlé, semble démontrer que
les eaux de Coren étaient employées dans l’antiquité pour
guérir les maladies de l’enfance. C’est encore aujourd’hui leur
principal mode d’emploi et elles ont continué à être utilisées
dans le pays comme eaux reconstituantes, surtout pour les en-
fants de huit à quatorze ans.
Chaudesaigues. — Le bourg de Chaudesaigues, où coule un
véritable torrent thermal dont la température, à certaines
sources, dépasse 80°, vit-il les Romains se baigner dans ses
piscines fumantes? L’affirmative ne fait pas de doute pour ceux
qui voient dans la petite ville auvergnate les Aquæ Calidæ de
la Table de Peutinger. Cette identification géographique pour-
rait leur suffire, mais ils ont même à invoquer, en outre, l’exis-
tence, affirmée par certains auteurs, de vestiges gallo-romains
ayant un caractère certain de constructions thermales, dans le
voisinage des sources.
trésor. Clermont-Ferrand, 1889. Extrait du Bulletin de l’Académie des
sciences, belles-lettres et arts de Clermont-Ferrand .
408
LA GAULE THERMALE
Ai. Berthier (1), chargé au commencement du dix-neuvième
siècle d’une analyse de l’eau de Chaudesaigues, affirmait, mais
sans donner aucune preuve, que les Romains avaient fréquenté
ces sources et avaient bâti tout auprès un bourg, pour lequel
il improvisait meme le nom de Calcules, Aquœ.
D’après AI. Laforce (2), qui écrivait en 1836 : « Dès qu’on
fouille le sol à Chaudesaigues, on rencontre à une petite pro-
fondeur des ruines considérables; des piscines sont enfouies
sous la place publique, et on y a trouvé des voûtes souter-
raines, des baignoires et des cabinets d’étuve; ces ruines, qui
portent toutes un caractère romain, viennent à l’appui d’une
tradition populaire qui voudrait que, peu après la conquête
des Gaules, une colonie romaine se fût établie dans ces
lieux. »
AI. de Ribier du Châtelet (3) est moins affirmatif au point de
vue de l’attribution des constructions exhumées : « Si l’on in-
terroge le sol, dit-il, on trouve presque partout des ruines, de
vieux conduits, des piscines, des baignoires, des voûtes qui
annoncent l’existence de thermes anciens, remontant proba-
blement à l’époque gallo-romaine. » Et, plus loin, il ajoute
(op. cit., t. III, p. 160) : « Dans les fouilles pratiquées autour de
la fontaine du Par, on a trouvé deux grottes qui contenaient
des baignoires romaines en lave volcanique, une piscine attri-
buée au même peuple, des vestiges d’établissements thermaux
et des monnaies romaines. »
Cependant l’existence d’un Chaudesaigues gallo-romain a
trouvé un détracteur convaincu dans l’auteur d’un travail ré-
cent sur cette région, AI. Felgères(4). Pour lui, l'ancienne voie
romaine de Toulouse à Lyon laissait ces eaux complètement
à l’écart; les difficultés d’accès n’étaient pas faites pour attirer
les baigneurs dans ces gorges abruptes, et, si les Romains se
hasardèrent jusque-là, ils n’y séjournèrent point et n’y firent
(1) Journal des Mines, 1er semestre, 1810.
(2) Essai sur la statistique du département du Cantal.
i(3) Dictionnaire historique et statistique du département du Cantal, 1859.
(4) Histoire de la baronnie de Chaudesaigues.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
409
aucun établissement. Les piscines, les voûtes, en grand appa-
reil de pierres cimentées, remontent bien, d’après notre auteur,
à une époque fort ancienne, mais il se refuse à y voir des
œuvres romaines.
En résumé, il ne semble pas qu'il ait jamais été fait à Chau-
desaigues de fouilles véritables, méthodiquement conduites.
Peut-être pourrait-on trouver à l'aide de recherches de ce
genre, ainsi que dans un examen approfondi du mode de
construction des anciens ouvrages dont l’origine est ainsi dis-
cutée, la solution de cette controverse, sinon au point de vue
de la géographie comparée, tout au moins au point de vue
archéologique.
Ydes. — Les environs du village d’Ydes, où sont exploitées
deux sources d’eaux minérales froides, présentent de nom-
breux vestiges d’occupation à l’époque gallo-romaine, parmi
lesquels il en est qui se rattachent d’une façon certaine à un
établissement de bains.
Dès 1818, des fouilles faites au village voisin de Montfouil-
loux faisaient découvrir une lionne-fontaine en domite, ser-
Fig. 53. — PLAN DES THERMES D’YDES.
D’après une planche jointe au mémoire de M" de Ribier.
vant de griffon à une source. En 1821 et 1822, au cours de ses
recherches, M. de Ribier trouva de nombreux débris de pote-
ries, divers objets, dont plusieurs en silex, des médailles, etc.
et, en 1827, au bord d’une prairie qui a conservé le nom de
410
LA GAULE THERMALE
Pral d’y bagneyras, les fondations d’un [véritable établissement
thermal, composé de plusieurs salies, dont une contenait des
piliers de briques carrées distants deO m. 33. Ces piles étaient
encore droites, portant sur un pavé à ciment, tout couvert de
terre noire et onctueuse. L’eau était amenée à ces bains par un
canal en ciment, revêtu intérieurement de briques (fig. 33) fi).
Les salles B et E, pavées en ciment blanc, devaient consti-
tuer des piscines, à l’exception de la partie D, qui, exhaussée
sur des piliers de briques et munie de fourneaux, pouvait
remplir le rôle d’étuve. Il en était certainement de même de la
salle où figurent les lettres F et G, désignant, la première des
piles en briques, la seconde, des ouvertures en briques prati-
quées dans les murs. En H, est figurée une salle non décou-
verte et, en K, une ouverture en briques pour l’écoulement
des eaux.
De nouvelles découvertes ont eu lieu depuis cette époque :
en 1879, un tronçon de voie romaine, des débris de construc-
tions et quelques fragments de céramique, et, en 1883, un
ensemble de travaux ayant un rapport plus direct avec l’objet
spécial de nos études. À cette époque, une fouille pratiquée
dans une prairie formant cuvette fit retrouver un ancien puits
carré gallo-romain, boisé au moyen de rondins de chêne soli-
dement reliés par des traverses. Au-dessous de ce puits il
avait été pratiqué une battue de mousse et d’argile, destinée
à faire remonter les eaux à l’orifice, d’où elles s’échappaient
par un tronc d’arbre taillé en forme de bac. Quelques débris
de poteries ont été recueillis aux alentours (2).
A Vic-sur-Cère, des fouilles opérées au commencement du
dix-huitième siècle, sur l’emplacement de la source minérale,
par un médecin de Murat, M. de Boria, amenèrent la décou-
verte de vestiges de constructions gallo-romaines et de mé-
(1) J.-B. de Ribier, Mémoires sur les fouilles et découvertes faites dans
l’arrondissement de Mauriac (Cantal), en 1822, 1823 et 1 827 . Mémoires
de la Société des antiquaires, t. VIII, 1829.
(2) Docteur de Ribier, Ydcs: son histoire; ses eaux minérales, 1901.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
411
dailles à l’effigie des empereurs Auguste, Claude, Vespasien,
Dioclétien, Maximin et Licinius (1). D’autres médailles et des
vases antiques furent encore retirés pendant les travaux exé-
cutés en 1829 (2).
En terminant cette revue des eaux minérales de l’Auvergne,
je dois en signaler encore quelques-unes, dont l’utilisation à
l'époque gallo-romaine peut sembler très problématique, mais
que le désir d’être aussi complet qu’il est possible de l’être en
pareille matière ne me permet pas de passer sous silence.
M. Bouillet (3) signale la découverte, en 1850, aux Roches,
près de Chamalières, où existe, dit-il, une très belle source
d’eau minérale, de poteries du quatrième siècle, de médailles du
Bas-Empire, de Constance, de Constantin^ de Maximin, etc., ce
qui ferait penser que là était un établissement déjà ancien.
D’après M. Mathieu (4), près des sources minérales de
Mèdagues, s’élevait un vaste bâtiment dans les ruines duquel
on a recueilli des médailles du Haut-Empire, des vases, des
figurines et des clés romaines.
Je n’ai pu avoir de renseignements plus complets sur les
découvertes si brièvement mentionnées.
Les eaux de Chatel-Guyon, d’après le docteur Macquarie,
auraient été connues et utilisées des Romains, comme le prou-
verait la découverte d’anciennes piscines et d’autres vestiges
de l’époque gallo-romaine. Je n’ai pu trouver la confirmation
de ces trouvailles, et il semblerait plutôt résulter d’autres
indications qu’on n’a rencontré à Châtel-Guyon aucune ruine
susceptible d’être rattachée à la période qui nous occupe (5).
(1) Vicomte de Miramon-Fargues, Vic-sur-Cère et ses environs, 1899.
(2) De Ribier du Châtelet, Dictionnaire historique et statistique du dé-
partement du Cantal , 1859, t. I, p. 446.
(3) Description archéologique des monuments celtiques, etc. Mémoires
de l’Académie de Clermont, 1874, p. 23.
(4) De la position d’Aquis Calidis sur la Table de Peulinger, 1859.
(5) Nivet, Dictionnaire des eaux minérales du département du Puy-de-
Dôme. Annales scientifiques, littéraires et industrielles de V Auvergne,
t. XVIII, 1845 : « On no trouve à Châtel-Guyon aucune ruine qui rap-
pelle l’époque romaine. »
412
LA GAULE THERMALE
Les sources thermales de Sainte-Marguerite sourdent sur le
bord de l'Ailier, au pied de la montagne de Saint-Romain et
dans le lit meme de la rivière. Nous avons vu déjà qu’une
opinion, absolument inadmissible d’ailleurs, inclinerait à placer
en ce lieu les Aquæ Calidæ de la Table de Peutinger. Si rien
ne justifie cette attribution, il ne semble pas moins résulter du
passage suivant de l’ouvrage déjà cité du docteur Nivet que
des constructions anciennes, remontant probablement a
T époque romaine, auraient exis té près des sources :
« Elles ont eu jadis une grande vogue. Des restes d’édifices
existaient encore auprès de ces eaux; ils annonçaient qu’elles
ont alimenté, à une épocpie inconnue, mais fort reculée, un
établissement thermal d’une certaine importance. Jean Banc
nous a laissé, sur ce fait, des documents curieux et que nous
allons reproduire : « La masse des murailles toute cimentée,
qui est en lieu déclive de ce voysinage, marque plustot avoir
esté adjencée autresfois pour un bain que pour un moulin, au
contraire de ce que beaucoup de voysins du lieu croyent : ce
qui me le fai et juger ainsi est la descouverture des canaux,
qu’on voit tous les jours propres à l’usage desdicts bains na-
turels, lesquels en quelque lieu paraissent entiers de terre
cuite et en d’autres rompuz et usez par leur vieillesse et cadu-
cité; tous lesquels servent à conduire partie desdictes eaux
bien près d’un vuide, dans lesquel toutes sont reçues en l'en-
clos desdictes murailles, que je crois qui servaient de bain an-
ciennement. »
Comme le granit est presque partout à nu autour des fon-
taines de Sainte-Marguerite, on doit supposer que l'Ailier a
entraîné les constructions décrites par Jean Banc, car nous
n’en avons pas trouvé la moindre trace, r
CHAPITRE Y
Région du Centre.
Evaux. — Les sources chaudes - qui jaillissent à 5 ou
600 mètres de la petite ville d’Évaux (1) étaient utilisées par
les anciens dans un établissement construit sur une sorte de
plateforme entaillée dans le flanc d’une gorge rocheuse, si
bien nivelée ensuite par le temps que Le Vayer, parlant de
ces eaux en 1698, disait « que leur source n’avait été honorée
d’aucun édifice public, et n’avait d’autre bassin que celui des
rochers qui l’environnaient. » Cependant la tradition subsis-
tait d’un riche édifice qui aurait existé autrefois à Évaux.
L’auteur d’une Vie de saint Martial , qui écrivait au dix-sep-
tième siècle, rapportait, d’après une compilation des anciennes
archivés de l’abbaye de Saint-Martial de Limoges, que « le
proconsul Duratius avait fait construire et paver de marbre,
en l'honneur d’Auguste, les bains chauds d’Évon ou d’Hé-
vaux », et la gorge où les eaux prennent naissance avait con-
servé le nom de lieu des Bains.
Au commencement du siècle dernier, Barailon (2) avait
déjà reconnu l’existence de certains .débris antiques : « Les
aqueducs qui conduisent l’eau dans deux bassins, le bain des
pauvres, les différentes séparations qui subsistent dans le
bassin inférieur, le nom de César que porte un des puits, sont
autant d’ouvrages romains. L’aqueduc qui entretient la fon-
(1) Le nom antique d’Évaux devait être Iuvavum, certainement en
rapport avec le nom de son dieu topique Ivao. Jusqu’au commencement du
treizième siècle, le nom fut Evaunum, Evau; depuis cette époque jus-
qu’au milieu du dix-septième siècle, on lui substitua celui d ’Evaonum,
Evaon, et le nom d’Évau reparut depuis 4671. (De Cessac, Note sur le
nom de la ville d’Evaux. Revue celtique, t. YI, p. 260 et suiv.)
(2) Recherches sur les peuples Cambiovicenses de la carte thèodosienne .
dite de Peutinger , 1806.
414
LA GAULE THERMALE
laine de Rentière est également de cette nation . On rencontre, en
creusant dans une terre attenant aux bains, des débris de poterie
et de terra campana, de celle qui est vernissée avec du mica, de
petits carreaux de marbre et des ouvrages de tuilerie romaine. »
C’est au cours des fouilles exécutées de 1831 à 1817 pour la
construction de Rétablissement actuel que furent faites les
découvertes qui ont permis de se rendre compte de l’ampleur
des travaux exécutés par les Romains dans ce coin des Gaules,
et qui donnent une idée très nette du procédé le plus fré-
quemment employé par eux
pour le captage des eaux ther-
males (fi g. 54).
Lorsque les Romains décou-
vrirent les sources, elles de-
vaient suinter confusément, le
long de la paroi rocheuse d’un
ravin, surtout en c’, d’ et e’.
Leurs ouvriers ont commencé
par mettre les griffons à nu en
découpant, sur près de dix mè-
tres de haut, dans le fond rocheux du ravin où suinte la source,
un espace d’une soixantaine de mètres de côté: puis, sur cet
espace nivelé au moyen de béton de tuileaux noyés dans du
ciment atteignant, par endroits, 3 m. 50 de puissance, ils cap-
tèrent les cinq principaux points d’émergence dans autant de
puits maçonnés de trois à quatre mètres de profondeur, descen-
dant depuis la surface du béton jusqu’à la roche en place : le
radier en béton qui réunissait ces puits avait pour effet de
créer, sur tous les points autres que les puits, une charge for-
çant l’eau à sortir tout entière par ces orifices.
Les puits étaient reliés les uns aux autres et rattachés à des
piscines par tout un système d’aqueducs et de caniveaux; il
existait aussi de simples tuyaux de plomb noyés dans le béton
formant cheminées au-dessus de griffons accessoires ( fi g. 55 > I ).
Fig. 54. — COUPE THÉORIQUE DU
CAPTAGE ROMAIN A ÉVAUX.
D’après M. l’ingénieur De Launay.
(1) Ces détails sur les travaux de captage d’Évaux sont empruntés à
Désignation des Sources :
1 Source de César
2 — d‘_ del'Eecalia
3 — d" _ du "Rocher
t — d'_ Nouvelle
5 d“ — des Galeux
® — d" des Pauvre»
1 — dc_ du Chemin
® <l#— du Petit-Comet /puits nom décorrva’ t !
9 — d* _ du "Bassin Carré fJO sources)
10 — d" — du Puits du Milieu
11 — <3° du Bain de Vapeur
.12 ■_ d‘ — de la Piscine Ronde source» KCaldannai)
■13 - d.’— Belamarre
1^ — d*— dite Petite Sotirce
13 - d*_ d’Auguste
16 d* du Puit6-1 osange
11 Source Su Maine
16 d' "de.Duratius
19 — d” — du Puits-Triangulaire
20 — df du .Puits -Ovale
21 ' -_d‘ — du. Puits-Octogone
22 — d" — du Bassin Ovale 1 5 sources )
23 — d"_ de la Margelle
•2% — d!*_ Desglaudes >2 sources)
26 — d* de Rome-NoTd
26 d" de Rome-Sud
21 d* des Jeunes Filles
28 d” du Ruisseau
23 Bassinj tiède ( Tepidarium i
80 Piscine fraide CFrigidahum)
31 Ancienne Baignoire romaine
V Bain de Vapeur de l'Etablissement actuel
O Nouvelle Source froide dite du Parc
Fig. 00. — PLAN DES THERMES d’ÉVAUX, ÉTAT ACTUEL.
Les bassins numérotés 10, 12, 29 et 30 sont les anciennes piscines de l’établissement gallo-
romain. En 31, est une baignoire romaine. Les parties grisées sont celles où a été
reconnu le béton romain entourant les sources.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
417
On peut encore voir aujourd’hui, apparent sur certains
points, le captage ancien, qu’on s’est contenté d’utiliser et qui
a servi de hase pour les travaux modernes.
Parmi les piscines rendues au jour, l’une, la piscine ronde,
dallée de marbre, était alimentée par trois sources situées sur
les bords, et s’écoulant par des tuyaux convergeant vers le
centre, où était placée une statuette en argent. On y descen-
dait par quatre escaliers placés aux quatre points cardinaux.
Trois autres bassins, en forme de carrés longs, complétaient
l’ensemble des piscines. L’un d’eux, parallèle au rocher du
nord, pavé de marbre et de pierre blanche, devait être une
piscine destinée à la natation (fig. 56). D’après Coudert-Lavil-
latte (op. cil.), les murailles qui l’environnaient, construites
en petit appareil romain, subsistaient encore en partie; elles
devaient supporter une voûte et l’on remarquait encore la
naissance des grandes fenêtres destinées à éclairer cette vaste
salle.
Outre les piscines, les fouilles firent découvrir plusieurs
grandes baignoires en marbre à larges bords renversés, qui
furent brisées lorsqu’on les arracha du sol où elles étaient
enchâssées et mises en morceaux. O11 voit cependant encore
en place les restes d’une baignoire de quatre mètres de lon-
gueur dallée de marbre.
Des tronçons de colonnes, de larges moulures munies de
leurs angles et de figures d’applique sculptées en haut relief,
un important morceau de frise en marbre blanc portant quel-
ques lettres d’une inscription trop mutilée pour qu’on puisse
en tenter la restitution, font présumer l’existence d’un édifice,
avec façade à colonnade surmontée d’un fronton triangluaire,
dans lequel on a voulu voir un temple. « Aucun indice
assez important, dit M. Fillioux (op. cit.), ne peut nous faire
l'étude de L. de Launay, Les Sources thermales de Néris et d'Evaux.
Annales des Mines, 9e série, t. YII, 1895.
Consulter également sur cette station : Coudeut-Lavillatte, Les Bains
d'Evaux. Mémoires de la Société des sciences... de la Creuse, 1838-
1847; et A. Fillioux, Les Thermes d’Evaux; même publication, t. IV,
2e Bulletin, 1873.
27
418
LA GAULE THERMALE
connaître la distribution intérieure de ces thermes; tout au
plus peut-on présumer, par la façon dont sont groupées les
piscines, qu’elles étaient comprises dans un vaste parallélo-
gramme, encadrant un impluvium ou cour intérieure, au fond
de laquelle s’élevait le temple que nous avons essayé de
restituer. »
Quelle qu’ait été la disposition de l’édifice thermal d’Évaux,
les nombreux échantillons des revêtements intérieurs trouvés
dans les ruines, et dont un assez grand nombre figurent au
musée de Guéret, montrent qu’il devait être d’une richesse
tout à fait exceptionnelle. C’étaient des marqueteries exécu-
tées en marbres, brèches ou porphyres des sortes les plus
rares et les plus curieuses, d’une grande variété de couleurs,
et pour la plupart empruntés à des régions lointaines. Destinés
à être appliqués sur des enduits, ces placages étaient débités
en feuilles très minces, dont les plus épaisses n’attei-
gnent guère qu’un centimètre. C’étaient aussi des mosaïques,
les unes simplement fabriquées avec des cubes de terre cuite
ou de pierre; d’autres, plus riches, avec des cubes de matière
vitrifiée, et, enfin, des panneaux dont l’ornementation était
constituée par des coquillages incrustés.
Outre les objets dont nous avons déjà parlé : statuette en
terre cuite, fragments de sculptures et patères en bronze, les
fouilles d’Evaux ont amené la découverte d’un assez grand
nombre d’objets divers : médailles, fragments de poteries et
de vases en verre, instruments en bronze, qui ont malheureu-
sement été dispersés, emportés par des baigneurs et des
curieux. Parmi les restes ainsi découverts, nous en signale-
rons deux, outre de nombreux fragments de tuyaux en plomb
et en cuivre, qui paraissent avoir été en rapport direct avec
l’exploitation des eaux thermales : c’est d’abord un objet en
plomb de forme quadrangulaire, ayant 0 m. 20 centimètres de
côté, et creux au dedans, qu’on a présumé avoir servi à une
pompe (1), et un mascaron en bronze, de 0 ni. 18 de hauteur,
(1) GueiPO, op. cil., p. 316.
E V A U X. SOURCES ET PISCINE RONDE
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
421
cFun très beau travail, représentant une tête de dieu marin à
large barbe flottante. La bouche ouverte, comme pour laisser
passage à un tuyau, permet d’y reconnaître un ornement de
fontaine, du genre de ceux qu’on nomme des gueulards (1).
Néris. — Sans aller jusqu’à voir dans Néris, comme l’a fait
son plus récent historiographe (2), la capitale des Gaules, il
n’est pas douteux qu’il y eut, aux temps gallo-romains, autour
de ces sources chères aux rhumatisants et aux neurasthé-
niques, non pas seulement un simple établissement thermal,
mais une véritable ville, possédant son organisation complète,
avec des aqueducs, des temples, des palais, des établissements
militaires, dont de nombreux vestiges ont permis de tracer le
plan et de restituer l’ensemble avec une assez grande précision.
Jean Banc (3), rattachant le nom de Néris aux traditions
mythologiques, n’hésitait pas à le faire dériver des Néréides.
Boirot-Desserviers, et nombre d’autres avec lui, voient dans
Néron le fondateur de la ville, à laquelle il aurait donné
son nom. Faut-il ajouter que rien ne vient étayer cette affir-
mation et qu’il est bien plus probable que le nom de Néron
fut accolé après coup à celui d’un lieu, riche en restes antiques,
avec laquelle il avait une certaine affinité. Greppo avait émis
l’idée que cette dénomination pouvait venir d’un fondateur ou
restaurateur des thermes, appartenant à une famille Nerius,
dont nous possédons des médailles consulaires, hypothèse
acceptée par Forichon. Il semble infiniment plus simple et
plus rationnel de faire dériver le nom du Viens Neriomagensis de
celui de son dieu topique, Nerius, et je crois, d’ailleurs, que la
question n’est meme plus discutée sérieusement aujourd’hui (4).
(1) Fillioux, op. cil., p. 203.
(2) Moreau de Néris, Néris, capitale des Gaules. Les eaux de beauté, 1902.
(3) Les admirables vertus des eaux naturelles de Pougues, Bourbon et
autres renommées de France, en faveur des malades qui ont recours à leurs
salutaires emplois, 1618. — La Mémoire renouvellée des merveilles des eaux
naturelles en faveur de nos Nymphes françoises et des malades qui, ont
recours à leurs emplois salutaires, 4 605.
(4) « Puisque Nerios, dit M. Mowat, est un nom de divinité et que
magus est un mot gaulois qui signifie certainement campus, il s’ensuit
que Neriomagus veut dire : terrain consacré au dieu Nerius. »
422
LA GAULE THERMALE
Néris a eu la bonne fortune d’être tout particulièrement et très
soigneusement étudié. Si ses monuments ont disparu à peu près
complètement aujourd’hui, les relevés exacts qui ont été faits
lorsque leurs vestiges ont revu le jour, ainsi que les études sé-
rieuses dont ils ont été l’objet (1), en ont conservé tout au
moins le souvenir et permettent de se rendre compte de ce
que fut, au temps de sa plendeur, une importante station
thermale gallo-romaine, groupant autour des sources des édi-
fices de toute nature. A ce titre, nous consacrerons à Néris un
examen un peu plus prolongé, et, après nous être occupés
de la partie thermale proprement dite, nous dirons quelques
mots des autres monuments qui concoururent à son existence
de grande ville d’eaux.
Le captage des sources, ou plutôt de la source, car les diffé-
rents puits ne sont que les bouches
d’émergence d’une seule nappe
minérale, avait été opéré cà l’en-
droit où s’élève aujourd’hui le
petit établissement, et fut reconnu
en 1832. Il était constitué par une
fosse poursuivie jusqu’au granit,
sur l’émergence de la source, et
revêtue d’une couche de béton
dans laquelle étaient pratiqués
cinq puits circulaires, l’un placé
au centre et les autres aux quatre
points cardinaux, et deux fosses
rectangulaires, dans lesquelles venaient se rendre les eaux de
ces différents puits (fig. 57) (2). « Tout l’intervalle qui sépare
(1) Boirot-Desserviers, Recherches historiques et observations médicales
sur les eaux thermales et minérales de Néris-en-Bourbonnais, 1822. —
Foriciion, Monuments de l’antique Néris, 1859. — Tudot, Elude sur la-
ville antique de Néris, 1861. — Esmonnot, Néris. Viens Neriomagus. Re-
cherches sur scs monuments. — Lenoir, Néris : son histoire, ses monu-
ments. L’Ami des monuments et des arts, t. I, II et III. — Moreau
de Néris, op. cit.
(2) De Launay, Les Sources thermales de Néris et d’Évaux. Annales
des Mines, 9e série, t. VII, 1895.
Fig. 57. — schéma des puits
de néris.
a. a. a. a. Puits circulaires.
b. b. Puits rectangulaires.
C. C. Tuyaux en plomb.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 423
ces sept puits, dit Forichon (op. cit.), était, que dis-je, est
recouvert d’un béton poli en ciment impénétrable, c’est-à-dire
d’un terris d’une belle couleur brique. Des tuyaux en plomb
de huit à neuf pouces de diamètre, couchés sous ce béton,
partaient des puits carrés pour se rendre à l’établissement et
l’abreuver... On circulait donc en marchant sur le dallage en
ciment dont nous venons de parler, autour des puits où les
eaux montaient et descendaient librement; on ne s’occupait
d’elles que dans les deux carrés, leurs rendez-vous. »
Joignant presque immédiatement les puits, se trouvaient
des bassins dallés de marbre, qui, plus ou moins dégradés et
restaurés au cours des âges, ont subsisté jusqu’au dix-neu-
vième siècle. Les auteurs des seizième et dix-septième siècles,
Nicolas de Nicolay (1569), Aubery (1604), Jean Banc (1618),
les ont vus et nous ont donné des descriptions parfaitement
concordantes de ces piscines en forme de polygone irrégu-
lier plus long que large, « environnées par le dedans de trois
rangs de grandes marches en degrés de pierre à la mode d’un
théâtre pour servir de sièges à ceux qui s’y baignent », dallées
de marbre et traversées par des murs séparatifs percés pour
permettre la circulation des eaux chaudes.
Au nord de l’extrémité de ce bassin, et à peu de distance,
s’élevait le principal édifice thermal. Les restes en furent
découverts en 1819, lors des travaux exécutés pour asseoir le
nouvel établissement. L’ingénieur Lejeune, chargé de ces tra-
vaux, reconnut des piscines et des étuves qu’il signala dans
son rapport, reproduit dans l’ouvrage d’Esmonnot cité plus
haut. Le docteur Boirot-Desserviers, qui suivit de près tous
les travaux de fouilles, nous en a laissé une description très
complète. Cette étude a été poursuivie et rectifiée sur certains
points par les divers auteurs qui ont écrit sur Néris, et plu-
sieurs plans, publiés par de Caumont (1), Esmonnot et de
Launay, nous donnent une idée assez précise de ce que devait
être ce grand établissement, en laissant de côté, bien entendu,
(1) Abécédaire d’archéologie. Ere gallo-romaine, 1870, p. 178.
424
LA GAULE THERMALE
les attributions par trop précises de certains auteurs désireux
d identifier chaque pièce remise au jour avec quelqu'un des
éléments constitutifs des thermes classiques décrits par
Vitruve ou d’autres auteurs anciens.
\\
Fig. 58. — PLAN DU PREMIER ÉTABLISSEMENT DE NÉRIS.
D'après le plan d'Esmonnot.
Ce premier édifice thermal de Néris comprenait essentielle-
ment deux pièces, l’une ronde, l’autre carrée, ayant proba-
blement servi de piscines, encadrées de portiques latéraux.
Ensuite venaient plusieurs salles, dont une circulaire, flan-
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
425
quée de quatre niches, salles qui, par leur disposition, indi-
quent une série d’étuves, probablement à températures variées.
Deux autres salles de bains, précédées chacune d’une pre-
mière pièce, flanquaient les étuves à droite et à gauche, dans
le prolongement des portiques latéraux (fig. 58).
Les piscines, construites en pierre de taille, étaient entou-
rées de gradins et pavées de plaques de marbre blanc reposant
sur un béton de six à sept pouces, appuyé sur un mortier de
même dimension juxtaposé au rocher. Le système de chauffage
des étuves se composait d’une série de tuyaux carrés en terre
cuite, placés verticalement à côté l’un de l’autre, dans les
murs du pourtour, communiquant entre eux par des ouver-
tures latérales et plongeant par le bas dans un vide qui occu-
pait toute l’étendue de la salle entre le plancher de marbre et
le sol. L’eau chaude arrivait par des tuyaux dans ce vide divisé
par une série de piliers de briques, espacés de 0 m. 60, et
formait, dans ces sortes de cheminées, des courants de va-
peur (1).
L’eau des sources était amenée dans ces thermes par un
grand aqueduc souterrain, de 1 m. 70 de profondeur sous
voûte et de 0 m. 80 de largeur. La vidange des eaux s’opé-
rait à l’aide d’aqueducs courant le long des façades latérales,
recueillant la décharge des bains et allant la déverser dans un
canal entrecoupé d’écluses, destinées peut-être à régler leur
distribution en vue d’autres ouvrages.
L’une des façades latérales, tout au moins, était ornée d’une
colonnade, dont quelques magnifiques chapiteaux composites,
appartenant à la plus brillante époque de l’art, ont été
retrouvés, en parfait état de conservation, dans le fossé formé
par l’aqueduc de ceinture. Le prolongement de ce portique,
entrevu au cours des premiers travaux, a été découvert lors
de fouilles faites en 1865, pour la construction de nouveaux
bassins de réfrigération. L’ensemble de l’édifice devait d’ail-
leurs être d’une rare magnificence (2), si l’on en juge par la
(1) De Launay, op. cit.
(2) « J’ai recueilli avec soin les espèces de marbre suivantes : marbre
426
LA GAULE THERMALE
4
quantité d’échantillons de marbre précieux recueillis au cours
des travaux par le docteur Boirot-Desserviers (1).
En 1840, un autre établissement, dont les ruines n’étaient
pas très profondément enfouies (2), fut mis à jour sur le pro-
longement de la ligne du ruisseau thermal, dans une prairie
située derrière l’ancien théâtre, à la base de la légère éminence
qui portait un camp ancien. « L’ensemble de l’édifice, dit
Lenoir (op. cit.), présentait un carré de 40 mètres de côté; une
grande piscine, entourée de bancs, et mesurant 30 mètres sur
20 mètres, était, par trois de ses côtés, environnée de galeries
de 3 mètres de largeur et formées de colonnades; trois piscines
blanc statuaire, imitant ceux de Paros et de Carrare; marbre fin et rou-
geâtre; marbre crystallin rubanné très beau; marbre blanc veiné lilas;
marbre serpentino-antique ; marbre rubo-antique ; marbre vert antique ;
marbre bleu veiné; marbre porphyre rouge antique; marbre noir
rubanné; marbre jaune citron, etc. »
(1) Le docteur Boirot-Desserviers avait proposé un projet d’édification
des nouveaux thermes, qui aurait permis de conserver le souvenir des
anciennes dispositions. Sa proposition ne lut pas écoutée, mais il est
intéressant de la rappeler, car elle témoigne d’un souci des choses de
l’antiquité, rare en 1822, et qui serait encore bien peu commun et pro-
bablement aussi mal accueilli, de nos jours. « Je proposai, dit-il, le
déblai général et l’anatomie de tout le plateau, afin d’être à même de
juger de la plus ou moins grande perfection des thermes romains et de
leur distribution, de changer l’axe du nouveau bâtiment thermal, de
conserver en tout ou partie la nombreuse série de piscines, de instaurer
les laconicum qui se trouvaient à leur suite, édifices uniques en ce genre
aujourd’hui, et de pratiquer des cabinets de bains, comme on se pro-
pose de le faire, sur les façades latérales. L’élévation actuelle des sources
et leur abondance permettaient facilement cette curieuse combinaison ;
on aurait eu le sublime avantage de réunir l’antique avec le moderne, et
d’exposer au grand jour la grandeur et la profondeur du goût de leurs
auteurs respectifs. *
« Les sommes qu’on aurait pu consacrer à cette rectification et res-
tauration n’auraient pas été aussi considérables que celles qu’on destine
au monument français ; à supposer même qu’elles les eussent dépassées,
quelles différences pour les résultats 1 En fait d’établissements publics,
chez une nation grande, généreuse , jalouse de la gloire des arts, pro-
fonde admiratrice de celle des autres peuples, toute économie qui tend à
saccager pour la troisième fois des monuments antiques, et à les ense-
velir pour jamais, ne peut qu’obtenir ses reproches et les regrets de la
postérité. »
(2) Il en existe un plan dans l’Abécédaire archéologique de de Càumont,
Ere gallo-romaine, p. 180. Un autre plan, plus complet, dessiné par un
architecte, M. Lusson, lors de la découverte du monument, a été publié
dans Y Ami des monuments et des arts, t. II, p. US.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 427
beaucoup plus petites que la première occupaient la partie
septentrionale de celle-ci : la piscine placée au milieu d’elles
était circulaire et inscrite dans une construction carrée dont
les angles rentrants étaient occupés par quatre niches ouvertes
du côté de la piscine centrale dans laquelle l’eau était retenue
par une suite de gradins. Latéralement, et des deux côtés de
cette partie occupant le milieu, étaient deux autres bassins de
forme oblongue entourés de gradins et décorés l’un et l’autre
d’une niche pratiquée dans le mur du fond. »
Cet établissement devait être alimenté d’eau ordinaire par
les grands aqueducs dont nous parlerons tout à l’heure.
Quant à l’eau minérale, elle y était vraisemblablement con-
duite par un aqueduc contenant un tuyau de plomb de
24 centimètres de diamètre, qui partait des sources et se
dirigeait vers le second édifice en longeant le premier.
Les bassins et les degrés de ces thermes étaient revêtus de
marbre, mais l'ensemble de la construction révèle un édifice
moins riche et moins luxueux que le précédent. Les détails de
la composition et la mollesse de l’exécution semblent indiquer
une époque voisine de la décadence, sensiblement éloignée de
la perfection presque classique des débris trouvés dans les
ruines du grand établissement.
Quelle était la destination exacte de ces piscines ? Étaient-ce
des thermes alimentés principalement en eau non minérale,
où l’on prenait des bains ordinaires ? Ou des bains destinés
aux gens du peuple et aux esclaves, qui ne trouvaient pas
entrée à L'établissement principal? Leur proximité du camp
doit-elle les faire considérer comme ayant été spécialement
affectées à l’usage des troupes? Toutes ces hypothèses ont leur
part de vraisemblance, sans qu’aucun indice jouisse donner à
aucune d’elles un caractère plus voisin de la certitude.
Dans cette même prairie, qui porte le nom significatif de Pré
des Chaudes, de nouvelles fouilles entreprises à une époque
toute récente, en décembre 1905, par M. Moreau cleNéris, ont
donné de suite de très appréciables résultats. « Les premiers
coups de pioche, par un hasard heureux, et aussi par suite
428
LA GAULE THERMALE
d indications personnelles, ont donné sur un gros mur d’en-
ceinte de piscine romaine, dans laquelle on descend d’un côté
par trois grandes marches et, d’un autre, par cinq plus petites
et très douces (fy. 59).
« Les murs, les marches et le fond de la piscine sont en
béton mêlé de briques ; le tout, au temps de la splendeur
romaine, était revêtu des plus beaux marbres. On retrouve
des débris de marbre blanc et de marbre nuancé de vert, ainsi
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
429
que des petits carreaux, également en marbre, qui ont
19 centimètres de longueur sur 8 de largeur; disposés
avec art, selon leurs couleurs, ils devaient constituer des
effets d'encadrement et des dessins géométriques d’une réelle
beauté.
« Cette salle balnéaire n’aurait pas encore été explorée, si
l’on en juge par les diverses couches d’alluvion, de sable et
de terre, superposées en lignes horizontales régulières, con-
cordant avec les atterrissements successifs survenus depuis
un temps immémorial. Elle diffère également par ses dimen-
sions de celles dont nous avons les plans dressés antérieure-
ment.
« Un aqueduc non encore reconnu, mais paraissant de
grande dimension, joint la piscine découverte; de sa bouche
béante sortent, par instants, des vapeurs d’eau chaude (d). »
Plus heureux que le Néris actuel, la ville antique était
abondamment pourvue d’eau douce, au moyen de deux
aqueducs dont les tracés ont pu être relevés de la façon la
plus complète sur toute l’étendue de leurs parcours. Le plus
long de ces aqueducs captait à sa naissance une source
éloignée de vingt kilomètres environ de Néris, et s’étendait
sur un parcours de près de soixante-dix kilomètres. « Obser-
vant pour sa direction et son niveau de pente juste ce qu’exige
l’écoulement des eaux, il s’en allait, serpentant sur le versant
des coteaux, sans jamais, pour aller de l’un à l’autre, passer
au-dessus du vallon par une arcade ou un siphon, mais en
remontant jusqu’à l’angle de leur réunion. De sorte qu’en
revenant ainsi sur lui-même, il présentait souvent deux
longues portions presque parallèles, où les eaux coulaient en
sens inverse le long des collines qui se regardent. Ce procédé
l’allongeait beaucoup, mais il offrait l’avantage de recueillir
sur son passage les sources qui s’échappaient du flanc des
(I) Communication (le M. Moreau de Néris à la Société des antiquaires
de France.
430
LA GAULE THERMALE
coteaux, ou clans les anses, et pour aller les prendre à leur
naissance, il ne faisait qu’observer son système de pente et
tourner la difficulté des ravins (1). ».
La branche principale de l’aqueduc était formée d'un
chenal en terre cuite sur massif en béton de ciment, protégé
par une maçonnerie en moellons de forme ogivale, dont les
dimensions permettaient à un homme de s’y introduire pour
le visiter (fig. 60). Sur d’autres points, l’aqueduc ne compor-
tait qu’un conduit en
terre cuite, enveloppé
d’une chape en béton
encadrée entre deux
petites murailles, et
recouvert d’une tuile
courbe à deux cro-
chets. Les petites
prises d’eau secon-
daires étaient effec-
tuées au moyen de
simples tuyaux en
terre cuite, envelop-
pés de béton (2).
Le réservoir de dis-
tribution des eaux
froides devait être
situé à peu de distance
des thermes. Esmon-
not (op. cit.) pense qu’on peut le reconnaître dans un sou-
bassement d’édifice formé de grandes assises sculptées, décou
vert en 1861. La direction vers ce point du grand aqueduc et
la disposition de la base du monument, reposant sur des petits
(1) Docteur Pevrot, Néris ancien ci moderne, thermo-minéral ou mé-
dical, 1898.
(2) Des fragments de ces divers modes de conduite des eaux ont été
déposés sous le péristyle de l’établissement, où figure également un
plan des aqueducs, gravé sur marbre, d’après les relevés effectués par
MM. Esmonnot, architecte, et de Laurès, médecin-inspecteur.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 431
canaux pratiqués dans le tuf, donnent à cette hypothèse un
grand caractère de vraisemblance.
Outre le théâtre dont il a été question dans un chapitre pré-
cédent, on a reconnu dans la partie de l’ancien Néris située à
l’est des thermes les restes de deux grandes villas, l’une près
du théâtre même, à la Croix-Coq, la seconde à l’autre extré-
mité de la ville antique, au lieu dit Cheberne; les vestiges
d’un temple dont nous avons parlé plus haut ; les fondations
d’une tour carrée, longtemps appelée Tour de Néron, du nom
du prétendu fondateur de la cité, et les substructions d’un
grand édifice dont on voyait encore, paraît-il, plusieurs arcades
à la fin du siècle dernier.
A Touest du deuxième établissement thermal, sur une émi-
nence dominant le confluent de deux ruisseaux, s’étendait un
camp de 546 mètres de circonférence, fermé du côté de la
gorge par un fossé profond et une haute levée de terre, encore
visible sur une certaine longueur. Certains indices reconnus
font penser que ce retranchement était défendu par des tours
distantes les unes des autres de 45 mètres. Le curé Renault,
qui écrivait à la fin du dix-huitième siècle, disait avoir
retrouvé une des portes du camp et vu les restes d’une palis-
sade en bois pourri trouvés dans l’épaisseur du talus; de
nouvelles recherches faites sur cette plate-forme n’ont permis
de reconnaître aucune trace de ces palissades.
On sait avec quelle facilité tous les retranchements en terre
dont on a retrouvé les vestiges ont été baptisés camps
romains ou camps de César, et combien, au contraire, les
ouvrages de ce genre étaient rares ou ont dû laisser peu de
traces.
En ce qui concerne Néris, le séjour qu’y fit la légion
VIII Augusta, constaté par l’existence de briques à son estam-
pille, rend très admissible l’hypothèse de l’existence d’un
établissement militaire permanent, défendu par les ouvrages
dont nous voyons encore aujourd’hui les traces.
D’après Barailon, un fort quadrangulaire, de 40 mètres de
côté sur 36, aurait existé à 70 mètres à l’orient du camp, au
432
LA GAULE THERMALE
lieu dit le Champ de la Pâlie (1). Les renseignements transmis
sur cet édifice sont trop vagues pour permettre d’accepter ou
de combattre cette attribution.
Entre ce point et le deuxième établissement, Barailon et
Boiro t- Desserviers ont signalé une construction assez singu-
lière, composée d’une « multitude de chambres ou de cases
parallèles, dont les extrémités répondent au midi et au nord,
séparées par une rue de 3 à 4 mètres de large. Les unes ont
depuis deux jusqu’à cinq mètres en œuvre sur une face, sur
cinq, six ou sept, sur l’autre. Les murs de refend ont 70 centi-
mètres d’épaisseur, les gros murs 2 mètres. Quelques-uns de
ces appartements ont des terris et des peintures à fresque...
Entre les cases, on a découvert un four à pain, rond, sur-
monté d’une voûte. J’en ai vu le carrelage recuit et noirci; il
y avait encore des cendres et des charbons à sa bouche » . Nos
deux auteurs voyaient dans cette construction un hôpital ou
une caserne. Je serais plutôt tenté de la considérer comme
une dépendance des thermes, servant à l’habitation des gens -x
de service.
Enfin, une villa somptueuse, dite des Petits-Kars, s’élevait
dans le voisinage du camp. Barailon avait donné le nom de
Palais du Gouverneur aux ruines de cet édifice, où l'on a
retrouvé des colonnes ornées de feuilles d’eau, des débris, de
marbres divers, une salle dont les murs étaient peints de
couleurs vives avec ornements de feuillage et un foyer d’hy-
pocauste avec son installation complète.
Le Néris moderne a conservé peu de traces visibles de son .
ancienne splendeur. En 1569, d’après de Nicola}’, « on y
voyait, en divers endroits, sur petites mottes élevées en
façon de fort, entre ombrageuses vallées, plusieurs vestiges
(1) Pour divers auteurs, notamment Boirot-Desservicrs, le champ de
la Pâlie aurait tiré son nom d’un temple dédié à Pallas. Le docteur
Foilchon est d’un tout autre avis : « Il y avait là, dit-il, une petite écluse
destinée aux irrigations et fermée par une pelle soutenue par un pan de
maçonnerie qui a subsisté longtemps après elle. Les habitants dirent :
le champ de la Pâlie, ainsi qu’ils ont fait dans des circonstances ana-
logues, conformément au génie de leur langue; et, par une métamor-
phose sans exemple dans la fable, une pelle de bois devint une déesse. »
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
433
et ruines d’édifices et grosses murailles de briques cimentées
antiques, et, outre le ruisseau des bains, sur une autre
montagne, les ruines d’un autre grand château fort. » Jean
Banc signale « les ruynes qui y paroissent fort grandes en
forme d’architecture ancienne », et, à l’époque où écrivait
Barailon, au commencement du dix-neuvième siècle, il existait
encore des ruines ayant 4 à 5 mètres d’élévation.
Les débris des monuments antiques semblent avoir été
longtemps exploités comme de véritables carrières, où l’on
trouvait des pierres taillées d’avance et des matériaux tout
préparés. La tradition veut que Néris ait fourni les matériaux
qui ont servi à bâtir Montluçon, et nous avons la preuve qu’à
la fin du dix-huitième siècle cette exploitation continuait encore,
souvent à l’insu et contre la volonté des propriétaires des
ruines (1).
De tous les monuments que nous venons de passer en
revue, il ne reste d’apparents que le théâtre, converti en jar-
din public, une levée de terre qui faisait partie des défenses du
camp et la piscine récemment découverte par M. Moreau de
Néris. Quelques inscriptions, des tronçons d’aqueducs, des
chapiteaux, des fragments de sculptures et des débris de
constructions de tous genres ont été réunis sous le péristyle
de l’établissement thermal.
L’emplacement de la ville proprement dite, sur le plateau,
à droite de la route qui conduit à Montluçon et en arrière du
théâtre, ne présente plus aucun vestige visible au-dessus du
sol. On y a découvert cependant de nombreux puits, dans
(1) Nous pouvons citer à cet égard une pièce intéressante, publiée
dans le Bulletin de la Société d’émulation du Bourbonnais, 1898, p. 93 :
« Pouvoir donné par M. Dreuilie d’Issard à M. Sallard (Pierre), procu-
reur à Moulins, du 2 juillet 1787, pour exercer des poursuites contre
Marien Forichon, cabaretier à Néry-les-Bains, et François Berlon,
vigneron, pour « être entrés dans un terrain à lui appartenant, y avoir
« l'ait des touilles considérables et avoir enlevé beaucoup de pierres, des
« carros, des quartiers de pierres ou marbres qui formaient des collon-
« nades de gros pilliers dans un ouvrage souterrain et ancien des Ro-
<' mains... dont ils ont vendus parties à différents particuliers et notam-
« ment à Laurent Soulier, huissier à Néry et Marien Lafont, aubergiste
« aux buis de Néry. »
28
434
LA GAULE THERMALE
lesquels d’importantes trouvailles d’objets les plus divers ont
été faites, et les haies de buis croissant sur des débris de
tuiles et de pierres dont le* sol est couvert par endroits sem-
blent dessiner cl’une façon assez précise le périmètre et les
divisions de la cité antique.
11 est impossible de tenter l’énumération, même la plus
sommaire, des objets de toute nature : poteries, verreries,
vases en métal, armes, outils et ustensiles divers en fer et en
bronze, bracelets, bagues, bijoux, dont quelques-uns en or,
d’un précieux travail, que l’on a rencontrés et que l’on ren-
contre encore à Néris, au cours des moindres fouilles.
Malheureusement, la majeure partie de ces trouvailles a été
emportée par les baigneurs, ou dispersée dans des collections
étrangères à la région, et il en reste bien peu dans le petit
musée local, où il aurait été cependant si intéressant de
chercher à rassembler le plus possible de ces épaves de l’an-
tique splendeur nérisienne.
Vichy. — C’est à Vichy, ainsi que nous l’avons dit plus
haut, que nous plaçons sans hésitation la station d’Aquæ Calidæ
de la Table de Peutinger. Quelle que soit, d’ailleurs, la dénomi-
nation antique de cette cité thermale, il est deux points hors
de toute discussion : l’existence sur l’emplacement d’une
partie du Vichy actuel d’une importante agglomération à
l’époque gallo-romaine, et l’utilisation, à cette époque, de
deux, au moins, des sources qui ont assuré à cette station
son renom universel.
Le Vichy antique n’était pas seulement une ville thermale,
mais aussi une cité industrielle, où, comme sur différents
autres points de la vallée de l’Ailier, la céramique faisait
l’objet d’une fabrication et d’un commerce considérables.
D’innombrables débris de fabrication de poteries de toutes
sortes y ont été recueillis, et l’existence d’anciens fours de
potiers a été reconnue, notamment sur remplacement des
batiments de la gare du chemin de fer et au village de A aisse,
situé en face de Vichy, sur la rive gauche de P Allier. La ville
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
435
antique n’occupait pas toute l’étendue couverte par le Vichy
actuel: son périmètre peut être largement esquissé par le
diagramme suivant : l’Ailier, le Sichon, la voie du chemin de
fer et une ligne allant de cette voie au pont actuel, en passant
par la source de l’Hôpital, laissant ainsi en dehors la source
des Célestins et le rocher sur lequel s’éleva le Vichy du
moyen âge.
Toute cette région a été féconde en trouvailles de toute
nature : substructions et débris de constructions, pierres
funéraires, médailles, poteries, lampes, moules céramiques et
statuettes, instruments divers en fer et en bronze, bijoux, etc.
L’étude d’ensemble du Vichy gallo-romain (T) nous entraî-
nerait trop loin : nous nous bornerons à résumer brièvement
les indications que des découvertes successives ont fournies
relativement à l’existence de notre station au point de vue
thermal.
Les eaux d’Aquæ Calidæ étaient employées en bains et en
boissons, et deux sources : le Puits Carré ou source Chornel
et la source Lucas, avaient été l’objet de travaux d’aménage-
ment. L’ingénieur François, dans un rapport du 16 avril 1856,
décrivait ainsi ceux qu’il avait reconnus lors du captage du
Puits Carré, en 1844 : « La source s’élevait dans une che-
minée maçonnée ayant 0 m. 86 de section. On découvrit, en
travers de cette cheminée, un diaphragme horizontal de tra-
vertin, de 0 m.40 d’épaisseur moyenne, au centre duquel la
source n’avait conservé que deux bouches étroites, n’ayant
ensemble que 9 centimètres carrés d’ouverture (2)... Il est
(1) Cette étude a été laite de la façon la plus complète dans l’ouvrage
tout récent de MM. Mallat et Cornillon, Histoire des eaux minérales
de Vichy, 1906. A la page 18, bibliographie des ouvrages et mémoires
relatifs aux différentes découvertes archéologiques faites à Vichy.
(2) Telle était déjà la description donnée par J. Banc (op. cil.) des
bains de Vichy en Bourbonnois. « La source, dit-il, est la moins
mignardée d’art et d’adjencement que j’aye veu. en France; mais c’est
merveilles qu’elle peut fournir elle sculle autant d’eau que pourraient
plusieurs autres de celles des Bourbons. Elle ne ressort que d’un puits
l’ai et en ovale, qui a do longueur 6 pieds, de largeur 5, et de profon-
deur 4; basty de bonne pierre de taille, le fonds est pavé d’une seule
436
LA GAULE THERMALE
difficile (le se faire une idée, sans avoir vu les lieux, des
efforts qui furent faits à l'époque gallo-romaine pour arrêter
la dérivation de la source vers le sud-est, bien qu’alors le
niveau d’emploi ne fût qu’à 2 m.20 environ au-dessous du sol
actuel du grand établissement : on établit des massifs de
béton considérables, formant barrage, dont l’épaisseur s’élève
jusqu’à 5 et 6 mètres et qui descendent jusqu’à 7 mètres de
profondeur au-dessous du sol actuel. »
Entre le Puits Carré et l’Ailier, on aurait, d’après M.
V oisin (1), retrouvé les traces d’un aqueduc remontant égale-
ment à l’époque gallo-romaine.
A la source Lucas, des travaux exécutés en 1844 mirent à
jour une piscine en ciment construite sur la source même, et
d’où partait une conduite menant les eaux à une source, dite
des Acacias, que les travaux alors entrepris firent dispa-
raître (2).
Des baignoires en pierre et en marbre, éparpillées un peu
partout, des piscines découvertes place de l’Hôtel-de-Ville,
boulevard Victoria, rue Alquié, alimentées par les eaux miné-
rales ou des eaux douces, dont le bassin de distribution, à fond
cimenté et à bords en pierres, a été reconnu, font présumer
l’existence dans l’ancien Vichy thermal d’un certain nombre
de bains publics ou privés, indépendants du grand établis-
sement qui s’élevait à peu de distance du Puits Carré, et non
loin du temple de Jupiter Sabasius, qui en était peut-être
une dépendance (3).
Des fouilles pratiquées en 1837 avaient amené la découverte
sur ce point, de frises, corniches, chapiteaux, pilastres, tron-
pierre toute percée pour l’usage cle la descharge de l’eau, le tout bien
joinct avecque bon et fort ciment. »
(1) Mémoires sur les sources minérales de Vichy et des environs. Annules
des Mines, 7° série. Mémoires, t. XVI, 1879.
(2) Voisin, op. cil. — Beaulieu, Antiquités des eaux minérales de Vichy,
Plombières, Bains et Niederbronn, 1851.
(3) « La cité thermale, ville de repos et de plaisirs, qui avait ses
dieux, ses temples, ses bains publics et privés, ne dépassait guère les
limites du quartier du Moûticr qu’elle occupait entièrement. » — M allat
et Cop.nillon, op. cil., p. 17.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
437
çons de colonnes de pierre et de marbre, provenant d’un
édifice de grande importance. Un réservoir cimenté, presque
entièrement rempli de tessons de vases, de statuettes en argile
et de débris de tout genre, des couches épaisses de béton,
anciens fonds de piscines rencontrés à un mètre de profondeur,
avaient fait supposer qu’on était là en présence des anciens
thermes, hypothèse que vint confirmer, en 1864, la suite des
travaux de déblaiement de ces substructions. « On y trouva,
disent MM. Mallat et Cornillon (op. cit., p. 31), un assez
grand réservoir qui en surplombait le fond, un aqueduc
encore incrusté de dépôts des eaux minérales, des pilastres
percés à jour pour laisser écouler les eaux des toitures, des
colonnes, des étuves, des salles de frigidarium et aussi, rue
Louis-Blanc, grand nombre de fragments de baignoires en
marbre blanc. » Nous devons malheureusement constater une
fois de plus qu'il ne reste plus aucun vestige apparent de ces
substructions, et j'ignore même s’il en a été relevé un plan
précis; mais l’énumération seule de ces trouvailles prouve
qu’il existait à Aquæ Calidæ un établissement considérable,
pourvu de toutes les ressources balnéaires alors en usage.
L’emploi des eaux en boissons ne peut non plus faire
l’objet d’aucun doute. Il est intéressant de remarquer que les
buveurs de Vichy se servaient généralement de coupes en
terre cuite de forme particulière, dont nous avons déjà parlé
lorsque nous nous sommes occupés des eaux prises en boisson.
On a trouvé de nombreux témoins de cette pratique, intacts
ou fragmentés, non seulement aux sources Lucas et du Puits
Carré, mais aussi à la Grande-Grille et à l’Hôpital, ce qui
semble démontrer que, bien que ne présentant pas de traces
de captage ancien, ces dernières sources devaient cependant
être recueillies pour la boisson à leur point naturel d’émer-
gence.
Abrest. — Au village d’Abrest, situé sur la rive droite de
l’Ailier, à trois kilomètres environ de Vichy, une source ferru-
gineuse, découverte en 1883, a présenté les tracés certaines
438
LA GAULE THERMALE
d'un captage ancien, remontant très probablement à l’époque
gallo-romaine. D’après une communication de M. Bertrand à
la Société d’émulation de l’Ailier (1), des matériaux portant
la marque des œuvres romaines ont été retrouvés dans la
touille, qui avait été pratiquée de façon à conserver un petit
baquet en bois de chêne, presque carré, de 0 m. 55 sur
0 m. 50 et 0 m. 28 de profondeur, creusé dans une seule bille
a 1 époque du captage ancien. La fontaine était préservée par
une dalle de deux mètres de côté; un tuyau, également en
bois, conduisait les eaux vers l’Ailier après leur sortie du
baquet.
Ce petit ensemble de travaux paraît bien constituer un mo-
deste aménagement, destiné vraisemblablement à une sorte
de buvette d’eau minérale.
Bourbon-Lancy. — La ville de Bourbon-Lancy, l’Aquæ
Nisinciæ de la Table de Peutinger, si l’on admet l’opinion la
plus répandue sur cette question de géographie ancienne,
semble avoir eu dans l’antiquité une importance considérable.
Au dire de Courtépée (2), il n’y avait point, après Autun, ville
de Bourgogne, où l’on eût plus de marques d’ancienneté. La
cité gallo-romaine s’étendait à l’ouest de la ville actuelle, dans
la direction de la Loire, du côté du petit village de Saint-
Denis. Dans toute cette région, les restes de travaux antiques :
mosaïques, débris de colonnes, d’ornements sculptés, de
frises, de statues, ont été exhumés en grand nombre. « Là,
dit Jean Banc, se trouvent encore de vieilles murailles, des
bâtiments superbes, des briques fort grandes, sur lesquelles
on découvre parfois quelques figures à demi effacées, force
marbres antiques divers de grandeur et de coloration. » Et
Auberi (3) signalait « tirant vers le levant, un grand chemin
encore remarquable par neuf ou dix grandes pierres de taille,
(1) Bulletin de la Société d'émulation de V Allier, t. XVII, p.202. Séance
du 3 août 1883.
(2) Description du duché de Bourgogne, t. III.
(3) Les bains de Bourbon-Lancy et V Archambault, par J. Auberi, Bour-
bormois, docteur en médecine, 1604.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
439
posées à plat, qui font comme un portai cle ville, et une mu-
raille à chaque costé du chemin, qui reste encores, nonobstant
sa ruine, de deux pieds hors de terre, descendant environ
deux cents pas, et formant le chemin par lequel les anciens
se conduisaient aux bains. »
Les sources qui alimentent les thermes sont situées sur une
ligne parallèle à la muraille rocheuse que les Romains, pour
assurer le captage, avaient taillée cà pic sur une hauteur de
quinze mètres. Auberi (op. cit.) nous indique de quelle ma-
nière était opéré ce captage, encore apparent de son temps :
« A l’un des bouts du rocher, du côté du levant est la grande
source d’eau chaude des bains, sortant dudict rocher. Geste
eau, de la grosseur de la cuisse d’un homme, tombe dans un
bassin de pierre de taille bien cimentée... A un endroit dudict
bassin, du costé qui regarde le midy, il y a un canal de terre
cuite tout rond, d’un pied de rondeur sur tous endroits, lequel
par le dedans est rernply d’un canal de plomb de l’éspesseur
d’un doit, et a ledict canal de longueur plus de soixante pas
qui s’estend le long du rocher, duquel il est distant d’une
toise : ce canal est enveloppé et entorné comme d’un estuy
d’une grosse muraille faicte à moulons de chaux et sable de six
pieds d’espesseur et d’hauteur en tout quarré pour empescher
tout ce qui pourroit offencer ce canal contenu en icelle. Entre
cette muraille et le rocher il y a un canal de pierre de taille de
l’h auteur susdicte pour recevoir les eaux pluviales et autres
immondices, qui tombent du rocher et s’écoulent autre part
que dans les bains. Dans le premier canal de plomb revestu
de terre cuitte y a sept autres tuyaux de plomb, sortants de
ce rocher, qui distribuent à sept fontaines qui sont au-dessus. »
Bourbon-Lancy reçut, à partir du seizième siècle, la visite
fréquente de grands personnages : Catherine de Médicis y
vint en 1342; Henri III et la reine Louise de Lorraine y pas-
sèrent six semaines en 1380; Henri IV subventionna des tra-
vaux de restauration des bains; Richelieu, en 1640, s’en
occupa également. Cette vogue des eaux de Rourbon déter-
mina une série de travaux et de recherches, notamment en
440
LA GAULE THERMALE
1 580, 1602, 1608 et 1680, au cours desquels les ouvrages anciens
purent être reconnus et décrits et, s’il en existe actuellement à
peine quelques rares vestiges, les écrits de divers auteurs
nous permettent de nous rendre compte de ce que devaient
être, au temps de leur splendeur, ces luxueux édifices, le
chef-d’œuvre, dit Jean Banc, restant le plus entier en ces
Gaules des bains de toute l’antiquité.
Les eaux thermales étaient captées dans plusieurs puits,
dont Pun, le Lymbe, était circulaire, construit en moellons
de marbre et de granit disposés en gradins, environné par
le dehors d’un « fort cyment de plusieurs pièces de marbres
de diverses couleurs. Il y avait aussi, un bort de marbre
blanc, relevé d’un pied de terre, de pareille espaisseur, troüé
à usage de treillis de fer, pour deffendre de péril les moins
advisez. »
Les autres puits étaient de forme carrée et de moindre
dimension.
A peu de distance des puits on rencontrait les bains, déjà
signalés en 1567 par Nicolas de Nicolay (1), qui mentionne
spécialement « le grand bain... faict en forme de piscine
ronde, estant environné de degrés en façon de théâtre, auquel
on entre par cinq portes faictes à l’antique de grosses pierres
sans chaulx ni sable cramponnées de fer, qui est œuvre admi-
rable et très-antique du païs des Romains. » Un dessin colo-
rié, à la page 160 du manuscrit de Nicolay, représente ce bain
comme une sorte de tour placée au milieu d’un bassin et reliée
par un mur à la rive, dans laquelle s’ouvre un puits circu-
laire. On distingue très nettement les niches pratiquées à l'in-
térieur du bain et les cinq portes rectangulaires séparées par
des contreforts (fig. 61).
Une description très complète de ces mêmes bains se trouve
dans une lettre de M. de Comiers, prévôt de Ternant, publiée
(1) Générale description du pais et duché de Bourbonnois, lo69, par
Nicolas ue Nicolay, Dauphinois, sieur d’Arfeuille, valet de chambre et.
géographe ordinaire du Roy. Manuscrit conserve a la bibliothèque
Mazarine.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
441
dans le Mercure galant de juillet 1681 (1), dont nous extrayons
les principaux passages : « Du côté du septentrion est le bain
royal. 11 est de figure ronde, ayant quarante-deux pieds de
diamètre dans œuvre et quatorze de profondeur, qui sont em-
ployez, savoir en trois pieds et demi de hauteur d’eau ser-
vant à l’usage de bain et le surplus en ornements d’architec-
ture. Les murs ont six pieds d’épaisseur et sont faits de gros
quartiers de pierre qui paraissent avoir été fondus par le mé-
Fig. 61. — CHATEAU ET BAINS DE B OURB ON-L ANC Y
AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.
Réduction d’une estampe d'Israël Silvestre. (On aperçoit l’édifice en rotonde
du bain royal.) Communiqué par M. le directeur de l’Etablissement ther-
mal de Bourbon-Lancy.
lange des matières étrangères qui les composent. A l’entour
de ces murs, on voit douze niches espacées de six en six
pieds, en ayant chacune neuf de hauteur, cinq de largeur et
quatre de profondeur. Six de ces niches sont arrondies par
dessus en cul-de-four, et les six autres sont couvertes de
plates-bandes (2). Au-dessus des niches est une corniche
(1) Rapporf.ée dans les Origines de Bourbon-Lancg , par le Révérend
Du Mesnil. Bulletin-Revue de la Société d’émulation et des beaux-arts du
Bourbonnais, 1894.
(2) Dans une notice consacrée à Bourbon-Lancy, publiée en 1849, le
442
LA GAULE THERMALE
d’ordre toscan, qui fait le contour des murs. Ces niches
étaient autrefois ornées de douze statues posées sur des pié-
destaux, qui paroissent encore à présent. II en sort divers
canaux qui portent l’eau des fontaines dans un bain, où l'on
descend par des marches placées à l’entour des murs (fy. 02). *
Il cite ensuite trois bains joints au bain royal : « Les deux
bains V et N sont séparez du bain M par un mur de pierres
de taille de cinq pieds huit pouces de hauteur sur cinq d'é-
paisseur. Dans le milieu de leurs faces qui regardent le septen-
trion et le midy, l’on voit quatre grandes niches qui estaient
autrefois remplies de quatre statues, l’une desquelles repré-
Fig. 62. — BAINS ANTIQUES DE B O U R B O N-L AN C Y.
Croquis d'après le plan du Mercure galant.
sentait deux baigneurs folastres. On dit qu’on l’a transportée
dans la maison royale de Fontainebleau. Ces trois derniers
bains ont chacun trois pieds et demi d’eau, dans laquelle on
descend aussi par des marches qui régnent autour des murs.
« Tous ces bains et ces fontaines se vuident par le bas et à
fleur d’eau, par des canaux de bronze, de plomb et de pierre,
dans des aqueducs intermédiaires et de là dans le grand aque-
duc, qui sert de réceptacle général à toutes les eaux. » D’après
l
docteur Rérollc faisait allusion à des conduits saillants qui auraient
existé à la partie supérieure de ces niches, et qui, d’après lui, étaient
destinés à l’administration des douches.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
443
Jean Banc, ce canal général de décharge « était de près d’un
quart de lieue de longueur, voulté et pavé fort loing de belles
pierres de taille, inesgal en hauteur et largeur, en certains
recoins recourbez, qui ont été faicts à dessein plus hauts et
larges, pour le ramas plus aysé de toutes sortes d’eaux : et
afin d’ayder à la ventilation de ce cours, joinct les souspiraux
anciens qui estoient en divers lieux de distance convenable,
communément la hauteur est de six pieds et deux de lar-
geur. » Ragut (1) parle également de cet ouvrage en ces
termes : « Cet aqueduc est construit avec des blocs énormes
de pierres fort dures, et ses dimensions sont telles qu’un
homme peut y marcher debout et y faire rouler une brouette.
Sa hauteur est de deux mètres sur un mètre de largeur. On
remarque, en le parcourant, les ouvertures de plusieurs canaux
en plomb, en cuivre et en pierre, dont quelques-uns four-
nissent encore de l’eau. »
Les travaux d’installation moderne ont fait disparaître
toutes ces constructions, dont il ne reste que le puits du
Lymbe, avec ses gradins intérieurs qui lui donnent la forme
d’un cône renversé descendant jusqu’à dix-neuf mètres de
profondeur. Les statues et les débris de construction les plus
intéressants ont été dispersés. D’après le docteur Robert, cité
par Greppo ( op . cit., p. 54), douze statues en marbre furent
enlevées par Richelieu, d’autres furent envoyées plus tard
aux musées de Paris et d’Autun (2); les marbres, les colonnes,
les chapiteaux furent transportés à Mâcon en 1804.
En 1836, rapporte Ragut (op. cit.), on découvrit à la pro-
fondeur de trois ou quatre mètres les restes de deux salles
d’étuves, l’une revêtue de marbre blanc, l’autre de marbre
gris, chauffées par des tuyaux en terre cuite ouverts par leur
sommet et communiquant avec un réservoir d’eau thermale.
(1) Statistique du département de Saône-et-Loire, 1838.
(2) Je n’ai pu retrouver la trace des statues qui seraient entrées au
Louvre, au musée des Antiques. Le musée d’Autun possède une statue
d’homme, en marbre blanc, assez mutilée, mais d’un très bon style et
d’une exécution habile. (Figure dans les Mémoires de la Société Êduenne,
nouvelle série, t. XIX, 1891, p. 54.)
444
LA GAULE THERMALE
Le sol de ces étuves, supporté comme de coutume par de
petits piliers de briques rondes, comprenait trois couches :
l'une de larges carreaux en terre cuite posés sur des piliers,
la seconde d’une couche épaisse de ciment, la troisième d'un
pavé de marbre.
De nombreuses trouvailles sont encore faites de nos jours
lorsqu’on remue le sol de l’ancienne cité thermale. En 4892,
notamment, une fouille fit découvrir un puits antique rempli
d’objets de toute sorte : poteries, vases de bronze, outils en
bronze et en fer, constituant une véritable cachette faite dans
un temps de trouble ou de fuite précipitée (1).
Le fragment suivant d’inscription sur marbre blanc rosé,
trouvé également dans un puits et conservé au musée d’ Au-
tun, semble avoir eu un rapport direct avec les thermes, par
rétablissement ou la réparation d’une fontaine (2) :
A VG- SACll
CRET- FEL
OXTEM
Un certain nombre de fragments de constructions antiques,
quelques monuments épigraphiques, des statuettes en terre
blanche : Vénus, Déesses-Mères, enfants, oiseaux et animaux
divers, des objets mobiliers en fer, bronze, verre, céramique,
ont heureusement échappé à la dispersion et été réunis dans
un petit musée installé dans l’ancienne église Saint-Nazaire (3 ).
Bourbon-l’Arciiambault. — Comme dans la plupart de nos
anciennes stations thermales, le passé de Bourbon-l'Archam-
bault est resté enfoui dans le sol, et des débris de marbres,
d'enduits, de mosaïques, des fragments de poteries et des
briques à rebord sont aujourd’hui les seuls restes tangibles
de l’antique splendeur d’Aquæ Bormonis. Nous avons
(1) Abbé Melin et Bertrand, Notice sur une officine de potiers-mode-
leurs y allo-romains découverte à Bourbon-Lancy . Bulletin archéologique du
comité des travaux historiques.
(2) Mémoires de la Société Ëduenne, nouvelle série, t. XX, 1892, p. 392.
(3) Perrault-Dabot, L’Ancienne église Saint-Nazaire, à Bourbon-Laucy.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
445
cependant des renseignements assez précis sur l’agence-
ment ancien de la partie thermale, dus à des auteurs qui, au
seizième et au dix-septième siècle, ont donné des bains de
Bourbon des descriptions ayant trait certainement aux
ouvrages des Romains, toujours subsistants et encore
employés à cette époque. L’exactitude de ces descriptions a
pu, d'ailleurs, être Contrôlée, lorsque les grands travaux
d'aménagement exécutés vers 1882 ont amené à reconnaître
le captage gallo-romain, qui avait déjà servi de fondement à
l’établissement d'une voûte exécutée sur l’ordre de Gaston
d’Orléans, et qui a été encore employé de nos jours comme
base du captage moderne.
Le travail romain avait consisté à creuser, sur le fdon
thermal, une fosse rectangulaire de 5 m. 70 de profondeur,
5m. 90 de long et 1 m. 80 de large, dont on avait garni les parois
d'un béton étanche. Sur cette fosse étaient placés trois puits
cylindriques en maçonnerie, contigus, de 1 m. 72 de diamètre
et de 3 mètres de haut, qui n’étaient que trois orifices distincts
de la même chambre et s’arrêtaient à 2 m. 70 du fond. « Peut-
être, dit M. de Launay, a-t-on voulu, par une idée bien
erronée, établir là, au-dessus des griffons, des sortes de
tuyaux d’aspiration, qui n’exercent, en réalité, aucune influence
sur le régime des eaux (1). »
La construction était revêtue de belles pierres de grès, mais
seulement jusqu’à la profondeur de 5 m. 17, où l’on voyait
paraître et se continuer jusqu’au rocher un béton entouré de
revêtements extérieurs en terre glaise, destiné à isoler com-
plètement les eaux thermales.
A côté de ces puits était un bassin à ciel ouvert, à usage
de piscine, dont Nicolas de Nicolay et Jean Banc, qui, tous
deux, mentionnent l’existence des trois puits, nous donnent
des descriptions parfaitement concordantes. « Audit bourg de
Bourbon, dit le premier, au-dessus des balles, sont les baings
(1) De Launay, Cours des Mines et Mémoires sur les sources minérales de
Bourbon-!' Archambault. Annales des Mines, 8e série. Mémoires, t. VIII,
1888.
4 46
LA GAULE THERMALE
chauldz provenant des fontaines chaudes qui passent par
raines d alun et de soulphre... Lesdictz baings sont tout envi-
ronnés de muraille antique pour la rétention des eaues et
tout autour par le dedans il y a de grandes marches et
degrés de grandes pierres de taille, pour servir de sièges à
ceux qui s’y baignent, et y a une séparation du cousté des
halles au bout du grand baing d’une longue muraille de
pierres plates au milieu de laquelle, par un petit canal,
s’écoule l'eau e dans un autre réceptoire deux fois plus petit
que le grand, où les femmes dudict bourg lavent leurs linges
et leurs lessives. » Un dessin colorié joint au mémoire de
Nicolay (p. 115 du manuscrit ) représente le bassin qui vient
d’être décrit. Le long cl’une des murailles s’élèvent trois
tuyaux polygonaux, ouverts comme des sortes de cheminées.
Un puits circulaire est représenté à quelque distance du
bassin. Dans le compartiment de gauche, quatre femmes
lavent du linge ; la partie principale du bassin est occupée
par des baigneurs des deux sexes, dont les vêtements sont
déposés sur les bords.
Et Jean Banc : « (Les puits) sont fort bien cimentés, posés
dedans le grand espace du bain, fort proches de la muraille,
du côté de la maison du Fauconnier, tirant vers le soleil levé.
Il y a trois sièges assez larges, couverts de la même muraille
du bain, qui servent à reposer ceux qui se baignent. 11 y a
autour dudit bain cinq grands degrés pour y descendre; la
figure en est presque carrée et capable de tenir bien cent
personnes ; il est divisé en deux par une muraille faite à tra-
vers qui n’est pas également tirée. »
Outre cette grande piscine, il devait y avoir dans le Bourbon
antique des piscines séparées, formant probablement des
bains particuliers, et alimentées par des conduites en pierre et
en plomb, qu’on a découvertes en grand nombre en cons-
truisant les maisons voisines de la source et en exécutant
des travaux pour pourvoir la ville d’eau froide. Dubuisson
d’Aubenay parle en ces termes d’un de ces établissements
séparés : « On a découvert au-dedans de l’édifice romain un
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
447
plancher à grands carreaux de marbre blanc..., qu’on leva
avec bien de la difficulté. Il y avait par-dessous un ciment
très dur, au-dessous duquel il y avait un autre plancher de
grands carreaux de pierre qui couvrait une voûte ou crypte
en laquelle il y avait de l’eau. Ce qui fit croire que c’était
bien un bain particulier, où l'eau était conduite des bains
qui sont tout proches. » Une autre découverte de piscine
gallo-romaine était également signalée en 1873, au cours de
fouilles qui devaient être continuées et surveillées d’une façon
méthodique (1).
Ce mode d’exploitation des eaux de Bourbon s’était con-
tinué au moyen âge, et il est vraisemblable qu’il s’exerçait
dans des ouvrages remontant à l’époque gallo-romaine. Un
roman d’aventures du treizième siècle, Flamenca , écrit vers
1234, nous a laissé un tableau du plus haut intérêt de la vie,
fort libre d’ailleurs, qu’on menait alors aux établissements
thermaux de Bourbon. Bien que nous ayons laissé volontaire-
ment ce point en dehors de notre étude particulière, il nous a
semblé indispensable de signaler ici cette œuvre, qui jette un
jour si curieux sur la très intéressante question de la survi-
vance de l’emploi des eaux thermales pendant le cours du
moyen âge (2).
En terminant ce qui est relatif à Bourbon-rArchambault,
signalons également une construction antique destinée à
recueillir les eaux d’une source minérale froide, à deux kilo-
mètres de Bourbon, sur la route d’Ygrande. D’après une note
manuscrite d’Esmonnot, rapportée par M. l’abbé Clément (3),
cette source était captée dans une citerne de construction
antique, en pierres de taille, voûtée et percée de trois ouver-
tures. L’eau arrivait du fond de la citerne par les fentes des
(1) Société d’émulation de l’Ailier, t. XII, 1873.
(2) Pour la bibliographie sur Flamenca et l’analyse très complète du
roman, voir Ch.-V. Langlois, La Société française au treizième siècle d’après
dix romans d’aventure, 1904.
(3) Inventaire archéologique et bibliographique des communes du départe-
ment de l'Ailier, canton de B ourbon-V Archambault . Moulins, 1890. — Sur
Bourbon, voir également : Docteur Régnault, B ourbon-V Archambault, ses
eaux minérales et ses nouveaux thermes, 1886.
448
LA GAULE THERMALE
rochers. Des médaillés de différentes époques trouvées lors
du curage de cette citerne enlevaient toute espèce de doute
sur l’ancienneté de son origine.
Saint-Honoré- les-Bains. — Ces eaux thermales sourdent en
deux étages au pied d’une colline sur le sommet et le flanc de
laquelle s’élève le bourg de Saint-Honoré. Station romaine
dont, comme nous l’avons vu, l’identification est encore
sujette à controverse, elle paraît sous le nom (ïArbandal dans
un récit légendaire, qui y fait venir les légions de César,
rongées par une horrible lèpre. Ruinés à une époque indéter-
Fig, 63. — SAINT-HONORÉ. — BASSIN DE RECETTE
DES EAUX DE LA CREVASSE.
D'après le plan joint au Guide de Charleuf et Collin.
1. 1. 1. — Puits. 2. 2. Trop-plein des puits. — 3. Salle des puits.
— 4. 4. 4. Renfoncements en décoration. — 5.. 5. 5. Ecoulement
des eaux froides du rocher.
minée, les thermes disparurent, en même temps que les
sources, sous les eaux d’un étang formé par les Bénédictins,
qui avaient fondé un prieuré à Saint-Honoré. Les sources
reparurent en 4773, après qu’un terrible orage eut emporte
la digue qui maintenait les eaux de l’étang. A’ers 181-, des
travaux entrepris près des sources ne pénétrèrent pas jus-
qu’aux restes des travaux romains, dont la partie supérieure
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
449
ne fut atteinte que lors des recherches entreprises en 1820 par
le marquis Antoine d'Espeuilles. Depuis lors, des découvertes
successives ont permis de se rendre compte de la disposition
et de l'importance des ouvrages anciens.
Les ingénieurs romains commencèrent par détourner et
endiguer deux ruisseaux dont les eaux venaient se mêler à
celles des sources minérales, et ils assurèrent encore l’isole-
ment des sources en les environnant d’une épaisse couche
d'un béton dur comme du granit.
« En 1820, disent MM. Collin et Charleuf (1), on déblaya
le bassin de recette des eaux de la Crevasse, la partie la plus
ornée des travaux antiques (fig. 63). On y voyait quatre saillies
semi-circulaires, renfermant autant de piédestaux revêtus de
Fig. 64. — SAINT-HONORÉ. — BASSIN DE RECETTE DES SOURCES INFERIEURES.
D’après le plan joint au Guide de Charleuf et Collin.
1. Enceinte des puits. — 2. 2. 2. Puits des sources. — 3. 3. Piscines romaines. —
4. 4. Canal de vidange des puits. — 5. 5. Ecoulement des eaux froides du rocher.
marbre blanc ; le sol était dallé de ce même marbre, qu’on
suppose avoir été tiré de Champrobert. Le réservoir renfer-
mait cinq bassins peu profonds, trois circulaires et deux
carrés, taillés dans le béton... »
« Les fouilles, reprises en 1838, mirent à découvert l’en-
semble des thermes antiques (fig. 64) : tout le bassin inférieur de
recette des sources dites de la Marquise, sept puits communi-
quant entre eux par un canal revêtu de marbre, une piscine,
(1) Saint-Honoré-les-Bains. Guide médical et pittoresque, 1865.
29
450
LA GAULE THERMALE
un dallage de calcaire compacte ou pierre lithographique : ou
reconnut à ses piles de briques rondes, à ses, conduits de cha-
leur verticalement disposés l’hypocauste, foyer souterrain
destiné à chauffer l’ensemble de l’édifice; un impluvium
régnant à l’entour du réservoir isolait les eaux froides prove-
nant, soit des pluies, soit des suintements du rocher. »
Ces découvertes ne firent d’ailleurs pas connaître l’intégra-
lité des thermes, dont il apparaît des parties nouvelles chaque
fois que des travaux de fond sont pratiqués aux environs de
l’établissement thermal. Ainsi, vers 1864, on arriva, en pous-
sant une galerie vers l’est, à un réservoir 'de forme ovalaire,
de 0 m. 80 dans son plus long diamètre sur 0 m. 50 de profon-
deur, bâti en pierres sèches reliées entre elles par une mousse
qui s’était conservée verte et fraîche (1).
De même, pendant l’hiver 1886-1887, en creusant les fonda-
tions d’une nouvelle salle de douches, on découvrit, outre de
nombreux débris de tuiles à rebords, marbres, poteries,
tuyaux d’hypocauste, une piscine romaine, un couloir revêtu
de stuc peint en rouge et plusieurs murs de petit appareil,
ainsi qu’une mosaïque très bien conservée, se prolongeant,
d’un côté sous le parc de l’établissement, de l’autre sous la
butte du Casino (2).
A côté de l’établissement thermal, il existait à Saint-Honoré
un centre important de population. De nombreuses substruc-
tions, des puits antiques, des objets mobiliers découverts en
grand nombre, ont permis de déterminer remplacement de
l’agglomération gallo-romaine, qui commençait aux environs
de l’église, occupait tout le massif dtf bourg et une partie de la
colline s’inclinant vers les bains, et se prolongeait à l'ouest,
en suivant le tracé d’une ancienne voie, jusqu’à l’entrée des
bois. Le temple de la divinité locale, à laquelle était dédiée
l’inscription dont il a été question plus haut (3), devait vrai-
(1) Docteur Collin, Eludes médicales sur les eaux sulfureuses de Saint-
IIonoré. Congrès scientifique d’Autun, 1876.
(2) A. Blanchet, Statuette en lerrc cuite et bronze trouvés à Saint-
Honoré-les-Bains. Revue archéologique, 3e série, t. XXI, janvier-juin 1893.
(3) Voir p. 206.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
451
•semblablement occuper, au sommet de la colline, remplace-
ment de l’ancienne église, dans les murs de laquelle on a
reconnu la présence de nombreux matériaux romains.
Le Crot-Chaud. — A peu de distance de Saint-Honoré, sur
le versant sud de la Vieille-Montagne, des sources dites le Crot-
Chaud, légèrement sulfureuses, et dont la température varie de
12 à do degrés, semblent avoir été également l'objet d’un tra-
vail de captage à l’époque gallo-romaine. Elles sont recueil-
lies dans un bassin carré, de cinq mètres de côté, dont les
parois sont formées de grosses pierres granitiques. Les tra-
vaux de curage opérés dans ce bassin y ont fait découvrir,
ainsi que dans un champ voisin, de nombreuses tuiles à
rebords (1).
MM. Bulliot et Thiollier (2) avaient déjà signalé cette source
comme devant avoir été fréquentée par les malades gallo-
romains : « Les revêtements de marbre retirés de son bassin
an font foi. »
Saülx. — Dans le voisinage de Decize, près du château de
Saulx, les travaux entrepris en 1881 pour recueillir les eaux
d’une source minérale ont mis à jour des travaux de captage
gallo-romains. « Le bassin était formé de trois cuvettes car-
rées, superposées; celle du fond était la plus étroite, celle du
haut la plus large. Deux poutres placées [en biais soutenaient
les terres. On a recueilli dans ces fouilles des poteries, des
ex-voto en terre blanche et des monnaies allant de Domitien
à Claude-le-Gothique (3). »
Saint-Parize. — Les nombreuses substructions et les ves-
(1) Je dois ces renseignements à l’obligeance de M. le docteur Comte,
•de Saint-Honoré-les-Baius, qui a bien voulu se charger d’aller examiner
sur place l’ctat actuel de cette source.
(2) La Mission et le culte de saint Martin d'après les légendes et les mo-
numents populaires dans le pays éduen, 1892.
(3) Bulliot et Thiolliek, La Mission et le culte de saint Martin. —
Blaxchet, Les Trésors de monnaies romaines et les invasions germaniques
en Gaule , 1900.
452
LA GAULE THERMALE
tiges de tous genres recueillis aux environs du village de
Saint-Parize, dans la Nièvre, permettent d’affirmer qu’il
exista là une agglomération antique d’une certaine importance,
où certains archéologues ont voulu voir la Gergovia Boïorum
dont il est parlé dans César. La source froide de Saint-Parize,
remise en exploitation depuis peu, fut certainement utilisée
par les anciens occupants, ainsi que l’eau de la Fontaine des
Vertus , située à peu de distance.
Greppo (op. cit., p. 279 et 280) avait déjà signalé la décou-
verte, à 10 ou 17 pieds de profondeur, dans le bassin de la
source Saint-Parize, d’une grille en bois et de trois bassins,
en bois également, ayant la forme de baignoires, auxquels il
attribuait une haute antiquité, par analogie avec la piscine en
charpente découverte au Mont-Dore. A la Fontaine-des-Vertus,
source toute proche de Saint-Parize, on avait trouvé, en fai-
sant des déblais, un puits en forme d’entonnoir quadrangu-
laire ou de pyramide renversée.
Les indications fournies à Greppo n’avaient pas été com-
plètes, car M. Desforges, dans une brochure récente (1), men-
tionne l’existence, à une date peu lointaine, des murs
anciens qui entouraient la fontaine, ainsi que de son bas-fond
pavé formant trois bassins distincts creusés à six mètres de
profondeur.
Quant à la Fontaine des Vertus, on a retiré de ses eaux des
fragments de poteries ne laissant aucun doute sur son ancienne
exploitation, et on a mis à jour, non loin de là, il y a une
trentaine d’années, des poteries et trois piscines reliées entre
elles par des tuyaux.
Pougues. — L’existence antique de Pougues, au point de
vue thermal, semble, jusqu’à présent et dans l’état actuel des
découvertes, tout au moins très problématique. Le docteur
bourbonnais Jean Banc signalait les sources en ces termes :
« Dans l’entour d’un carré de murailles de XXV ou XXX
(1) Boïcns et Gorgobines.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
453
pas, il s’en trouve deux sources insignes, et celle cpii est à
main droite, en venant du bourg, s’appelle Saint-Léger » ;
mais il ajoute : « Je n’ay point appris des habitants du lieu
que leurs anciennes sources susdites ayent des autheurs
nommez de leur vieille descouverture et adjencement. »
D’après Le Nivernois , Album historique et pittoresque, publié en
1840 : « Rien, chez les écrivains romains, ne peut donner
l'idée que ce lieu ait été connu et fréquenté par les gens de
leur nation ; et cependant il est à peu près certain qu’ils y
avaient un établissement. A peu de distance de Fougues, dans
le champ de Bretagne, du côté de la Charité, on a trouvé des
briques à rebord, des débris de marbres étrangers et plusieurs
tronçons de colonnes. » Roubaud (1) se borne à reproduire
ces vagues données, qui, d’après lui, fournissent, relativement
à l’ancienne utilisation de ces eaux, une probabilité qui
touche de bien près à la certitude. J’avoue qu’en ce qui me
concerne quelques éléments de preuve de plus ne seraient pas
inutiles pour déterminer ma conviction à cet égard.
(1) Pougues. Ses eaux minérales, ses environs, 1860.
CHAPITRE VI
Région de l’Est et Vosges.
Sermaize. — Les eaux froides de Sermaize (Marne) étaient
déjà signalées par Greppo (op. cit., p. 273), et cela unique-
ment à raison du nom de Fontaine des Sarrasins sous lequel
cette source était connue de temps immémorial. « Comme on
ne saurait, dit-il, supposer une invasion des Sarrasins dans
cette contrée, il est naturel de penser que là, comme ailleurs
bien souvent, leur nom est synonyme de païens, c’est-à-dire
de Romains.. »
Des fouilles opérées dans le voisinage de la fontaine ont
changé cette hypothèse en certitude, en mettant au jour des
traces certaines d’occupation à l’époque gallo-romaine (1). On a
trouvé, outre des tuiles à rebords caractéristiques, des
médailles en grand nombre de Néron, Domitien, Adrien
Antonin le Pieux, Commode, Constantin, Licinien et Julien,
des débris d'armes, deux phallus en bronze, la partie anté-
rieure d’une statuette en pâte blanche, des vases en verre et
un certain nombre d’ustensiles divers (2).
Santenay. — Dans la Côte-d’Or, près de Santenav, au pied
d’une colline où s’élevait un temple consacré à Mercure (3),
naissent deux sources, l’une lithinée, l’autre salée, qui sont
(1) Bénard, Notice sur quelques objets antiques trouvés près de la fon-
taine de Sermaize, 1851. — H. Faure, Notice sur la source minérale de
Sermaize. Mémoires de la Société d'agriculture, commerce, sciences et arts
du département de la Marne, 1857. — Ch. Remy, Sermaize, ville d’eauar,
1873.
(2) Ces objets figurent dans une vitrine placée dans l'atrium de l'éta-
blissement minéral.
(3) Voir p. 242.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
455
encore aujourd’hui l'objet d’une exploitation assez active dans
un petit établissement thermal. Elles ne furent certainement
pas inconnues des Romains, qui laissèrent dans le village de
Santenay de nombreuses traces de leur séjour : débris de
constructions, débris de poteries et de verreries, médailles, etc.
Auprès des sources memes, on découvrit une grande quantité
de monnaies romaines d’époques diverses, dont quelques-
unes étaient recouvertes d’une couche d’or extrêmement
mince (1).
Maizières. — Le hameau de Maizières (Côte-d’Or), à six
kilomètres d’Arnay-le-Duc, possède une source appelée 1a.
Fontaine Salée, remise depuis
peu d’années en exploitation
et qui fut connue des Romains
et utilisée par eux. Le captage
antique, retrouvé dans un
excellent état de conservation
(fig. 65), consistait dans une
fosse de 1 m. 20, creusée dans
la microgranulite, fosse où la
source débouchait par les
diaclases de la roche. Elle
était recouverte d’une dalle en grès, munie d’une ouverture
demi-circulaire, sur laquelle s’élevait un puits rectangulaire
en maçonnerie. Un drainage fait tout autour du puits complé-
tait le captage, en isolant la source d’un pré marécageux
qui l’environne (2).
De nombreux objets antiques : tête d’une dea en calcaire,
fragments de poteries, statuettes de bronze, tuiles, tuyaux de
(1) Girault, Archéologie de la Côte-d’Or, 1823. — De Longuy, Notice
archéologique sur Santenay. Mémoires de la Société Eduenne, nouvelle
série, t. XII.
(2) De Launay, Recherches, captage et aménagement des sources thermo-
minérales. Cours professé à l’École des mines, 18(.)9. — Bulliot et
Thiollier, La Mission et le culte de saint Martin d’ après les légendes et les
monuments populaires dans le pays Eduen, 1892, p. 239.
Fig. 65. — COUPE ET PLAN DU CAP-
TAGE DE LA SOURCE DE MAIZIÈRES.
D’après M. l’ingénieur De Launay.
456
LA GAULE THERMALE
plomb, furent découverts aux alentours, ainsi qu’une certaine
quantité de médailles des deux Faustine, de Marc-Aurèle,
Gratien, etc.
Alise-Sainte-Heine. — Le village d’ Alise-Sainte-Reine, l’an-
cienne Alesia assiégée par César, possède des eaux minérales
de très modeste réputation.
Greppo (op. cit p. 448 à 453) parle assez longuement des
découvertes de tous genres faites sur l’emplacement de la ville
antique qui se substitua à l’oppidum gaulois, et fut, on en a
la certitude par les résultats des fouilles actuellement en
cours, une des cités les plus florissantes de la Gaule
romaine (4). Le savant abbé termine le chapitre consacré à
Alesia par ces mots : « Je ne vois pas qu’on ait trouvé à Alise
aucun reste d’antiquité qui présente un rapport certain avec
la source minérale, à moins qu’on ne veuille y rattacher quel-
que partie des aqueducs, ou des tuyaux en terre ou en plomb
qu’on y a signalés en assez grand nombre ; ce qu’une étude
approfondie des localités permettrait peut-être de faire. »
J’ai cru devoir cependant citer le nom d’ Alise en raison de
Fattribution, fort hypothétique d’ailleurs, du dieu topique
vc vêtis à sa source minérale (2), mais je dois faire observer
que les recherches qui se poursuivent activement, depuis la
fin de l’année 4905, sur le plateau d’Alise n’ont apporté
aucun élément permettant de conclure à l’utilisation ancienne,
dans un but balnéaire ou médical, de la source minérale qui y
prend naissance.
Bourbonne- les- Bains. — Depuis longtemps déjà les fouilles
pratiquées dans le sol de Bourbonne avaient permis de cons-
(1) Les recherches sur le plateau d’Alisc ont été reprises, à la fin de
4905, par la Société des sciences historiques et naturelles de Semur.
Elles ont déjà amené la découverte des substructions de plusieurs édi-
fices et d’un certain nombre d’habitations privées, ainsi que d’œuvres
d’art et d’une quantité d’objets de toute espèce, dont quelques-uns, du
plus haut intérêt, sont conservés dans un petit musée local.
(2) Voir p. 207.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
457
tater la présence d'importants travaux antiques et amené la
découverte de nombreux objets mobiliers et débris de cons-
truction, attestant l’existence en ce lieu d'une agglomération
considérable aux temps gallo-romains. Les différents ouvrages
reconnus avaient été étudiés avec soin, et l'on avait déjà tenté
de saisir le lien qui les unissait, lorsque des travaux, exécutés
en 1874 et 1875, vinrent donner de l’établissement thermal
ancien une idée d’ensemble, qui a fait l’objet d’une très inté-
ressante étude de M. l'ingénieur des mines Rigaud (1), étude
à laquelle nous ferons de larges emprunts.
Un rapport de l'ingénieur de Yaraigne (2), en 1783, signa-
lait déjà la découverte de ca-
veaux souterrains voûtés,
paraissant avoir servi d’étu-
ves, de deux bassins en pierre,
d'un autre bassin revêtu en
plomb, où se rendaient deux
tuyaux, dont l’un amenait de
l’eau froide, et de tout un
système de canalisation à
l’aide de tuyaux en plomb
(fig. 66). En 1808, un mé-
moire de Lebrun (3) décrit en
ces termes d’autres travaux
souterrains : « Un aqueduc
voûté qui, dans sa partie
sud, se divisait en quatre
branches évasées entre elles
en forme de quadrilatère
rectangle. Au radier du fond de cet aqueduc étaient quatre
(1) Notice sxir les travaux exécutés à Bourbonne-les-Bains. Annales des
Mines, 7e série, t. XVII, 1880.
(2) Bapport des travaux entrepris par M. le comte d’ Avaux, aux bains
et eaux minérales de Bourbonne. Dans la Bibliotheca Borvoniensis du
docteur E. Bougard, 1866, p. 469 et suiv.
(3) Mémoire de Lebrun, inspecteur en chef des ponts et chaussées, concer-
nant les eaux minérales et thermales de Bourbonne. Bibliotheca Borvo-
niensis, p. 496 et suiv.
D’après le plan joint au mémoire de l’in-
génieur de Varaigne.
A. B. Caveaux parallèles qui ont servi
d’étuves. — C. Caveau où passe un
tuyau de plomb d’eau froide. — D. Ca-
veau avec tuyau allant à la source. —
E. Bassin revêtu de plomb. — F. Puits
de la source minérale. — I. Tuyau
d’eau froide. — L. Tuyau tiré de la
source. — P. Q. Tuyaux amenant de
l’eau tiède dont on ignore l’origine. —
G. H. Pilastres.
458
LA GAULE THERMALE
cases ou chambres, d’environ 1 m. 30 de côté, en pierre de
taille. Au centre de chacune de ces cases se montraient les
orifices d’autant de tubes verticaux en plomb, de dix centi-
mètres de diamètre, avec des restes de robinets en cuivre qui
avaient été scellés sur ces orifices... Au moment de la réfec-
tion, en 1784, cet aqueduc ne pouvant plus servir, il fut
démoli, mais en réservant son radier et les orifices des tubes
de plomb. »
Dans sa remarquable étude sur les antiquités de Bour-
bonne (1), Dugas de Beaulieu mentionnait, comme antérieure
aux découvertes de 1783, la mise au jour d’un bassin octogone
en briques, se vidant par le fond dans un petit canal qui con-
duisait ses eaux à l’Apance. Après avoir analysé les trou-
vailles de la fin du dix-huitième siècle, il indiquait qu’à une
époque plus récente on avait rencontré de nouvelles substruc-
tions, des cellules en pierres de taille, des fûts de colonnes et
des chapiteaux, qui lui semblaient avoir dû supporter la toi-
ture d’une galerie servant de promenoir aux baigneurs et qui
devait être terminée, à l’une de ses extrémités, par un édicule
consacré aux dieux de la source.
Mais c’est au cours de travaux considérables exécutés en
1874 et en 1875 pour l’aménagement des sources thermales,
que furent faites, outre des trouvailles importantes de
médailles et d’objets divers, des découvertes à la suite des-
quelles les procédés de captage employés à Bourbonne et le
plan général des établissements antiques nous sont nettement
apparus. Le docteur Ath. Renard (2), à la suite d’un mémoire
sur Bourbonne, donnait quelques détails sur ces travaux, qui
avaient fait réapparaître les anciennes étuves et la galerie
souterraine déjà reconnues en 1783 et 1784, et remis au jour,
pour la première fois, deux files parallèles de colonnes,
situées à 3 m. 50 en contre-bas du sol actuel de la place des
(1) Mémoire sur les antiquités de Bourbonne-les-Bains. Mémoires de la
Société des antiquaires de France, t. XXV, 1859.
(2) Bourbonne ; son nom, ses origines, ses antiquités gallo-romaines, scs
établissements thermaux, etc. Mémoires de la Société historique et archéo-
logique de Langues, t. II, p. 309 et suiv., et appendice, p. 331.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
459
Bains, une porte massive couronnée de son cintre, des ves-
tiges d’escaliers ou de gradins, et des débris nombreux de
revêtements et de pavages en marbres de nuances très variées.
M. l’ingénieur lligaud, dans la notice à laquelle j’ai fait allusion
tout à l'heure, a résumé tout ce que les travaux souterrains
dont le sol de Bourbonne a été le théâtre nous ont appris sur
les ouvrages qui ont précédé, dans la vallée de la Borne, les
établissements thermaux actuels.
Les Romains, placés en présence du marais chaud formé
par le mélange des eaux d’un ruisseau et des sources ther-
males, opérèrent le captage de ces dernières en enlevant les
alluvions jusqu’à la rencontre, à 6 m. 50 de profondeur, des
couches argileuses en place, avec source bien définie, émer-
geant sur un espace de quelques mètres carrés, avec un puis-
sant débit. Le fond de cette fouille fut rempli d’une couche de
béton, dans laquelle était réservée, pour le passage des eaux
thermales, une ouverture entourée de maçonnerie en forme
de puits : c’est ce qu’on appelle le Puisard romain. La couche
de béton fut ensuite prolongée sur toute la zone d’émergence
des sources, en y réservant, pour le passage de certaines
autres sources, quelques orifices, sur lesquels on établit des
tuyaux de plomb à joints de bronze « dont l’extrémité abou-
tissait au radier d'une galerie, et se trouvait probablement
prolongée par un tuyau de plomb faisant partie de la distri-
bution générale, et conduisant les eaux thermales aux appa-
reils balnéaires (1). »
(1) M. Rigaud (op. cit.) donne les très intéressants détails qui suivent
sur le procédé de tubage d’une do ces sources secondaires : « Le tubage
de la source n° 2 se composait de tuyaux de plomb de 2 mètres de lon-
gueur et de 0ml 0 de diamètre intérieur, profondément corrodés, mais
dont un fragment en meilleur état permettait de lire : cinnamvs fec. Ces
deux tuyaux avaient un centimètre d’épaisseur. Ils étaient réunis au
moyen d’un cône tourné en bronze; la construction de cet assemblage
est fort curieuse. Il est évident que le tuyau intérieur était soudé au bout
femelle. On logeait une bague de plomba l’intérieur, dans une petite rai-
nure ménagée à cet effet; puis on présentait le bout mâle, soudé à un
autre tuyau, Par .simple pression, et par écrasement de la rondelle de
plomb, le joint pouvait être hermétique. Des pierres de grès de 0"‘70 de
côté et de 0m50 de hauteur, percées d’un trou central de 0"'22 de dia-
mètre, étaient ensuite enfilées comme des bagues autour de ces tuyaux
460
LA GAULE THERMALE
Des murs verticaux et des galeries de drainage, en commu-
nication avec un aqueduc principal, isolaient la masse de
béton de l’afflux des eaux douces.
C’est également dans l’excavation creusée pour le captage,
et dans le voisinage de la source du Puisard, que furent placés
les établissements thermaux (fig. 67). ils comprenaient des
piscines et des étuves ; aucune trace de baignoires n’a été ren-
contrée au cours des fouilles. La grande piscine à gradins
(7 mètres sur 3 mètres) avait ses parois en briques et des
Fig. 67. — THERMES DE B O U R B O N N E - L E S - B A I N S .
D’après le plan joint au rapport de M. Rigaud.
P. P. P. Piscines. — Q. Q. Étuves. — T. Temple.
degrés en pierre blanche. Une petite galerie renfermant un
gros tuyau de plomb circulait le long du dallage. La chambre
qui contenait cette piscine était recouverte d’une voûte, et,
dans la muraille, des deux côtés de la porte, étaient creusées
deux niches cintrées peu profondes, dont une seule fut
déblayée et fournit le buste en bronze désigné sous le nom de
Damona (1).
« Sur la salle de la grande piscine, à l’est, s’ouvraient deux
et réunies par une mince couche de ciment. Enfin, après 1 achè\ cm ont.
de la colonne, tout l’espace libre était rempli de mortier de ciment et ( e
tuileaux, formant une seconde enveloppe imperméable. »
(1) Voir p. 220.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 461
très petites piscines, de 1 mètre carré chacune, placées au-
dessus du niveau du dallage, et limitées par une pierre de
taille de 0 m. 60 de hauteur. Au delà de ces deux piscines, il
y en avait deux autres plus grandes, ayant 3 et 4 mètres de
côté, et probablement d’autres petites cachées sous des rem-
blais. » Ces piscines semblaient avoir été plus luxueuses que
la grande, et leurs parois étaient revêtues de marbres blancs,
noirs et de couleurs dont il a été retrouvé de nombreux frag-
ments.
Au-dessus du bâtiment des piscines, des chambres entière-
ment revêtues à l’intérieur d’une fausse paroi formée de
tuyaux de terre à section rectangulaire avaient dû servir
d'étuves. L’emplacement de l’ancien foyer de chauffage a pu
même être déterminé.
Enfin M. Rigaud a signalé, autour du Puisard romain, des
galeries souterraines profondes, établies immédiatement au-
dessus du béton, qui semblent avoir été utilisées comme
étuves à chauffage naturel, et, dans la galerie à l’est du Pui-
sard, le puits revêtu de plomb (0 m. 50 de diamètre et 1 m. 20
de profondeur), dont il était déjà question èn 1783, muni de
deux robinets qui y amenaient à volonté l’eau thermale et
l’eau douce froide, pour des bains à température variée.
Entre les deux parties du bâtiment thermal s’élevait l’édi-
fice à colonnes, dont nous avons parlé antérieurement, et que
M. Rigaud, dans sa notice, a décrit et étudié avec grand soin
sous le nom de Temple. Nous ne reviendrons pas ici sur ce
que nous avons déjà dit à . ce sujet.
Une dernière galerie fut découverte en 1887, pendant les
travaux de fondation d’un nouveau bâtiment, à l’hôpital
militaire (1). Cette galerie, assise sur une épaisse couche de
béton d’une extrême dureté, était entièrement voûtée et un
revêtement de ciment recouvrait, vers la base, la maçonnerie
des parois. Sur le sol se prolongeait, parallèlement à la voûte,
(1) Lacoudajhe, Fouilles faites à Bourbonne-les-Bains en 1SS7. Bul-
letin de la Société historique et archéologique de Langues, t. III.
4G2
LA GALLE THERMALE
xi ne assise de pierres de taille, creusées à l’intérieur de
manière à renfermer et protéger un tuyau de plomb, de forme
ovalaire, portant, gravés au burin, les mots cinnamvs fbcit.
Cette galerie n’ayant été fouillée que sur une longueur de
20 mètres environ, et ses deux extrémités restant ignorées,
on ne peut que faire des conjectures sur sa destination. Dans
la galerie meme, à un point où la voûte s’était effondrée, on
a recueilli trois chapiteaux corinthiens en pierre, qui prove-
naient vraisemblablement de la chute d’une construction
supérieure.
Du reste, toute la région qui environnait le captage romain
devait être couverte d’édifices élevés avec un certain luxe, car
toutes les excavations ouvertes dans ces parages ont mis à
jour des chapiteaux de marbre blanc, des colonnes d’albâtre
et des débris de divers matériaux de construction.
Luxeuil. — Nous ne reviendrons pas sur les discussions
que les fameuses inscriptions dont nous avons parlé plus haut
ont fait naître au sujet de la haute antiquité de Luxeuil, et
nous nous bornerons ici à exposer brièvement ce que le
hasard des découvertes nous a permis de connaître de l’an-
cienne cité thermale.
11 semble, tout d’abord, bien établi que les sources ont été
l’objet d’une utilisation préromaine. Des restes de construc-
tions grossières, ne portant pas l’empreinte de la main-
d’œuvre romaine; la trouvaille, sous un dépôt ancien, de sta-
tuettes de bois de chêne d’un caractère très archaïque; celle
de nombreux fragments de poteries noires, brutes et nette-
ment gauloises (Delacroix), sont, à cet égard, autant de pré-
somptions rendant vraisemblable la très ancienne utilisation
des eaux sur ce point.
Cette station avait pris, à l’époque gallo-romaine, une
importance considérable, dont témoignent de nombreux ves-
tiges de constructions, les monuments funéraires trouvés en
grand nombre, ainsi que la quantité prodigieuse d'objets de
toute nature* recueillis dans son sol. « Ces monuments de
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
463
l'antiquité étaient assez nombreux, dit Chapelain (1), pour
que, sur la fin du siècle dernier, des habitants de Luxeuil en
pussent former jusqu’à sept collections dans lesquelles se
trouvaient des pierres gravées, des mosaïques, des bijoux en
or, en argent et en cuivre, des camées, des armes, des lacry-
matoires, des vases, des poteries sur lesquelles étaient repré-
sentés en relief des fêtes, des combats de gladiateurs, des
triomphes, des courses, des danses, des chasses, etc. »
D’après les données fournies par les fouilles et le plan, très
hypothétique d’ailleurs, de la ville antique, dressé par le béné-
dictin dom Grappin, celle-ci aurait eu une forme allongée, et
sa plus grande étendue aurait été de 1,200 mètres, entre deux
portes qui s’ouvraient l’une au nord, l’autre au sud, et dont
les fondations ont été retrouvées en 1740 et 1745. Chapelain
(op. cit.) signalait également la découverte, en 1763, sur la
place du Marché, d’un temple du Mercure gaulois, et, en 1784,
celle des débris d’un temple de Diane, dans l’ancienne cour
de l’abbaye, vis-à-vis du cloître . — Sans nous étendre plus
longuement sur l’étude générale du Luxeuil antique, nous
nous bornerons à dire quelques mots de la partie qui nous
intéresse spécialement ici, celle qui a rapport aux eaux ther-
males.
Les bains étaient situés à peu près au centre de la ville, le
long d’une grande voie qui les traversait du sud au nord. Des
découvertes successives ont mis à jour les restes de deux
grandes salles voûtées pavées en albâtre (?) et mosaïques; trois
bassins, deux de forme circulaire, l’autre rectangulaire, où
l’on descendait par des degrés; des espèces de stalles creusées
dans le roc pour les baigneurs; un bel aqueduc, construit en
assises alternatives de grand et de petit appareil, qui recevait
les eaux de vidange des bains; des rangées de pilastres et des
débris de longues pièces de bois à demi consumées, entremê-
lées de tuileaux, qui ont dû appartenir à des promenoirs ou à
des galeries dépendant des thermes. « Il devient évident par
(1) Propriétés physiques, chimiques et médicinales des eaux minéro-thcr-
males de Luxeuil, avec quelques recherches historiques, 1859.
464
LA GAULE THERMALE
là que le principal système adopté pour les constructions
accessoires des thermes de Luxeuil associait largement le bois
à la pierre du pays. C’étaient de longs portiques, formés de
piles en grès couronnées de sablières et supportant de vastes
combles (1). » Malheureusement ces découvertes, qui ont tou-
jours été dues au hasard et non à des fouilles régulièrement
conduites, ne semblent pas avoir été soigneusement relevées,
et il est fort difficile de déterminer avec quelque certitude le
plan d'ensemble de l’établissement antique de Luxeuil.
Le captage des eaux de cette station présente un intérêt
tout particulier, à raison du soin qu’ont mis les ingénieurs
romains à éviter le mélange des eaux ferrugineuses froides et
des eaux salines thermales, qu’on y rencontre côte à côte. Les
travaux entrepris dans ce but démontrent de la façon la plus
évidente que les anciens distinguaient parfaitement les carac-
tères particuliers des eaux minérales, et la précaution ainsi
prise d’isoler des eaux de natures différentes prouve bien
qu’ils savaient les employer à des usages distincts.
Pour arriver aux eaux thermales, dit le docteur Stourme (2),
un ruisseau fut détourné de son cours naturel et rejeté plus à
l’est. Puis on creusa pour rechercher les griffons et on les
trouva, à une profondeur de deux à trois mètres, sur un banc
de grès vosgien. Enfin, on construisit, pour chacun d’eux,
une cheminée formée d’anneaux de pierre superposés, et l’on
coula, dans les intervalles, des masses de béton destinées à
empêcher les eaux de s’échapper. Les eaux ainsi collectées
furent conduites à destination par un canal, souterrain d’abord,
puis en tranchée profonde, qui sert encore de nos jours.
D’après les renseignements fournis par Delacroix (3) et le
(1) Delacroix, Luxeuil : Ville, abbaye, thermes. Mémoires de la So-
ciété d’émulation du Doubs, 4e série, vol. III, 1867.
(2) Mémoires de la Société d’émulation du Doubs. Séance du 3 avril 1897 :
lecture d’un travail de M. le docteur Stourme intitulé: Essai sur les bains
gallo-romains de Luxeuil et le mode de captation de leurs sources.
(3) Etudes sur Luxeuil. Un céramique gallo-romain et la déesse Brida,
1857. Notice sur les fouilles faites en 1857 et 1858 aux sources ferru-
gineuses de Luxeuil. Mémoires de la Société d’ émulation du Doubs,
vol. VII, 1862.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
465
docteur Stourme (op. cit.), les eaux ferrugineuses étaient cana-
lisées par une série de murs de drainage, engagés dans le
rocher, et disposés au-dessus d'un vaste barrage en béton,
destiné à former leur limite inférieure et à les empêcher de
s’étendre au delà. Les eaux ainsi drainées étaient recueillies
dans une galerie en grès de gros appareil, à deux étages. Les
parois latérales de la cuvette inférieure étaient formées de
forts plateaux de chêne, posés de champ, doublés d’un mur
grossier et sans ciment. Cette cuvette était séparée de la
voûte par une rangée de dalles en pierre, dont la mobilité
permettait de surveiller le canal inférieur et de l’empêcher de
s’envaser.
Des fouilles pratiquées en 1851 et 1855 avaient également
fait reconnaître un puits, dit le Puits romain , fondé sur le roc
et entouré d’un massif de terre glaise de près de deux mètres
d’épaisseur, assis lui-même sur un béton de ciment tellement
dur que l’on dut faire jouer la mine pour déblayer le terrain
«
et parvenir à la roche vive (1). A la partie supérieure du
massif de glaise était adapté un conduit de plomb de 0 m. 35
de circonférence, continué par des tuyaux en bois de chêne
où coulait l’eau recueillie dans le puits. D’après M. Leconte (2),
les ingénieurs antiques avaient su y réunir une source ferru-
gineuse et le produit de deux sources salines destinées à en
élever la température. « On remarque, ajoute-t-il, que la
source du Puits romain consistait en griffons thermaux, jail-
lissant des fissures et failles du grès bigarré, de 27 à
32 d/2 degrés, dont quelques-uns ferrugineux. Ces griffons
étaient réunis au fond d’un puits circulaire maçonné, de
0 m. 50 de diamètre et de 1 m. (35 de hauteur. Suivant trois
directions, des suintements ferrugineux, recueillis dans une
cuvette de drainage et conduits dans des rigoles de pierre, se
rendaient à ce puits. La source du Puits romain était donc un
mélange de grillons thermaux de 27 à 32 d/2 degrés, et de
(1) Chapelain, op. cit.
(2) Rapport sur V établissement et les eaux thermales de Luxcuil. An-
nales de la Société d’hydrologie médicale de Paris, t. VI, 1859-1860.
30
466
LA GAULE THERMALE
suintements ferrugineux d’une température de 17 degrés. »
Gomme on le voit, la thérapeutique ancienne avait à sa dis-
position, aux thermes de Luxeuil, des moyens d’action variés.
Il semble également qu’une source d’une pureté remarquable,
celle du Pré-Martin, fut anciennement l’objet de travaux de
captage et de protection contre l’arrivée des eaux ferrugi-
neuses. Le rapport sur des travaux qui y furent opérés
en 1865 a signalé la découverte de deux rangées parallèles de
colonnes, l’une à l’est, avec un mur de gros moellons, l'autre
à l’ouest, avec divers travaux d’enceinte et d’étanchement,
qui ne permettent pas de douter de l’existence, à l’époque
gallo-romaine, d’un vaste bassin au milieu duquel émergeait
la source (1).
Plombières. — La situation de Plombières, telle que la trou-
vèrent les Romains, au fond d’une vallée très étroite, encaissée
par des berges rapides entre lesquelles coulait le torrent de
l’Eaugronne, mélangé aux eaux des sources chaudes surgis-
sant de son lit, nécessita pour l’aménagement des sources des
travaux considérables, dont le substratum a été mis à décou-
vert sur une vaste étendue, et qui nous montrent une fois de
plus la fertilité de ressources et la perfection dans l’exécution
déployées par les ingénieurs romains dans les travaux hydrau-
liques de ce genre. Une partie de ces travaux avait déjà été
vue par l’apothicaire Rouvray (2), lorsqu’il fut chargé,
en 1702, par le duc de Lorraine Léopold, de remettre en état
les étuves et bassins (3). Dom Calmet, abbé de Senones (4),
(1) Delacroix, Luxeuil ; ville, abbaye, thermes.
(2) Petit traité des eaux de Plombières.
(3) M. Parisot, dans l’édition refondue par lui de l’ouvrage de Hau-
monté. Plombières ancien et moderne, cite des passages relatifs aux tra-
vaux romains, extraits des ouvrages suivants, antérieurs à celui de
Rouvray : Toignard, médecin de Charles III de Lorraine, 1581, Entier
discours de la vertu et propriété des bains de Plombières, fol. 25. — Tht-
bourel, chirurgien de l’évêque de Verdun, 1611, Hydrothérapie pulmé-
riane. (Manuscrit, liv. I, chap. ii.) — Berthemin, médecin ordinaire du
duc de Lorraine, 1615, Discours des eaux chaudes et bains de Plombières,
p. 74.
(4) Traité historique des eaux et bains de Plombières, de Bourbonne, de
Luxeuil et de Bains, MDCGXLVIII.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
467
nous en a également laissé une description qui ne manque
pas d’exactitude; mais il a fallu arriver aux grands travaux
exécutés à une époque plus récente pour faire jaillir du sol
l’ensemble de l’œuvre romaine et permettre de l’apprécier
plus complètement dans toutes ses parties.
Le premier soin des ingénieurs antiques fut d’empêcher la
dispersion dans le fond de la vallée des eaux du torrent, en
les emprisonnant dans un lit artificiel suspendu au rocher de
la rive gauche; ce canal, large au fond de six mètres, com-
portait deux murs de pierre, le long desquels régnait un trot-
toir de 0 m. 33 de haut, et un fond en béton recouvert de
dalles de grès. Ensuite, afin d’empêcher l’écoiüement des eaux
thermales vers l’aval, on ferma la vallée transversalement par
un barrage en béton de trois mètres d’épaisseur, descendant
jusqu’à la roche. En arrière du barrage, sur toute la surface
des alluvions, on établit une puissante couche de béton fait
de chaux, de cailloux brisés et de fragments de tuiles jetés à
bain de mortier, au travers de laquelle des puits garnis de
tubes en pierre furent réservés pour le passage des sources
chaudes (1). Cet ensemble fut complété par l’établissement de
rigoles en pierre autour des divers édifices et au bas des
coteaux, pour recueillir les eaux froides et les empêcher de
se mélanger aux eaux thermales. Les eaux ainsi drainées
étaient conduites dans un canal qui traversait tout le radier
et le barrage de béton, en aval duquel il venait se déverser
dans l’Eaugronne.
Dom Calmet avait déjà entrevu l’ensemble de ces travaux,
et il nous parle (op. cit.) « d’un fond solide qui règne dans
toute la ville de Plombières, et qui est une couche fort haute
de cailloutage, de tuilleaux et autres matières dures jetées à
bain de ciment, que l’on a toujours trouvée dans tous les
endroits où l’on a travaillé... Elle est ventousée (pour ainsi
(1) La qualité de ce ciment était telle, qu’à riuondation de 1770, le
torrent, en passant dans la me, avait enlevé le pavé et le sous-sol, jus-
qu’au ciment sur lequel il n’avait pu mordre; on put alors le voir dans
toute son étendue, depuis l’étuve Bassompierre, jusqu’au delà du bain
des Capucins. (IIaumonté, Plombières ancien et moderne.)
468
LA GAULE THERMALE
parler) de grandes conduites taillées dans de grands blocs de
pierre dure, qui régnent le long du pied de la montagne sep-
tentrionale, avec des rameaux qui retournent d’espace en
espace vers la rivière, pour y porter les eaux froides et
pluviales. »
Vers le centre de la couche de béton avait été ménagée une
piscine de vastes dimensions (41 m. de long sur 9 m. de
large), pavée en larges dalles, où Ton descendait par quatre
degrés régnant sur tout son pourtour. Au dire de Beaulieu (1),
on îr aurait trouvé aucun indice de voûtes ayant pu recouvrir
cette piscine, qui était probablement à ciel ouvert, ou abritée
par une simple couverture en planches. D’après le même
auteur, cette piscine subsistait encore en son entier au com-
mencement du dix-septième siècle, lorsqu’un débordement de
l’Eau gronne vint la bouleverser et la combler de débris (2).
Lors des travaux de 1702, « on retrouva son dallage en larges
pierres, dans l’une desquelles était encore encastrée la bonde
en cuivre qui fermait l’issue de dégagement des eaux qu’on
faisait couler dans un canal ménagé au-dessous. »
Plusieurs autres sources, situées en amont du grand bar-
rage en béton, furent également captées dans les conditions
que nous expose ainsi M. Jutier (3) : « Après avoir mis le
granit à découvert, on étendit une couche de béton autour
(1) Antiquités des eaux minérales de Vichy, Plombières, Bains et Nieder-
bronn, 1851.
(2) On trouve dans un ouvrage imprimé à Venise, au seizième siècle :
De balneis omnia quæ exstant apud Grœcos, etc., p. 299, une gravure du
plus haut intérêt, représentant la piscine de Plombières à cette époque.
Cette piscine, entourée d’un petit mur, est en forme de rectangle très
allongé. A l’une des extrémités, dans un angle, un tuyau déverse de
l’eau dans le bassin où sont plongés un certain nombre de malades. A
l’extrémité opposée, im infirme, soutenu par deux personnes, descend
les degrés d’un escalier qui occupe presque toute la largeur du petit
côté du rectangle. Le long des murs latéraux, des toiles supportées par
des perches en bois plongeant dans l’eau offrent un certain abri aux
baigneurs. A droite et à gauche de la piscine et séparées par une rue,
sont deux files de maisons, probablement à usage d’hôtelleries, dont on
distingue les enseignes : la cloche, le chapeau, la croix, la fleur de
lys, etc.
(3) Jutier et Lefort, Études sur les eaux minérales et thermales de Plom-
bières, 1862.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
469
des griffons ; de petits canaux ménagés dans la maçonnerie
et aboutissant aux principaux points d’émergence réunis-
saient leurs produits à un centre commun, où se trouva dès
lors fixée la source proprement dite. C’est, ainsi que furent
constituées les sources du Crucifix et des Dames, alimentant
chacune une piscine spéciale que l’on pouvait voir encore
dans toute leur intégrité vers la fin du dix-huitième siècle. »
Une autre source, celle-ci en aval, fut entourée d’une
enceinte de béton, contre laquelle s’appuyaient des radiers
successifs de pierre de taille et de béton, de façon à com-
primer les eaux vers une issue unique, placée au fond d’une
piscine, et fermée par un robinet de bronze à plusieurs
emboîtements (1).
En résumé, d’après M. Ilaumonté (op. cit.), l’existence de
sept piscines ou étuves d’origine antique, qui ont dû proba-
blement être construites simultanément, a été constatée.
Dans le haut de la ville, des sources à très haute tempéra-
ture étaient amenées à un établissement qui devait être une
étuve, découvert en 1857, où l’eau s’écoulait par un robinet
de bronze, de 11 centimètres de diamètre, que l’on pouvait
ouvrir ou fermer à volonté avec une clef de fer. « Ce robinet
était fermé; on parvint à l’ouvrir, et l’eau en sortit abondam-
ment comme elle faisait seize à dix-sept siècles auparavant.
Elle avait 74° de chaleur et fournissait 21 litres à la minute. »
Un peu au-dessous de cette étuve, et en communication
directe avec le bâtiment qui la couvrait, une autre piscine
rectangulaire renfermait probablement de l’eau tempérée, où
l’on venait se plonger après le bain de vapeur.
Une étuve sèche avait été découverte en 1821, du côté de
la route de Luxeuil. On avait retrouvé des fragments d’archi-
tecture de toutes sortes, ainsi qu’un pavé de pierres cubiques
sur lequel s’élevaient de petits piliers de briques, qui avaient
supporté un pavement en carreaux de terre cuite, dont plu-
sieurs étaient traversés sans régularité par des trous coniques.
(1) Jutieu et Lekout, op. cit. — De Launay, Cours professe à l'école des
mines.
470
LA GAULE THERMALE
M. Juticr revit ces restes en 1857, et déclara qu’il avait pu
visiter l’hypocauste, resté encore en place presque tout
entier.
Les Romains ne s’étaient pas bornés à recueillir les eaux
minérales de la vallée de Plombières; ils avaient également
voulu s’approvisionner d’eau douce et choisi pour cela
la source Godée ou Godelle, la plus fraîche de la ville, qui a
presque la pureté de l’eau distillée. En 1863, en creusant
pour rechercher la source tarie par suite de la sécheresse, on
tomba sur un captage, abandonné depuis des siècles, consis-
tant en une petite auge monolithe, plongée dans un lit de
ciment d’origine romaine. L’auge présentait le même genre
de taille que les pierres trouvées parmi les fouilles et fit
reconnaître les outils dont se servaient les Romains (1).
Les sources de Plombières devaient être entourées d’édi-
fices, dont on a retrouvé de nombreux débris; tronçons de
colonnes, de chapiteaux, de corniches, pierres de tailles de
toutes grandeurs, etc. Divers objets, entre autres la plaque
votive à Neptune dont nous avons parlé, et un certain nombre
de médailles y ont été recueillis, mais le grand intérêt qui
s’attache à l’histoire antique de cette station provient surtout
de l’importance et de la perfection technique des ouvrages
entrepris sur ce point par les ingénieurs romains. Leurs tra-
vaux, a dit M. Jutier, furent si bien conçus et si largement
exécutés; que c’est grâce à eux que nous pouvons, même
aujourd’hui, disposer des eaux thermales. On en a toujours
profité sans savoir jusqu’à quel point on leur en était rede-
vable.
Vittel. — L’étymologie du nom de cette station, qui,
d’après les anciens titres, doit d’ailleurs s’orthographier V itel,
a donné lieu à des interprétations diverses. Pour l’abbé
Ghapiat (2), le nom vient de Werj-Thal, voie de la vallée, d où
(1) Haumonté, Plombières ancien et 'moderne. Edition refondue par
J. Parisot, 1905.
(2) Vittel. Nancy, 1877.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
471
Vitallum en lutin et Vitelle, puis Vitel, en français. L’abbé
Pierrefîtte (1), avec Bullet, clans ses Mémoires sur la langue cel-
tique, le fait dériver de deux mots celtes : Ve, habitation, et
Dale ou Thaïe, rivière ; quelques maisons semées le long du
Vair. D’après le docteur Fournier (2), Vittel devait s’appeler à
l’origine Vitelliolum, puis Vitellum : le domaine, la villa de
Vitellus.
Nous nous abstiendrons de prendre parti sur cette question,
en nous bornant à indiquer les indices d’où l’on peut faire
résulter avec certitude la preuve de l’existence d’un groupe-
ment gallo-romain sur ce point et l’utilisation des sources qui
y attirent actuellement la foule des baigneurs et des buveurs.
Dans le bourg môme, sur la place des Dames, on trouva,
en 1860, un certain nombre de fûts de colonnes renversées,
ayant fait partie d’une colonnade, puis, à diverses époques,
des restes d’un aqueduc voûté en pierres, qu’on se contenta
de combler, sans rien explorer, un pavé de briques romaines,
et, sur divers points, des fragments de tuiles à rebords,
des restes de constructions et des charbons ainsi que des
cendres, attestant que Je bourg avait dû etre détruit dans un
incendie.
A l’endroit où se trouvent aujourd’hui les établissements
thermaux, on découvrit des fosses ovales, construites en bri-
ques et profondes d’un mètre, au fond desquelles se voyaient
des cendres et des restes de charbons. Ces constructions, dit
le docteur Fournier (op. ait.), semblent avoir été des fourneaux
à chauffer l’eau, de véritables hypocaustes.
Mais les trouvailles les plus importantes ont été faites aux
environs de la Source salée, située à 3 kilomètres environ du
bourg de Vittel, auquel elle était, au dire de l’abbé Chapiat,
reliée par une voie à l’époque romaine. Des travaux exécutés
en 1875 pour le captage de cette source permirent de cons-
tater l’existence d’une retenue antique en madriers, soutenant
(1) L’ancien Vitel. Bulletin de la Société philomatique voagienne, 1899
1900.
(2) Vittel. Bulletin de la Société philomatique vosgicnne, 1897-1898.
472
LA GAULE THERMALE
une couche de terre glaise fort épaisse (1). Près de la source,
les débris de poteries et de tuiles à rebords abondaient, et.
dans un bois qui l’environnait, on trouva les fondations d’un
petit temple, orné par devant d’une colonnade ou d’un péristyle
dont les deux colonnes ont été retrouvées, et qui servait
d’abri à la statue d’une divinité, ayant quelque ressemblance .
avec les représentations de la Vénus Anadyomène, et dont
nous avons déjà parlé dans le chapitre consacré aux repré-
sentations des divinités protectrices des sources (2).
Bains. — Bien qu'il ne reste plus aucun vestige apparent de
travaux antiques auprès des sources minérales de Bains, les
indications données par les fouilles ne permettent pas de
mettre en doute leur utilisation à l’époque gallo-romaine.
En 4752, au cours de travaux exécutés sous la direction
de l’ingénieur Baligand, pour la restauration de la principale
source de l’ancien bain, on découvrit, sous le mur du bati-
ment, une colonne cylindrique en pierre, de 6 pieds de hau-
teur, percée selon son axe pour donner passage à l'eau de la
source que l’on a nommée depuis Source Romaine. C’est à la
base de cette colonne que fut faite la trouvaille d’environ
600 médailles de bronze dont il a été question plus haut.
D’après dom Calmet (3), pour l’exécution de ces travaux,
on creusa « depuis le bain, en suivant toujours l’eau jusqu'à
sa source; on fut arrêté par des espèces de voûtes qui en
renfermaient une autre. Celle-ci était le bassin dans lequel la
source même tombait. »
Plus tard, on remit au jour une piscine de 9 m. 60 de long
sur 6 m. 40 de large, pavée en dalles, établie sur un épais
massif de béton, et entourée d’un triple rang de gradins.
(1) M. l’abbé Chapiat signale l’analogie de ce captage avec celui d’une
source à Bleurville (Vosges), où l’on a découvert des restes nombreux
de thermes : bassin, étuves, conduits en terre cuite. L'existence d’un
antique établissement balnéaire sur ce point est encore établie par le
nom ancien de Bleurville-aux-Bains, rapporté par dom Calmet.
(2) Voir p. 222.
(3) Notice de la Lorraine, t. I, col. 63, 1756.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
473
L'absence de toute trace d’édifices autour de la piscine porte
à croire qu’elle était à ciel ouvert, ou abritée seulement par
une légère clôture en planches. Un denier d’argent de Tibère,
trouvé en brisant le béton de la piscine, permet d’en attribuer
la construction au premier siècle, et l’on peut supposer
qu'elle fut abandonnée vers le milieu du troisième, car les
monnaies romaines qu’on trouve en abondance dans la vallée
sont toutes antérieures au règne de Constantin (1).
Dans l’ouvrage cité plus haut, dom Calmet, fait allusion à des
fragments de sculptures antiques qui auraient été remployés
lors de la construction de l’église. « L’église de Bain, dit-il, a
fort grand air d’antiquité. On m’a assuré qu’on voyait à l’en-
trée de cette église des bas-reliefs de divinités payennes,
qu'on avait depuis taillées pour en figurer des saints de notre
religion. Je ne les ai point vues. »
Saint-Diè. — Les Gallo-Romains usèrent-ils de la modeste
source minérale qui existait à Saint-Dié? Il est assez difficile
de répondre par l’affirmative, tout au moins dans l’état à ce
jour des découvertes faites sur ce point.
M. Bardy (2) suppose que saint Deodatus, qui fonda le
monastère auquel la ville doit son origine et son nom, vint
s’établir, au septième siècle, près de la source aux vertus
curatives, sur les ruines d’un petit bain romain, dont pro-
viendrait un fragment de colonne antique, en marbre, qui
sert de base à un bénitier dans l’église Notre-Dame. En outre,
une figure d’homme en grès rouge et quelques monnaies très
frustes furent découvertes sur son emplacement en 1880.
Aux environs de Saint-Dié, dans un puits ovale de deux
mètres de diamètre, comblé jusqu’au bord de débris de tuiles
I •
(1) Le Vaillant de Bovent, Précis d'une notice sur les antiquités de
Bains. Journal de la Société d’émulation du département des Vosges,
t II, n° 8, 1827. — Beaulieu, Antiquités des eaux minérales de Plombières,
Bains et Niederbronn, 1831. — Docteur Bailly, Les Eaux thermales de
Bains-en-Vosges, 1852.
(2) Les eaux minérales de Saint-Dié. Bulletin de la Société philomatique
1 vosgienne, 13e année. 1887-1888.
u- • . , r . 7* ■
474
LA GAULE THERMALE
et de moellons, et qui devait être alimenté par une source
salée, on découvrit, en 1835, des poteries et fragments de
poteries noires et rouges, et une tête de femme en grès rouge,
qu on a supposé etre une Vénus. Les fouilles ne furent pas,
d’ailleurs, poussées à fond. La trouvaille dans le puits de
fragments de colonnes en grès rouge a fait supposer à
M. Save (1) qu’on se trouvait là en présence des restes d’un
édicule consacré à la divinité protectrice de la source.
Tout cela est bien vague, et c’est uniquement à titre de
renseignements très hypothétiques que les indications qui pré-
cèdent peuvent trouver place dans notre étude.
Niederbronn. — La petite ville de Niederbronn, si riche en
antiquités romaines de doute nature, vases en bronze et en
terre, vestiges de constructions, autels sculptés, bas-reliefs,
inscriptions, etc. (2), parait avoir été autrefois le plus impor-
tant des établissements thermaux de l’Alsace. On y a retrouvé
les traces évidentes de deux bassins établis sur les sources
minérales et d’une construction à usage d’étuve.
Au cours de travaux exécutés en 1592, sur Tordre du comte
Philippe de Hanau, pour opérer le curage et la restauration
des deux bassins hexagonaux qui entouraient les sources, on
reconnut que la construction de ces bassins appartenait à deux
époques différentes, leur partie inférieure, en pierre de taille
appareillée avec une perfection toute particulière, étant évi-
demment une œuvre romaine. Cette partie de la construction
était séparée de l’autre par une corniche, qui se trouvait,
avant l’exhaussement des bassins, au niveau d’un pavé
ancien qui entourait les fontaines, et dont on a retrouvé les
traces sur d’autres points (3). On recueillit, dans la vase qui
(1) Monuments gallo-romains des environs de Saint-Diè. Même Bulletin.
(2) Schaepflin, Alsatia illuslrata, t. I, p. 447, 461, 473 et t. II, p. 238.
— Siffer, Note sur quelques antiquités déposées à l’hôtel de ville de i\ie-
derbronn. Bulletin de la Société pour la conservation des monuments histo-
riques d’Alsace, 21‘ série, 5e vol., 1866-1867.
(3) J. Kuhn, Description de Niederbronn et de ses eaux minérales, 1835.
— Beaulieu, Antiquités des eaux minérales de Vichy, Plombières, Bains et
Niederbronn, 1851.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
475
s’était amassée au fond, plus de 300 médailles de tous les
temps de l’empire.
Plus tard, en 1843, en creusant les fondations d’une maison
d’école, on mit à jour des constructions souterraines, où l’on
trouva de larges canaux de terre cuite, des petites colonnes en
briques, des tas de cendres et de charbons, des tubes en
argile, des restes de conduites en plomb et un aqueduc se
composant de pierres taillées, liées entre elles par un ciment
romain aussi dur que du grès (1).
Les deux bassins de Niederbronn sont figurés sur le fron-
tispice cl’un petit ouvrage allemand de Reisel : Niderbronner
Bades art, Eigenschafft, Wirckung und Gebrauch. Strasbourg, 1664.
Walsbronn. — L’inscription dédiée à Apollon, à Sirona et
aux Nymphes citée plus haut (2j, provient d’un lieu nommé
Walsbronn, dans l’ancien arrondissement de Sarreguemines.
Si l'on en croit Bégin (3), l’eau minérale bitumineuse de
Walsbronn aurait été utilisée depuis les premiers temps de
l’ère chrétienne, et on y avait établi des thermes, comme
l’attestent, clit-il, plusieurs inscriptions votives et beaucoup
de médailles de Postume, Marc-Aurèle, Constantin, trouvées
près de la source libératrice.
Soultzmatt. — Je trouve dans Y Alsace, de Ch. Grad, p. 641,
l’indication suivante relative aux eaux de Soultzmatt, encore
exploitées aujourd’hui comme eaux de table : lors des der-
niers travaux d’aménagement, le propriétaire a rencontré,
sous un banc de gravier, à deux mètres de profondeur, de
nombreuses substructions antiques, des bassins en pierres de
taille et en bois de sapin. Ces derniers étaient si bien con-
servés qu’on les aurait crus posés de la veille.
Je dois me borner à ces brèves indications sur ces deux
dernières stations, à propos desquelles il m’a été impos-
(1) Siffek, op. cil., et communication au Congrès archéologique de
Strasbourg, 1859.
(2) Voir p. 166.
(3) Histoire médicale du Sud-Esl.
476
LA GAULE THERMALE
sible de me procurer des renseignements plus complets.
Divonne. — A Divonne (Ain), où l’on utilise pour l’hydro-
thérapie d’admirables eaux à température toujours cons-
tante (6°5), et dont le nom semble bien dériver d’une source
antique ayant probablement un caractère sacré, on a décou-
vert des traces irrécusables de l’occupation gallo-romaine. De
nombreuses médailles (plus de 300 dans une seule trouvaille),
appartenant à la fin du Haut-Empire et aux premiers temps
du Bas-Empire, y ont été trouvées (1). On a reconnu égale-
ment l’existence d’un aqueduc, construit en briques larges et
épaisses, qui servait au captage des eaux de la source Emma
ou de la source Ausone, peut-être même de toutes les deux.
Mais cet aqueduc, étudié sur une partie de son parcours, et
dont on découvre encore de temps en temps quelques tron-
çons, était destiné à alimenter la cité de Nyon (Noviodunitm
Colonia Julia Equeslris), et rien, jusqu’à présent du moins,
n’autorise à penser que les Gallo-Romains utilisaient les
eaux à leur point d’émergence dans un établissement bal-
néaire quelconque.
(1) A. Sirand, Antiquités générales de l'Ain , 1855.
I
CHAPITRE VII
Régions diverses.
Montbouy. — L’identification, que je crois devoir être tenue
pour exacte, de la station d’Aquæ Segestæ avec Montbouy, est
fondée surtout, comme nous l’avons vu, sur l’importance des
ouvrages anciens découverts sur ce point et que nous allons
rapidement passer en revue.
Dès le dix-septième siècle, on lisait dans Y Histoire du Gcî -
*
tinois, de D. Morin : « Creusant des tranchées (en 1608) du
canal de Briare, entre Montbouis et Montcresson, sur le rivage
de la rivière de Loing, en un lieu appelé Sévinières, furent
trouvés plusieurs vestiges et vieux bâtiments à la romaine,
avec les ruines d’un amphithéâtre; plus bas furent trouvés,
dans un champ, des pilastres et quantité de vieux fondements,
et encore en ce champ se trouva un lavoir à la mosaïque et
plusieurs médailles, etc. »
En 1850, la mosaïque dont il est question était retrouvée
par M. Dupuis, vis-à-vis la borne 19 du canal, détruite en
partie par les travaux de creusement, et enfouie, quant à la
partie qui restait, au milieu de la pente de la berge. On voulut
alors profiter d’une période de chômage du canal pour enlever
ces restes, mais sans succès, les fragments rendus au jour
ayant été détruits par les curieux et par l’ingénieur meme
chargé de la conduite des travaux (1).
Mais, en môme temps que ces recherches, M. Dupuis en
avait effectué d’autres, qui avaient abouti à la reconnaissance
du vaste établissement dont la trace nous apparaît vraisembla-
(1) Bulletin de la Société archéologique de l'Orléanais, t. I, 13 décembre
1830-10 décembre 1832.
¥
478
LA GAULE THERMALE
blement sur la carte de Peutinger, et dont nous trouvons la
description dans un mémoire lu au Congrès scientifique d'Or-
léans, en 4851 (1). C’est à Craon, hameau de Montbouy, que
ces restes furent découverts, dans une pâture située entre le
canal et la rivière du Loing.
Fig. 68. — PLAN DES THERMES DE MONTBOUY.
D'après le plan joint au mémoire de Dupuis.
1. Mur d'enceinte. — 2. Entrée. — 3. 3. 3. Tours carrées, sans
entrées à leur base. — 4. Allée faisant le tour. — 5. Allée sépa-
rant les deux parties. — 6. Allée conduisant au bassin. — 7. Mur ren-
fermant la première partie. — 7 bis. Mur renfermant la deuxième
partie. — 8. Entrée. — 9. Chambre pavée en mosaïque. —
10. Partie crevée delà voûte formant plancher, laissant voir unevoùte
enduite de suie. — H. Mur de la chambre, avec pilastres enga-
gés. — 12. Baie où se voit une trace de gond. — 13. Fouille qui
a mis à découvert une croûte formant plancher. — 14. 14. Parties
non explorées. — 15. Bassin octogone orné en dehors de colon-
nettes en briques et pierres. — 16. Partie fouillée laissant à décou-
vert une aire en coulis blanc, formant plancher, assis sur une
couche de béton. — 17. Tours carrées. — 18. Mouvement de terre
circulaire où les fouilles n'ont rien fait découvrir. — 19. Bâtiment
en dehors de l'établissement, offrant à l’extérieur des colonnettes
engagées en pierres et en briques; probablement un temple.
L’édifice, entouré d’un mur continu de 71 mètres sur 61,
comprenait une enceinte divisée en deux parties, ceintes
elles-mêmes de murs, séparées et contournées par une allée,
(1) Dupuis, L’Aquis Scgesle de la carte de Peutinger doit être placé à
Montbouy. Orléans, 1852.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
479
sorte de chemin de ronde, de 4 m. 40. L’entrée semblait avoir
été assez richement décorée; on a découvert tout auprès des
fragments d'ornements et de chapitaux corinthiens. En face
de l’entrée, une pièce de 10 mètres carrés, pavée en mosaïque,
avait un plancher de ciment noirci en dessous par Faction du
feu. Vers le milieu du grand carré situé de ce côté, le terrain
s’abaissait circulairement, comme s’il eût existé là un bassin
ou un creux quelconque (fig. 68).
Dans l’autre carré s’encastrait une chambre ou bassin octo-
gone de 25 mètres de diamètre, ouvrant sur le chemin de
ronde, flanquée de deux tours ou cabinets carrés, et dont les
murs étaient ornés de colonnes demi-engagées, élevées en
briques et pierres demi-circulaires. Le sol de cette salle était
« en coulis blanc de plâtre ou de chaux, sorte de stuc de
50 centimètres cl’épaisseur, reposant sur un lit de béton. »
Les murs étaient revêtus d’un enduit de ciment rose, colorié
par bandes en rouge, bleu et vert. Au centre, comme dans le
premier carré, une dépression circulaire du terrain semblait
indiquer l’emplacement d’un ancien bassin.
En dehors de l’établissement se trouvait la construction
isolée dont nous avons parlé lorsque nous nous sommes oc-
cupés des temples voisins des édifices thermaux, et dans
laquelle nous rappelons qu’un autre archéologue, M. Vachez,
voulait voir plutôt une pièce destinée aux baigneurs privi-
légiés. Tel était aussi l’avis de M. Pillon (1), qui la considérait
comme une piscine : * Nous avons pu, dit-il, compter les six
marches d’escalier qui y conduisaient du côté de l’ouest, et
qui avaient chacune 30 centimètres d’élévation. Le bassin, de
22 pieds de longueur sur 15 de large, est entouré d’un pro-
menoir dallé en grandes pierres dont les restes des murs, en
petit appareil, sont encore recouverts de ciment dans l'inté-
rieur. ■»
Un canal fondé sur un lit de béton de chaux et ciment mêlé
de petits morceaux de briques se dirigeait vers une source
«
(1) Excursion à Monlboug. Bulletin de la Société archéologique de
V Orléanais, t. III, janvier 1859.
480
LA GAULE THERMALE
connue sous le nom de fontaine de Saint-Germain, située à
six. kilomètres environ de Craon. Rien, dans l’eau de cette
fontaine, ne semble expliquer des propriétés curatives, mais
des vertus légendaires y ont toujours été attachées.
Des fouilles furent encore pratiquées à une époque posté-
rieure, et M. Dupuis annonçait, en 1862 (1), qu’il venait de
déblayer deux piscines et que, dans l’une d’elles, il avait pu
rencontrer la source qui alimentait les bains, constater son
mode de circulation et indiquer sa sortie. Cette source versait
son eau dans un bassin rond situé dans l’enceinte hexagone
où l’on descendait par une suite de degrés circulaires dont les
rangées inférieures étaient admirablement conservées (2).
C’est vers la môme époque que furent découvertes les fonda-
tions du vaste monument dont nous avons déjà parlé (3), et
dont la destination, temple ou prétoire, est toujours indé-
cise.
Toutes les fouilles exécutées à Montbouy ont fourni une
quantité considérable de débris de constructions, briques,
conduites, pierres sculptées, fragments de colonnes et de cha-
piteaux, et de nombreux matériaux portant la trace des ra-
vages du feu : moellons noircis, charbons, plomb fondu,
poutres à demi-consumées. Des fragments de poteries et des
médailles ont été recueillis en grand nombre, ainsi que divers
objets en métal et des statuettes en terre blanche, représen-
tant pour la plupart des Vénus, découverts dans les bassins
ou sur le bord des talus.
A 900 mètres environ de ces thermes s’élevait l’amphi-
théâtre de Chenevières, actuellement le seul vestige apparent
de l’ancienne cité gallo-romaine, car l’ensemble des édifices
thermaux, cpii devait fournir un sujet d’études d’un grand in-
térêt, a malheureusement disparu par suite du remblaiement
des substruclions mises à jour au moment des fouilles.
(1) Nouvelles découvertes à Montbouy. Bulletin monumental, 1862,
p. 356 et suiv.
(2) Pillon, op. cil.
(3) Voir p. 230.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
481
Saint- Am and. — Les eaux et les boues qui portent le nom de
Saint-Amand (Nord), bien qu’elles soient situées à plus de
deux kilomètres de cette ville, ont été certainement fréquentées
par les Romains. Leurs établissements n’ont laissé que de
bien faibles traces, mais des découvertes, dont certaines sem-
blent, sinon purement légendaires, du moins dénaturées ou
amplifiées par une part excessive d’imagination, ne peuvent
guère laisser de doute à cet égard. Les documents écrits sont
d’ailleurs assez rares sur Saint-Amand, et c’est à un mémoire
de M. Bottin (1), déjà cité par Greppo (op. cit., p. 281), que je
dois emprunter tout ce que je puis dire sur cette station :
« Lors des travaux exécutés en 1698 pour remettre en état le
bassin de la source, une ancienne maçonnerie bascula et
donna un très grand jour à la source. On vit alors avec éton-
nement paraître, dans le fond du bassin, quantités de pièces de
bois et de statues presque colossales, la plupart si défigurées
par suite de leur long séjour dans l’eau qu’il était impossible
d’en reconnaître les traits. On en distingua cependant qui
étaient armées de casques et de lances; d’autres avaient les
cheveux négligés et un manteau traînant, et un enfant, près
d’elles, portait un écusson uni à la romaine. Brassart, Mignot
et Brisseau, qui citent ces faits comme témoins oculaires,
ajoutent que l’on tira de la fontaine plus de deux cents de ces
statues, dont la hauteur était de 12 à 13 pieds, et qu’elles y
étaient proprement rangées par différents lits entremêlés de
planches. Ils assuraient aussi que l’on y a trouvé, ainsi que
dans les boues et dans les terres remuées, des médailles des
empereurs Jules César, Auguste, Vespasien, Trajan et Nerva;
de plus, un pavé au pied de la fontaine, qui conduisait vers le
midi au bois qui l’environne, ayant des fondements en forme
de petites loges dont la maçonnerie résistait à l’effort des
pioches. »
Nous n’insisterons pas sur cette trouvaille, d’autant plus
(1) Notice historique sur V établissement des eaux et boues thermales et
minérales de Saint-Amand. Mémoires de la Société royale des antiquaires,
t. I, 1817.
31
482
LA GAULE THERMALE
extraordinaire que pas un des monuments qui auraient été
ainsi extraits de la fontaine n’a été conservé, et qu’il a été
impossible de retrouver la trace d’aucun d’entre eux. S’il n’y
a pas eu là une exagération démesurée dans l’importance de
la découverte, la disparition complète de toutes ces statues
est peut-être plus étrange encore que leur remise au jour.
De nombreuses antiquités, de celles qu’on retrouve géné-
ralement près de tous les lieux qui furent habités à l’époque
gallo-romaine, ont été recueillies sur le territoire de Saint-
Amand. D’après M. Bottin, il s’en trouverait un certain nombre
au musée de Douai, mais leur provenance n’a pas dû être
indiquée lorsque ces objets sont entrés dans les collections du
musée, car les recherches que M. le Conservateur a bien voulu
faire à cet égard, sur ma demande, sont restées infruc-
tueuses.
Le même auteur signalait également l’existence, dans le
cabinet d’un amateur de Douai, d’un Mercure en bronze très
bien conservé, provenant du bassin de la fontaine Bouillon,
d’où il aurait été extrait en 1698, en même temps que les
statues colossales.
Bagnoles-de-l’Orne. — Les renseignements historiques qu’on
possède sur cette station ne permettent guère de faire re-
monter la connaissance de ses eaux au delà du seizième siècle.
En 1692, il n’existaüt sur l’emplacement de la source qu’une
sorte de mare fangeuse qui, dit un manuscrit du temps,
« n’avait encore été l’objet d’aucun travail de la part des
hommes (1). »
Je dois cependant mentionner une note de M. Richard (2),
qui, après avoir indiqué l'étymologie latine de Bagnols ( Bal -
neurn , Bagneum, Bagnoleum), indique que des touilles prati-
quées en 1867, sur la propriété de Bagnoles, ont fait décou-
(1) Docteur Ledemé, Notice historique et médicale sur les eaux de Ba-
gnoles-de-l’Orne. Annuaire des cinq départements de l’ancienne Nor-
mandie, publiée par l’Association normande, t. XI, 1845.
(2) Même recueil, t. XXXXI, 1875.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
483
vrir des conduites d’eau en tuyaux de grès, qui ont été re-
connues comme devant remonter au temps des Romains.
En outre, un rapport présenté en 1823 par M. Bottin à la
Société des antiquaires (Mémoires. Y, 1823, p. 34), semble
faire allusion à des vestiges antiques reconnus dans la station
qui nous occupe. « Les bains de Bagnoles, dit-il, et leurs
antiquités ont été décrits par M. Dubois, qui nous a fait hom-
mage de son imprimé. »
Enfin, M. de Blanzac, dans un Guide du baigneur aux eaux de
Bagnoles, réédité en 1885, rapporte d’après certains témoi-
gnages, mais sans certifier le fait, qu’on y a trouvé à diverses
époques, en faisant des fouilles, plusieurs substructions en
briques et en ciment, qui ne laissent aucun doute sur leur
origine et leur destination.
Tout cela est bien vague, et ces données me semblent insuf-
fisantes pour faire classer d’une façon certaine, quant à pré-
sent au moins, Bagnoles au nombre de nos antiques stations
thermales.
La Herse. — La source minérale dite Fontaine de la Herse
est située dans un site charmant de la foret de Bellème, à
cinq kilomètres de cette petite ville, au bord de la route qui
se dirige vers Mortagne.
D’après une description empruntée à M. Delasalle (1), la
fontaine se compose de deux sources séparées par une cloison
de pierres. La grande fontaine a environ trois pieds de long
sur deux pieds et demi de large; l’autre n’a que deux pieds et
demi de long sur une largeur de douze à quinze pouces.
L’eau de ces deux sources a un. pied et demi de profondeur
(fig. 69;.
Les deux pierres portant les inscriptions que nous avons
étudiées plus haut (2) sont encastrées, l’une au-dessus de
(1) Congrès scientifique, 7e session, 1839, t. II. — Louis Dubois, Disser-
tation sur la fontaine de la Herse. Mémoires de l'Académie celtique, t. III,
1809. p. 320 et suiv.
(2) Voir p. 169.
484
LA GAULE THERMALE
l’autre, dans l'une des parois. Il semble bien, d’après leur
disposition, qu’elles ont été placées ainsi à dessein, et qu’il ne
s’agit pas,- comme on l’a prétendu, de pierres détachées d’un
édifice voisin et remployées au hasard.
La fontaine de la Herse était voisine d’un camp, dit le Cha-
Fig. 69. — FONTAINE DE LA HE U SE.
Cliché de M. Fleuriel-Béringuier.
tellier, où l’on a retrouvé des vestiges indiscutables d’occupa-
tion romaine. Une ligne forestière partant du camp vers la
fontaine semble indiquer une ancienne communication ayant
existé entre ces deux points. « Je me figure, dit le docteur
Jousset (1), que les soldats du camp du Cliàtellier devaient
(1) Histoire de la forêt de Bellème, 1884.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
485
être atteints de fièvres paludéennes (le lieu dit « la Herse » est
très marécageux); l’eau ferrée martiale de la Herse leur con-
venait, de meme qu’elle préserve ses riverains de la fièvre
forestière. »
Dans la partie de l’arrondissement de Mamers, qui portait
autrefois le nom de Saosnois, une source dite Gouffre de la
Georgette, contenant, d’après l’analyse, diverses substances mi-
nérales, semble avoir été l’objet de quelques travaux à l’époque
qui nous intéresse.
L’ouverture de la fontaine, qui paraissait avoir été autrefois
de trois mètres au moins et de forme circulaire, était réduite
à un petit bassin où l’on a reconnu des morceaux de ciment
rouge et gris, des fragments de briques et des débris de
tuyaux en terre cuite. Aux environs de la fontaine, on a
trouvé des débris semblables mêlés à des fragments de poteries
romaines, ainsi que des restes de murailles et de fondaments
de murailles, avec parement extérieur en pierres d’appareil
carrées, liées par un ciment très dur (1).
Sanxay. — Je ne crois pas devoir passer complètement sous
silence les découvertes faites près de Sanxay, dans la Vienne,
où les travaux persévérants du R. P. de la Croix ont remis au
jour, avec les substructions de quelques constructions secon-
daires, un temple, un théâtre et des restes considérables de
thermes. A côté des aménagements très complets de ceux-ci,
qui comprenaient des bassins et des salles à températures
variées et une salle de douches, le P. de la Croix a cru recon-
naître les vestiges d’un balnéaire d’eau courante, avec large
atrium sur lequel s’ouvraient de petites pièces bétonnées,
établi sur la petite rivière de la Abonne, dont le cours avait été
régularisé le long de ces bâtiments.
La véritable destination des monuments de Sanxay a fait
naître de vives controverses dans lesquelles je n’ai pas à
(1) Desnos, Noies sur deux fontaines minérales du Saonnois. Bulletin
monumental, t. III, 1837, p. 285.
486
LA GAULE THERMALE
entrer,
et je me contente de signaler l’opinion qui les consi-
dère comme les restes d’une ville d’eaux antique, car c’est à ce
litre seul que ce nom figure ici. M. Delaunay (1), partisan de
cette hypothèse, fait remarquer la perfection particulière du
système balnéaire de Sanxay; il y voit le Vichy du Poitou à
l’époque gallo-romaine, ou, si l’on n’admet pas que les sources
employées aient pu perdre leur ancienne minéralisation, un
vaste établissement d’hydrothérapie.
Pour M. Lisch, ce sont également les restes d’une station
balnéaire, dont le prétendu temple aurait été le château
cl" eau.
Cette idée a été vivement combattue, notamment par le
P. de la Croix lui-même (2) et par M. Berthelé (3), qui font
remarquer que l’analyse chimique a permis de reconnaître
qu’aucune des sources qui alimentaient les thermes n’a de
vertus médicinales et que, cl’autre part, l’absence de tout
dépôt dans les canalisations et les piscines ne permet pas de
penser qu’elles aient contenu dans le passé des éléments mi-
néraux disparus depuis. M. Berthelé ne voit non plus rien de
bien particulier dans les procédés de balnéation de Sanxay, et
les deux auteurs sont d’accord pour considérer ce lieu, non
point comme une station thermale ou hydrothérapique de
l’antiquité, mais comme un de ces centres d’assemblées poli-
tiques, religieuses ou commerciales, dont on a retrouvé des
traces sur d’autres points de la Gaule, et qui n’étaient oc-
cupés que temporairement, à certaines époques de l’année.
Dans le département de la Charente-Inférieure, aux envi-
rons de Saint-Jean-d’Angély, des vestiges de constructions
romaines, ayant pu servir à la conduite et à l'aménagement
des eaux, existaient auprès des sources ferrugineuses d Ar-
CHINGEAY.
(1) Antiquités de Sanxay (Vienne), 1882.
(2) Mémoire archéologique sur les découvertes d’Herbord, dites de Sanxay,
1883.
(3) De la véritable destination des monuments de Sanxay, 1883.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
487
L’eau jaillissait par deux sources, entre les jointures du
pavé, au fond d’un bassin carré, revêtu entièrement de pierres
de taille et enduit intérieurement d’une couche de ciment rou-
geâtre. Dans le voisinage, on trouva une grande quantité de
fragments de briques romaines, des conduites en terre ver-
nissée qui partaient de la fontaine, et des espèces de rigoles
en pierre qui se dirigeaient vers les ruines d’un ancien mo-
nastère, où existait un réservoir pavé en briques liées avec
du ciment et en pierres plates ayant vingt-deux pouces en
carré. Ce réservoir était garni intérieurement d’une ban-
quette construite en briques, et semblait être vidangé par un
canal enduit d’une épaisse couche de ciment.
Tous ces caractères semblent bien indiquer une exploita-
tion d’origine gallo-romaine, corroborée encore par la décou-
verte, vers la fin du dix-huitième siècle, de deux médailles de
bronze, l’une de Constantin, l’autre de Licinius, sous une des
dalles du bassin de la fontaine (1).
(1) Bourignon, Recherches topographiques , historiques, militaires et criti-
ques sur les antiquités gauloises et romaines de la province de Saintonge,
an IX. — Massiou, Notice sur l’établissement de bains gallo-romain d'Ar-
chingeay, près Saint-Jean-d’Angély. Bulletin monumental, t. III, 1837,
p. 41 et suiv.
CHAPITRE VII
Suisse. — Région du Rhin. — Belgique (1).
En Suisse, les eaux de Baden, sur la Limmat, étaient con-
nues et fréquentées par les Romains, qui leur avaient donné
le nom d ’Aquœ helveticœ.
Nous savons, par une inscription que nous avons déjà citée
qu’Isis y possédait un temple. D’après Alibert (2), une autre
divinité, bien médicale celle-là, y était l’objet d’un culte par-
ticulier. « L’eau, dit-il, jaillit du fond d’un réservoir situé au
milieu de la place publique. Au milieu de ce réservoir, on
voyait, il y a peu de temps, une colonne surmontée d’une
déesse Hygie, avec une inscription romaine. »
Rappelons aussi les trouvailles fréquentes de dés à jouer
faites à Baden, qui ont été l’objet des hypothèses les plus
variées et les plus singulières.
Les bains de Louèche semblent également avoir une origine
ancienne. D’après le docteur Labat (3), des antiquités
romaines trouvées en ce lieu témoigneraient de son antique
exploitation.
Dans le Valais, près de Saint-Maurice, jaillit, sur la rive
droite du Rhône, la source chaude de Lavey, découverte en
4837 et exploitée depuis lors. Cette source est probablement
celle qui alimentait les thermes de la ville romaine d Epone,
(1) Ainsi que nous l’avons déjà dit, c’est à titre tout à fait sommaire
et presque comme ime simple énumération, que nous donnons les
quelques indications contenues dans ce chapitre.
(2) Précis historique sur les eaux minérales les j)lus usitées, 1826.
(3) Voyage en Suisse , 1895.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
489
située sur la rive gauche du fleuve et détruite en 562 par un
grand éboulement de la Dent du Midi. Il n’est pas étonnant, „
dit le docteur Suchard (1), qu’au milieu de ce grand cata-
clysme la source ait été perdue et qu’on en ait retrouvé les
fdons sur la rive opposée.
Enfin, dans le voisinage de la petite ville de Zofmgen, on
découvrit, en 1827, une source minérale froide, à laquelle la
trouvaille faite en meme temps de deux mosaïques et des
restes d’un bain romain fit donner le nom de Romerbad (2).
Sur la rive gauche du Rhin, en remontant du sud au nord,
Nierstein, près d’Oppenheim, entre Worms et Mayence, pos-
sède une source thermale connue certainement des Ro-
mains (3), comme l’indiquent la série de monnaies trouvées
dans son bassin, ainsi que l’inscription dédicatoire à Apollon
et à Sirona, dont nous avons parlé plus haut.
Dans la vallée de la Nahe, les sources exploitées' cà Creuz-
nach, l’antique Cniceniacum, ne durent pas être inconnues des
Romains, qui avaient élevé sur ce point un castellum dont il
subsiste encore quelques vestiges. On y a découvert des mon-
naies, des tombeaux, des urnes cinéraires, ainsi qu’une ma-
gnifique mosaïque.
Dans la région volcanique de l’Eifel, près du Rrohlthal, et
non loin d’antiques carrières de tuf où l’on retrouve des
traces d’exploitation romaine, deux inscriptions que nous
avons citées, où apparaissent les noms d’Apollon et des
Nymphes, ont été découvertes près de la source minérale de
Tonnistein.
Un peu au sud de Bonn, près du village de Godesberg, coule
une source alcaline et ferrugineuse, dans le voisinage de
(1) Les eaux thermales de Lavey et leur valeur thérapeutique, 1881. —
De Launay, Cours professé à l'école des mines.
(2) Docteur de la Hahpe, La Suisse balnéaire et climatérique, 1891.
(3) Lehne, Das Sironabad von Nierstein, 1827.
490
LA GAULE THERMALE
laquelle ont été établis des bains. Le sommet de la montagne
voisine est couronné par les restes d’un château, élevé lui-
méme sur les restes d’une forteresse romaine, et les anciens
occupants avaient certainement mis à profit la source voisine,
probablement consacrée à Esculape et à Hygie, d’après l’ins-
cription votive où nous avons lu le nom de ces divinités,
invoquées par le légat Calvinius.
Le nom ancien de la station d’ Aix-la-Chapelle nous est
inconnu, car, ainsi que le dit le rédacteur du Corpus I.L. (1):
« Nomen mediævale Aquis Granni nullius est auctoritatis. »
Ce lieu posséda certainement un établissement balnéaire
romain important, qui devait subsister, tout au moins en
partie, à l’époque de Charlemagne, mais il ne semble pas
qu’on en ait retrouvé des vestiges bien considérables. En
1756, on découvrit un bain circulaire, revêtu de carreaux de
pierre et percé de plusieurs ouvertures pour le passage des
eaux thermales, qui fut regardé comme antique. En 1823,
lorsqu’on entreprit la pose des tuyaux pour la fontaine d’Elise,
on toucha à des fondations romaines, consistant en deux
petites voûtes reposant sur plusieurs petits piliers carrés et
l’on trouva quantité de briques antiques, dont une portant
l’estampille de la sixième légion. Ces fondations, voisines de
la source de l’Empereur, avaient bien le caractère des cons-
tructions balnéaires antiques (2).
Sur la rive droite du Rhin, Badenweiler, dans le grand-
duché de Bade, entre Bâle et Strasbourg, possédait des
thermes considérables, placés sous la protection d'une divi-
nité locale, Diana Abnoba, vénérée dans tout le massif de la
Forêt-Noire, et dont la statue devait s’élever sur un cippe en
pierre portant une inscription, retrouvé dans une des cours
de l’établissement. Ces bains, gravement endommagés par
l’occupation autrichienne en 1796, présentent encore des ves-
(1) Tome XIII, pars. 2, l'asc. II, Germania mferior, 1907.
(2) De Ladoücette, Antiquités d’ Aix-la-Chapelle. Mémoires de la Société
royale des antiquaires de France, t. XIII, 1836.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
491
tiges qui permettent de se rendre compte de leur ancienne
distribution, et en font un sujet d’études des plus complets et
des plus intéressants.
Leur étendue était considérable : cent huit mètres de lon-
gueur sur trente-trois mètres de largeur. Composés de deux
parties symétriques, présentant les mêmes pièces et ayant
chacune son entrée, ils devaient comprendre un bain destiné
aux hommes et un autre aux femmes. Chacune des parties
renfermait une vaste cour, un vestibule flanqué de deux
pièces, dontl'ime sur liypocauste, et deux grandes salles, l’une
rectangulaire, l’autre terminée d’un côté par un hémicycle,
contenant chacune une piscine à gradins de même forme. Ces
salles étaient flanquées de vastes corridors, dans lesquels se
trouvaient ménagées des niches servant de places d’attente
pour les baigneurs ou d’emplacements pour des baignoires
particulières. Ces différentes salles devaient être couvertes de
voûtes, dont on a retrouvé les débris, en même temps que
des monnaies et des objets antiques de toute nature, lors-
qu'on a opéré le déblaiement des décombres.
En avant des piscines, un corps de bâtiment comprenait
des salles chauffées par un liypocauste, les fourneaux de
chauffe, et deux réservoirs ronds, probablement voûtés en
coupole, où l’on descendait par des gradins et que des tuyaux
de plomb donnant sur un égout permettaient de vider. La
canalisation, dans les diverses parties des thermes était for-
mée de gros tuyaux de plomb, qui se déversaient dans des
canaux de décharge.
Une galerie souterraine voûtée, large de un mètre sur
2 m. 30 de hauteur, ouverte à ses deux extrémités, régnait
sous trois faces de l’établissement. Aqueduc de décharge ou
canal de drainage, il ne semble pas que sa destination ait pu
etre absolument déterminée (1).
(1) Sur Badcnweilcr : De Ring, op. cit., 1. 1. — De Caumont. Abécédaire
d’archéologie. Ere gallo-romaine, p. 153 et suiv. — Spach, les Thermes
romains de Badenweiler . Bulletin de la Société pour la conservation des
monuments historiques d’Alsace. 2,: série, 7e vol.
492
LA GAULE THERMALE
La cite thermale de Baden-Baden, l’ancienne Civitas Aurélia
Aquensis, eut une importance antique démontrée par la quan-
tité de vestiges de tous genres découverts toutes les fois que
des fouilles ont été opérées dans le sol de la ville. La source
Ursprung était captée dans une sorte de tour circulaire,
ouvrage romain. Les thermes eux-mémes ont laissé des traces
considérables, qui ont permis d’en étudier tout particulière-
ment le système de chauffage. J’emprunte à un article du
docteur Grasset, publié dans la Revue Médicale , du 2 sep-
tembre 1903, les renseignements suivants sur ces ruines,
extraits d’un ouvrage allemand : Die Rômische Rad Ruinen :
« Auprès de l’entrée des ruines, le premier emplacement
facilement accessible est une salle de 4 m. 50 sur 13 m. 20,
dont le sol et les parois étaient complètement chauffés, et qui,
par sa situation directement en arrière du prœfurnium et de
l’hypocauste, pourrait bien avoir servi de sudatorium ou de
laconicum. De là, un escalier de trois marches descend dans
une pièce grande, mais à peine couverte, qui, avec son sol non
chauffé, semble avoir été Yapodyterium.
« ... Du sudatorium, à travers une ouverture pratiquée en
l’an 1900 dans la muraille, on pénètre dans un vaste emplace-
ment dont les parois et le sol sont munis d’un appareil com-
plet de chauffage, et qui parait vraisemblablement remplir les
fonctions de caldarium. Sa longueur est de dix mètres et sa
largeur de six mètres dans la direction de Friedrichsbad. Sur
le côté étroit du caldarium se trouve une pièce de bains ou
petite piscine formant niche, tandis que, du côté du château,
vers le côté le plus large du caldarium , se trouve une autre
large piscine rectangulaire de six mètres de long sur trois
mètres de large.
« Parallèle avec le caldarium et également' dans la direction
de Friedrichsbad, se trouve un emplacement que ses disposi-
tions, sa double .porte, son appareil de chauffage désignent
probablement pour un tepidarium. Situées sur le côté du tepi-
darium opposé au caldarium , se trouvent des salles petites,
fermées et en mauvais état, et dont la destination semble
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 493
tout indiquée, grâce aux baignoires chauffées que l'on y a
découvertes. Puis, près de l’entrée et des bains d’Auguste,
une ouverture dans la muraille laisse voir une grande salle
de bains chauffée, mais par un autre système que celui des
salles auxquelles elle fait suite. »
A Niedernau, près de Rottenburg, dans la vallée du Neckar,
une tradition antique désignait un coin de la foret comme le
lieu où une source antique aurait existé. Des fouilles entre-
prises sur ce point en 1835 amenèrent la découverte « d’une
statue d’Apollon, qui semblait montrer du doigt la place où la
source devait se trouver. » On la rencontra en effet, et, en
même temps, une suite assez considérable de monnaies
antiques (1).
Outre ces trouvailles faites autour de la source, on a mis cà
jour à Niedernau des mosaïques romaines.
La station thermale d’Eais présente également des traces
assez probantes d’occupation romaine. Il ne semble pas qu’on
y ait rencontré de ruines d’anciens thermes, mais on peut con-
clure à la connaissance ancienne des sources par la quantité
de poteries qui ont été trouvées aux alentours.
Les eaux de Wiesbaden, les Aquœ Mattiacœ, étaient placées
sous la protection de la déesse Sirona, la même peut-être que
les Romains vénéraient au même lieu sous le nom de Diana
Mattiaca. La ville romaine, entourée de forts, avait une
grande importance comme position militaire. Les eaux ont dù
être très employées par les troupes, car deux de ces forts
semblent avoir été en communication directe avec les sources
thermales. « Le fort du Ileidenberg, dit le docteur Braun (2),
se reliait avec la source du Schützenhof. Lors de la construc-
tion de cet hôtel, en 1783, on découvrit des bains romains
(1) De Ring, Mémoires sur les établissements romains du Rhin et du
Danube, 1853. — Revue archéologique, 23e année, 7e partie, p. 228.
(2) Monographie des eaux minérales de Wiesbaden, 1859.
494
LA GAULE THERMALE
dont le parquet était dallé de belles briques parfaitement
cuites, portant le cachet de la XIIe légion. En 1807, on
trouva dans le jardin de l’Aigle, tout près de la source, des
substructions romaines. C’étaient les fondations d’un établisse-
ment thermal.
« Le castel de Romerberg communiquait avec le Ilochbrun-
nen. Lors de la construction du Rômerbad (hôtel du Bain
romain), on mit au jour de puissantes fondations d’anciens
bains romains, dont l’une des étuves, bien conservée, serait
encore en état de servir aujourd’hui. »
Suivant le docteur Rotureau (1), les eaux salées de Nauheim
étaient employées par les Romains. Il en aurait été de même
de la source toute proche de Schwalheim, voisine d’une voie
romaine, et où l’on aurait trouvé, à différentes reprises, au
fond du puits qui la renferme, des monnaies fort bien con-
servées des empereurs Vespasien, Titus, Domitien et Adrien.
En Belgique, Tongres a conservé de nombreux vestiges de
son importance à l’époque romaine, alors qu’elle était place
forte et centre de routes considérables, comme l’indique un
fragment de colonne milliaire octogonale, trouvé en 1817, qui
présente un véritable guide des routes de la contrée (2).
L’eau ferrugineuse de sa source semble bien la désigner
comme étant la cité des Tungri dont parle Pline, mais je ne
crois pas qu’il y ait été fait aucune découverte permettant de
conclure à l’existence d’un établissement balnéaire en ce lieu.
(1) Etude sur les eaux minérales de Nauheim, 1856.
(2) Huybrigts, Tongres et ses environs pendant l’occupation romaine et
franque.
CHAPITRE IX
Résumé : I. Procédés de captage des sources thermales et minérales. —
II. Distribution des eaux. — Canalisation. — Robinetterie. — III. Amé-
nagements thermaux. — IV. Architecture des établissements bal-
néaires.
La revue que nous venons de passer des diverses stations
où ont été reconnus des vestiges d’installations balnéaires
antiques nous a fourni des matériaux à l’aide desquels nous
pouvons maintenant nous former une idée d’ensemble sur les
procédés employés par les Gallo-Romains pour le captage
des eaux thermales ou minérales et leur utilisation en vue
des divers besoins de leurs thermes. Ce coup d’œil général
jeté sur les travaux de nos anciens ingénieurs hydrologistes,
dont on ne saurait trop admirer la science, l’expérience et la
fertilité de moyens, fournira la matière de notre dernier cha-
pitre et sera comme la conclusion et le résumé technique de
cette déjà bien longue étude.
I
« Toutes les eaux minérales ne tarderaient pas à subir des
modifications profondes de leurs propriétés physiques et chi-
miques, si on ne prenait le soin de les isoler d’une manière
complète des eaux douces avoisinantes. Cette opération, à
laquelle on a donné le nom de captage > est indispensable pour
maintenir les eaux dans toute leur intégrité (1). » Les ingé-
(1) J. Lefort, Trait1': de chimie hydrologique , 1859.
LA GAULE THERMALE
496
nieurs romains avaient déjà reconnu cette nécessité, et ils
s’étaient préoccupés des moyens d’utiliser aussi complètement
que possible le rendement des sources, en assurant, d’autre
part, par l’isolement, la pureté de leurs eaux. Nous allons
brièvement passer en revue les diverses solutions qu’ils
adoptèrent pour parvenir à ce double résultat.
Les procédés de captage employés par les Romains sont un
exemple de plus de leur expérience consommée dans le traite-
ment et la conduite des eaux et de leur habileté de construc-
teurs. Dans plusieurs de nos stations, les captages anciens
sont encore utilisés, ou, tout au moins, les travaux profonds
ont servi de base à des aménagements modernes. Toutefois
les ingénieurs gallo-romains se heurtèrent à deux ordres de
difficultés, qui n’en sont plus aujourd’hui, mais que leurs
méthodes et leur outillage ne permettaient pas alors de
vaincre : la recherche profonde et souterraine des sources, et
l’élévation des masses d’eau considérables par des moyens
mécaniques. (1).
On remarque, en effet, que les Romains utilisèrent unique-
ment les eaux qui se manifestaient à la surface du sol et dont
les jaillissements ou de simples suintements leur avaient
révélé l’existence. Il ne semble pas qu’ils aient eu des con-
naissances géologiques suffisantes pour aller au devant des
sources, en étant uniquement guidés par la constitution du
sol. Leurs recherches, également, ne furent jamais poussées
très avant, l’instrument indispensable à cet égard, la sonde à
tarière, leur étant inconnu.
Rs ne cherchèrent pas non plus à atteindre les nappes
d’eau par des galeries souterraines, ainsi qu’il est de pratique
constante de nos jours. Le seul point où un travail de ce
(1) Les Romains ont connu la pompe aspirante et foulante. Il existe
au musée de Saint-Germain la reconstitution d’un mécanisme de ce
genre, exécuté d’après quelques fragments trouvés à Benfeld, dans l’an-
cien département du Bas-Rhin. Il semble toutefois que ce procédé éléva-
toire s’appliquait uniquement à de petites quantités d’eau, et je crois
que, sauf à Evaux, où Ton a découvert un fragment d’objet quadrangu-
laire en plomb, qu’on a cru avoir appartenu à un corps de pompe, au-
cune trouvaille de ce genre n’a été faite près de nos sources thermales.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
407
genre semble avoir e'té tenté est Aix-les-Bains, où l’on a ren-
contré une galerie de quelques mètres d’avancement. M. de
Launay pense que les ingénieurs gallo-romains ont été arretés
là, comme dans leurs exploitations de mines, par les diffi-
cultés d’épuisement et de ventilation, qui étaient si considé-
rables pour les anciens mineurs.
Le docteur Humbert Mollière (1) propose de ce fait une
autre explication, très ingénieuse, sinon très décisive. D’après
lui, les procédés de forage profonds et violents auraient été
proscrits à raison des idées religieuses de nos ancêtres. « Ces
exemples, dit-il, nous font voir quel respect avaient les Gallo-
Romains pour leurs sources thermales; ils nous expliquent
aussi pourquoi ils évitaient d’en troubler le mystère par des
manœuvres intempestives dans les profondeurs d’un sol où
ils imaginaient sans doute que résidaient les divinités. »
En résumé, que ce soit inexpérience, sentiment religieux
ou tout autre motif, les sondages et travaux souterrains sont,
pour ainsi dire, inconnus autour des sources, dont le captage
se fit toujours au moyen de travaux à ciel ouvert.
D’autre part, en l’absence d’appareils élévatoires, les Ro-
mains durent se préoccuper des moyens les plus convenables
pour utiliser la force ascensionnelle propre de l’eau, et ils
installèrent presque toujours leurs établissements à un niveau
inférieur à celui des sources, afin que l’eau pût gagner les
piscines et les baignoires et se distribuer au gré des besoins,
uniquement sous l’influence de la pesanteur. Les exceptions à
cette règle sont très rares et l’on n’a trouvé qu’un petit
nombre de piscines posées sur des griffons thermaux et ali-
mentées directement par eux. On peut citer des exemples de
ce genre à Plombières, à Vichy sur la source Lucas, dans une
des piscines du Mont-Dore et probablement à la source dite
de la Saigne à Saint-Laurent.
(1) Mémoire sur le mode de captage et l’aménagement des sources ther-
males de la Gaule romaine, 1893.
32
498
LA GAULE THERMALE
Une fois la source reconnue, le procédé de captage le plus
simple consista dans le dégagement du griffon par le creuse-
ment, au point d’émergence, d’une petite cuvette entourée
d’une protection légère destinée à isoler les eaux recueillies.
Sic : Goren, avec cloisons de bois; Desaignes, avec parois de
roche et de tuiles ; Thonon, avec captage en briques.
Mais la découverte était généralement plus compliquée et
se pratiquait au moyen de puits poussés jusqu’à l’émergence
du griffon dans la roche en place. Pour les recherches à
flanc de coteau, on procédait par des escarpements à front
vertical et à plateforme horizontale. Enfin, et cette méthode
était principalement employée lorsqu’on voulait capter un
ensemble de naissants voisins les uns des autres, on opérait
aussi la découverte en creusant autour des sources de larges
fosses descendant jusqu’à la roche.
Pour consolider l’émergence et circonscrire nettement les
points où ils voulaient capter les eaux, les Romains utilisèrent
leur merveilleux béton, sous forme d’entourages de puits ou
de massifs plus ou moins épais. Le béton était également
employé en larges nappes ou semelles, recouvrant des espaces
parfois très étendus, et destinées à empêcher les sources
de se diffuser à travers le sol, à aveugler les griffons secon-
daires et à refouler les eaux vers une ou plusieurs colonnes
de moindre charge où s’opérait le captage (1).
Les matériaux les plus divers étaient employés pour la
construction des puits. A Maizières, puits avec cheminée de
(1) « Dans certains cas... il faut imposer à l’eau la nécessité de sourdre
au point déterminé où on veut la capter, en lui imposant une sur-
charge sur tous les autres points où elle pourrait être tentée de cher-
cher une issue. Ainsi cpie nous l’avons déjà fait remarquer, dans cette
méthode nouvelle, on ne marche pas au-devant de l’eau thermale : on
l’appelle à soi par la création d’une colonne de moindre résistance...
C’est par une surcharge que nous déterminerons le mouvement des eaux
thermales vers le griffon adopté... L’une des solutions, usitée de tous
temps, et que les Romains ont parfois appliquée avec beaucoup d am-
pleur, consistait à adopter une surcharge solide, sous la lorme d une
nappe continue de béton. » (De Launay, Cours des mines.) Voir aussi :
Alfred Léger, Les Travaux publics , les mines et la métallurgie au temps des
Romains, 1875.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 499
pierre; à Ydes, puits boisé en madriers de chêne; à Bagnères-
de-Bigorre, colonnes de captage en briques; à Luchon,
captages en béton avec cloisons de bois; à Bagnols-de-Lozère,
puits dont trois faces sont le roc et la quatrième une maçon-
nerie; aux Fumades, puits en maçonnerie supportée par des
pieux, dans la partie supérieure, terminée par un tubage en
bois; à Vichy, cheminée en pierre; à Menthon, un puits en
petit appareil, et un autre creusé dans la roche, avec parties
maçonnées et revêtements de marbre; à Sail-les-Bains, puits
en béton avec encadrement de, granit à l’orifice; à Royat,
puits carré en madriers de sapin.
On voit des exemples de rochers escarpés pour l’établisse-
ment des puits sur plate-forme horizontale à Bourbon-Lancy,
où les puits sont en ciment et en maçonnerie, quelquefois
avec revêtement de marbre; à Evaux, où la plate-forme est
revêtue d’une épaisse couche de béton, dans laquelle sont
ménagés des puits en maçonnerie et des cheminées en plomb ;
à Saint-Honoré, où l’une des sources est captée dans des
puits établis dans le béton même et l’autre dans des puits en
pierre.
Les exemples de larges fosses remplies de béton sont plus
nombreux encore : à Bourbon-1’ Archambault, où trois puits
en pierre s’ouvrent dans la nappe étanche; à Saint- Alban, où
le béton relie les quatre puits, dont trois sont boisés et le
quatrième maçonné ; à Luxeuil, où des cheminées de pierre
sont encastrées dans le béton qui descend jusqu’à la couche
de grès. A Néris, on a poussé jusqu’au granit la semelle de
béton où sont ménagés les sept puits; à Bourbonne, dans la
masse de béton, puisard en maçonnerie et cheminées en
plomb; à Plombières, la couche de béton est étendue sur le
terrain nivelé, avec réserve de cheminées de pierre, et quel-
ques captages séparés sont opérés à l’aide de masses de béton
soutenant des radiers alternatifs de pierre et de béton.
Des masses de béton plus ou moins considérables ont été
également reconnues à Bagnols-de-Lozère, à Dax, à Royat, à
Beauregard-Vendon, à Bains, où l’eau montait dans une
500
LA GAULE THERMALE
colonne cylindrique en pierre, et à Uriage, où le captage
s’opérait au moyen d’une galerie établie directement à l’ori-
gine de la source et d’où partaient plusieurs embranchements
de distribution.
On trouve aussi sur certains points des barrages destinés à
empêcher les eaux thermales de s’épancher dans les terrains
environnants : à Vichy, massifs de béton formant barrage; à
Plombières, mur de béton barrant la vallée, descendant jusqu’à
la roche; à Évaux, barrages en ciment plus fin et plus homo-
gène, noyés dans la semelle de béton.
A Vittel, à Ax, à Uriage, des barrages en pieux, argile et
maçonnerie devaient servir à retenir les eaux thermales et à
les diriger vers leurs lieux d’emploi. Amélie, et peut-être
Rennes-les-Bains, présentent les traces de barrages destinés
à élever et distribuer des eaux douces.
Un captage sérieux exige également, comme nous l’avons
dit, l’isolement de la source thermale ou minérale par rapport
aux eaux étrangères qui pourraient abaisser sa température
ou modifier sa composition. Pour empêcher l’afflux des eaux
pluviales ou d’infiltration, les Romains employèrent à Mai-
zières, des travaux de drainage autour du puits; à Bourbon-
l’ Archambault, l’isolement du massif de captage par des revê-
tements en terre glaise; de même à Luxeuil; à Saint-Honoré,
un fossé autour des réservoirs; à Bourbonne, des murs verti-
caux et des galeries de drainage allant à l’aqueduc ; à Plom-
bières, des galeries de drainage en pierre de taille; à Bourbon-
Lancy, une muraille et un canal de pierre entre le rocher et
les sources.
Quelquefois le problème était plus ardu, et il s’agissait
d’isoler les sources, non pas seulement de filets d’eau d’infiltra-
tion, mais de véritables cours d’eau. A Bourbonne et à Luxeuil,
des ruisseaux furent ainsi détournés de leur cours; a Saint-
Honoré, deux ruisseaux furent contenus au moyen d’une
digue; à Plombières, on créa pour l’Eaugronne un lit artificiel
au moyen d’un canal de pierre terminé par un déversoir.
Notons, enfin, que les ingénieurs gallo-romains prirent soin,
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
501
lorsqu’ils rencontraient dans le meme lieu des eaux de nature
différente, d’en empêcher le mélange. On peut observer le fait
à Aix-les-Bains, pour les eaux de soufre et d’alun, et surtout
à Luxeuil, où les captages et les canalisations assurent l’isole-
ment complet des eaux salines et des eaux ferrugineuses.
Il
A leur sortie des puits et des bassins de recette, les eaux
étaient conduites et distribuées au moyen de canalisations,
parfois assez compliquées, dont les fouilles présentent de nom-
breuses traces.
Les masses d’eau d’un certain volume étaient canalisées
dans de petits aqueducs, très rarement construits en pierre
simplement appareillée, mais le plus souvent revêtus de
ciment, tout au moins dans la partie inférieure formant
cuvette. On se servait également de canaux en briques super-
posées, rectangulaires ou curvilignes, ou de plateaux de bois
consolidés par des maçonneries. Le plomb fut aussi employé
quelquefois pour des conduites d’un volume considérable, à
Royat et à Néris, pour exemple. Le gros tuyau de Néris repo-
sait sur des assises de pierre et mesurait 244 millimètres de
diamètre.
' *
Pour les canalisations de moindre débit, on avait recours à
des tuyaux de bois, de terre cuite ou de plomb. Ces tuyaux
venaient se greffer sur les conduites principales, ou prenaient
l’eau directement dans les puits ou cheminées, ou dans des
pierres de captage disposées probablement au-dessus du griffon
même, au point d’émergence. On conserve au Mont-Dore une
pierre de ce genre, creusée à l’intérieur et garnie à sa base
d’une partie carrée saillante avec rigole, destinée à s’emboîter -
sur une assise inférieure (fig. 70). Un des côtés présente un
trou rond à gorge pour le scellement du tuyau. A la partie
502 LA GAULE THERMALE
supérieure existait un autre trou du môme genre 11e montrant
qu’une échancrure, car une partie de son pourtour devait être
fournie par la pierre qui se trouvait au-dessus.
Les tuyaux de bois étaient formés de troncs d’arbres plus
ou moins volumineux, évidés dans le sens de leur longueur et
placés bout a bout, lorsqu on avait besoin de laire parcourir
à l'eau une certaine distance. On en a trouvé à Bourbonne, où
ils formaient un système très complet de conduite, à Luchon,
à Abrest, à Luxeuil, à Ax, à
Ydes, où le tuyau de bois se
combinait avec un tube de
plomb, aux Fumades, où le
tuyau de bois était terminé
par une armature en plomb,
présentant en son milieu une
ouverture que fermait un bou-
chon de bois.
Les tuyaux de poterie, aux-
quels on donnait le nom de
tubuli, constituaient un mode
de conduite économique et très
pratique pour conserver la
chaleur des eaux thermales.
■a
D'après Yitruve (liv. YIII,
ch. VI) j et Pline (Histoire natu-
relle, liv. XXXI), ils devaient
être épais pour le moins de
deux doigts et plus épais par
un bout, afin qu’ils pussent s’emboîter l’un dans l’autre. Leurs
extrémités étaient jointes avec de la chaux détrempée dans de
l’huile. Des conduites de ce genre ont été signalées à Aix-les-
Bains, à Saint-Alban, à Niederbronn, à Saint-Galmier.
Quant aux tuyaux de plomb, appelés fistulœ ou tubi, leur
usage était à peu près général et il en a été découvert dans
presque toutes nos stations thermales. Les Romains ignorant
l’art d’étirer le plomb sans soudure, les tuyaux étaient fabri-
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
503
qués avec des feuilles ou tables (1) qu’on cintrait et dont on
ramenait les bords, non pas bout à bout ou l’un sur
l’autre par recouvrement, mais l’un contre l’autre, ce qui
donnait au tuyau une forme non pas ronde, mais piri-
forme. Quelquefois, le dessus était couronné d’une petite rai-
nure remplie de mastic servant de joint; le plus souvent, on
soudait les deux bords ainsi rapprochés en les empâtant de
plomb fondu (2). Des canalisations en plomb existaient à Aix-
les-Bains, Évaux, Plombières, Bourbonne, Bourbon-l’Archam-
bault, Ludion, Luxeuil, Saint-Galmier, Menthon, Saint-Alban,
Royat, Bondonneau, le Mont-Dore, Bagnols-de-Lozère, Balaruc,
etc. Plusieurs procédés étaient employés pour faire les joints :
on engageait les bouts en sifflet, et recouvrant ensuite le joint
d’un nœud de soudure; ou bien, après élargissement de l’une
des deux extrémités au mandrin, on faisait pénétrer le bout
de l’autre tuyau dans cet épanouissement et l’on coulait du
plomb entre les deux. A Luxeuil, les rencontres de tuyaux
étaient formées de rondelles prises sur le tuyau lui meme et
frappées de manière à ne plus avoir que 2 millimètres d’épais-
seur à la circonférence; ces rondelles étaient percées de
quinze trous qui ont évidemment servi à les lier par un mode
d’assemblage qu’il est d’ailleurs difficile de préciser (3). A
Bourbonne, certains tuyaux portaient des joints de bronze;
à Moind, on en a trouvé un avec des rivets de fer; un dessin
de Tardieu (4) représente un tuyau à vis, à plusieurs emboîte-
ments, provenant de Royat.
(1) Vitruve (liv. VIII, chap. vi) indique les proportions que devaient
avoir les tuyaux de plomb. Leur poids était proportionnel au nombre de
doigts. Les tuyaux étaient appelés de 40, 50 ou 100 doigts suivant la
largeur qu’avaient les lames dont ils étaient laits avant d’être courbées.
(2) Belgrand, Les Travaux souterrains de Paris , t. II, lre partie : Les
Eaux. Introduction : Les Aqueducs romains. — A. Léger, Les Travaux
publics, les mines et la métallurgie au temps des Romains, 1875.
Dans l’analyse de la soudure d’un tuyau de plomb provenant de Plom-
bières, M. Lefort a trouvé deux parties de plomb pour une partie d’étain.
Société d’ Émulation de l’Ailier , t. VIII. Séance du 5 juillet 1851.
(3) Mémoires de V Académie imperia le des sciences, belles-lettres et arts de
Lyon. Classe des lettres, nouvelle série, t. IX, 1860-1861. Rapport do
M. Dupasquier.
(4) Histoire du bourg de Royat.
504
LA GAULE THERMALE
Les tuyaux ainsi construits devant offrir une assez faible
résistance à la pression de l’eau, on les emboîtait fréquem-
ment dans des pierres creusées, de la maçonnerie ou des
chapes de ciment. On a signalé a Bourbon-Lancy un fragment
de canalisation en plomb entouré de terre cuite. A Saint-
Alban, des tuyaux de
plomb étaient, dans leur
trajet, appuyés sur de
larges briques.
Les organes métalliques
destinés à régler l’amenée
de l’eau ou son évacuation
ont laissé quelques traces,
rares d’ailleurs, le métal
qui servait à leur fabrica-
tion ayant dû tenter la
cupidité de tous ceux qui
avaient pu avoir accès
auprès des thermes après
leur destruction.
A Bagnols- de -Lozère,
l’ouverture de la source
était garnie d’un tuyau
de plomb, avec restes d’une
soupape de même métal.
Plombières a fourni un très curieux robinet de bronze, avec
clef en fer, encore en bon état de fonctionnement lors de sa
découverte, en 1857.
Je dois à l’obligeance de M. Philippe, conservateur au
musée d’Épinal, les dessins d’une clef de robinet de bronze de
O m. 46 de longueur, provenant également de Plombières
( fig . 71), et d’un ajutage de O m. 20 de longueur, probable-
ment de même provenance, simple tuyau de bronze, portant
vers son milieu un renflement en forme d’anneau, et, vers
l’une de ses extrémités, deux sortes d’ailettes ayant vraisem-
Fig. 71. — CLEF DE ROBINET PROVENANT
DE PLOMBIÈRES (MUSÉE D’ÉPINAL).
D’après une aquarelle de M. Philippe.
X
\
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 505
blablement servi pour un mode quelconque de fixation. Dans
la meme station, les eaux de la grande piscine étaient éva-
cuées au moyen d’une bonde en bronze encastrée dans le
dallage.
Les récits des fouilles de Bourbonne ont signalé l’existence
d’un bassin de plomb, alimenté par deux robinets donnant,
l’un de l’eau froide et l’autre de l’eau chaude. Le rapport de
Fig. 72. — ROBINETS ET SECTIONS DE TUYAUX DE BOURBONNE,
CONSERVÉS AU CABINET DES ANTIQUES.
Cliché de M. Gauvain.
Lebrun, en 1808, signalait quatre tubes en plomb, encore
munis des restes de leurs robinets de cuivre.
Le Cabinet des Médailles et Antiques, à la Bibliothèque
nationale, possède une intéressante série d’objets de robinet-
terie en bronze provenant de cette dernière station : une
clef de robinet; un robinet du genre de nos robinets à bois-
seau, long de 0 m. 32, empâté dans une masse de plomb
provenant du tuyau dont il formait l’extrémité; un autre
robinet du môme genre, où subsistent les restes de la clef à
demi tournée ; une bonde en bronze, de 0 m. 10 de hauteur,
munie d’un couvercle à soupape basculante. Dans cette col-
(iOü
LA GAULE THERMALE
lection figurent aussi quelques raccords de tuyaux en bronze,
d une grande épaisseur, dont plusieurs ont été sciés dans leur
longueur et permettent de se rendre compte de l’excellence
du métal employé par les Gallo-Romains, ainsi que de la
perfection de fabrication de leurs ouvrages de canalisation
thermale (fig. 72).
III
Nous savons que le procédé le plus souvent employé dans
la pratique thermale était le bain, principalement le bain pris
en commun. Aussi la piscine est-elle l’installation classique,
en quelque sorte, celle qu’on retrouve dans la presque totalité
des anciens établissements thermaux. Les piscines étaient
généralement rectangulaires ; on en rencontre aussi un certain
nombre de circulaires; celles de forme carrée sont plus
rares. Leurs dimensions étaient des plus variables : certaines
ne pouvaient contenir que quatre ou cinq personnes; dans
d’autres, comme celle de Plombières par exemple, une cen-
taine de baigneurs au moins pouvaient trouver place.
On descendait dans les bassins par des gradins disposés sur
tout le pourtour, ou sur quelques points seulement, ou encore
placés en pans coupés dans les angles des piscines rectangu-
laires. Certaines piscines, peu profondes, n’étaient environ-
nées que d’un seul gradin, permettant aux baigneurs allongés
dans le fond de reposer leur tête ou de s’appuyer sur le bras
pour soutenir hors de l’eau le haut de leur buste.
On trouve le bois employé dans quelques rares piscines : au
Mont-Dore, où le bassin de charpente est vraisemblablement
antérieur à l’époque gallo-romaine, à Beauregard-Vendon et à
Neyrac, où le bois est associé à la pierre.
Les piscines, pour la presque totalité, étaient construites
avec ce béton appelé opus signinim, employé pour l’exécution
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
507
des réservoirs et des citernes, et dont la formule nous est
donnée par Vitruve (liv. VIII, ch. vi) : mortier composé de sable
et de chaux, où Ton mêlera des cailloux cassés; on battra
avec des bâtons ferrés par le bout.
Nous trouvons des piscines en ciment de ce genre sans
revêtement à Vichy, à Ydes, à Bondonneau, à Saint- Alban. A
Menthon, au Mont-Dore, à Bains, à Plombières, elles sont
pavées ou revêtues en dalles de pierre. A Saint-Galmier, à
Amélie-les-Bains, elles présentent un sol et un revêtement en
briques. A Saint-Honoré, à Uriage, à Bagnères-de-Bigorre, à
Bourbon-Lancy, le béton était recouvert de dallages et de
revêtements en marbre; à Evaux, en marbre et en porphyre.
A Aix-les-Bains et à Royat, emploi de briques et de placages
de marbre. A Luehon, à Néris, à Bourbon-1’ Archambault,
outre les marbres, les pierres du pays sont utilisées pour les
dallages et les revêtements. A Bourbonne, une des piscines a
des parois en briques avec gradins de pierre ; d’autres ont des
parois de briques avec revêtements de marbre. A Luxeuil,
les anciens auteurs parlent d’un pavage en albâtre. Aux
Fumades, la piscine est composée d’un massif de maçonnerie
en moellons, avec enduit d’opus signinum ; le fond est en blocage
de pierres brutes, également revêtu du même béton.
Des piscines de divers genres ont été également mises à jour
à Saint-Laurent, Ghâteauneuf, La Bourboule, Saint-Parize,
Pont-des-Eaux, Bagnols-de-Lozère, Dax, Montbouy, Aix-en-
Provence, Niedcrbronn, etc.
Rappelons aussi que deux piscines, à Saint-Galmier et à
Uriage, étaient construites sur un hypocauste, qui permettait,
à Saint-Galmier, de chauffer l’eau minérale complètement
froide, à Uriage, d’élever la température, probablement jugée
insuffisante, de l’eau thermale. Peut-être aussi un dispositif
du même genre a-t-il existé à Vittel.
A côté des piscines, on rencontre assez fréquemment des
baignoires ou fragments de baignoires, ayant servi au bain
isolé. Nous allons en citer quelques-unes, mais il en a certai-
nement existé dans bien d’autres stations, où leurs traces
508
LA GAULE THERMALE
n ont pu se conserver aussi bien que celles des piscines, dont
les bases bétonnées étaient pour ainsi dire indestructibles. A
Evaux et a Amélie-les-Bains, baignoires dallées et revêtues de
marbre ; à Vichy, baignoires en marbre et en pierre ; au
Mont-Dore, baignoires, dont une est à parois de briques revê-
tues de stuc, avec fond en marbre; à Uriage, baignoires en
belle pierre polie; à Châteauneuf, baignoires en briques. 11 a
encore été signalé des restes de baignoires à Dax et à Pont-
des-Eaux (1).
Peut-être, mais cela est plus hypothétique, les cuves en ma-
çonnerie de Saint-Nectaire et les cuves taillées dans Je roc, à
Bagnols (Gard), ont-elles également servi au même usage.
L’étuve occupait aussi une place considérable dans l'amé-
nagement de nos anciens thermes, où l’on employait, nous le
savons, soit l’étuve sèche à air chaud, soit le bain de vapeur
produit par l’introduction dans la pièce des vapeurs de l’eau
thermale, ou par des projections d’eau sur le sol échauffé.
Les salles d’étuves étaient chauffées par des fourneaux
d’hypocauste ou par une circulation d’eau thermale au-dessous
du plancher. Nous voyons le premier procédé employé à
Saint-Galmier, à Saint-Honoré, à Niederbronn, àYdes, à Men-
thon, au Mont-Dore et à Rovat. L’eau thermale servait au
chauffage à Aix-les-Bains, k Luchon, à Néris, à Amélie-lès-
Bains et à Bourbon-Lancy.
On a retrouvé des traces des deux procédés à Aix-en-
Provence, à Plombières et à Bourbonne, où des galeries pro-
fondes, établies immédiatement au-dessus du béton du captage,
ont dû servir d’étuves à chauffage naturel. De même, à
Evaux, les étuves semblent avoir été installées autour d’un
des puits où la température était la plus élevée.
L’inhalation pouvait s’opérer dans toutes les étuves où
parvenaient les vapeurs d’eau minérale. En outre, nous trou-
vons dans deux stations des dispositions qui paraissent avoir
(1) On conserve dans la .cathédrale d’Angers une baignoire en por-
phyre vert, rapportée de Provence par le roi René, et qui, selon toutes
les apparences, provient des anciens thermes d’Aquœ Se.xtiæ.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
509
été spécialement étudiées en vue de ce procédé thérapeutique :
à Amélie-les-Bains, les deux tours en béton alimentées par un
courant d’eau chaude avec ruissellement, au-dessus desquelles
on pouvait faire des inhalations très énergiques, et, àLuchon,
la voûte servant à l'écoulement d’eaux très chaudes, et percée
de trous pour permettre aux vapeurs de se répandre dans une
salle supérieure.
Pour les douches, bornons-nous à rappeler que les thermes
de Sanxay présentent un véritable type , d’installation pour
l’application de ce procédé hydrothérapique.
Nous avons reconnu cpie l’emploi par les anciens de l’eau
minérale en boisson ne saurait faire aucun doute, mais les
installations de cette nature exigent trop peu de travaux
apparents pour qu’il nous en soit resté des traces bien cer-
taines. Signalons, cependant, les débris de plancher trouvés
au-dessus du griffon d’Aulus, qui peuvent avoir appartenu
à une antique buvette; à Abrest, le petit baquet de bois
de chêne, avec tuyau de décharge en bois, qui devait servir
de réceptacle pour puiser de l’eau à boire; à Desaignes, la
tablette de pierre scellée dans une des parois du bassin,
utilisée peut-être comme support pour les tasses des buveurs ;
et enfin, les sortes de bornes-fontaines trouvées au Mont-
Dore, dont l’emploi pour la distribution des eaux thermales
semble nettement indiqué.
L'évacuation des eaux usagées s’opérait au moyen de
canaux et d’aqueducs, dont nous avons eu à noter fréquem-
ment l’existence, notamment à Luxeuil, à Plombières, àBour-
bon-Lancv, etc.
On trouve quelquefois aussi les traces d’autres aqueducs,
employés pour conduire dans les stations thermales qui en
étaient dépourvues des eaux douces, destinées, soit à des
usages thermaux, soit à la boisson. Rappelons qu’à Néris,
notamment, des travaux de ce genre, d’une importance consi-
dérable, assuraient à la ville un large approvisionnement
d’eau potable.
510
LA GAULE THERMALE
Los grands établissements thermaux des anciens devaient
nécessairement avoir, comme ceux de nos jours, des dépen-
dances assez considérables pour leurs services accessoires, mais
l’état de ruine des substructions retrouvées dans le voisinage
de certains thermes ne permet pas de se rendre compte de
leur destination, non plus que de leurs anciennes dispositions.
Nous avons cependant signalé la découverte, à Néris, à peu
de distance d’un des bains antiques, d’un édifice renfermant
un certain nombre de petites chambres ou cases parallèles,
séparées par une sorte de large corridor. Des constructions
semblant avoir beaucoup de rapports avec cet édifice ont été
retrouvées à Tintignac, dans la Corrèze (1), et à Sanxay (2),
où le bâtiment aux cases multiples était situé dans le voisi-
nage immédiat clés bains, avec lesquels il communiquait par
un corridor voûté.
La disposition très particulière de ces deux derniers édifices,
leur ressemblance avec certaines constructions de Pompéi,
dont la destination n’est pas douteuse, ont fait naître l’idée
qu’on se trouvait là en présence de lupanars. Il est permis de
penser que ces locaux avaient une tout autre destination;
qu’ils servaient simplement à l’habitation du personnel des
bains, et que ces cellules étaient des chambres à coucher,
fort étroites, à la vérité, et ne recevant d’air et de lumière
que par la porte, ce qui n’a pas lieu de surprendre lorsqu’on
connaît les habitudes romaines à ce point de vue.
IV
L’étude des vestiges de nos anciennes stations ne révèle
rien de bien particulier en ce qui concerne l’architecture. Au
point de vue du plan, les différents tracés qu’on a pu relever
(1) Forot, Etude sur les ruines gallo-romaines de Tintignac.
(2) Berthelé, Quelques mots sur les fouilles du P. de la Croix, à Sanxay.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 511
de leurs substructions montrent que, si dans certaines stations
comme à Royat, Néris, Badenweiler, etc., les établissements
présentent des dispositions où se rencontrent les pièces dont
les traités d’architecture nous ont fait connaître la destina-
tion et les emplacements respectifs, les architectes s’étaient
souvent éloignés des dispositions, que nous considérons
comme classiques, des thermes anciens. Rien de plus naturel,
d’ailleurs, car la nécessité de construire dans le voisinage
immédiat des sources imposait souvent certaines disposi-
tions exigées par la conformation des lieux, et, d’autre part,
l’utilisation des eaux dans un but thérapeutique ne se prêtait
pas toujours aux mêmes combinaisons de plans que la balnéa-
tion de pur agrément.
Les procédés de construction, l’appareil, les matériaux ne
diffèrent pas de ceux qu’on employait d’une manière générale
à l’époque gallo-romaine. La voûte semble avoir été un mode
fréquemment adopté pour la couverture des étuves et des
piscines, du moins, pour ces dernières, dans les établisse-
ments thermaux d’une certaine importance.
Certaines dispositions particulières paraissent avoir eu pour
but d’assurer cl’une façon toute particulière l’étanchéité des
piscines et des bassins, ou de protéger sur certains points les
revêtements de marbre contre l’action des eaux. Dans le
réservoir de Moind, un bourrelet de ciment contournait les
murs pour boucher tous les joints du fond ; à Saint-Galmier,
une des piscines avait ses angles garnis d’un tore ou colon-
nette en ciment, pour empêcher l’action de l’eau sur ces
points; à Néris des couches de stuc plus ou moins épaisses
recouvraient quelques parties des revêtements intérieurs des
piscines; à Aix-les-Bains, des revêtements du même genre
étaient plaqués d’une espèce de mastic, mélangé de fragments
de briques. A cette même station, on a trouvé dans quelques
bains particuliers une couche de charbon pilé, placée entre le
sol et la maçonnerie, destinée à conserver la chaleur des
eaux.
Certaines étuves portent les traces d’une disposition qu’on a
512
LA GAULE THERMALE
pu étudier dans les ruines d’un balnéaire récemment décou-
vert à Beauvais (1) et qui consiste en un petit solin, chanfrein
en ciment existant à la jonction du mur et du pavement, qui
devait empêcher la condensation de la vapeur dégagée dans la
salle de s’infiltrer dans l’angle des murs.
Quelques-uns de nos anciens thermes étaient d’une extrême
simplicité de construction et de décoration, mais ce fut plutôt
l’exception, et les débris de sculptures, les restes de mosaïques,
de stucs, de pavements et.de
revêtements en marbres ou
autres matériaux précieux
prouvent, au contraire, que
la décoration en était géné-
ralement conçue avec un
luxe et une recherche dont,
jusqu’à une époque très rap-
prochée de nous, du moins,
on n’avait aucune idée dans
les édifices de ce genre.
Gomme dans tous les mo-
numents de cette époque, la
colonne fut d’un emploi très
fréquent dans les construc-
tions thermales, soit pour
soutenir à l’intérieur des
édifices des charpentes horizontales, soit pour former à l’exté-
rieur des promenoirs ou galeries couvertes. Ces colonnes
étaient le plus souvent en pierre; plus rarement en briques.
Les ruines des édifices thermaux nous ont fourni un assez
grand nombre de chapiteaux, qui sont souvent d’un excellent
travail, notamment ceux qui couronnaient, à Néris, la colon-
nade du premier établissement (fig. 73). Sur quelques points,
à Luxeuil, par exemple, il semble qu’on ait eu recours, pour
les galeries extérieures, à des constructions plus légères,
(1) Acher et Leblond, Le Balnéaire gallo-romain de Beauvais. Congrès
archéologique de France. LXXI10 session, 1905.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES S13
comportant des toitures de tuiles supportées par des charpentes
en bois.
Certains fragments de fûts de colonnes trouvés dans les
ruines thermales sont couverts sur tout ou partie de leur hau-
teur de feuilles imbriquées. Plusieurs auteurs ont considéré
ce genre d’ornement comme spécial aux édifices thermaux ;
c’est là une erreur certaine, car des découvertes du même
genre ont été faites sur nombre de points
totalement dépourvus d’eaux minérales et
thermales.
Il n’en est pas de même de certaines
colonnes, provenant de Néris et du Mont-
Dore, dont le fût est, à la base, décoré de
compartiments réguliers, encadrant des
têtes casquées, des oiseaux, des boucliers,
des petits personnages, etc. (fig. 74). Ce
genre de décoration semble avoir été de
/
conception très locale, limitée à la région
auvergnate, dont Néris est si voisine.
Remarquons, enfin, qu’un certain nombre
de réservoirs, bassins ou piscines ne pré-
sentent dans leurs environs aucune trace
d’édifices en maçonnerie ayant pu servir à Fig. 74. — colonne
D E N É R I S .
leur protection, ou que les trouvailles de
matériaux anciens se bornent à ces tuiles plates ou courbes
employées par les Romains pour l’établissement de leurs toi-
tures. Il est difficile d’ admettre que tous ces ouvrages aient
été autrefois complètement à l’air libre, et je crois plutôt que
la conclusion à tirer de ces observations est que la construc-
tion en bois, avec couvertures en planches, en tuiles, en toiles
ou en chaume, fut d’un usage fréquent autour des sources
médicinales.
Quelques motifs sculptés, ayant trait directement au service
des eaux, découverts dans plusieurs stations, nous montrent
que nos ancêtres avaient le souci de la décoration appliquée à
des parties usuelles de leurs thermes. C’est ainsi qu’à Evaux
O <\
0 0
on a trouvé un masque en bronze de dieu marin, ayant servi
de gueulard à une fontaine. Au Mont-Dore, une louve de
pierre crachait par la gueule l’eau d’une fontaine et, de
même, à Ydes, une lionne en domite servait de griffon à une
source.
L’examen des débris de sculpture et de certains détails
d’architecture provenant des principaux établissements ther-
maux semble démontrer que leur édification eut généralement
lieu dans le courant du premier siècle, et, par conséquent,
que l’exploitation raisonnée des eaux thermales et minérales
suivit de très près l’établissement définitif de la puissance
romaine dans notre pays. Ces données sont, d’ailleurs, corro-
borées par cette constatation qu’un grand nombre de séries
monétaires découvertes dans les stations commencent au
règne d’Auguste. Il en est ainsi notamment à Aix-en-Provence,
Montbouy, Balaruc, Moind, Saint- Amand, Ydes, Vic-sur-Cère,
Evaux, Bourbon-Lancy, Néris, Plombières, Niederbronn,
Desaignes, Rennes-les-Bains, etc.
TABLE ALPHABETIQUE
DES SOURCES ET STATIONS CITÉES DANS L’OUVRAGE
Pages.
Abrest. — Allier 437
Aix-en-Provence. — Bouches-
du-Rhône 331
Aix-la-Chapelle. — Allemagne. 490
Aix-les-Bains. — Savoie 311
Aix-en-Diois. — Drôme 327
Alet. — Aude 361
Alise-Sainte-Reine. — Côte-d’Or. 456
Allevard. — Isère 324
Amélie-les-Bains. — Pyrénées-
Orientales 352
Archingeay. — Charente-Infé-
rieure 486
Aulus. — Ariège 357
Ax. — Ariège 360
Baden. — Suisse 488
Baden-Baden. — Allemagne . . . 492
Badenweiler. — Allemagne. . . . 490
Bagnères-de-Bigorre. — Hautes-
Pyrénées 342
Bagnères-de-Luchon. — Haute-
Garonne 346
Bagnoles. — Orne 482
Bagnols. — Lozère 384
Bagnols-sur-Cèze. — Gard. . . . 367
Bains. — Vosges 472
Balaruc. — Hérault 362
Barbotan. — Gers 341
Barthe-de-Riviôre (la). — Haute-
Garonne 349
Bauche (la). — Savoie 316
Beauregard-Vendon. — Puy-de-
Dôme 404
Bondonneau. — Drôme 325
Pages
Bourbon-Lancy . — Saône-et-
Loire 438
Bourbon-l’Arehanibault. — Al-
lier 444
Bourbonne-les-Bains. — Haute-
Marne 456
Rourboule (la). — Puy-de-Dôme. 402
Brides. — Savoie 319
Brômines. — Haute-Savoie ... . 31 0
Bully. — Loire 381
Bully-sur-l’Arbresle. — Rhône. 380
Cadéac. — Hautes -Pyrénées. . . 351
Caille (la). — Savoie 310
Capvern. — Hautes-Pyrénées. . 351
Castéra-Verduzan. — Gers . . . 340
Cauterets. — Hautes-Pyrénées . 343
Châteauneuf. — Puy-de-Dôme . 405
Châtel-Guyon. — Puy-de-
Dôme 411
Chaudesaigues. — Cantal 407
Coren. — Cantal 406
Creuznach. — Allemagne 489
Crot-Ghaud (le). — Nièvre. . . . 451
Dax. — Landes 337
Desaignes. — Ardèche 381
Digne. — Basses-Alpes 328
Divonne. — Ain 476
Eaux-Bonnes. — Basses- P y-
rènces 342
Eaux-Chaudes. — Basses-Py-
rènèes 342
Echaillon. — Savoie 318
546
TABLE ALPHABÉTIQUE
Pages.
Ems. — Allemagne 493
Encausse. — Haute-Garonne . . 350
Las Escaldas. — Pyrénées-Orien-
tales 354
Euzej;. — Gard ' 367
Evaux. — Creuse 413
Fumades (les). — Gard 364
Godesberg. — Allemagne 489
Gouffre de la George Lte. —
Sarlhe 485
Gréoulx. — Basses-Alpes 330
Ilerse (la). — Orne 483
Javols. — Lozère 386
Lavcy. — Suisse 488
Lez. — Espagne 350
Louèclie. — Suisse 488
Luxeuil. — Haute-Saône 462
Maizières. — Côte-d'Or 455
Mé dague s. — Puy-de-Dôme. . . 411
Menthon. — Haute-Savoie 306
Mercoiras. — Ardèche 384
Moind. — Loire 373
Monêtier (le). — Hautes-Alpes . 328
Montbouy. — Loiret 477
Montbrun. — Drôme 327
Mont-Dore. — Puy-de-Dôme... 397
Motte-les-Bains (la). — Isère.. . 323
Naulicim. — Allemagne. 494
Néris. — Allier 421
Neyrac. — Ardèche 383
Niederbronn. — Alsace 474
Niedernau. — Allemagne 493
Nierstein. — Allemagne . ..... 489
Périgueux. — Dordogne 337
Petit-Bornand . — Haute -Sa-
voie 310
Pioule. — Var 334
Plombières. — Vosges 466
Pont- des- Eaux . — Puy-de-
Dôme
Pages-
Pougucs. — Nièvre 452
Renncs-les-Bains. — Aude... 358
Roches (les). — Puy-de-Dôme . 411
Romerbad. — Suisse 489
Royat. — Puy-de-Dôme 388
Sail-les-Bains. — Loire 378
Sail-sous-Couzan. — Loire. . . . 380
Saint- Alban. — Loire 376
Saint-Amand. — Nord 481
Saint-Chris tau. — Basses-Py-
rénées 341
Saint-Dié. — Vosges 473
Saint-Galmier. — Loire 369
Saint-Honoré. — Nièvre 448
Saint-Laurent-les-Bains. — Ar-
dèche 382
Saint-Nectaire. — Puy-de-Dôme. 396
Saint-Parize. — Nièvre 451
Sainte-Marguerite. — Puy-de-
Dôme 412
Salins. — Savoie 318
Salt-en-Donzy. — Loire 379
'San-Salvadour. — Var 335
Santénay. — Côte-d’Or 454
Sanxay. — Vienne 485
Saulx. — Nièvre 451
Schwaiheim. — Allemagne. . . 494
Sermaize. — Marne 454
Soultzmatt. — Alsace 475
Tercis. — Landes 340
Tbonon. — Haute-Savoie 309
Tongres. — Belgique 494
Tônnisten. — Allemagne 489
Uriage. — Isère. 320
Vichy. — Allier 434
Vic-sur-Cère. — Cantal 410
Vittel. — Vosges 470
Walsbronn. — Alsace 475
Wiesbaden. — Allemagne 493
409
403
Ydes. — Cantal
/ _ V
V
TABLE DES PLANS ET GRAVURES
Pages.
Figures 1. — Hypocauste .A... 6
2. — Plan des thermes de Stables, à Pompéi 15
3. — Tasse des buveurs de Vichy i... 32
4. — Borne-fontaine au Mont-Dore 32!
5. — Coupe d’Otanez 33
6. — - Vase à infusions provenant de Vichy 35
7. — Douches. (D’après un vase du musée de Berlin.), . . . 37
S. — Tube en terre cuite ayant peut-être servi de spéculum
de bain • .>• ... 39
9. — Signe thermal de la Carte de Peutinger ' 55
10. — Fragment du segment I de la Carte de Peutinger.
(Centre de la Gaule.) 59
11. — Buste de Sirona 217
12. — Source romaine, aux Fumades . . 219
13. — Buste de Damona trouvé à Bourbonne-les-Bains 220
14. — Antiquités trouvées à Vittel >... 222
15. — Buste d’Apollon sur tronc 223
16. — Tronc et fragments d’architecture provenant des an-
ciens thermes de Bourbonne. ...... 231
17. — Plan du temple du Mont-Martre 241
18. — Plan du temple du Mont-de-Sène ,. . . 242
19. — Plan du temple d’Halatte .;. . . 243
20. — Plan du temple d’Essarrois , . . . . 245
21. — Plan des ruines de la chapelle de N.-D. de la Fontaine,
à Gallardon 246
22. — Plan du temple des sources de la Seine 247
23. — Stèle de Bagnères-de-Bigorre ; . . . . 252
24. — Statuettes votives près d’une source 261
25. — Statuette de Vénus 262
26. — Déesse-Mère. 265
27. — Buste d’enfant ,.. . . 267
28. — Buste en bois provenant de Luxeuil 273
29. — Statuette en bois de Coren 276
30. — Manche de patère d’Evaux 280
31. — - Feuilles d’argent de Vichy 283
32. — Buveur en bronze provenant de Vichy 293
33. — Buste du Mont-Dore dit le Vieux-Romain 295
34. — Statuette en terre cuite provenant de Vichy 296
35. — Ex-voto provenant du temple des sources de la Seine 297 «
*
618
TABLE DES PLANS ET GRAVURES
Pages
Figüiie 3G. — Ex-voto en pierre provenant du temple d’Halatte... 299
37. — Feuilles de métal représentant des veux provenant du
temple des sources de la Seine 302
38. — Plan des thermes de MentUon 308
39. — Chambres souterraines d’Aix-les-Bains 311
40. — Plan du chaufl'oir d’Uriage 322
41 . — Plan des thermes de Bagnères-dc-Luchon 348
42. — Plan des thermes d’Amélic-les-Bains 353
43. — Cascade d’Annibal, à Amélie-les-Bains 355
44. — Puits de la source des Fumades 366
45. — Ruines des thermes de Saint-Galmier 370
46. — Plan des thermes de Saint-Galmier 371
—47. — Vue d’ensemble des thermes gallo-romains de Royat. 391
48. — Plan des thermes gallo-romains de Royat 393
49. — La source de César, au Mont-Dore 399
50. — Plan des thermes gallo-romains du Mont-Dore 401
51. — Plan des thermes de Pont-des-Eaux 404
52. — Captage de la source de Coren 406
53. — Plan des thermes d'Ydes 409
54. — Coupe théorique du captage romain, à Évaux 414
55. — Plan des thermes d’Évaux, état actuel 415
56. — Évaux. Sources et piscine ronde 419
57. — Schéma des puits de Néris 422
58. — Plan du premier établissement de Néris 424
59. — Néris. Piscine découverte en 1905 dans le Pré des
Chaudes 428
60. — Aqueduc de Néris 430
61. — Château et bains de Bourbon-Lancy au dix-septième
siècle....» 441
62. — Plan des bains antiques de Bourbon-Lancy 442
63. — Saint-Honoré. Plan du bassin de recette des eaux de
la Crevasse 448
64. — Saint-Honoré. Plan' du bassin de recette des sources
inférieures . 449
65. — Coupe -et plan du captage de la source de Maizières. 455
66. — Plan de l’étuve de Bourbonne 457
67. — Plan des thermes de Bourbonnc-les-Bains 460
68. — Plan des thermes de Montbouv , 478
69. — Fontaine de la Herse 484
70. — Pierre de captage du Mont-Dore 502
71. — Clef de robinet provenant de Plombières. (Musée
d’Épinal.) 504
72. — Robinets et sections de tuyaux de Bourbonne. con-
servés au Cabinet des antiques 505
73. — Chapiteau de Néris 512
74. — Colonne de Néris 513
TABLE DES MATIERES
Préface i
INTRODUCTION
Connaissance des eaux thermales antérieurement à la conquête romaine, v
PREMIÈRE PARTIE
LA MÉDECINE THERMALE CHEZ LES ROMAINS
CHAPITRE PREMIER
I. Les bains dans l’antiquité. — Le bain chez les Grecs. — Le bain chez
les Romains. — II. Les thermes. — Moyens de chauffage et d’aération. —
III. Usage et abus des bains. — IV. Action du bain simple. — Bains
médicamenteux. — Bains de mer. — Hydrothérapie 1
CHAPITRE II
I. Les eaux minérales. — Leur réputation à Rome. — II. Divisions el
classifications. — Indications et contre-indications. — Action physio-
logique. — III. Modes d’emploi. — Boisson. — Bains. — Douches. —
Affusions. — Étuves. — Inhalation. — Bains de boue. — Bains de va-
peur. — IV. Durée et saisons des cures thermales. — Direction
médicale 49
DEUXIÈME PARTIE
CiÉOGRAPIIIE DES STATIONS THERMALES. — LEUR ORGANISATION ET LEU!!
FONCTIONNEMENT. LEUR DESTRUCTION
CHAPITRE PREMIER
I. Renseignements anciens sur les stations thermales de la Gaule. —
II. Documents géographiques. — III. Carte de Peutinger. — IV. Itiné-
raire d’Antonin. — V. Cosmographie de l’Anonyme de Ravenne. -
VI. Renseignements tirés des auteurs anciens. — VII. Renseignements
fournis par les inscriptions 53
CHAPITRE II
I. Voies d’accès aux stations thermales. — II. Propriété des sources et
des établissements. — III. Petites industries autour des sources.
520
LA GAULE THERMALE
IV. Clientèle des stations thermales. — V. Les plaisirs. — VI. Hospi-
talisation des étrangers 99
CHAPITRE III
I. Destruction des stations thermales. — IL Phénomènes naturels. —
III. Invasions barbares. — IV. Prédications chrétiennes. — V. Survi-
vance des eaux au moyen âge • 122
TROISIÈME PARTIE
LE CULTE DES SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
CHAPITRE PREMIER
I. Le culte des eaux chez les Gaulois et chez les Romains. — II. Sources
sacrées -149
CHAPITRE II
I. Divinités adorées près des sources ou dans les stations thermales. —
II. Divinités latines ou étrangères. — III. Divinités honorées sous des
dénominations collectives. — IV. Divinités indigènes. — Résumé. 164
CHAPITRE III
1. Représentations figurées des divinités des sources. — II. Lieux de
culte dans les stations thermales ou près des sources. — III. Temples
médicaux ' 214
CHAPITRE IV
I. Ex-vo to et offrandes. — II. Autels. Stèles. Tablettes votives. — III. Mon-
naies. — IV. Statues et bustes en pierre et en marbre. — V. Statuettes
en terre cuite. — VI. Poteries et débris céramiques. — VII. Statuettes
en bois. — VIII. Statuettes en métal. — IX. Objets divers. — X. Ex-
voto à caractère médical 249
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QUATRIÈME PARTIE |
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES ET STATIONS GALLO-ROMAINES
il CHAPITRE PREMIER <• '■
- — . ^ *■’*'•* ’ ‘ ' j * *. r '• »' t
Région des Alpes’’ e t Provence .A;-/ , A- ,f 305
CHAPITRE “lU” J
Région du Sud-Ouest et Pyrénées 337
CHAPITRE III
Forez. — Lyonnais. — Vivarais. — Gévaudan 369
Auvergne
CHAPITRE IV
388
Région du Centre
CHAPITRE V
413
TABLE DES MATIERES
521
CHAPITRE VI
Région de l’Est et Vosges. 454
CHAPITRE Vil
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Régions diverses 477
CHAPITRE VIII
Suisse. — Région du Rhin. — Belgique 488
CHAPITRE IX
Résumé : I. Procédés de captage des sources thermales et minérales. —
II. Distribution des eaux. — Canalisation. — Robinetterie. — III. Amé-
nagements thermaux. — IV. Architecture des établissements bal-
néaires ' 495
Table alphabétique des sources et stations citées dans l’ouvrage. 515
Table des plans et gravures. 517
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PARIS
TYPOGRAPHIE PLON-NOURRIT ET Cia
Rue Garancière, 8
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